Affaire Chérubin Okende en RDC : l’enquête conclut à un suicide, les proches de l’opposant s’indignent

Plus de sept mois après la mort du porte-parole du parti de Moïse Katumbi, le procureur général près la Cour de cassation a finalement affirmé que Chérubin Okende s’était « suicidé ». Les proches de ce dernier dénoncent un « déni de justice ».

La veille de la découverte du corps de Chérubin Okende, le parti de Moïse Katumbi, dont l’ancien ministre était le porte-parole, s’était inquiété du probable « enlèvement » de ce député. © DR
La veille de la découverte du corps de Chérubin Okende, le parti de Moïse Katumbi, dont l’ancien ministre était le porte-parole, s’était inquiété du probable « enlèvement » de ce député. © DR
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Publié le 1 mars 2024Lecture : 4 minutes.

« Feu Chérubin Okende s’est suicidé. » Plus de sept mois après le choc suscité par la mort de l’ancien ministre des Transports, dont le corps sans vie portant la trace de blessures par balle avait été retrouvé dans sa voiture, le 13 juillet 2023, c’est ce qu’a affirmé Firmin Mvonde, le procureur général près la Cour de cassation. Devant la presse, le 29 février, le magistrat a déclaré se baser sur des éléments de l’autopsie et des enquêtes menées avec l’aide d’experts internationaux – notamment des Belges et des Sud-Africains ainsi que des agents de la Monusco, a-t-il précisé – dont « tous les rapports ont convergé vers une même conclusion ».

Revirement inattendu

Cette annonce, aussi inattendue dans son timing que surprenante dans son contenu, marque un tournant dans l’une des affaires emblématiques de la fin du premier mandat de Félix Tshisekedi. Jusque-là, la thèse d’un meurtre semblait très largement privilégiée. La veille de la découverte du corps de Chérubin Okende, le parti de Moïse Katumbi, dont l’ancien ministre était le porte-parole, s’était inquiété du probable « enlèvement » de ce député, qui avait rendez-vous à la Cour constitutionnelle, avant de dénoncer un « assassinat politique » à six mois de l’élection présidentielle.A lire : 

Meurtre de Chérubin Okende : les coulisses d’une enquête sous pression

Les autorités évoquaient aussi unanimement un crime. Le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, disait avoir « appris avec effroi l’assassinat » de son ancien collègue au gouvernement. Félix Tshisekedi avait lui aussi parlé d’un « crime » et appelé à ce que ce dernier ne « reste pas impuni ».

« Au bout du rouleau »

Pour étayer leur propos, les magistrats ont donc mis en avant certains éléments issus des enquêtes ayant conclu au suicide. Le procureur de la République près le tribunal de grande instance de la Gombe, Edmond Isofa, a notamment expliqué que l’impact de balle observé sur le corps de Chérubin Okende provenait de l’arme de son garde du corps, Nico Kabunda, arrêté dans le cadre de cette procédure et présenté au départ comme un suspect par le parquet.A lire : 

La RDC sous le choc après l’assassinat de Chérubin Okende

Selon lui, le véhicule dans lequel la victime a été retrouvée était fermé, le moteur en marche et la climatisation allumée. La voiture ne pouvait être verrouillée que de l’intérieur, Okende ne pouvait qu’être seul dans le véhicule, a-t-il expliqué. Restés évasifs sur les motivations supposées d’un tel geste, les magistrats ont évoqué des propos consignés dans un mystérieux agenda qui aurait été récupéré dans le cadre d’une perquisition. Chérubin Okende y aurait écrit qu’il était « au bout du rouleau ». Les pages suivantes auraient été arrachées, a ajouté Firmin Mvonde.

« Sentiment de révolte »

Cette thèse du suicide, évoquée sept mois après la mort d’Okende, a suscité l’indignation de ses proches. « Il y a un sentiment de révolte, c’est un déni de justice », s’indigne Hervé Diakese, porte-parole d’Ensemble pour la République, le parti de Moïse Katumbi. « En agissant ainsi, la justice refuse la manifestation de la vérité et conclut de manière fantaisiste à un suicide », assène-t-il, dénonçant le « silence » des experts internationaux ayant participé à l’enquête. Selon l’avocat, « seule l’autopsie peut donner les vraies circonstances de la mort d’Okende ».A lire : 

En RDC, l’enquête sur la mort de Chérubin Okende patine et sa famille s’impatiente

« Comment le procureur peut-il, après 24 heures d’enquête, affirmer que le garde du corps a tué son patron Chérubin Okende pour ensuite, sept mois plus tard, soutenir que c’est un suicide ? Ce n’est pas crédible. C’est une manière de dire : “Circulez, il n’y a rien à voir !” », a réagi Alexis Deswaef, l’un des avocats de la famille.

Cette annonce intervient après plusieurs mois d’un silence pesant autour de cette enquête. À de multiples reprises, l’entourage d’Okende a dénoncé les tergiversations de la justice. L’entourage du défunt, qui attend toujours les conclusions de l’autopsie, a fait part au début de février de sa lassitude face à la lenteur de la procédure et de sa volonté d’enterrer Chérubin Okende.

Stanis Bujakera Tshiamala toujours en prison

La déclaration du procureur général près la Cour de cassation intervient aussi alors que la procédure visant Stanis Bujakera Tshiamala se poursuit. Correspondant de Jeune Afrique en RDC, il est mis en cause pour un article, non signé, qui relate le contenu d’une note de l’Agence nationale de renseignement (ANR) mettant en cause les renseignements militaires dans l’assassinat de Chérubin Okende. Notre confrère est accusé d’avoir fabriqué ce document et d’en avoir été le premier diffuseur. Deux enquêtes indépendantes, menées par Reporters sans frontières (RSF) et par le consortium Congo hold-up, ont depuis prouvé que cette affirmation était fausse.

La famille de Chérubin Okende a d’ailleurs déposé une plainte en novembre en Belgique contre le général Christian Ndaywel Okura, patron du renseignement militaire congolais, pour sa « responsabilité dans l’enlèvement, la torture et l’assassinat » de l’ancien ministre.

Arrêté le 8 septembre dernier, Stanis Bujakera Tshiamala demeure pour l’instant détenu à la prison de Makala. Sa dernière demande de mise en liberté provisoire a une nouvelle fois été rejetée le 27 février, en dépit du fait que Félix Tshisekedi avait reconnu qu’il était « peut-être victime » des « tergiversations » d’une « justice malade ». Les déclarations du chef de l’État n’ont pas empêché Firmin Mvonde de se fendre d’une menace à peine voilée contre ceux qui « propagent des faux bruits », estimant nécessaire « de mettre un terme à ce genre de spéculation ».

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