{"id":12361,"date":"2023-07-12T22:06:09","date_gmt":"2023-07-12T22:06:09","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.blog\/?p=12361"},"modified":"2023-07-12T22:06:09","modified_gmt":"2023-07-12T22:06:09","slug":"les-raisons-de-la-precipitation-de-lindependance-du-congo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=12361","title":{"rendered":"LES RAISONS DE LA PR\u00c9CIPITATION DE L\u2019IND\u00c9PENDANCE\u00a0DU CONGO"},"content":{"rendered":"\n<p>LES RAISONS DE LA PR\u00c9CIPITATION DE L\u2019IND\u00c9PENDANCE&nbsp;DU CONGO<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9cipitation de l\u2019ind\u00e9pendance du Congo, discut\u00e9e lors de la Table ronde du 20 janvier au 20 f\u00e9vrier 1960 et fix\u00e9e \u00e0 une \u00e9ch\u00e9ance de quatre mois apr\u00e8s la cl\u00f4ture de la conf\u00e9rence, a \u00e9t\u00e9 lourde pour le devenir de la RDC, qui en subit d\u2019ailleurs toujours les cons\u00e9quences. Quels ont \u00e9t\u00e9 les facteurs ayant motiv\u00e9 la d\u00e9cision du gouvernement belge&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble que trois facteurs aient favoris\u00e9 cette d\u00e9cision de pr\u00e9cipiter l\u2019ind\u00e9pendance du Congo&nbsp;: l\u2019opposition internationale aux formes traditionnelles de colonisation, la perte du contr\u00f4le administratif par le pouvoir colonial, et la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation financi\u00e8re du Congo belge.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le vent de la d\u00e9colonisation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, le vent de la d\u00e9colonisation souffla d\u2019abord sur le continent asiatique, puis sur le continent africain. En effet, l\u2019environnement international n\u2019\u00e9tait plus le m\u00eame que celui du d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Dans les tribunes de l\u2019Onu, la petite Belgique se retrouvait de plus en plus isol\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s du r\u00e9gime de l\u2019apartheid de l\u2019Afrique du Sud. Comme l\u2019exprimait Jean-Paul Sartre dans la pr\u00e9face de <em>La Pens\u00e9e politique de Patrice Lumumba&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;Les gouvernements imp\u00e9rialistes et les grandes compagnies ont d\u00e9cid\u00e9, en face de la crise coloniale, de liquider les formes classiques de l\u2019oppression et les structures ossifi\u00e9es, nuisibles, qui se sont \u00e9tablies au cours du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent. [\u2026] Les anciennes m\u00e9tropoles veulent confier le pouvoir nominal \u00e0 des indig\u00e8nes qui, plus au moins consciemment, gouverneront en fonction des int\u00e9r\u00eats coloniaux&nbsp;; [\u2026] que les complices ou les hommes de paille sont d\u00e9sign\u00e9s d\u2019avance en Europe, qu\u2019ils appartiennent tous \u00e0 la classe recrut\u00e9e et form\u00e9e par l\u2019administration, \u00e0 la petite bourgeoisie d\u2019employ\u00e9s et de fonctionnaires, \u00e0 sa propre classe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la Belgique d\u00e9cidait, par sa d\u00e9claration du 13 janvier 1959, d\u2019accorder l\u2019ind\u00e9pendance au Congo belge&nbsp;; mais, en ses propres termes, sans y associer les Congolais. Certes, il est important de signaler la cr\u00e9ation du MNC et les agitations de l\u2019Abako qui ont culmin\u00e9 lors du soul\u00e8vement du 4 janvier 1959&nbsp;; mais ceci n\u2019avait \u00e9t\u00e9 que le catalyseur d\u2019un processus d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 par la Belgique, sous la pression de l\u2019environnement international.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La perte du contr\u00f4le administratif<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir du second semestre 1959, il appara\u00eet de plus en plus \u00e9vident que l\u2019administration coloniale perd graduellement le contr\u00f4le du territoire, non seulement au Bas Congo et aux alentours de L\u00e9opoldville, o\u00f9 la campagne de d\u00e9sob\u00e9issance civique de l\u2019Abako est bien suivie, mais aussi au Kwilu, dans la partie orientale, ainsi que dans le Maniema, qui seront des bastions du nationalisme congolais. Au Kasai, l\u2019administration coloniale n\u2019arrive pas \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement du conflit Lulua-Luba. Elle recourt \u00e0 un arbitrage au lac Munkamba, qui d\u00e9bouche sur la migration de plus de 80\u2009000 Baluba vers Bakwanga en un mois. Une solution de fermet\u00e9 telle que celle de la r\u00e9pression de Stanleyville avait ses limites, car la Belgique ne disposait que de capacit\u00e9s militaires limit\u00e9es pour faire face \u00e0 une situation de r\u00e9bellion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e similaire \u00e0 celle que la France endurait en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l\u2019article 1<sup>er<\/sup>, alin\u00e9a 4, de la Constitution belge stipulait que les colonies, possessions d\u2019outre-mer ou protectorats que la Belgique pouvait acqu\u00e9rir seraient r\u00e9gis par des lois particuli\u00e8res qui ne permettraient aux troupes belges destin\u00e9es \u00e0 leur d\u00e9fense de n\u2019\u00eatre recrut\u00e9es que par des engagements volontaires. Avec l\u2019installation au Congo des bases m\u00e9tropolitaines de Kamina et de Kitona, dans le cadre de la pr\u00e9paration \u00e0 la survie des capacit\u00e9s de l\u2019OTAN face \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une attaque des troupes du Pacte de Varsovie en Europe, la loi du 29 juillet 1953, dans son article 22, sp\u00e9cifiait qu\u2019en cas d\u2019\u00e9meutes ou de troubles graves, le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral pouvait r\u00e9quisitionner les troupes et moyens de base. C\u2019est ainsi que les troupes m\u00e9tropolitaines ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sentes dans la r\u00e9pression du soul\u00e8vement du 4 janvier 1959 \u00e0 Lepoldville. Toutefois, cette intervention ne pouvait \u00eatre que limit\u00e9e dans l\u2019espace et le temps, car son prolongement pouvait entra\u00eener une r\u00e9sistance arm\u00e9e de la part des Congolais. Les d\u00e9boires des Fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie devaient \u00eatre \u00e9vit\u00e9s. Comme le dira plus tard le ministre Scheyven, dans une interview accord\u00e9e \u00e0 Bruxelles en 1961, le gouvernement belge savait qu\u2019en cas de choix de l\u2019option militaire, il ne recevrait aucun support militaire des \u00c9tats-Unis ainsi que des autres pays membres de l\u2019Otan, et qu\u2019il serait condamn\u00e9 par l\u2019Onu<a href=\"#_edn1\" id=\"_ednref1\">[1]<\/a>. Par ailleurs, les mouvements de jeunesse et les syndicats, notamment la FGTB, lors d\u2019une r\u00e9union le 3 novembre 1959, s\u2019\u00e9lev\u00e8rent avec force contre la perspective de l\u2019emploi des troupes belges dans une guerre coloniale que la Belgique ne serait pas s\u00fbre de gagner.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019option militaire devrait \u00eatre exclue, il ne restait aux dirigeants belges que le dialogue avec les leaders politiques congolais. Durant le mois d\u2019ao\u00fbt 1959, le vice-gouverneur g\u00e9n\u00e9ral du Congo, Andr\u00e9 Sch\u00f6ller, assurant l\u2019int\u00e9rim du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Cornelis, adressa au minist\u00e8re belge des Colonies quatre rapports successifs de la situation sur le terrain. Son second rapport expliquait que, sur le plan politique, le contact avec la population \u00e9tait devenu impossible et que, pour celle-ci, le seul discours qui comptait \u00e9tait celui o\u00f9 l\u2019on parlait de \u00ab&nbsp;l\u2019ind\u00e9pendance imm\u00e9diate&nbsp;\u00bb. Il estimait par cons\u00e9quent qu\u2019il \u00e9tait urgent que la Belgique se rende compte qu\u2019elle ne pouvait r\u00e9ussir \u00e0 endiguer l\u2019anarchie toujours croissante sans le concours des Congolais et que, pour redresser la situation, il \u00e9tait urgent \u00ab&nbsp;de combler les lacunes de la d\u00e9claration gouvernementale&nbsp;\u00bb. Car un plan qui se limitait \u00e0 l\u2019\u00e9lection et \u00e0 la mise en place du Conseil de province ne pourrait pas calmer tr\u00e8s longtemps les impatiences des Congolais. D\u2019apr\u00e8s lui, on ne pouvait plus diff\u00e9rer l\u2019\u00e9tablissement du plan des \u00e9tapes qui suivraient celle du Conseil de province, notamment l\u2019\u00e9lection du Parlement, l\u2019\u00e9laboration d\u2019une Constitution, ainsi que la formation d\u2019un gouvernement. Andr\u00e9 Sch\u00f6ller proposa ainsi l\u2019institution d\u2019une Assembl\u00e9e nationale et la r\u00e9daction de la Constitution en mai 1961.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 24 ao\u00fbt 1959, M.&nbsp;Stenmans, secr\u00e9taire du gouvernement, soutenait dans un rapport la proposition du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral en faveur du f\u00e9d\u00e9ralisme, et proposait en m\u00eame temps d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le processus d\u2019ind\u00e9pendance. Il estimait que le d\u00e9lai propos\u00e9 par le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral par int\u00e9rim serait trop long et qu\u2019il fallait transf\u00e9rer le plus t\u00f4t possible le contr\u00f4le administratif du territoire aux instances congolaises comp\u00e9tentes devant \u00eatre mises en place, quitte \u00e0 ce que la Belgique puisse agir derri\u00e8re les Congolais.<\/p>\n\n\n\n<p>Ci-dessous, un extrait de ce rapport&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c0 cet \u00e9gard, la meilleure solution serait de d\u00e9cider que, d\u00e8s avril 1960, des d\u00e9putations des conseils de province nouvellement constitu\u00e9s formeront une assembl\u00e9e nationale charg\u00e9e d\u2019\u00e9laborer la constitution du pays et d\u2019\u00e9lire le premier gouvernement congolais. C\u2019est \u00e0 cette Constituante et \u00e0 ce gouvernement qu\u2019il appartiendrait ainsi de n\u00e9gocier avec les Bakongo et de prendre \u00e0 leur \u00e9gard, s\u2019ils maintenaient leur attitude n\u00e9gative, les d\u00e9cisions nationales que la situation comporterait. \u00c0 ce stade, la Belgique aurait un grand r\u00f4le \u00e0 jouer&nbsp;; elle devrait peser de toute son influence sur la constituante [\u2026] Sa position serait plus forte qu\u2019aujourd\u2019hui du fait qu\u2019elle ne serait plus directement engag\u00e9e dans le conflit [\u2026]. Par ailleurs, les Bakongo auraient \u00e0 discuter avec un gouvernement plus dur que le gouvernement belge [&#8230;].&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que M.&nbsp;Stenmans cite ici les Bakongo, la strat\u00e9gie concernait tout le territoire congolais. M\u00eame au Katanga, o\u00f9 les colons et la Conakat ne cachaient pas leurs intentions s\u00e9cessionnistes, ceux-ci souhaitaient aussi un transfert rapide du pouvoir aux Congolais afin de prendre de court les forces nationalistes qui n\u2019\u00e9taient pas encore suffisamment constitu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La d\u00e9t\u00e9rioration de la situation financi\u00e8re de la colonie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 1959 fut mise sur pied la Commission pour l\u2019\u00e9tude des probl\u00e8mes financiers du Congo, en vue d\u2019\u00e9valuer le co\u00fbt pour la Belgique d\u2019une rupture des relations \u00e9conomiques avec le Congo. Cette commission \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9e par M.&nbsp;Voghel, vice-pr\u00e9sident de la Banque nationale de Belgique.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les conclusions de la commission, l\u2019abandon de la mainmise \u00e9conomique sur le Congo pouvait entra\u00eener une r\u00e9gression de 6&nbsp;% du PIB de la Belgique. Une telle perspective pouvait \u00eatre catastrophique pour le pays, \u00e0 cause des cons\u00e9quences \u00e0 court terme sur la population belge. En effet, une r\u00e9duction aussi drastique de PIB pouvait entra\u00eener de l\u2019agitation sociale, voire une v\u00e9ritable guerre civile dans un pays d\u00e9j\u00e0 en proie \u00e0 des forces centrifuges dues \u00e0 l\u2019antagonisme entre Flamands et Wallons. Une telle r\u00e9duction du PIB aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus s\u00e9v\u00e8re que celle ayant suivi l\u2019occupation allemande lors de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. En effet, le PIB par habitant de la Belgique \u00e9tait pass\u00e9 de 5150 dollars en 1939 \u00e0 4112 dollars en 1944<a href=\"#_edn2\" id=\"_ednref2\">[2]<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire une r\u00e9gression de 1038&nbsp;dollars de PIB pendant cinq ans, soit un taux de r\u00e9gression moyen de 4&nbsp;% par an. <em>Ceteris paribus<\/em>, l\u2019abandon de la mainmise sur les richesses congolaises \u00e9conomiques aurait donc \u00e9t\u00e9 plus d\u00e9sastreux pour la Belgique que les cons\u00e9quences de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>La commission avait aussi calcul\u00e9 le co\u00fbt du statu quo ou d\u2019une longue transition vers l\u2019ind\u00e9pendance. La Belgique devait intervenir financi\u00e8rement pour redresser la situation. En effet, depuis deux ann\u00e9es, le Congo connaissait de grandes difficult\u00e9s financi\u00e8res qui n\u00e9cessitaient une assistance accrue de la m\u00e9tropole pour la stabilisation de son budget, le contr\u00f4le des changes, et la garantie des investissements, afin de maintenir le taux de croissance \u00e9conomique au-dessus de celui de l\u2019\u00e9volution d\u00e9mographique.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les budgets de l\u2019\u00c9tat colonial \u00e9taient d\u00e9ficitaires depuis 1958 et continuaient \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer, au point que le budget de l\u2019ann\u00e9e 1960 pr\u00e9sentait un d\u00e9ficit de 3&nbsp;milliards de francs belges (FB)&nbsp;; et ce, malgr\u00e9 une assistance de la Belgique de 2,5&nbsp;milliards de FB<a href=\"#_edn3\" id=\"_ednref3\">[3]<\/a>. La principale cause \u00e9tait l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la charge due \u00e0 la dette ext\u00e9rieure, dont 60&nbsp;% devait \u00eatre pay\u00e9e en devises \u00e9trang\u00e8res (US dollars et livres sterling). La dette publique, dont la charge ne repr\u00e9sentait que 6&nbsp;% des d\u00e9penses budg\u00e9taires en 1950, atteignait 18&nbsp;% en 1958. Les projections des finances publiques pour la p\u00e9riode 1960-65 montraient une acc\u00e9l\u00e9ration de la hausse des charges non seulement pour la dette ext\u00e9rieure, mais aussi pour les d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat, notamment apr\u00e8s la mise en place du statut unique des fonctionnaires et des nouvelles charges relatives \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019un nouvel \u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Les emprunts coloniaux entra\u00eenaient une acc\u00e9l\u00e9ration des charges de la dette ext\u00e9rieure d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, entra\u00eenant \u00e0 leur tour une acc\u00e9l\u00e9ration de l\u2019impasse budg\u00e9taire. Concernant les dettes ext\u00e9rieures, il est important de signaler que, tout au long de son existence, la colonie, par les biais des Belges qui l\u2019administraient, avait \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de conclure des emprunts qui, parfois, ne profitaient qu\u2019\u00e0 la m\u00e9tropole, comme le montre le cas Mendelssohn d\u00e9crit par Guy Vanthemsche dans son livre, dont voici un extrait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;En 1934, en pleine crise financi\u00e8re en Belgique, la colonie est oblig\u00e9e, contre son gr\u00e9, de participer (avec le Tr\u00e9sor m\u00e9tropolitain) \u00e0 un gros emprunt \u00e9tranger, l\u2019emprunt dit \u201cMendelssohn\u201d. L\u2019ann\u00e9e suivante, suite \u00e0 la d\u00e9valuation du franc belge, le Tr\u00e9sor colonial encourt une perte de change s\u00e9v\u00e8re&nbsp;; par contre, le b\u00e9n\u00e9fice de la r\u00e9\u00e9valuation de l\u2019or r\u00e9sultant de cet emprunt va au Tr\u00e9sor m\u00e9tropolitain et non au Tr\u00e9sor colonial. La colonie proteste en vain contre cette situation injuste et les sommes dues au Congo ne seront jamais rembours\u00e9es par la Belgique<a href=\"#_edn4\" id=\"_ednref4\">[4]<\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la balance des paiements du Congo belge s\u2019amenuisait d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e depuis 1956, passant de 9,8 milliards en 1956 \u00e0 3,6&nbsp;milliards fin 1959. L\u2019\u00e9vaporation continuait non pas \u00e0 cause de la balance commerciale, mais des transferts ou des fuites de capitaux. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tait encourag\u00e9 par le manque de volont\u00e9 \u00e9vident de la part des gestionnaires coloniaux belges d\u2019arr\u00eater une fuite de capitaux dont les tr\u00e9soriers de Belgique tiraient profit.<\/p>\n\n\n\n<p>La diminution des r\u00e9serves sera la cons\u00e9quence de cette situation d\u00e9favorable de la balance des paiements et provoquera \u00e0 son tour un effet d\u00e9flationniste sur toute l\u2019\u00e9conomie du Congo belge. Ainsi, le stock mon\u00e9taire est pass\u00e9 de 19,8 milliards fin 1957 \u00e0 15,2 milliards en 1959. Et la d\u00e9flation mon\u00e9taire agira \u00e0 son tour sur les conditions d\u2019obtention du cr\u00e9dit par le secteur priv\u00e9 aupr\u00e8s des banques qui se refinan\u00e7aient aupr\u00e8s de la Banque centrale. Les difficult\u00e9s d\u2019obtention du cr\u00e9dit dans le secteur priv\u00e9 (certes pas encore trop pr\u00e9occupantes) agissaient n\u00e9gativement sur le volume total des investissements. La Banque centrale du Congo avait donc aussi besoin d\u2019une assistance de la Banque nationale de Belgique pour rem\u00e9dier \u00e0 cette situation.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les investissements, selon les statistiques de 1950 \u00e0 1959, dans la structure des d\u00e9penses globales, on observait une tendance \u00e0 la croissance de la consommation au d\u00e9triment de l\u2019investissement, dont la part s\u2019est r\u00e9duite de 35&nbsp;% en 1951 en 14,9&nbsp;% en 1958. Leur niveau \u00e9tait de 13,1 milliards de FB, alors que, selon les estimations, il fallait un minimum de 20 milliards par an d\u2019investissement pour maintenir la progression du revenu par t\u00eate au (faible) taux de 2&nbsp;%. Pour ce qui est des investissements priv\u00e9s, il est \u00e0 noter que, depuis 1950, 90&nbsp;% d\u2019entre eux \u00e9taient dus \u00e0 l\u2019auto-financement. Comme, g\u00e9n\u00e9ralement, il n\u2019y avait pas de r\u00e9tention sur les b\u00e9n\u00e9fices distribu\u00e9s aux actionnaires (les b\u00e9n\u00e9fices du capital figuraient parmi les plus favorables au monde \u2013 une v\u00e9ritable exploitation, pour le dire cr\u00fbment), c\u2019est le vieux capital qui continuait \u00e0 produire, et ce, sans apport de nouveaux investissements<a href=\"#_edn5\" id=\"_ednref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps que l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9tait annonc\u00e9e, le Congo affrontait donc des difficult\u00e9s financi\u00e8res jusque-l\u00e0 inconnues. Selon les estimations de la Commission Voghel, pour ramener l\u2019impasse budg\u00e9taire ne f\u00fbt-ce qu\u2019\u00e0 un niveau acceptable (soit 1,5&nbsp;milliard maximum) et r\u00e9tablir la stabilit\u00e9 financi\u00e8re, le gouvernement belge devait&nbsp;: (a) allouer une assistance annuelle non remboursable \u00e0 sa colonie de 2,5&nbsp;milliards l\u2019an&nbsp;; (b) fournir une contribution aux investissements publics de l\u2019ordre d\u2019au moins 5&nbsp;milliards par an&nbsp;; (c) mobiliser sous forme d\u2019investissements priv\u00e9s un montant d\u2019environ 12&nbsp;milliards par an. L\u2019effort financier belge pour le Congo devait donc s\u2019\u00e9lever \u00e0 quelque 20&nbsp;milliards de FB par an&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la Belgique n\u2019allait s\u00fbrement pas accepter de rompre avec sa tradition qui faisait d\u2019elle la seule puissance coloniale au 20<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle qui pouvait se contenter de jouir de sa colonie sans contribuer financi\u00e8rement \u00e0 son d\u00e9veloppement. Comme l\u2019a \u00e9crit l\u2019historien belge Jean Stengers, le Congo \u00e9tait une colonie exceptionnelle au 20<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle&nbsp;: une colonie qui avait enrichi la m\u00e9tropole d\u00e8s la phase initiale de sa fondation et qui avait financ\u00e9 ses plans de d\u00e9veloppement, et ce, sans aucune subvention de la m\u00e9tropole. Dans son \u00e9tude intitul\u00e9e <em>Combien le Congo a co\u00fbt\u00e9 \u00e0 la Belgique&nbsp;?<\/em>, Jean Stengers s\u2019\u00e9tait r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 des \u00e9tudes ant\u00e9rieures \u00e0 la sienne, et notamment \u00e0 celle du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral honoraire Heenen, qui avait \u00e9valu\u00e9 \u00e0 3,5&nbsp;milliards de FB (valeur 1950) le total de toutes les interventions financi\u00e8res de la m\u00e9tropole \u00e0 sa pupille pendant plus de 70 ans de colonisation<a href=\"#_edn6\" id=\"_ednref6\">[6]<\/a>. Contrairement \u00e0 la France et \u00e0 la Grande-Bretagne, qui avaient financ\u00e9 des plans de d\u00e9veloppement avant la d\u00e9colonisation de leurs colonies, m\u00eame le plan d\u00e9cennal 1950-59 du Congo n\u2019avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019aucun sou de la Belgique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, Jean Stengers \u00e9value \u00e0 7 milliards de FB les interventions du Congo belge en faveur de l\u2019\u00c9tat belge par le biais de la Banque du Congo belge pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. En quatre ans, les interventions du Congo belge pour la Belgique ont repr\u00e9sent\u00e9 le double des interventions belges pour le Congo en 70 ans&nbsp;! Ainsi, Jean Stengers en \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que le Congo \u00e9tait une colonie exceptionnelle parce qu\u2019elle n\u2019avait que peu co\u00fbt\u00e9 \u00e0 la Belgique.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en \u00e9valuant l\u2019assistance n\u00e9cessaire, la Commission Voghel concluait son rapport par la suggestion suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c9tant donn\u00e9 l\u2019importance et l\u2019ampleur du programme envisag\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019y associer la population africaine, la question se pose de savoir s\u2019il&nbsp;ne conviendrait pas d\u2019assurer sa collaboration par une consultation pr\u00e9alable. Cette question est du ressort de l\u2019autorit\u00e9 politique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas admissible pour la Belgique de perdre la mainmise sur l\u2019\u00e9conomie congolaise, elle ne pouvait pas non plus assister financi\u00e8rement le Congo sans avoir de garanties. D\u2019o\u00f9 la strat\u00e9gie d\u2019octroyer une ind\u00e9pendance nominale sans transition, pendant que l\u2019exploitation \u00e9conomique du Congo demeurait encore g\u00e9r\u00e9e par le personnel belge. L\u2019histoire prouvera que cette strat\u00e9gie r\u00e9ussira. L\u2019ind\u00e9pendance du Congo n\u2019entra\u00eenera pas de chaos \u00e9conomique en Belgique, mais un chaos qui persiste encore au Congo apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019une ind\u00e9pendance pr\u00e9cipit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref1\" id=\"_edn1\">[1]<\/a> C. Young, <em>Politics in the Congo<\/em>, p. 155.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref2\" id=\"_edn2\">[2]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref3\" id=\"_edn3\">[3]<\/a> Dossier de l&rsquo;\u00e9conomie et des finances congolaises \u00e0 la veille de la Table Ronde \u00e9conomique, <em>Courrier hebdomadaire du CRISP <\/em>1960\/15 (n\u00b061), p.&nbsp;1-24<\/p>\n\n\n\n<p>DOI 10.3917\/cris.061.0001.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref4\" id=\"_edn4\">[4]<\/a> G. Guy Vanthemsche, <em>La Belgique et le Congo (1885-1980), L&rsquo;impact de la colonie sur la m\u00e9tropole<\/em>, p. 231.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref5\" id=\"_edn5\">[5]<\/a> Dossier de l&rsquo;\u00e9conomie et des finances congolaises \u00e0 la veille de la Table Ronde \u00e9conomique, <em>Courrier hebdomadaire du CRISP <\/em>1960\/15 (n\u00b061), p.&nbsp;5<\/p>\n\n\n\n<p>DOI 10.3917\/cris.061.0001.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref6\" id=\"_edn6\">[6]<\/a> G. Heenen, \u00ab&nbsp;Le Congo d\u2019aujourd&rsquo;hui. Perspectives d\u2019avenir&nbsp;\u00bb (<em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 Royale Belge de G\u00e9ographie, <\/em>t. LXXV, 1951), p. 36. In J.&nbsp;Stengers, <em>Combien le Congo a co\u00fbte \u00e0 la Belgique&nbsp;?<\/em>, p.&nbsp;26.<em><\/em><\/p>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=12361\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LES RAISONS DE LA PR\u00c9CIPITATION DE L\u2019IND\u00c9PENDANCE&nbsp;DU CONGO La pr\u00e9cipitation de l\u2019ind\u00e9pendance du Congo, discut\u00e9e lors de la Table ronde du 20 janvier au 20 f\u00e9vrier 1960 et fix\u00e9e \u00e0 une \u00e9ch\u00e9ance de quatre mois apr\u00e8s la cl\u00f4ture de la conf\u00e9rence, a \u00e9t\u00e9 lourde pour le devenir de la RDC, qui en subit d\u2019ailleurs toujours [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,12],"tags":[],"class_list":["post-12361","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-documents","category-opinions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12361","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12361"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12361\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12362,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12361\/revisions\/12362"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12361"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12361"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12361"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}