{"id":10030,"date":"2022-09-24T07:21:48","date_gmt":"2022-09-24T07:21:48","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.blog\/?p=10030"},"modified":"2022-09-24T07:21:50","modified_gmt":"2022-09-24T07:21:50","slug":"dans-le-far-west-katangais-seuls-le-cobalt-et-largent-comptent%ef%bf%bc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=10030","title":{"rendered":"Dans le far west katangais, seuls le cobalt et l\u2019argent comptent\ufffc"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo: dans le far west katangais, seuls le cobalt et l\u2019argent comptent<\/h1>\n\n\n\n<p>Les enfants handicap\u00e9s du Centre Balou, \u00e0 Lumumbashi, sont aussi des victimes de la pollution caus\u00e9e par l\u2019exploitation mini\u00e8re dans la r\u00e9gion.&nbsp;Article r\u00e9serv\u00e9 aux abonn\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-zoooom\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles_v2\/ls_16_9_864w\/2022\/09\/22\/node_466995\/29465414\/public\/2022\/09\/22\/B9732174078Z.1_20220922114151_000+G8ELAAT18.1-0.jpg?itok=PSQBlsu71663962504\" alt=\"Elie et Maman Maggy.\"\/><figcaption>Elie et Maman Maggy. &#8211; Colette Braeckman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-zoooom\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles\/thumbnail\/taxonomy_term_26702\/27740458\/public\/thumbnails\/image\/201006colettebraeckman.jpg?itok=srG7EW6q1601993802\" alt=\"Colette Braeckman\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Reportage<\/strong>&nbsp;&#8211;&nbsp;Journaliste au service MondePar&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/26702\/dpi-authors\/colette-braeckman\">Colette Braeckman<\/a>Publi\u00e9 le 23\/09\/2022 \u00e0 18:05&nbsp;Temps de lecture: 5 min<\/p>\n\n\n\n<p>Au Centre Balou, dans la p\u00e9riph\u00e9rie de Lubumbashi, c\u2019est la f\u00eate&nbsp;: une camionnette envoy\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 Go Congo vient de d\u00e9charger des paquets de biscuits, les m\u00eames que ceux qui garnissent les cartables des \u00e9coliers en ces jours de rentr\u00e9e scolaire. Les friandises sont aussit\u00f4t distribu\u00e9es aux gosses qui, sur la pelouse pel\u00e9e par le soleil, tendent des fils sur des planches de tissage ou peignent de vieux pneus d\u00e9sormais transform\u00e9s en fauteuils color\u00e9s. Les plus gourmands se ruent sur les paquets en riant et, maladroits, d\u00e9vorent m\u00eame l\u2019emballage\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-zoooom\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles_v2\/ls_664w\/2022\/09\/22\/node_466995\/29465412\/public\/2022\/09\/22\/B9732174078Z.1_20220922114151_000+G8ELAAT38.1-0.jpg?itok=MPLoDndH1663962504\" alt=\"La distribution de biscuits.\"\/><figcaption>La distribution de biscuits. &#8211; Colette Braeckman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Il y a 42 ans que Maman Maggy g\u00e8re ce centre qui accueille des enfants de la rue, mais surtout des jeunes qui ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s \u00e0 cause de leur handicap. Si les yeux brillent au vu des biscuits largement distribu\u00e9s et si des gosses s\u2019approchent pour qu\u00eater un peu d\u2019affection, il ne fait aucun doute que le Centre Balou accueille les plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s des enfants du Katanga. L\u2019\u00e9tat de la toiture, de la literie, des murs rong\u00e9s par l\u2019humidit\u00e9 d\u00e9montre aussi la relative indiff\u00e9rence des pouvoirs publics. \u00ab&nbsp;Voici huit ans, le gouverneur Mo\u00efse Katumbi nous a donn\u00e9 un peu d\u2019argent&nbsp;\u00bb, assure Maman Maggy, \u00ab&nbsp;et les entreprises Forrest ont refait les toitures.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce centre d\u2019accueil, qui ressemble \u00e0 un \u00eelot de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la ville bruyante, est \u00e0 la fois joyeux et immens\u00e9ment d\u00e9muni. Les enfants sont nourris gr\u00e2ce aux dons de particuliers, log\u00e9s dans de vieux meubles glan\u00e9s ici ou l\u00e0. Dans les dortoirs, les lits, recouverts de tissus aux couleurs vives, sont d\u00e9fonc\u00e9s\u2026 Cependant, les enfants, lourdement handicap\u00e9s, jouent, rient, saluent en souriant. Ceux qui en ont la capacit\u00e9 fr\u00e9quentent les cours de l\u2019\u00e9cole primaire voisine, o\u00f9 les institutrices nous assurent que \u00ab&nbsp;puisqu\u2019ils sont relativement peu nombreux, nous pouvons leur r\u00e9server un enseignement aussi personnalis\u00e9 que possible&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-zoooom\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles_v2\/ls_664w\/2022\/09\/22\/node_466995\/29465415\/public\/2022\/09\/22\/B9732174078Z.1_20220922114151_000+G8ELAATVG.1-0.jpg?itok=nh9FxT9U1663962504\" alt=\"\u00abD\u00e8s qu\u2019Elie a \u00e9t\u00e9 dot\u00e9 d\u2019un ordinateur portable, il a appris \u00e0 le manier avec ses pieds\u00bb, explique Maman Maggy.\"\/><figcaption>\u00abD\u00e8s qu\u2019Elie a \u00e9t\u00e9 dot\u00e9 d\u2019un ordinateur portable, il a appris \u00e0 le manier avec ses pieds\u00bb, explique Maman Maggy. &#8211; Colette Braeckman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Maman Maggy tient beaucoup \u00e0 nous pr\u00e9senter Elie, 22 ans, un gar\u00e7on dont elle est immens\u00e9ment fi\u00e8re&nbsp;: il est d\u00e9j\u00e0 en deuxi\u00e8me ann\u00e9e d\u2019universit\u00e9&nbsp;! Assis sur un lit couvert d\u2019un drap color\u00e9, le gar\u00e7on nous fixe de ses yeux tr\u00e8s vifs, sourit, puis retourne \u00e0 son ordinateur et \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone, des engins pos\u00e9s devant ses pieds extr\u00eamement muscl\u00e9s. Et pour cause&nbsp;: sous son T-shirt jaune et vert, on ne distingue que la pointe des \u00e9paules. Elie est n\u00e9 sans bras. Maggy explique que \u00ab&nbsp;dou\u00e9 d\u2019une vive intelligence, il a toujours voulu apprendre, et d\u00e8s qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 dot\u00e9 d\u2019un ordinateur portable, il a appris \u00e0 le manier avec ses pieds, ma\u00eetrisant les touches avec ses orteils&nbsp;! Aujourd\u2019hui, il suit ses cours \u00e0 distance et assure qu\u2019il veut, au minimum, \u00eatre informaticien\u2026&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Ils sont de plus en plus nombreux&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Pendant que le gar\u00e7on retourne \u00e0 son PC, Maggy nous emm\u00e8ne vers une salle r\u00e9serv\u00e9e aux jeunes enfants, et elle soupire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils sont de plus en plus nombreux\u2026 Bien souvent, des gens nous am\u00e8nent des gosses handicap\u00e9s d\u00e9couverts dans des baraquements install\u00e9s aux abords des cit\u00e9s mini\u00e8res. Les parents, des creuseurs artisanaux qui vivent au jour le jour, sont incapables de s\u2019en occuper et les rejettent. On trouve des gosses couch\u00e9s dans les foss\u00e9s et dans les champs et parfois, invoquant le mauvais sort, les gens les tuent\u2026 Ces enfants lourdement handicap\u00e9s deviennent de plus en plus nombreux. Autrefois, le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019avait pas l\u2019ampleur qu\u2019il a prise aujourd\u2019hui\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-zoooom\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles_v2\/ls_664w\/2022\/09\/22\/node_466995\/29465413\/public\/2022\/09\/22\/B9732174078Z.1_20220922114151_000+G8ELAAT2J.1-0.jpg?itok=xsNua9S11663962504\" alt=\"3\"\/><figcaption>Colette Braeckman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>M\u00eame si elles apportent \u00e0 ces enfants tout l\u2019amour du monde, les \u00e9ducatrices se sentent impuissantes car les pouvoirs publics les aident bien peu et, en ville, la plupart des gens pr\u00e9f\u00e8rent d\u00e9tourner le regard pour \u00e9viter de voir ces enfants aux jambes paralys\u00e9es, aux grands bras maladroits et qui pourtant jouent de la guitare lorsqu\u2019ils le peuvent et tentent de faire leurs devoirs de classe\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Une pollution majeure&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 que nous r\u00e9alisons que le Centre Balou est l\u2019exacte illustration des explications scientifiques que le professeur Arthur Tshamala Kaniki nous donnait voici deux ans dans son laboratoire install\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019Universit\u00e9 de Lubumbashi. Ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du soutien de la Banque africaine de d\u00e9veloppement, le chercheur attach\u00e9 au d\u00e9partement d\u2019ing\u00e9nierie chimique consacre sa vie \u00e0 analyser l\u2019air, le sol, l\u2019eau, mais aussi le placenta des femmes, l\u2019urine des enfants. C\u2019est ainsi que, d\u00e9couvrant des traces m\u00e9talliques et des concentrations \u00e9lev\u00e9es de cobalt dans les corps examin\u00e9s, il a conclu que les poussi\u00e8res des remblais des grandes mines se retrouvaient dans les poumons, le sang, les mati\u00e8res f\u00e9cales\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Chercheur sp\u00e9cialis\u00e9 en toxicologie de l\u2019environnement, Paul Musa tire les m\u00eames conclusions&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les radiations radioactives sont partout et plus la teneur des minerais est \u00e9lev\u00e9e, plus important est le taux de r\u00e9activit\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Arthur Kaniki confirme que dans la cit\u00e9 mini\u00e8re Kawama, il a lui-m\u00eame constat\u00e9 \u00ab&nbsp;la multiplication des malformations cong\u00e9nitales, mains d\u00e9form\u00e9es, absence de nez, macroc\u00e9phalie\u2026 Cette pollution majeure pourrait cependant \u00eatre att\u00e9nu\u00e9e si les remblais miniers \u00e9taient entour\u00e9s d\u2019une sorte de membrane afin d\u2019emp\u00eacher la poussi\u00e8re de se r\u00e9pandre sur les cit\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de l\u2019inqui\u00e9tude des scientifiques, plus loin encore du Centre Balou qui ne vit que gr\u00e2ce \u00e0 la charit\u00e9 individuelle, les g\u00e9ants du secteur minier, qu\u2019ils soient chinois, canadiens, am\u00e9ricains, ne se soucient gu\u00e8re des effets de la pollution, consid\u00e9r\u00e9s comme un secret d\u2019Etat. Car la seule r\u00e8gle qui compte dans le far west katangais d\u00e9vor\u00e9 par la fi\u00e8vre du cobalt, c\u2019est obtenir des concessions, les exploiter au plus vite, avant d\u2019aller voir ailleurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;Take the money and run.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=10030\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo: dans le far west katangais, seuls le cobalt et l\u2019argent comptent Les enfants handicap\u00e9s du Centre Balou, \u00e0 Lumumbashi, sont aussi des victimes de la pollution caus\u00e9e par l\u2019exploitation mini\u00e8re dans la r\u00e9gion.&nbsp;Article r\u00e9serv\u00e9 aux abonn\u00e9s Reportage&nbsp;&#8211;&nbsp;Journaliste au service MondePar&nbsp;Colette BraeckmanPubli\u00e9 le 23\/09\/2022 \u00e0 18:05&nbsp;Temps de lecture: 5 min Au Centre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-10030","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10030","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10030"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10030\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10031,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10030\/revisions\/10031"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10030"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10030"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10030"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}