A PROPOS DE WAZALENDO

Depuis quelques semaines, à l’est de notre pays déjà confronté au M23, soutenu par le Rwanda, ainsi qu’à une myriade de groupes armés, ont surgi les Wazalendo, projetés par les dignitaires du pouvoir. Ce phénomène de multiplication des groupes armés à caractère ethnique qui devrait être dénoncé par tous est malheureusement acclamé par des cadres congolais en mal d’acte de vengeance envers Kagame ; et ce sans prendre conscience que toute activité de groupe armé  renforce  la thèse  d’ingouvernabilité de la RDC.

  À l’accession de Felix Tshisekedi à la magistrature suprême, il existait certes  82 groupes armés. Mais on en recense aujourd’hui  266 à l’Est et le phénomène  s’est étendu dans la partie ouest du pays !  Ci-dessous la distribution de groupes armés locaux et étrangers dans la  partie orientale du pays telle que donnée par le représentant du gouvernement en avril dernier :

En effet, l’accélération du  développement  de milices ethniques  ne fait que détériorer davantage  la stabilité du pays depuis  janvier 2019 ; et ce même dans des régions  très éloignées des frontières rwandaises et ougandaises ! À titre d’exemple, au Maniema, des groupes armés se battent déjà  non pas contre le M23, mais pour le contrôle des zones aurifères  de Kasongo et Kabambare. En Ituri, la situation est  pire. Par ailleurs, aux dernières nouvelles, plus de 500 personnes ont déjà trouvé la mort  durant cette année dans la périphérie de Kisangani à la suite des affrontements entre  deux milices ethniques ( Mbole et Lengola) pour un problème de terre.

Selon plusieurs auteurs, les facteurs qui expliquent le développement et la multiplication de ces milices ethniques sont : la faiblesse de la capacite de l’Etat, la disponibilite  de ressources naturelles, la persistance d’une gouvernance ethnicisée, la continuité des conflits locaux autour de la terre et du pouvoir coutumier,les  interventions des pays voisins dans les zones frontalieres de l’Est (Autesserre, 2010 ; Stearns, 2016 ; Vlassenroot, Raeymakers, 2009). Néanmoins de tous ces facteurs,  le plus déterminant demeure la faiblesse de la capacite de  l’Etat.

Nous devrions donc  éviter de fragiliser davantage l’Etat, au risque de le  faire imploser, sachant que la RDC est  déjà classée  parmi  quatre États les plus fragiles de la planète. Ci-dessous un tableau des Etats les plus fragiles [depuis 2018 la fragilité de la RDC  ne fait qu’augmenter].

Quand M. HUANG XIA, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, représentant spécial de l’ONU dans la région du Grands Lacs (un Chinois), Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD ( Etats-Unis), Mme ANNA M. EVSTIGNEEVA (Fédération de la Russie)  sont unanimes au Conseil de sécurité  en recommandant  l’interdiction de l’utilisation des milices ethniques, notamment les Wazalendo, par le gouvernement congolais, nous devons y réfléchir, plutôt que réagir par  des insultes sous prétexte que le Congo « souverain » n’aurait  pas besoin des  suggestions venant de l’extérieur pour défendre ses intérêts.

Certes on peut parler de la souveraineté de l’Etat. Toutefois, n’oublions pas que la RDC est aussi une entité internationale.  En effet, notre pays avait été créée par la communauté internationale à la Conférence de Berlin en févier 1885 (sans consultation de nos ancêtres) et ne peut demeurer un État que si la cohésion interne existe et s’il continue d’être accepté  comme tel par la communauté Internationale ; et ce, même si la souveraineté du peuple est un principe déclaré.

Que cela soit clair : combattre le M23 et le Rwanda est une nécessité. Le CET a d’ailleurs été le premier à proposer que la RDC puisse recourir à des entreprises militaires privées, si nécessaire, pour aider l’État à bouter hors du territoire congolais les forces rwandaises. Malheureusement, selon les informations rendues publiques, le gouvernement  de Mr. Tshisekedi  a chargé la France dont nous connaissons la duplicité depuis la crise congolaise des années 1960, pour le recrutement  des mercenaires roumains au nom de la RDC!

La persistance d’une gouvernance ethnicisée encourageant des milices ethniques dans une région en proie aux conflits intercommunautaires est ainsi non seulement inutile, mais suicidaire pour la RDC. Car il n’y a aucune garantie que les ennemis de la RDC ne puissent utiliser ces milices, n’ayant aucune formation civique, contre les intérêts du pays. Il faut noter que la formation civique doit toujours précéder la distribution des armes auprès des combattants. Sinon, on ne forme pas de combattants, mais des bandits, des bandes armées  faciles à manipuler contre les intérêts de la nation.

Plutôt qu’exacerber la destruction de la cohésion interne en armant des bandits et des milices ethniques, telle que les fameux wazalendo, la RDC devrait  focaliser ses énergies pour augmenter la capacité de l’État notamment par la formation des FARDCs en visant des objectifs  à moyen et long terme  indépendamment du calendrier électoral.

Qui aurait l’idée de s’injecter du poison sans prévoir l’antidote, et ce, alors même que d’autres solutions efficaces existent ? C’est précisément ce que la RDC s’inflige à elle-même.

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By Habari

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