{"id":1000,"date":"2018-05-27T11:02:38","date_gmt":"2018-05-27T11:02:38","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?p=1000"},"modified":"2018-05-27T11:02:38","modified_gmt":"2018-05-27T11:02:38","slug":"au-kivu-les-violences-sexuelles-se-sont-repandues-comme-une-epidemie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=1000","title":{"rendered":"Au Kivu les violences sexuelles se sont r\u00e9pandues comme une \u00e9pid\u00e9mie"},"content":{"rendered":"<div id=\"navbar\">\n<div id=\"navbarleft\">\n<h1><em>Le carnet<\/em>de Colette Braeckman<\/h1>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"content\">\n<div id=\"content-inner\" class=\"clearfix\"><a name=\"top\"><\/a><\/p>\n<div id=\"contentleft\">\n<div class=\"navigation\"><\/div>\n<div class=\"post-single\">\n<div class=\"post-single-in\">\n<div class=\"post-single-content\">\n<div class=\"date_zone\">\n<p class=\"date\">27 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n<h1>Au Kivu les violences sexuelles se sont r\u00e9pandues comme une \u00e9pid\u00e9mie<\/h1>\n<div class=\"content_article\">\n<p>Les \u00ab mamans ch\u00e9ries \u00bb de Panzi tentent de r\u00e9veiller l\u2019espoir<br \/>\nEnvoy\u00e9e sp\u00e9ciale<\/p>\n<p>La violence sexuelle se propagerait elle comme une \u00e9pid\u00e9mie ? Jadis, la plupart des femmes qu\u2019accueillait l\u2019h\u00f4pital de Panzi, au Sud Kivu, avaient \u00e9t\u00e9 victimes de groupes arm\u00e9s souvent d\u2019origine rwandaise\u2026 Les t\u00e9moignages des victimes \u00e9voquaient la guerre, le d\u00e9sir de conqu\u00e9rir des terres, de s\u2019emparer de carr\u00e9s miniers, de mener une politique de terreur \u00e0 l\u2019encontre des populations civiles..Horrifi\u00e9s, les Congolais se r\u00e9criaient \u00ab une telle violence n\u2019est pas dans nos traditions elle a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e par la guerre, par les \u00e9trangers\u2026 \u00bb<br \/>\nAujourd\u2019hui, la plupart des victimes \u00e9cout\u00e9es et soign\u00e9es par le Docteur Mukwege livrent des r\u00e9cits tout aussi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s mais beaucoup plus simples : les viols ont \u00e9t\u00e9 commis par des voisins, des habitants du quartier, des soldats d\u00e9mobilis\u00e9s\u2026<br \/>\nAlors que nous circulons dans les couloirs de l\u2019h\u00f4pital, la petite Gabrielle , (son nom a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9\u2026)11 ans, se pr\u00e9cipite dans les bras d\u2019Esther, sa \u00ab maman ch\u00e9rie \u00bb. Charg\u00e9e de l\u2019accompagnement psychologique des victimes, Esther suit la petite durant tout son s\u00e9jour et lui rendra visite deux fois par semaine lorsqu\u2019elle sera rentr\u00e9e dans sa famille. Fluette, le visage chiffonn\u00e9 comme celui d\u2019un petit chat sauvage, Gabrielle est sourde et muette et dans les bras d\u2019Esther, elle fait le plein de caresses. Alors que ses seins ne sont pas encore form\u00e9s, son ventre gonfl\u00e9 ressemble \u00e0 une excroissance bizarre : la petite doit accoucher dans deux mois ! Le Docteur Neema qui la suit de pr\u00e8s raconte, d\u2019une voix empreinte de col\u00e8re, que la gamine, incapable de se d\u00e9fendre, a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, sans doute par des voisins, dans un quartier populaire de Bukavu.<br \/>\nS\u2019exprimant par gestes, Gabrielle a d\u00e9j\u00e0 fait comprendre que si l\u2019enfant est une fille, elle la gardera. Mais un gar\u00e7on, elle le fera mourir\u2026<br \/>\nAlliance Rukangira, assure, elle, \u00ab qu\u2019elle ne sait pas quoi faire de sa vie\u2026 \u00bbSa grand-m\u00e8re, qui vivait \u00e0 Kalehe, sur les bords du lac Kivu, l\u2019 a un jour envoy\u00e9e en for\u00eat chercher du bois de chauffage. Alors qu\u2019elle rassemblait ses fagots, un gar\u00e7on sorti de la for\u00eat l\u2019a fait tomber au sol et lui a rempli la bouche de terre pour qu\u2019elle ne crie pas. Au retour, malgr\u00e9 la douleur, la petite n\u2019a rien dit. Plus tard, comme ses r\u00e8gles ne venaient pas, elle a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e d\u2019expliquer ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Si la grand-m\u00e8re l\u2019a envoy\u00e9e \u00e0 Panzi, ses parents l\u2019ont chass\u00e9e :\u00ab pour notre famille, la honte \u00e9tait telle que mon p\u00e8re a quitt\u00e9 la maison, que ma m\u00e8re m\u2019a retir\u00e9 son affection, elle ne veut plus me voir\u2026 \u00bb<br \/>\nLa vie de cette fille de 18 ans s\u2019est bris\u00e9e d\u2019un coup : \u00ab j\u2019attends l\u2019accouchement, qui aura lieu dans un mois, et ensuite je ne sais pas ce que je deviendrai\u2026Alors que j\u2019\u00e9tais en cinqui\u00e8me ann\u00e9e, j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 l\u2019\u00e9cole, ma famille ne voudra rien savoir d\u2019un enfant dont elle ne conna\u00eet pas le p\u00e8re. Je ne sais m\u00eame pas o\u00f9 je logerai avec le b\u00e9b\u00e9\u2026 C\u2019est la honte\u2026\u00bb<br \/>\nAvec des gestes tendres, \u00ab maman Esther \u00bb caresse la jeune fille et lui promet : \u00ab tu es avec nous, on ne te laisseras pas tomber.. D\u00e9j\u00e0 nous avons d\u00e9pos\u00e9 plainte, mai surtout, tu seras h\u00e9berg\u00e9e \u00e0 la Maison Dorcas, le temps d\u2019apprendre un m\u00e9tier, coudre, produire du savon, des paniers\u2026On verra\u2026 Tu ne seras pas seule\u2026 \u00bb<br \/>\nSI de tels \u00ab viols de proximit\u00e9 \u00bb sont de plus en plus nombreux, les femmes du Kivu sont encore victimes de la violence des groupes arm\u00e9s terr\u00e9s dans la for\u00eat et qui subsistent gr\u00e2ce au commerce de l\u2019or dont ils ont r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019emparer\u2026C\u2019est ainsi que le 18 f\u00e9vrier dernier, dans le village de Kabikokole, pr\u00e8s de Mwenga, dans la grande for\u00eat, un groupe de guerriers Mai Mai (des milices villageoises, initialement constitu\u00e9es pour combattre les Rwandais mais ayant souvent d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans le banditisme) a men\u00e9 une attaque nocturne. \u00ab Brandissant des torches, des hommes arm\u00e9s ont fait irruption dans la case \u00bb raconte Byiangoga Bwesesa, une m\u00e8re de famille de 35 ans. \u00ab Alors que mon mari et mes enfants prenaient la fuite, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e au sol, frapp\u00e9e, ligot\u00e9e avec des c\u00e2bles. On m\u2019a ouvert les jambes pour me fouiller (dans notre r\u00e9gion, c\u2019est souvent dans leur vagin que les femmes dissimulent un peu d\u2019or\u2026) puis les hommes sont pass\u00e9s sur moi. Ils puaient l\u2019alcool et ils ont pris l\u2019argent que nous gardions dans une mallette. \u00bb<br \/>\nLes assaillants, une vingtaine d\u2019hommes arm\u00e9s jusqu\u2019aux dents et qui tiraient \u00e0 balles r\u00e9elles, ont alors oblig\u00e9 les villageois \u00e0 les suivre en direction de la grande for\u00eat. Bwesesa se souvient : \u00ab nous avons gravi des montagnes en marchant de nuit, \u00e0 chaque halte les filles et les femmes \u00e9taient viol\u00e9es \u00e0 nouveau\u2026 Je pleurais mon mari et mes trois enfants que je n\u2019ai toujours pas retrouv\u00e9s\u2026 \u00bb<br \/>\nDans ces for\u00eats imp\u00e9n\u00e9trables, l\u2019arm\u00e9e congolaise ne s\u2019est pas manifest\u00e9e, les Casques bleus de la Monusco sont demeur\u00e9s invisibles. Seul l\u2019h\u00f4pital de Panzi a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019intervenir : \u00ablorsque le Docteur Mukwege a \u00e9t\u00e9 mis au courant de notre enl\u00e8vement, il a envoy\u00e9 une \u00e9quipe mobile \u00e0 notre recherche\u2026 \u00bb<br \/>\nLe Docteur Sylvain, parti avec des infirmiers et une psychologue a gard\u00e9 des photos de l\u2019exp\u00e9dition : un petit groupe de civils en tenue blanche qui abandonnent leurs v\u00e9hicules lorsque la piste se termine, s\u2019aventurent sur des ponts de lianes, franchissent des rivi\u00e8res, des torrents de boue et finissent par retrouver 53 civils abandonn\u00e9s en for\u00eat par les assaillants\u2026La plupart des femmes ont \u00e9t\u00e9 soign\u00e9es sur place et ramen\u00e9es dans leur village pill\u00e9, mais trois d\u2019entre elles sont soign\u00e9es \u00e0 Panzi.<br \/>\nMalgr\u00e9 le choc, Bwesesa est optimiste : \u00ab nous b\u00e9n\u00e9ficions d\u2019une prise en charge compl\u00e8te et je resterai ici jusqu\u2019\u00e0 ce que je me r\u00e9tablisse tout \u00e0 fait\u2026Gr\u00e2ce au Docteur, \u00e0 ses soins, ses encouragements, je reprends des forces\u2026 \u00bb<br \/>\nLe Docteur Mukwege n\u2019est plus seul \u00e0 prodiguer des encouragements \u00e0 ses patientes, \u00e0 les aider \u00e0 se reconstruire. Autour de lui s\u2019est constitu\u00e9e une \u00e9quipe de \u00ab mamans ch\u00e9ries \u00bb, confidentes, personnes de confiance, th\u00e9rapeutes sans formation mais d\u00e9bordantes de tendresse et d\u2019empathie\u2026Ces femmes, \u00e0 l\u2019instar de Maman Esther, encadrent les patientes durant leur s\u00e9jour et gardent le contact apr\u00e8s le retour en famille.<br \/>\nUn milieu anxiog\u00e8ne<br \/>\nDes professionnels, dirig\u00e9es par Marc Ombeni, interviennent \u00e9galement. Avec beaucoup de pr\u00e9cision, ce psychologue clinicien de 31 ans d\u00e9crit les diverses th\u00e9rapies mises en \u0153uvre : \u00ab ces femmes sont en situation de post traumatisme. Anxieuses, d\u00e9pressives, affect\u00e9es par des troubles du comportement\u2026 Tenant compte de chaque cas, nous essayons de choisir la meilleure des th\u00e9rapies, la m\u00e9thode am\u00e9ricaine NET, bas\u00e9e sur la narration ou des m\u00e9thodes courtes, fond\u00e9es sur le changement et la restauration de l\u2019estime de soi\u2026 Nous devons aussi, de mani\u00e8re syst\u00e9mique, agir sur le milieu familial : stigmatis\u00e9es, les femmes sont consid\u00e9r\u00e9es comme responsables de ce qui leur est arriv\u00e9. Coupables\u2026Nous devons alors tenter de modifier le point de vue du mari, de la famille\u2026Nous n\u2019y arrivons pas toujours\u2026 \u00bb<br \/>\nAux douleurs n\u00e9es des violences sexuelles s\u2019ajoutent d\u2019autres maux, que les \u00e9quipes de Panzi traitent dans les m\u00eames programmes : la r\u00e9paration des fistules, les cas de prolapsus (descente d\u2019organes). On touche ici des maux du Kivu, bien ant\u00e9rieurs \u00e0 la guerre : alors que les hommes circulent bras ballants, ne portant qu\u2019une petite mallette ou un t\u00e9l\u00e9phone portable, les femmes gravissent les sentes escarp\u00e9es pli\u00e9es sous des fardeaux d\u00e9passant parfois leur propre poids.<br \/>\nFagots de bois, hottes d\u00e9bordantes de manioc ou de l\u00e9gumes, rien n\u2019est trop lourd pour les femmes du Kivu. La quarantaine venue, les descentes d\u2019organes (prolapsus) , les troubles de l\u2019appareil g\u00e9nital se multiplient\u2026<br \/>\nC\u2019est pour cela qu\u2019\u00e0 Panzi on essaie non seulement de \u00ab r\u00e9parer \u00bb les femmes mais aussi d\u2019\u00e9duquer les hommes \u00e0 respecter leur \u00e9pouse, \u00e0 ne pas la consid\u00e9rer comme un animal de trait ou un tracteur bon march\u00e9\u2026 \u00ab O\u00f9 sont les hommes ? \u00bb clame volontiers le Docteur Mukwege dans ses pr\u00eaches du dimanche tandis que dans la \u00ab maison Dorcas \u00bb qui accueille 64 pensionnaires, les femmes dites \u00ab SVS \u00bb (survivantes de violences sexuelles)re\u00e7oivent une formation dite holistique, qui, en plus des soins m\u00e9dicaux leur assure une formation professionnelle et r\u00e9tablit leur confiance en elles\u2026<br \/>\nNon loin de Panzi, la \u00ab Cit\u00e9 de la Joie \u00bb dirig\u00e9e par la Belge Christine De Schrijver avec le soutien de la dramaturge Eve Enssler tente pour sa part de former au leadership des femmes qui, \u00e0 l\u2019avenir, seront appel\u00e9es \u00e0 prendre des responsabilit\u00e9s dans leur milieu sinon dans la vie politique de leur communaut\u00e9 voire de leur pays. Ici plus que partout ailleurs s\u2019applique la sentence de Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche : \u00ab ce qui ne me d\u00e9truit pas me rend plus fort. \u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=1000\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le carnetde Colette Braeckman 27 mai 2018 Au Kivu les violences sexuelles se sont r\u00e9pandues comme une \u00e9pid\u00e9mie Les \u00ab mamans ch\u00e9ries \u00bb de Panzi tentent de r\u00e9veiller l\u2019espoir Envoy\u00e9e sp\u00e9ciale La violence sexuelle se propagerait elle comme une \u00e9pid\u00e9mie ? 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