{"id":342,"date":"2018-04-19T04:50:49","date_gmt":"2018-04-19T04:50:49","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?page_id=342"},"modified":"2018-04-19T04:50:49","modified_gmt":"2018-04-19T04:50:49","slug":"parlementbelgeassassinatlumumba","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/congokin.blog\/?page_id=342","title":{"rendered":"Assassinat de Lumumba"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Conclusions de la Commission d\u2019enqu\u00eate Parlementaire visant \u00e0 d\u00e9terminer les circonstances exactes de l\u2019assassinat de Patrice Lumumba et l\u2019implication \u00e9ventuelle des responsables politiques belges<\/strong><\/span><\/p>\n<p>ARCHIVES\u00a0| 16 NOVEMBRE 2001<\/p>\n<p>Introduction<\/p>\n<p>Il faut bien se rendre compte que quand on lit des informations concernant ce dossier, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, quand on en discute, on a toujours tendance \u00e0 analyser et \u00e0 commenter les faits selon une vision actuelle du monde et en partant de la r\u00e9alit\u00e9 des institutions actuelles.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode examin\u00e9e se situe entre 1960 et 1961.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9galement, les principes fondamentaux de la d\u00e9mocratie et les r\u00e8gles de base de la politique internationale aient \u00e9t\u00e9 pleinement applicables, il est utile de rappeler le contexte historique, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019\u00e0 certains \u00e9gards, les crit\u00e8res, l\u2019\u00e9thique et les normes qui r\u00e9gissaient le politiquement correct sur le plan international \u00e9taient diff\u00e9rents de ce qu\u2019ils sont aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Le contexte belge \u00e9tait, lui aussi, diff\u00e9rent \u00e0 l\u2019\u00e9poque. La politique, les institutions, les \u00e9lites et les m\u00e9dias belges fonctionnaient autrement qu\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Le contexte international, lui aussi, \u00e9tait radicalement diff\u00e9rent. Il ne faut pas perdre de vue que les faits se d\u00e9roulent au plus fort de la guerre froide. En raison de celle-ci, chaque action ou acte accompli par un pays, ou par ses leaders, \u00e9tait enregistr\u00e9 et analys\u00e9, parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde, \u00e0 la lumi\u00e8re de la situation internationale et de la lutte anticommuniste. Non seulement les rapports de la S\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et des services de renseignement, mais \u00e9galement les comptes rendus du Conseil des ministres et des m\u00e9dias en attestent.<\/p>\n<p>Il ne faut pas non plus oublier quel \u00e9tait le climat politique ambiant et quelles informations paraissaient \u00e0 ce sujet dans les m\u00e9dias. L\u2019opinion publique belge a en effet \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 longueur de journ\u00e9e, tant dans la presse \u00e9crite que dans la presse audiovisuelle, \u00e0 des r\u00e9cits tragiques d\u2019assassinat et de viol, faits par des compatriotes qui s\u2019\u00e9taient enfuis en abandonnant tous leurs biens.<\/p>\n<p>Le grand public a imput\u00e9, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, la responsabilit\u00e9 de ces exactions \u00e0 une personne, \u00e0 savoir Patrice Lumumba, et a exig\u00e9 que le gouvernement r\u00e9agisse \u00e9nergiquement.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements s\u2019inscrivent dans le processus de d\u00e9colonisation qui s\u2019accomplissait sur le continent africain depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 50. Ce processus, pour lequel il n\u2019existait pas de recettes toutes faites, rev\u00eatait, dans de nombreux cas, un caract\u00e8re conflictuel.<\/p>\n<p>Les gouvernements des ann\u00e9es 50 ont nettement sous-estim\u00e9 le probl\u00e8me de la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p>Il y a \u00e9galement lieu d\u2019observer que la d\u00e9colonisation du Congo a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement rapide. D\u00e9j\u00e0 en 1955, le professeur Van Bilsen avait plaid\u00e9 pour un processus progressif. L\u2019ind\u00e9pendance du Congo, qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019une des hypoth\u00e8ses politiques r\u00e9alisables aux yeux de la Belgique, n\u2019a toutefois \u00e9merg\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s les \u00e9meutes de janvier 1959. Cinq mois apr\u00e8s la Conf\u00e9rence de la Table ronde de Bruxelles, o\u00f9 l\u2019ind\u00e9pendance a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e, celle-ci \u00e9tait un fait.<\/p>\n<p>Ce furent indubitablement l\u2019exigence, de plus en plus pressante, des dirigeants congolais eux-m\u00eames d\u2019obtenir l\u2019ind\u00e9pendance imm\u00e9diatement, d\u2019une part, et la crainte des pertes humaines et du co\u00fbt \u00e9conomique qu\u2019entra\u00eenerait une guerre d\u2019ind\u00e9pendance pour la Belgique, d\u2019autre part, qui expliquent que l\u2019ind\u00e9pendance ait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e dans la pr\u00e9cipitation, sans qu\u2019il y ait eu de r\u00e9flexion approfondie sur les conditions n\u00e9cessaires pour qu\u2019elle soit r\u00e9ussie. Il est incontestable que cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par la France en Alg\u00e9rie et en Indochine. Les autorit\u00e9s belges ont estim\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait indispensable d\u2019accorder rapidement l\u2019ind\u00e9pendance afin de prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats belges contres des influences \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>Il est manifeste que le passage d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre, du Congo, du statut de colonie \u00e0 celui d\u2019\u00c9tat souverain ne correspond pas \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la mentalit\u00e9 de certains Belges, qui demeurera encore longtemps impr\u00e9gn\u00e9e de colonialisme.<\/p>\n<p>La Commission n\u2019a pas voulu sous-estimer l\u2019importance de l\u2019intervention des \u00c9tats-Unis et de l\u2019ONU. Cette intervention n\u2019a toutefois \u00e9t\u00e9 prise en consid\u00e9ration que dans la mesure o\u00f9 elle permettait d\u2019expliquer l\u2019attitude ou l\u2019action de la Belgique.<\/p>\n<p>I- La lutte contre Lumumba<\/p>\n<p>Bien que le Congo f\u00fbt un \u00c9tat ind\u00e9pendant et souverain depuis le 30 juin 1960, force est de constater que ce statut n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la Belgique et plusieurs autres pays d\u2019intervenir directement dans les affaires int\u00e9rieures du Congo. Ceci doit \u00eatre distingu\u00e9 des actions humanitaires entreprises par le gouvernement belge pour prot\u00e9ger les Belges au Congo imm\u00e9diatement apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>M\u00eame s\u2019il a fallu attendre les r\u00e9solutions des Nations Unies, adopt\u00e9es par l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale en 1965, 1970 et 1981, pour que le principe de non-intervention soit repris dans le corpus de r\u00e8gles universel, ce principe figurait n\u00e9anmoins d\u00e9j\u00e0 dans le droit international en vigueur en 1960. C\u2019est ainsi que, dans la r\u00e9solution 290 (IV) du 1 er d\u00e9cembre 1949, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies invite les \u00c9tats \u00e0\u00a0: \u00a0\u00bb s\u2019abstenir [&#8230;] de tout acte direct ou indirect, visant \u00e0 compromettre la libert\u00e9, l\u2019ind\u00e9pendance ou l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat quel qu\u2019il soit, \u00e0 fomenter des luttes intestines [&#8230;] dans quelque Etat que ce soit \u00a0\u00bb (\u00a7 4). Dans sa r\u00e9solution 1236 (XII) du 14 d\u00e9cembre 1957, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies rappelle que les \u00c9tats doivent d\u00e9velopper \u00a0\u00bb des relations d\u2019amiti\u00e9 et de tol\u00e9rance fond\u00e9es \u00a0\u00bb notamment sur \u00a0\u00bb a non intervention dans les affaires int\u00e9rieures des \u00c9tats \u00a0\u00bb (3 e consid\u00e9rant).<\/p>\n<p>Ces principes ne seront certes pr\u00e9cis\u00e9s dans la D\u00e9claration de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies sur l\u2019inadmissibilit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence dans les affaires int\u00e9rieures des \u00c9tats qu\u2019en 1965 et ins\u00e9r\u00e9s en tant que tels dans la D\u00e9claration de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies du 24 octobre 1970 sur les principes du Droit international concernant les relations amicales et la coop\u00e9ration entre les \u00c9tats conform\u00e9ment \u00e0 la Charte des Nations Unies. On consid\u00e8re n\u00e9anmoins que ces textes se limitent \u00e0 codifier les r\u00e8gles coutumi\u00e8res existantes.<\/p>\n<p>Force est de constater par ailleurs que, m\u00eame apr\u00e8s le 30 juin, \u00e0 la suite de la signature du Trait\u00e9 d\u2019amiti\u00e9, d\u2019assistance et de coop\u00e9ration, la R\u00e9publique du Congo et le Royaume de Belgique ont continu\u00e9 d\u2019entretenir des relations privil\u00e9gi\u00e9es. En raison de la pr\u00e9sence de nombreux fonctionnaires et officiers belges, la Belgique et son ancienne colonie sont rest\u00e9es \u00e9troitement li\u00e9es. D\u2019autant plus qu\u2019une majorit\u00e9 de ces fonctionnaires et officiers estimaient que l\u2019on attendait d\u2019eux qu\u2019ils jouent un r\u00f4le important dans l\u2019\u00e9dification du nouvel \u00c9tat. Dans la pratique, les missions de ces fonctionnaires et officiers ne sont pas toujours apparues clairement, pas plus que n\u2019\u00e9tait clair de qui ils d\u00e9pendaient, bien que le statut pr\u00e9voie leur mise \u00e0 la disposition des autorit\u00e9s congolaises. Ce statut \u00e9tait pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 250 de la loi fondamentale du 19 mai 1960, dont la mise en oeuvre devait faire l\u2019objet de conventions pr\u00e9vues par le trait\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 du 30 juin 1960.<\/p>\n<p><strong>A- L\u2019\u00e9limination politique<\/strong><\/p>\n<p>Lumumba \u00e9tait une figure marquante, mais controvers\u00e9e. Les uns le tiennent pour un personnage satanique, tandis que les autres le consid\u00e8rent comme un v\u00e9ritable h\u00e9ros populaire. Ces derniers ont fait de Lumumba un mythe apr\u00e8s sa mort. Le fait est qu\u2019il \u00e9tait le premier Premier ministre d\u00e9mocratiquement \u00e9lu au Congo.<\/p>\n<p>Les diverses allocutions prononc\u00e9es le 30 juin 1960 confirment la m\u00e9fiance r\u00e9ciproque qui existe entre Lumumba et le gouvernement belge. Les r\u00e9actions des deux parties aux \u00e9v\u00e9nements qui ont suivi sont, sans nul doute, fortement influenc\u00e9es par cette m\u00e9fiance r\u00e9ciproque. D\u00e8s le d\u00e9but de la crise, qui a surpris le gouvernement belge, il est clair que l\u2019on assiste \u00e0 une rupture fondamentale entre Lumumba et le gouvernement belge et que, petit \u00e0 petit, non seulement le gouvernement belge, mais aussi d\u2019autres gouvernements ainsi que de nombreuses composantes de la soci\u00e9t\u00e9 belge et de la soci\u00e9t\u00e9 congolaise s\u2019emploient, de mani\u00e8re coordonn\u00e9e ou non, \u00e0 \u00e9liminer politiquement Lumumba. Les r\u00e9actions de l\u2019opinion publique aux \u00e9v\u00e9nements de juillet 1960 n\u2019ont fait que conforter le gouvernement belge dans son action, en particulier en ce qui concerne l\u2019intervention militaire qui, d\u2019un point de vue humanitaire, \u00e9tait ind\u00e9niablement une n\u00e9cessit\u00e9 et n\u2019a, par cons\u00e9quent, pas \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e d\u2019agression par les Nations unies. Ces derni\u00e8res ont toutefois demand\u00e9 le retrait des troupes.<\/p>\n<p>Ainsi qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9, le gouvernement belge subit les pressions d\u2019une opinion publique qui, si elle n\u2019est pas toujours bien inform\u00e9e, n\u2019est pas tendre dans le jugement qu\u2019elle porte sur les \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s au Congo apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0; il peut difficilement justifier une position strictement attentiste face aux graves dangers auxquels sont expos\u00e9s plusieurs dizaines de milliers d\u2019Europ\u00e9ens install\u00e9s au Congo et il s\u2019inqui\u00e8te des pertes \u00e9conomiques et financi\u00e8res que peut entra\u00eener la crise du Congo. En effet, certains groupes financiers belges poss\u00e9daient des int\u00e9r\u00eats consid\u00e9rables au Congo. L\u2019attention du pouvoir ex\u00e9cutif a fr\u00e9quemment \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e sur ce point.<\/p>\n<p>Entre le 10 et le 14 juillet, c\u2019est-\u00e0-dire entre le d\u00e9but de l\u2019intervention militaire belge et la rupture des relations diplomatiques, les deux parties se lancent des accusations de plus en plus virulentes, accusations qui d\u00e9bouchent sur une rupture totale. C\u2019est aussi durant cette p\u00e9riode que le gouvernement belge, qui estime qu\u2019il ne doit plus tenir compte du gouvernement Lumumba, fait des tentatives pour influencer la formation d\u2019un nouveau gouvernement congolais\u00a0:<br \/>\nle ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Wigny envoie le diplomate Andr\u00e9 Wendelen au Congo afin de sonder Bomboko en vue d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat\u00a0;<br \/>\nle ministre sans portefeuille Ganshof van der Meersch envoie un agent de la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (Athos) au Congo afin qu\u2019il fasse un travail de d\u00e9stabilisation politique en coulisses.<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on peut affirmer que le gouvernement belge n\u2019a eu, d\u00e8s le d\u00e9but, que peu de respect pour la souverainet\u00e9 du Congo.<\/p>\n<p>Le soutien apport\u00e9 par la Belgique au Katanga et au gouvernement de Tshombe constituera un \u00e9l\u00e9ment important dans le cadre de la lutte contre le gouvernement Lumumba. Ce n\u2019est pas tant la s\u00e9cession en soi qui constitue un objectif \u00e0 cet \u00e9gard que la restructuration conf\u00e9d\u00e9rale du Congo, par laquelle le gouvernement belge esp\u00e8re enlever \u00e0 Lumumba et \u00e0 son mouvement unitaire, le MNC, le fondement de leur pouvoir et la base \u00e9conomique de celui-ci. Le soutien apport\u00e9 par la Belgique \u00e0 la s\u00e9cession du Sud-Kasa\u00ef et les projets visant \u00e0 cr\u00e9er un Congo f\u00e9d\u00e9ral ou conf\u00e9d\u00e9ral s\u2019inscrivent \u00e9galement dans ce cadre. La politique belge se traduit par l\u2019envoi, \u00e0 Elisabethville, de la Mission technique belge dirig\u00e9e par Harold d\u2019Aspremont Lynden. Cette mission a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la mise en place, au Katanga, de structures \u00e9tatiques dans les domaines l\u00e9gal et militaire ainsi que dans le domaine de l\u2019information et du renseignement. La mission sera transform\u00e9e en un bureau-conseil plus restreint, qui fera rapport au ministre des Affaires africaines, tandis que le consul fait rapport au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>La politique du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies, Hammarskj\u00f6ld, qui fait p\u00e9n\u00e9trer les troupes onusiennes au Katanga \u00e0 partir du 12 ao\u00fbt, mais laisse provisoirement en place le gouvernement Tshombe, pr\u00e9cipitera la chute de Lumumba.<\/p>\n<p>Pour financer la politique men\u00e9e contre le gouvernement Lumumba, le gouvernement belge recourt aux \u00a0\u00bb fonds secrets \u00ab\u00a0, dont certains ont \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9s par le Parlement, et d\u2019autres, pas. La commission a retrouv\u00e9 la trace d\u2019au moins 50 millions de francs belges (ce qui correspond \u00e0 270 millions de francs belges actuels, selon l\u2019\u00e9volution de l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation communiqu\u00e9e par la Banque nationale de Belgique). Ces fonds ont servi \u00e0 subventionner la presse d\u2019opposition, \u00e0 fournir un soutien \u00e0 des hommes politiques, \u00e0 financer des campagnes radiophoniques (radio Makala) \u00e0 mettre sur pied des actions undercover. Ces fonds secrets \u00e9taient g\u00e9r\u00e9s au cabinet des ministres successifs des Affaires africaines. Il est impossible de d\u00e9terminer l\u2019origine de quelque cinquante millions de francs.<\/p>\n<p>Les actions soutenues par le gouvernement belge ne constituent qu\u2019une partie de l\u2019\u00a0\u00bb opposition belge \u00a0\u00bb au gouvernement Lumumba. La s\u00e9cession katangaise aurait \u00e9t\u00e9 impossible sans le soutien de l\u2019Union Mini\u00e8re, qui a fourni les moyens financiers n\u00e9cessaires \u00e0 la s\u00e9cession katangaise en payant des imp\u00f4ts au seul gouvernement de Tshombe. Nous constatons que la Formini\u00e8re a agi au Sud-Kasa\u00ef de mani\u00e8re similaire \u00e0 l\u2019Union Mini\u00e8re au Katanga. Par suite de la perte des recettes fiscales du Katanga et du Sud-Kasa\u00ef, le gouvernement Lumumba ne dispose quasiment plus de moyens financiers. Les int\u00e9r\u00eats du Katanga et de l\u2019Union Mini\u00e8re se m\u00ealaient d\u2019ailleurs \u00e0 plus d\u2019un \u00e9gard\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re g\u00e9rait des \u00e9coles et des h\u00f4pitaux ainsi que des ponts et des routes, situ\u00e9s sur le territoire de ses concessions. L\u2019Union Mini\u00e8re a par ailleurs tent\u00e9 de cr\u00e9er des groupes militaires et paramilitaires afin de d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats dans la lutte arm\u00e9e contre les partisans arm\u00e9s de Lumumba.<\/p>\n<p>L\u2019action belge entreprise contre le gouvernement Lumumba s\u2019acc\u00e9l\u00e8re au cours de la seconde moiti\u00e9 du mois d\u2019ao\u00fbt. Pendant cette p\u00e9riode, le consulat g\u00e9n\u00e9ral de Belgique \u00e0 Brazzaville (Dupret) joue un r\u00f4le important dans ce processus en encourageant l\u2019opposition ou en offrant un soutien logistique. Pendant cette p\u00e9riode, le Premier ministre Eyskens demande au pr\u00e9sident Kasa Vubu, par l\u2019entremise de Van Bilsen, conseiller de ce dernier, de r\u00e9voquer Lumumba. Par le biais de ses diplomates Westhof et Davignon, le ministre Wigny fournit d\u2019ailleurs au pr\u00e9sident Kasa Vubu un avis juridique sur une telle op\u00e9ration. Dans une note du 12 septembre 1960, le cabinet des Affaires africaines reconna\u00eet explicitement qu\u2019il soutient deux r\u00e9seaux \u00e0 L\u00e9opoldville, qui, \u00e0 la demande du d\u00e9partement, coordonnent d\u00e9sormais leurs activit\u00e9s. L\u2019un de ces canaux passait par des dirigeants syndicaux, l\u2019autre, par le monde acad\u00e9mique. La pr\u00e9sence de personnes d\u2019inspiration diversifi\u00e9e montre le caract\u00e8re multiple et les motivations h\u00e9t\u00e9roclites de ceux qui \u00e9taient oppos\u00e9s \u00e0 Lumumba.<\/p>\n<p>L\u2019action belge se situe dans un ensemble plus vaste de forces d\u2019opposition. Ainsi, la rupture entre Lumumba et le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies Hammarskj\u00f6ld joue \u00e9galement un r\u00f4le crucial dans la chute du Premier ministre congolais, d\u2019une part, parce qu\u2019elle incite Lumumba \u00e0 rechercher (ouvertement) le soutien de l\u2019Union sovi\u00e9tique et, d\u2019autre part, parce qu\u2019elle incite les \u00c9tats-Unis \u00e0 organiser (en coulisse) une opposition active contre Lumumba (avec l\u2019\u00e9laboration des premiers projets d\u2019\u00e9limination physique). Les \u00c9tats-Unis craignent en effet une d\u00e9sint\u00e9gration de la force des Nations unies, d\u00e9sint\u00e9gration qui ouvrirait la porte \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique. Sous cet angle, la pression des diplomates am\u00e9ricains et onusiens constitue d\u00e8s lors un facteur important dans la destitution de Lumumba.<\/p>\n<p>En raison de la nature m\u00eame de sa mission, la commission a concentr\u00e9 ses activit\u00e9s sur la d\u00e9termination \u00e9ventuelle de responsabilit\u00e9s belges dans l\u2019assassinat de Patrice Lumumba. Il est toutefois \u00e9vident qu\u2019une action belge ou m\u00eame am\u00e9ricaine n\u2019avait gu\u00e8re de chance d\u2019aboutir, sinon aucune, sans l\u2019existence d\u2019une opposition interne au Congo lui-m\u00eame, soutenue par la Belgique, comme d\u00e9montr\u00e9 plus haut. Cette opposition s\u2019est dessin\u00e9e de tr\u00e8s bonne heure, notamment par l\u2019action publique d\u2019opposants connus de Lumumba tels Bolikango et Kalonji, qui pouvaient compter sur de solides soutiens \u00e0 L\u00e9opoldville. Certaines sources soulignent le r\u00f4le important qu\u2019ils auraient jou\u00e9 dans la mutinerie de la Force Publique qui a d\u00e9but\u00e9 par des slogans hostiles \u00e0 Lumumba lui-m\u00eame. L\u2019antagonisme entre la Conakat de Tshombe et Munongo et le MNC de Lumumba est une des causes de la s\u00e9cession katangaise. Apr\u00e8s la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique, le S\u00e9nat congolais va devenir, avec des hommes politiques tels Ileo et Adoula, un c\u00e9nacle dans lequel la politique du gouvernement Lumumba et surtout la politique de propagande du ministre Kashamura sont pass\u00e9es au crible. La politique de Kashamura s\u2019est heurt\u00e9e \u00e0 une r\u00e9sistance, m\u00eame dans les milieux eccl\u00e9siastiques, tandis que la politique \u00e9conomique d\u00e9clenchait l\u2019opposition des milieux syndicaux (tant chr\u00e9tiens que non chr\u00e9tiens). Le caract\u00e8re extraParlementaire, et plus tard m\u00eame extral\u00e9gal de l\u2019opposition va s\u2019accentuer tandis que le gouvernement Lumumba recourt de son c\u00f4t\u00e9 \u00e0 des mesures d\u2019exception pour se maintenir en place (censure de la presse et tribunaux d\u2019exception). Au cours de la deuxi\u00e8me quinzaine d\u2019ao\u00fbt, l\u2019opposition gagne \u00e9galement en violence dans les milieux de la Jabako et de la Jepuna, qui ont form\u00e9 des milices \u00e0 l\u2019instar de la Jeunesse lumumbiste. La campagne de l\u2019ANC contre la s\u00e9cession du Sud-Kasa\u00ef va attiser les oppositions congolaises internes et finalement entra\u00eener la rupture entre Lumumba et Kasavubu.<\/p>\n<p>La crise congolaise \u00e9tait d\u2019ailleurs \u00e9galement une crise interne d\u2019un pays immense, pr\u00e9sentant une grande diversit\u00e9 dans tous les domaines, dans lequel les forces centrifuges gagnaient du terrain par suite de la disparition de l\u2019administration coloniale et en raison de l\u2019absence de partis nationaux forts, d\u2019une administration solide et d\u2019une arm\u00e9e disciplin\u00e9e.<\/p>\n<p>Il ressort de ce qui pr\u00e9c\u00e8de qu\u2019il faut admettre diverses responsabilit\u00e9s aussi bien nationales qu\u2019\u00e9trang\u00e8res dans la destitution du Premier ministre Lumumba le 5 septembre 1960.<\/p>\n<p>\u00c0 partir du 5 septembre 1960 s\u2019ouvrit une p\u00e9riode de troubles institutionnels. Lumumba ne voulut pas c\u00e9der et le nouveau Premier ministre, Joseph Ileo, ne parvint pas \u00e0 consolider son pouvoir. Le colonel Mobutu neutralisa les deux parties et mit en place son coll\u00e8ge de commissaires g\u00e9n\u00e9raux. Cette action surprend le gouvernement belge. Mobutu n\u2019\u00e9tait pas encore, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, un personnage incarnant une force politique et ne pouvait donc pas encore compter sur le soutien unanime de l\u2019arm\u00e9e. Un modus vivendi fut finalement trouv\u00e9 \u00e0 L\u00e9opoldville entre ces pouvoirs rivaux\u00a0: Kasavubu, Bomboko et Mobutu s\u2019unirent dans leur lutte contre Lumumba. Le gouvernement belge a d\u2019embl\u00e9e soutenu Kasavubu et Ileo vigoureusement et sans \u00e9quivoque, m\u00eame si les relations diplomatiques avec le Congo \u00e9taient toujours rompues. Il mit ses canaux diplomatiques \u00e0 la disposition de Kasavubu, prodigua des conseils d\u2019ordre politique et juridique, insista pour la nomination de ses ministres, poussa Il\u00e9o \u00e0 agir et finan\u00e7a m\u00eame l\u2019impression en Belgique du moniteur congolais contenant les arr\u00eat\u00e9s de destitution de Lumumba.<\/p>\n<p>Durant cette p\u00e9riode, le gouvernement belge se montra tout particuli\u00e8rement soucieux des agissements de Lumumba. Apr\u00e8s avoir accord\u00e9 son soutien \u00e0 son \u00e9viction comme Premier ministre, il voulut \u00e9viter son retour au pouvoir, \u00e9ventualit\u00e9 qui \u00e9tait bien r\u00e9elle. La premi\u00e8re mesure en ce sens, et la plus importante, sur laquelle le gouvernement belge insista fortement, fut l\u2019arrestation de Lumumba (\u00a0\u00bb mettre hors d\u2019\u00e9tat de nuire \u00ab\u00a0, selon les propres termes du ministre Wigny).<\/p>\n<p>Le 10 octobre, quand Mobutu se d\u00e9cida \u00e0 arr\u00eater Lumumba, ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait refus\u00e9 de faire jusqu\u2019alors, il \u00e9tait pr\u00e9vu que l\u2019op\u00e9ration se r\u00e9alise en \u00e9change de la promesse belge d\u2019une assistance militaire et technique \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e Nationale Congolaise (ANC). Le gouvernement belge s\u2019opposa par la suite \u00e0 toute forme de r\u00e9conciliation, directe ou indirecte, entre dirigeants congolais. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il faut comprendre l\u2019expression \u00a0\u00bb \u00e9limination d\u00e9finitive \u00ab\u00a0, utilis\u00e9e par le ministre d\u2019Aspremont Lynden dans un t\u00e9lex du 6 octobre 1960 envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019ambassadeur Rothschild \u00e0 Elisabethville.<\/p>\n<p><strong>B- L\u2019\u00e9limination physique<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019intervention belge visant \u00e0 \u00e9liminer politiquement Lumumba va toutefois de pair avec d\u2019autres actions qui se d\u00e9roulent dans un contexte plus trouble et que l\u2019on peut qualifier de \u00a0\u00bb covert actions \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>La commission tient \u00e0 faire une nette distinction entre l\u2019opposition politique vis\u00e9e au point A et les tentatives d\u2019\u00e9limination physique de Lumumba.<\/p>\n<p>1.Les plans et les projets non-aboutis<\/p>\n<p>Il y a eu des projets d\u2019assassinat de Lumumba\u00a0: cela ne fait aucun doute.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, les experts ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une analyse approfondie du r\u00f4le jou\u00e9 par Loos et Marli\u00e8re. Le major Jules Loos \u00e9tait le conseiller militaire du minist\u00e8re des Affaires africaines\u00a0; le lieutenant-colonel Louis Marli\u00e8re \u00e9tait, quant \u00e0 lui, l\u2019ancien officier de la Force publique, rest\u00e9 \u00e0 Brazzaville et devenu conseiller du colonel Mobutu d\u00e9but octobre. Les deux hommes ont op\u00e9r\u00e9 sous la couverture et sous la responsabilit\u00e9 politique du ministre d\u2019Aspremont Lynden. L\u2019analyse de leurs t\u00e9lex nous apprend qu\u2019ils se sont occup\u00e9s\u00a0:<br \/>\nde livraisons d\u2019armes\u00a0;<br \/>\ndu soutien \u00e0 l\u2019arrestation de Lumumba\u00a0;<br \/>\nde l\u2019action 58316, dont la port\u00e9e n\u2019est pas tr\u00e8s claire, mais dans le cadre de laquelle un attentat contre Lumumba aurait pu trouver sa place (c\u2019est dans ce cadre que se situe l\u2019intervention de l\u2019ancien r\u00e9sistant Edouard Pilaet)\u00a0;<br \/>\nde l\u2019enl\u00e8vement de Lumumba. Le commandant No\u00ebl Dedeken en avait re\u00e7u l\u2019ordre du g\u00e9n\u00e9ral Charles Cumont, chef d\u2019\u00e9tat-major de l\u2019arm\u00e9e belge, par l\u2019interm\u00e9diaire du major Loos. Il fut \u00e9paul\u00e9 \u00e0 Brazzaville par Marli\u00e8re.<\/p>\n<p>Durant la m\u00eame p\u00e9riode, il y eut, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00a0\u00bb plans \u00a0\u00bb am\u00e9ricains, des projets belges pour \u00e9liminer physiquement Lumumba. Une premi\u00e8re indication \u00e0 ce sujet date d\u2019avant le 5 septembre 1960, lorsque l\u2019on sugg\u00e9ra de mettre sur pied une \u00a0\u00bb Op\u00e9ration-L \u00ab\u00a0, dans le cadre de laquelle il \u00e9tait propos\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 une substitution de m\u00e9dicaments. Les initiateurs de ce projet nous sont inconnus, mais il pourrait s\u2019agir d\u2019agents de l\u2019ancien service de s\u00e9curit\u00e9 belgo-congolais. D\u00e9but octobre, un certain journaliste d\u00e9nomm\u00e9 Bogaerts affirme qu\u2019il est venu au Congo pour assassiner Lumumba. Au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 de novembre, un tueur \u00e0 gages, le Grec \u00a0\u00bb Georges \u00ab\u00a0, est envoy\u00e9 de Bruxelles au Congo sur instruction de Jo G\u00e9rard.<\/p>\n<p>Les deux premiers projets d\u2019assassinat de Lumumba n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 suivis d\u2019un d\u00e9but de pr\u00e9paration concr\u00e8te. Le deuxi\u00e8me n\u2019a une existence qu\u2019\u00e0 travers la vantardise de son auteur. Celui de Jo G\u00e9rard a fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9but d\u2019ex\u00e9cution avort\u00e9e par une escroquerie.<\/p>\n<p>La Commission constate en outre\u00a0:<br \/>\nqu\u2019en ce qui concerne l\u2019ex\u00e9cution de certains plans, certains fonctionnaires belges ont \u00e9galement apport\u00e9 leur collaboration sur place \u00e0 Brazzaville et \u00e0 L\u00e9opoldville\u00a0;<br \/>\nque l\u2019on n\u2019a pas trouv\u00e9 trace d\u2019un ordre ou d\u2019une action quelconque visant \u00e0 d\u00e9jouer ces plans\u00a0;<br \/>\nqu\u2019aucune proc\u00e9dure disciplinaire n\u2019a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard des fonctionnaires, fussent-ils diplomates, officiers ou agents de s\u00e9curit\u00e9, qui ont eu connaissance de ces plans ou y ont particip\u00e9 et qui ne relevaient pas de la responsabilit\u00e9 politique d\u2019un ministre.<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li>L\u2019assassinat de Lumumba, Mpolo et Okito \u00e0 Elisabethville<\/li>\n<\/ol>\n<p>\u00c0 l\u2019examen, nous constatons qu\u2019il n\u2019est question ni de Mpolo, ni d\u2019Okito dans les telex \u00e9chang\u00e9s. Ces deux personnes ne font leur apparition qu\u2019\u00e0 l\u2019a\u00e9roport, comme par hasard. On observera cependant qu\u2019en cas de changement \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat, Mpolo \u00e9tait le concurrent de Mobutu et Okito \u00e9tait candidat au remplacement de Kasa Vubu.<\/p>\n<p>Deux choses sont tr\u00e8s vite \u00e9tablies avec certitude\u00a0: l\u2019objectif du gouvernement belge est d\u2019emprisonner Lumumba et de le transf\u00e9rer au Katanga. Conform\u00e9ment aux instructions des ministres comp\u00e9tents et de leurs cabinets, les Belges pr\u00e9sents \u00e0 L\u00e9opoldville et \u00e0 Brazzaville s\u2019emploient \u00e0 atteindre ces objectifs. On observera que, dans les avis qu\u2019ils donnent au gouvernement katangais, les conseillers belges au Katanga se sont toujours prononc\u00e9s contre un tel transfert, parce qu\u2019ils y voyaient un danger pour la position du Katanga.<\/p>\n<p>\u00c0 une exception pr\u00e8s (t\u00e9lex Dupret \u00e0 Belext, Brazza 64, 17 janvier 1961) on ne trouve, avant le d\u00e9but de l\u2019op\u00e9ration elle-m\u00eame, dans les t\u00e9lex relatifs au transfert au Katanga, pas la moindre pr\u00e9occupation quant \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique de Patrice Lumumba.<\/p>\n<p>Bien que Lumumba ait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 en vertu d\u2019un mandat d\u2019amener datant de Septembre 1960 fond\u00e9 sur des chefs d\u2019accusation pr\u00e9cis, dans aucun des nombreux t\u00e9lex \u00e9chang\u00e9s apr\u00e8s la destitution de Lumumba, au cours de sa mise en r\u00e9sidence surveill\u00e9e dans sa demeure de fonction, lors de sa fuite ou lors de son incarc\u00e9ration au camp militaire de Thysville et finalement lors de son transfert au Katanga, les instances gouvernementales belges n\u2019ont jamais insist\u00e9 pour qu\u2019il y ait un proc\u00e8s. Une r\u00e8gle essentielle d\u2019un \u00c9tat de droit veut que personne ne soit maintenu en d\u00e9tention que sur d\u00e9cision d\u2019un juge ou \u00e0 la suite d\u2019une d\u00e9cision de justice.<\/p>\n<p>Au cours d\u2019un d\u00e9bat tenu en commission des Affaires \u00e9trang\u00e8res de la Chambre des repr\u00e9sentants le 13 d\u00e9cembre 1960, le d\u00e9put\u00e9 Jos Van Eynde avait pourtant fait observer aux ministres concern\u00e9s que la vie de Lumumba pouvait \u00eatre en danger au Katanga. A l\u2019appui de sa d\u00e9claration, Van Eynde avait cit\u00e9 un ordre donn\u00e9 le 13 ao\u00fbt par Munongo aux chefs de peloton de la gendarmerie katangaise (\u00a0\u00bb [&#8230;] s\u2019il arrivait \u00e0 entrer au Katanga d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. Il doit, en ce cas, dispara\u00eetre \u00ab\u00a0).<\/p>\n<p>On observera \u00e9galement qu\u2019ayant s\u00e9journ\u00e9 au Katanga, de juillet \u00e0 ao\u00fbt 1960, en qualit\u00e9 de chef de la Mission technique belge, le ministre d\u2019Aspremont Lynden aurait d\u00fb pouvoir se faire personnellement une id\u00e9e de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des dirigeants katangais et du risque que l\u2019on faisait courir \u00e0 Lumumba en le transf\u00e9rant au Katanga. En outre, le ministre disposait, notamment en la personne du major Loos, conseiller militaire, d\u2019un collaborateur entreprenant qui poss\u00e9dait une bonne exp\u00e9rience du Congo et entretenait d\u2019excellents contacts au Katanga. Enfin, il n\u2019est pas non plus inutile de rappeler que maints conseillers, diplomates ou fonctionnaires belges ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7us au cabinet du ministre des Affaires africaines lorsqu\u2019ils sont rentr\u00e9s pour quelque temps de L\u00e9opoldville, Brazzaville ou Elisabethville.<\/p>\n<p>Le Chef de l\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 au moins une fois, par le biais d\u2019une lettre du major Weber adress\u00e9e \u00e0 Son chef de cabinet, que la vie de Lumumba \u00e9tait menac\u00e9e. Il est prouv\u00e9 que le Roi a pris connaissance de cette lettre.<\/p>\n<p>Aucun signe de r\u00e9probation ou de pr\u00e9occupation concernant la possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9limination physique de Lumumba n\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, que ce soit au major Weber, au pr\u00e9sident Tshombe ou aux autorit\u00e9s congolaises de L\u00e9opoldville. Aucun \u00e9l\u00e9ment indiquant que le gouvernement ou les ministres comp\u00e9tents ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de cette lettre n\u2019a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de Lumumba au Katanga, qui a surpris les conseillers belges, ceux-ci adoptent une attitude tr\u00e8s attentiste. Rien n\u2019indique qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s au processus d\u00e9cisionnel &#8211; qui a finalement d\u00e9bouch\u00e9 sur l\u2019ex\u00e9cution &#8211; ou qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s \u00e0 ce sujet. Rien n\u2019indique non plus qu\u2019une action ait \u00e9t\u00e9 entreprise afin d\u2019emp\u00eacher l\u2019ex\u00e9cution, intervenue moins de cinq heures apr\u00e8s son arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>Lumumba a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 sur l\u2019ordre des autorit\u00e9s katangaises, qui avaient \u00e9galement donn\u00e9 leur accord pour son transfert. Si l\u2019on ne peut pas d\u00e9terminer pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 quel moment et de quelle mani\u00e8re les autorit\u00e9s katangaises ont pris la d\u00e9cision d\u2019assassiner Lumumba et ses compagnons d\u2019infortune, Mpolo et Okito, on n\u2019a pas d\u2019autre choix que de qualifier cet acte de meurtre avec pr\u00e9m\u00e9ditation. Il y a lieu d\u2019entendre par l\u00e0 que ce crime a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Des ministres katangais ont assist\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution, qui a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e par des gendarmes et des policiers katangais en pr\u00e9sence d\u2019un commissaire de police et de trois officiers de nationalit\u00e9 belge, qui \u00e9taient toutefois plac\u00e9s sous l\u2019autorit\u00e9, le commandement et le contr\u00f4le des autorit\u00e9s katangaises.<\/p>\n<p>A aucun moment le gouvernement belge n\u2019a protest\u00e9 aupr\u00e8s du gouvernement katangais contre l\u2019assassinat de Lumumba, de M\u2019polo et d\u2019Okito. Le gouvernement ne fait pas non plus savoir que l\u2019on d\u00e9plore ou r\u00e9prouve les faits.<\/p>\n<p>M\u00eame au moment o\u00f9 au moins quelques membres du gouvernement sont au courant de l\u2019ex\u00e9cution, l\u2019on continue \u00e0 nier toute implication dans le transfert de Lumumba et \u00e0 d\u00e9mentir que l\u2019on sache quoi que ce soit concernant son sort, et ce, tant vis-\u00e0-vis de l\u2019opinion publique qu\u2019au cours de r\u00e9unions \u00e0 huis clos avec les partenaires de l\u2019OTAN.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<ol start=\"21\">\n<li>En ce qui concerne les circonstances pr\u00e9cises dans lesquelles Patrice Lumumba a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9\u00a0: apr\u00e8s une analyse approfondie, il peut \u00eatre admis avec un grand degr\u00e9 de probabilit\u00e9 que le 17 janvier 1961 entre 21.40 heures et 21.43 heures, Lumumba a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 en forme d\u2019ex\u00e9cution dans la brousse, dans les cinq heures suivant son arriv\u00e9e au Katanga (pour la description d\u00e9taill\u00e9e la commission renvoie aux constatations des experts).<\/li>\n<li>En ce qui concerne l\u2019implication \u00e9ventuelle d\u2019hommes politiques belges\u00a0:<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le transfert de Lumumba au Katanga a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par les autorit\u00e9s congolaises de L\u00e9opoldville. Elles ont, pour ce faire, b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du soutien d\u2019instances gouvernementales belges, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment des ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res et des Affaires africaines et de leurs collaborateurs. Les conseillers belges en poste \u00e0 L\u00e9opoldville ont pr\u00eat\u00e9 leur concours \u00e0 l\u2019organisation du transfert.<\/p>\n<p>Il ne ressort d\u2019aucun document ni d\u2019aucun t\u00e9moignage dont la commission a pris connaissance que le gouvernement belge ou un de ses membres a donn\u00e9 l\u2019ordre d\u2019\u00e9liminer physiquement Lumumba.<\/p>\n<p>Il ne ressort pas de l\u2019enqu\u00eate qu\u2019il y a eu pr\u00e9m\u00e9ditation d\u2019assassiner ou de faire assassiner Lumumba dans le chef des autorit\u00e9s belges lorsque celles-ci se sont efforc\u00e9es de le faire transf\u00e9rer au Katanga.<\/p>\n<p>Il est cependant manifeste que le gouvernement ne s\u2019est pas pr\u00e9occup\u00e9 de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique de Lumumba. Il consid\u00e9rait la s\u00e9curit\u00e9 de Lumumba comme secondaire, compar\u00e9e \u00e0 d\u2019autres int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>En ne prenant pas en consid\u00e9ration les risques \u00e9ventuels que pr\u00e9sentait le transfert et en ne demandant pas de garanties en ce qui concerne l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique ou en n\u2019instant m\u00eame pas pour que lui soit r\u00e9 serv\u00e9 un traitement conforme \u00e0 la dignit\u00e9 humaine et un proc\u00e8s normal, le gouvernement belge et, en particulier, le ministre des Affaires africaines ont fait preuve d\u2019un manque de pr\u00e9caution et de respect \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00c9tat de droit.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pris connaissance des \u00e9v\u00e9nements du 17 janvier, le gouvernement, du moins certains de ses membres, a adopt\u00e9 une attitude irresponsable en optant pour la propagation de mensonges \u00e0 l\u2019intention de l\u2019opinion publique et de ses alli\u00e9s. Cette attitude a in\u00e9luctablement suscit\u00e9 des doutes quant au r\u00f4le des autorit\u00e9s belges.<\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, tenant compte des normes de la morale publique d\u2019aujourd\u2019hui et sans entrer dans les consid\u00e9rations morales personnelles de l\u2019\u00e9poque, la commission est amen\u00e9e \u00e0 conclure que certains membres du gouvernement belge et d\u2019autres acteurs belges ont une responsabilit\u00e9 morale dans les circonstances qui ont conduit \u00e0 la mort de Lumumba.<\/p>\n<p>II- Constatations<\/p>\n<p>Un pass\u00e9 toujours pr\u00e9sent La commission estime que ni la population congolaise, ni les Belges n\u2019ont exorcis\u00e9 les d\u00e9mons du pass\u00e9. Des griefs sont formul\u00e9s de part et d\u2019autre \u00e0 propos des \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s pendant la p\u00e9riode coloniale et post-coloniale.<\/p>\n<p>Le champ d\u2019investigation de la commission ne concernait qu\u2019une partie limit\u00e9e, f\u00fbtelle importante, de ce passe non \u00a0\u00bb dig\u00e9r\u00e9 \u00ab\u00a0. Nombre de griefs sur lesquels ni le monde acad\u00e9mique ni le monde politique n\u2019ont pu faire la lumi\u00e8re continuent de tourmenter les esprits.<\/p>\n<p><strong>Dysfonctionnements dans le processus d\u00e9cisionnel<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li>On constate un manque de transparence de la politique mise en oeuvre et un manque de coordination dans le chef des diff\u00e9rents ministres concern\u00e9s par la politique congolaise. Bien que le conseil de cabinet discute r\u00e9guli\u00e8rement des probl\u00e8mes congolais et prenne aussi des d\u00e9cisions \u00e0 ce sujet, souvent \u00e0 la demande expresse du ministre Wigny en vue d\u2019obtenir des directives, force est de constater que ces d\u00e9cisions sont plut\u00f4t vagues et sont mises en oeuvre diff\u00e9remment par les ministres concern\u00e9s sur le terrain.<\/li>\n<\/ol>\n<p>La commission constate par ailleurs que le partage des comp\u00e9tences entre un certain nombre de ministres est mal d\u00e9fini, plus particuli\u00e8rement entre le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Wigny et le ministre des Affaires africaines d\u2019Aspremont Lynden. Il y avait \u00e9galement une diff\u00e9rence de vues. Les comp\u00e9tences de ce dernier s\u2019av\u00e8rent tr\u00e8s extensibles. Elles s\u2019exercent non seule ment sur les r\u00e9gions sous tutelle du Ruanda-Urundi, mais \u00e9galement, dans la pratique, sur le Congo, du fait de l\u2019assistance technique.<\/p>\n<p>Un autre aspect de cette r\u00e9partition chaotique des comp\u00e9tences concerne le contr\u00f4le des militaires belges au Congo. Cette comp\u00e9tence \u00e9chappe au ministre de la D\u00e9fense (apr\u00e8s octobre 1960) et revient au ministre des Affaires africaines. La politique katangaise \u00e9chappait de ce fait dans une large mesure au contr\u00f4le des Affaires \u00e9trang\u00e8res<\/p>\n<ol>\n<li>L\u2019utilisation r\u00e9guli\u00e8re de flux d\u2019informations et de d\u00e9cisions directs ne suivant pas la voie hi\u00e9rarchique a contribu\u00e9 aux d\u00e9ficiences constat\u00e9es dans le processus d\u00e9cisionnel ainsi qu\u2019\u00e0 des erreurs d\u2019\u00e9valuation. C\u2019est ainsi que le r\u00e9seau du major Loos s\u2019est soustrait au regard du monde politique, mais est intervenu de mani\u00e8re \u00e9nergique.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Il y avait \u00e9galement une bonne entente entre les fonctionnaires, les militaires et les diplomates aux diff\u00e9rents niveaux et postes, qui intervenaient solidairement en fonction de leur vision de la Belgique et de leur m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde politique.<\/p>\n<ol>\n<li>En outre et cumulativement, les dysfonctionnements sous a\/ et b\/ sont encore renforc\u00e9s par le fait que de nombreuses d\u00e9cisions importantes sont prises en r\u00e9alit\u00e9 par des officiers, des diplomates ou des fonctionnaires. Au d\u00e9partement de la D\u00e9fense, c\u2019est le g\u00e9n\u00e9ral Cumont, le chef d\u2019\u00e9tat-major, qui joue un r\u00f4le d\u00e9terminant. Au d\u00e9partement des Affaires \u00e9trang\u00e8res la politique est d\u00e9finie dans une large mesure par la cellule Congo de Rothschild, dont font partie, notamment, Davignon et Lebrun. Aux Affaires africaines, le conseiller militaire du ministre, le major Loos, sera \u00e9galement appel\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le crucial.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Il existe \u00e9galement des indications dont il ressort que les ministres n\u2019ont pas toujours \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s compl\u00e8tement par leurs collaborateurs.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00f4le du chef de l\u2019\u00c9tat<\/strong><\/p>\n<p>La commission a constat\u00e9 qu\u2019il y avait un d\u00e9saccord entre le chef de l\u2019\u00c9tat et le gouvernement sur certains aspects de la politique congolaise.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9saccord a dans certains cas conduit le chef de l\u2019\u00c9tat \u00e0 poser des actes autonomes. En outre la commission a constat\u00e9 que le chef de l\u2019\u00c9tat a obtenu des informations importantes dont il n\u2019a probablement pas inform\u00e9 le gouvernement.<\/p>\n<p><strong>Contr\u00f4le du gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>La commission conclut que le contr\u00f4le exerc\u00e9 par le Parlement sur la politique \u00e9trang\u00e8re et africaine mises en oeuvre a \u00e9t\u00e9 insuffisant.<\/p>\n<p>Le gouvernement a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9luder aussi bien le contr\u00f4le du Parlement que celui de la Cour des comptes en ce qui concerne le pr\u00e9l\u00e8vement et l\u2019affectation de fonds. La commission a trouv\u00e9 des preuves du fait que des fonds dits secrets d\u2019un montant de 50 millions de francs belges au moins (ce qui correspond \u00e0 270 millions de francs belges actuels selon l\u2019\u00e9volution de l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation communiqu\u00e9e par la Banque nationale de Belgique) ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s, alors que le Parlement et la Cour des comptes n\u2019ont eu connaissance que de l\u2019utilisation de 20 millions de francs belges.<\/p>\n<p>Il y a \u00e9galement lieu d\u2019observer que l\u2019affectation de ces fonds est critiquable.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00c9tat de droit<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li>Infractions au droit international<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le gouvernement belge devait \u00a0\u00bb s\u2019abstenir de toute action directe ou indirecte visant \u00e0 menacer la libert\u00e9, l\u2019ind\u00e9pendance ou l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de tout \u00c9tat, \u00e0 encourager la lutte interne dans tout \u00c9tat (&#8230;). \u00a0\u00bb [\u00a7 4 de la r\u00e9solution n\u00b0\u00a0290 (IV) du 1 er d\u00e9cembre 1949, traduction].<\/p>\n<p>La commission constate que cette r\u00e9solution des Nations unies a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e, par le d\u00e9veloppement d\u2019une politique dirig\u00e9e contre un gouvernement d\u00e9mocratiquement \u00e9lu.<\/p>\n<p>Le gouvernement a \u00e9galement viol\u00e9 la r\u00e9solution des Nations unies du 20 septembre 1960, en effectuant des livraisons d\u2019armes et en accordant une aide \u00e0 diverses parties.<\/p>\n<ol>\n<li>Infractions au droit interne<\/li>\n<\/ol>\n<p>Outre les infractions susmentionn\u00e9es aux lois coordonn\u00e9es sur la comptabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, il y a lieu de souligner qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 fait preuve d\u2019un tr\u00e8s grand laxisme, voire de passivit\u00e9, face \u00e0 des actes incrimin\u00e9s en Belgique (recrutement de mercenaires, pr\u00e9parations d\u2019attentats, etc.) et dont des organes du pouvoir avaient eu connaissance.<\/p>\n<p><strong>S\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et s\u00e9curit\u00e9 militaire<\/strong><\/p>\n<p>Nombre de messages et d\u2019informations parviennent \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 militaire, qui les incorporent dans des rapports\u00a0: l\u2019exactitude et la qualit\u00e9 des informations laissent souvent \u00e0 d\u00e9sirer. Les informations essentielles et pertinentes (par exemple, \u00e0 propos de la mort de Lumumba) ne sont pas transmises ou sont communiqu\u00e9es trop tard.<\/p>\n<p><strong>La situation des fonctionnaires belges<\/strong><\/p>\n<p>Le gouvernement belge a omis d\u2019informer clairement les fonctionnaires belges au Congo sur leurs droits et leurs devoirs aff\u00e9rents \u00e0 leur mise \u00e0 la disposition des autorit\u00e9s congolaises. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 atteint son paroxysme en ce qui concerne certains fonctionnaires, qui, bien qu\u2019ils exercent une fonction de conseiller aupr\u00e8s de ministres congolais, font directement rapport \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat belge ou \u00e0 d\u2019autres services.<\/p>\n<p><strong>Int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 certains moments, en ce qui concerne le Katanga, il y a une confusion entre des int\u00e9r\u00eats publics et priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Des agents de l\u2019\u00c9tat, li\u00e9s \u00e0 la Mission technique belge ou au Bureau-conseil ont utilis\u00e9 pour leur fonctionnement au Katanga des avances et d\u2019autres facilit\u00e9s de l\u2019Union mini\u00e8re du Haut Katanga.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tat des archives<\/strong><\/p>\n<p>La commission a constat\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion de ses travaux, que d\u2019importantes archives officielles, dont celles du chef de l\u2019\u00c9tat, risquent de se perdre si l\u2019on ne prend pas les mesures qui s\u2019imposent. En outre, les moyens dont on dispose actuellement, tant sur le plan technique qu\u2019en ce qui concerne les effectifs, ne permettent pas de conserver des archives dignes de ce nom.<\/p>\n<p>La commission constate que le travail d\u2019expertise et d\u2019enqu\u00eate visant \u00e0 d\u00e9terminer les responsabilit\u00e9s des hommes politiques belges dans l\u2019assassinat de Patrice Lumumba a \u00e9t\u00e9 rendu possible d\u00e8s lors qu\u2019un grand nombre d\u2019archives priv\u00e9es et publiques ont pu \u00eatre consult\u00e9es, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas auparavant.<\/p>\n<p>III- Recommandations<\/p>\n<p>En ce qui concerne certaines constatations, il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rem\u00e9di\u00e9 au dysfonctionnement mis au jour, de sorte qu\u2019il n\u2019en est pas fait \u00e9tat dans les recommandations.<\/p>\n<p><strong>Le contr\u00f4le du gouvernement<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li>Il ressort de l\u2019enqu\u00eate de la commission que le gouvernement n\u2019a pas toujours fourni au Parlement des informations compl\u00e8tes et correctes au sujet des initiatives qu\u2019il prenait. Bien qu\u2019il soit \u00e9vident qu\u2019il n\u2019est pas toujours opportun ni souhaitable de d\u00e9voiler certaines initiatives confidentielles, il est tout aussi indispensable que le Parlement soit \u00e0 tout moment inform\u00e9 correctement et compl\u00e8tement.<\/li>\n<\/ol>\n<p>La commission reconna\u00eet toutefois que, dans l\u2019exercice de leur fonction de contr\u00f4le, les Parlementaires ne respectent pas toujours le caract\u00e8re confidentiel des informations qui leur sont confi\u00e9es.<\/p>\n<ol>\n<li>La commission estime qu\u2019il serait souhaitable de transmettre \u00e0 la commission comp\u00e9tente de la Chambre le rapport partiel consacr\u00e9 aux fonds secrets ainsi que la correspondance \u00e9chang\u00e9e \u00e0 ce sujet avec la Cour des comptes et d\u2019autres institutions, l\u2019objectif \u00e9tant de charger cette commission d\u2019examiner, sur la base de la l\u00e9gislation en vigueur, si le l\u00e9gislateur a fait en sorte que de tels faits &#8211; l\u2019utilisation de fonds sans le consentement du Parlement et le contr\u00f4le de la Cour des comptes &#8211; ne puissent plus se reproduire.<\/li>\n<\/ol>\n<p>La commission estime qu\u2019il conviendrait d\u2019\u00e9laborer une formule qui permettrait, dans des cas exceptionnels, d\u2019informer le Parlement au sujet de l\u2019action du gouvernement sans porter atteinte \u00e0 la confidentialit\u00e9. La commission demande que le R\u00e8glement soit modifi\u00e9, si cela s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire, afin de garantir cette confidentialit\u00e9, qui est parfois souhait\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Le chef de l\u2019\u00c9tat<\/strong><\/p>\n<p>La commission rappelle les dispositions et les usages constitutionnels au sujet du r\u00f4le du chef de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Chaque acte du chef de l\u2019\u00c9tat qui peut avoir directement ou indirectement une influence politique doit \u00eatre couvert par un ministre.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, des interventions ou des initiatives publiques ne peuvent aller \u00e0 l\u2019encontre de celles de la politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure du gouvernement.<\/p>\n<p><strong>Les services de renseignements<\/strong><\/p>\n<p>La commission recommande que dans le cadre du contr\u00f4le Parlementaire existant, le Comit\u00e9 R accorde \u00e9galement une attention toute particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des services de renseignements.<\/p>\n<p>Ce contr\u00f4le doit s\u2019exercer de mani\u00e8re permanente et effective.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tat des Archives<\/strong><\/p>\n<p>La commission invite le gouvernement \u00e0 prendre toutes les mesures qui s\u2019imposent pour rechercher, inventorier, structurer et sauvegarder, par une allocation ad\u00e9quate d\u2019effectifs et de moyens financiers, les archives des diff\u00e9rentes instances f\u00e9d\u00e9rales, et, en particulier, celles du chef de l\u2019\u00c9tat. Elle demande que les obligations l\u00e9gales en la mati\u00e8re fassent l\u2019objet d\u2019une \u00e9valuation et soient, au besoin, adapt\u00e9es afin que les archives de l\u2019\u00c9tat puissent \u00eatre conserv\u00e9es correctement.<\/p>\n<p>La commission recommande de red\u00e9finir les r\u00e8gles concernant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des documents relevant des pouvoirs publics.<\/p>\n<p><strong>Un pass\u00e9 toujours pr\u00e9sent<\/strong><\/p>\n<p>La commission recommande que l\u2019on encourage les recherches historiques multidisciplinaires et internationales concernant l\u2019\u00e9poque coloniale et post-coloniale. Le monde politique pourrait, sur la base d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments de fait objectifs et scientifiquement \u00e9tablis, faire un travail de synth\u00e8se qui contribue \u00e0 exorciser le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Un premier pas dans ce sens pourrait consister \u00e0 publier les r\u00e9sultats des travaux de la commission sous une forme ais\u00e9ment compr\u00e9hensible et \u00e0 les diffuser parmi un large public.<\/p>\n<p><strong>Recommandation finale<\/strong><\/p>\n<p>La commission invite le gouvernement \u00e0 prendre connaissance de ses conclusions, constatations et recommandations, lui demande de mettre en oeuvre les recommandations qui concernent le pouvoir ex\u00e9cutif et, dans le cadre de son action internationale, de tirer les conclusions qui conviennent ainsi que d\u2019entreprendre les actions sur la base du pr\u00e9sent document et du d\u00e9bat qui sera men\u00e9 \u00e0 ce sujet au Parlement.<\/p>\n<p>La commission esp\u00e8re que ses travaux auront apport\u00e9 davantage de clart\u00e9 au sujet de ces \u00e9v\u00e9nements tragiques et que ceci contribuera \u00e0 une meilleure entente entre les deux peuples.<\/p>\n<p>Les rapporteurs, Daniel Bacquelaine, Ferdy Willems, Marie-Th\u00e9r\u00e8se Coenen Le pr\u00e9sident, Geert Versnick<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=342\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conclusions de la Commission d\u2019enqu\u00eate Parlementaire visant \u00e0 d\u00e9terminer les circonstances exactes de l\u2019assassinat de Patrice Lumumba et l\u2019implication \u00e9ventuelle des responsables politiques belges ARCHIVES\u00a0| 16 NOVEMBRE 2001 Introduction Il faut bien se rendre compte que quand on lit des informations concernant ce dossier, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, quand on en discute, on a toujours [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-342","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/342","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=342"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/342\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=342"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}