En RDC, qui pour remplacer Sama Lukonde Kyenge à la primature ?

Le poste revient-il « de droit » à l’UDPS ainsi que l’affirment certains de ses dirigeants ? Félix Tshisekedi n’a pas encore fait part de son choix, mais il sait qu’il va devoir satisfaire les attentes de son parti et celles, non moins pressantes, de ses partenaires au sein de l’Union sacrée.

Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge. © DR
Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge. © DR

Publié le 12 mars 2024Lecture : 4 minutes.

Voici un mois que Félix Tshisekedi a chargé Augustin Kabuya d’identifier les contours de sa future majorité au Parlement. Nommé « informateur » le 7 février dernier, celui-ci n’a pas encore rendu son rapport final au président congolais, mais il s’est exprimé devant les cadres et militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le 10 mars. Le secrétaire général du parti présidentiel en a profité pour annoncer sa candidature au poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, mais surtout pour affirmer que, selon lui, la primature revenait « de droit » à l’UDPS.

L’UDPS en force à l’Assemblée

Avec ses 70 députés nationaux, le parti au pouvoir a fini en tête des législatives du 20 décembre dernier. Il sait également pouvoir compter sur les sièges glanés par les formations « mosaïques », créées à la veille du scrutin pour contourner les règles du seuil électoral. Cela lui permet de revendiquer une centaine de députés nationaux et de voler la vedette aux autres formations de l’Union sacrée, la coalition qui s’est formée autour du chef de l’État lorsque celui-ci s’est émancipé de Joseph Kabila, en 2021.

Des arguments suffisants, aux yeux de l’UDPS, pour réclamer le poste de Premier ministre – sachant qu’il y a quelques semaines, le parti a également ouvertement exprimé son intérêt pour la présidence de l’Assemblée nationale.A lire : 

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Face aux militants ce 10 mars, Augustin Kabuya s’est donc dit confiant. « Le président de la République m’a rassuré [pour la primature], leur a-t-il lancé. Je vous demande d’être disciplinés pour qu’il puisse nous donner ce qu’il a promis. »

Ni Félix Tshisekedi ni ses services n’ont pour l’instant confirmé que tel engagement avait bien été pris. Il fait néanmoins peu de doute que le chef de l’État s’est déjà penché sur le sujet et, sans présumer du choix qui sera le sien, qu’il a pesé le pour et le contre de chacune des options qui se présentent à lui.

Plusieurs noms circulent

Confiera-t-il les rênes de son gouvernement à son propre parti en dépit des appétits qui se sont exprimés parmi les autres formations de l’Union sacrée ? Si tel devait être le cas, quelle personnalité pourrait succéder à Sama Lukonde Kyenge, lui-même en poste depuis février 2021 ?A lire : 

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Dans les couloirs de la cité de l’Union africaine où se trouvent les bureaux du président congolais, plusieurs noms reviennent avec insistance : ceux de Jacquemain Shabani, Fabien Mutomb Kan Kato et André Lolo Wameso.

Codirecteur de campagne de Félix Tshisekedi pour la dernière présidentielle, Jacquemain Shabani est également son conseiller principal au collège politique et électoral et préside de la Commission électorale permanente du parti (CEP). Il est en outre originaire de la province du Nord-Kivu et, dans un contexte de guerre contre les rebelles du M23 dans l’Est, cela pourrait jouer en sa faveur.

Katanga, Kongo-Central…

Mais avec Fabien Mutomb Kan Kato, actuel directeur général de la Société nationale de chemin de fer du Congo (SNCC), Félix Tshisekedi pourrait aussi décider de porter son choix sur un ressortissant de l’espace Katanga. Ses deux derniers chefs du gouvernement – Sylvestre Ilunga Ilunkamba (lui aussi passé par la SNCC) et Sama Lukonde Kyenge – sont issus de la même zone géographique.

Directeur de cabinet adjoint de Félix Tshisekedi chargé des questions économiques et financières, André Lolo Wameso a, lui, coordonné la campagne du chef de l’État dans le Kongo-Central, où il vient d’être élu député national dans la circonscription de Songololo. Cette province a voté Félix Tshisekedi fin décembre et aucun de ses ressortissants n’a encore eu à diriger le gouvernement.

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D’autres noms circulent également à Kinshasa. Parmi eux, celui de Judith Suminwa, cadre de l’UDPS et actuelle ministre du Plan, qui serait dans les bonnes grâces de Félix Tshisekedi. Mais aussi ceux de Nicolas Kazadi, le ministre des Finances, et de Jean-Pierre Lihau, vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique. Interrogée par Jeune Afrique, une source à la présidence affirme néanmoins que ces deux derniers « n’ont jamais été dans la course ».

Augustin Kabuya disait attendre que la Cour constitutionnelle tranche les derniers contentieux électoraux (ce qui vient d’être fait) avant de rendre son rapport final. Ce n’était pas qu’un détail puisque, de fait, la proclamation définitive des résultats des législatives était susceptible de modifier le poids des uns et des autres à l’Assemblée.

Sérieux prétendant

Dans tous les cas, et contrairement à ce qui s’était passé en 2019, quand chacun des postes au gouvernement avait été âprement négocié avec Joseph Kabila, Félix Tshisekedi est cette fois le seul maître du jeu. Et si son choix devait se porter hors des rangs de l’UDPS, peut-être considérerait-il Daniel Mukoko Samba.A lire : 

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Ancien ministre du Budget de Joseph Kabila dans le gouvernement Matata Ponyo Mapon, l’homme est originaire du Kongo-Central. Il préside l’Union congolaise (UCO) et est présenté comme un sérieux prétendant. Ces derniers mois, il a été au cœur de la stratégie politique de Félix Tshisekedi. Directeur politique de la campagne, il a participé à l’élaboration du programme du président candidat.

Son profil de technocrate discret, assez similaire à celui de Sama Lukonde Kyenge, reste un atout, selon certains observateurs. Il est à leurs yeux peu probable que le chef de l’État jette son dévolu sur l’un des poids lourds de l’Union sacrée qui menacerait de lui faire ombrage.

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