La RDC rappelle son ambassadeur au Kenya après l’alliance entre Nangaa et le M23

Selon les informations de Jeune Afrique, Kinshasa a rappelé ses ambassadeurs à Nairobi ainsi qu’auprès de l’EAC, à quelques jours de la présidentielle du 20 décembre.

Le président kényan William Ruto (à g.) et le président congolais Félix Tshisekedi, au palais de la Nation, à Kinshasa, le 21 novembre 2022. © Arsene Mpiana / AFP
Le président kényan William Ruto (à g.) et le président congolais Félix Tshisekedi, au palais de la Nation, à Kinshasa, le 21 novembre 2022. © Arsene Mpiana / AFP
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Publié le 16 décembre 2023Lecture : 3 minutes.

C’est une annonce qui n’est pas passée inaperçue à Kinshasa. Le 15 décembre, dans un hôtel de Nairobi et devant les caméras, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de RDC, Corneille Nangaa, a procédé au lancement d’une plateforme politico-militaire, l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), au sein de laquelle il dit s’être associé à plusieurs mouvements armés, dont le M23.

Le président de ce groupe rebelle accusé d’être soutenu par le Rwanda, Bertrand Bisimwa, était également présent à la rencontre, au côté de Nangaa. Le chef d’orchestre du processus électoral de 2018, devenu opposant à Félix Tshisekedi, vivait depuis plusieurs mois en exil. Il accuse aujourd’hui le président congolais d’avoir « pris la décision d’opérer un coup d’État électoral ».

Crise diplomatique

Le lancement de cette coalition politico-militaire depuis un pays membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), que la RDC a officiellement rejoint en mars 2022, a suscité une vive réaction au sein du gouvernement congolais. Le soir même, le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a estimé que le Kenya « devait des explications » à la RDC.A lire : 

RDC : chez les Tshisekedi, la politique en famille

« On ne peut pas comprendre qu’un pays avec qui nous travaillons de manière étroite pour le retour de la paix dans l’est de la RDC puisse abriter des activités subversives de cette nature », a estimé le porte-parole du gouvernement congolais. En parallèle de cette condamnation publique, Kinshasa a également annoncé la convocation de l’ambassadeur du Kenya, George Masafu, qui doit rencontrer prochainement le ministre de l’Intérieur, Peter Kazadi. En coulisses, la crise diplomatique entre Kinshasa et Nairobi a rapidement pris de l’ampleur.

Selon nos informations, les autorités congolaises ont, dès le 15 décembre, demandé le rappel pour consultation de leur ambassadeur au Kenya, John Nyakeru, qui est aussi le frère de la Première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi.

Kinshasa a également rappelé Jean-Pierre Masala, ambassadeur de la RDC auprès de l’EAC avec résidence à Dar es-Salaam. Celui-ci se trouve déjà à Kinshasa, où il bat campagne pour Félix Tshisekedi. « Nous avons spécifié à la Tanzanie que notre problème est uniquement avec l’EAC », assure une source officielle congolaise. Selon nos informations, l’option d’une suspension de sa participation à l’organisation sous-régionale est également sur la table. Le rappel des ambassadeurs fait suite à des tractations internes menées notamment entre le chef de l’État, son vice-Premier ministre chargé des Affaires étrangères Christophe Lutundula et son haut représentant, Serge Tshibangu. 

Tension autour de l’EACRF

Ce revirement marque un tournant majeur pour Félix Tshisekedi, qui avait concentré ses efforts diplomatiques sur l’EAC au début de son mandat. Uhuru Kenyatta, unique président à avoir participé à sa prestation de serment en janvier 2019, avait été l’un des soutiens de l’intégration de la RDC à l’EAC. Félix Tshisekedi entretenait des relations plus fraîches avec William Ruto, perçu par une partie de son entourage comme étant plus proche de l’Ougandais Yoweri Museveni et du Rwandais Paul Kagameaccusé de soutenir le M23.A lire : 

Dans l’est de la RDC, les dessous du retrait à haut risque de la force régionale

Nairobi a malgré tout été le premier pays à déployer des troupes au sein de la Force régionale de l’EAC (EACRF). Mais Kinshasa a rapidement manifesté son mécontentement vis-à-vis de cette dernière, l’accusant de ne pas combattre le M23. À plusieurs reprises, les autorités congolaises ont accusé l’EACRF « d’inaction » voire de « complicité » avec les rebelles. Le premier commandant de cette force, le Kényan Jeff Nyagah, avait d’ailleurs été poussé vers la sortie par l’entourage de Félix Tshisekedi en avril dernier, marquant ainsi une étape dans la détérioration des relations avec le Kenya.

Au début de décembre, Nairobi a finalement procédé au rappel de ses troupes, après l’annonce du non-renouvellement du mandat de l’EACRF, qui a expiré le 8 décembre.

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