{"id":127,"date":"2018-04-09T02:02:30","date_gmt":"2018-04-09T02:02:30","guid":{"rendered":"http:\/\/congokin.media\/?p=127"},"modified":"2018-04-09T02:02:30","modified_gmt":"2018-04-09T02:02:30","slug":"poker-electoral-en-rd-congo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=127","title":{"rendered":"Poker \u00e9lectoral en RD Congo"},"content":{"rendered":"<aside class=\"s-article__sidebar\">\n<div class=\"c-inline-media c-inline--md\">\n<div class=\"c-inline-media__box\">\n<div class=\"o-ar-8x5 o-image o-image--cover\">\n<h1 class=\"c-page-hero__title [ u-fs36 u-fs50@l u-lh1 u-wbbw ]\">Poker \u00e9lectoral en RD Congo<\/h1>\n<p>Les \u00e9lections en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo ont \u00e9t\u00e9 report\u00e9es depuis 2016, mais elles semblent maintenant \u00eatre pr\u00e9vues pour la fin de l\u2019ann\u00e9e. Tous les acteurs doivent contribuer \u00e0 des \u00e9lections cr\u00e9dibles,\u00a0le meilleur espoir d\u2019obtenir une passation de pouvoir non violente<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"o-ar-8x5 o-image o-image--cover\"><\/div>\n<div class=\"o-ar-8x5 o-image o-image--cover\"><\/div>\n<div class=\"o-ar-8x5 o-image o-image--cover\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/api.mapbox.com\/v4\/daltonwb.gh5fna5b\/pin-m+EE7623(23.571408140624957,-2.283263657658176)\/23.571408140624957,-2.283263657658176,3\/421x337.png?access_token=pk.eyJ1IjoiZGFsdG9ud2IiLCJhIjoiOWdSSXFQSSJ9.HZyjh4g3TAAOAncwelv9Vw\" alt=\"Minimap Image\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"c-inline-media__content\"><\/div>\n<\/div>\n<\/aside>\n<p><strong>Que se passe-t-il\u00a0?<\/strong>\u2002Apr\u00e8s des retards r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, le gouvernement du pr\u00e9sident Joseph Kabila en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo a fait des progr\u00e8s ces derniers mois et semble s\u2019acheminer vers l\u2019organisation d\u2019\u00e9lections le 23 d\u00e9cembre 2018. Mais d\u2019importantes inqui\u00e9tudes demeurent sur la transparence et la qualit\u00e9 du scrutin.<\/p>\n<p><strong>En quoi est-ce significatif\u00a0?<\/strong>\u2002Alors qu\u2019il reste plusieurs incertitudes, les perspectives d\u2019\u00e9lections cette ann\u00e9e se sont am\u00e9lior\u00e9es, en partie en raison de pressions accrues sur le pr\u00e9sident de la part des dirigeants africains. Ceci offre une occasion pour un engagement r\u00e9gional et international renouvel\u00e9 pour aider \u00e0 s\u2019acheminer vers un vote plus cr\u00e9dible en d\u00e9cembre et une passation de pouvoir non violente.<\/p>\n<p><strong>Comment agir\u00a0?<\/strong>\u00a0\u2002Les acteurs r\u00e9gionaux et internationaux devraient insister sur les mesures visant \u00e0 cr\u00e9er de la confiance contenues dans l\u2019accord de la Saint-Sylvestre, en se concentrant sur les \u00e9tapes aidant \u00e0 cr\u00e9er des conditions \u00e9quitables et \u00e0 accroitre la confiance dans les pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux. La majorit\u00e9 au pouvoir et l\u2019opposition devraient participer au processus de fa\u00e7on constructive et \u00e9viter la surench\u00e8re verbale et les tactiques agressives.<\/p>\n<h1 id=\"44879\" class=\"title\"><span class=\"u-text\">Synth\u00e8se<\/span><\/h1>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, pourrait \u00eatre en train de se pr\u00e9parer \u00e0 la tenue d\u2019\u00e9lections, maintes fois report\u00e9es, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2018. Jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, il semblait plus probable que Kabila continue de jouer les prolongations. Mais des d\u00e9clarations officielles, y compris de la part du pr\u00e9sident lui-m\u00eame, et les mesures prises par la Commission \u00e9lectorale nationale ind\u00e9pendante (CENI) indiquent que le pr\u00e9sident pourrait revoir ses calculs. Les \u00e9lections pr\u00e9sentent de nombreux d\u00e9fis pour le r\u00e9gime, en premier lieu celui de trouver un successeur en qui Kabila a confiance. N\u00e9anmoins, dans l\u2019ensemble, le r\u00e9gime est plut\u00f4t en position de force\u00a0: il contr\u00f4le fermement l\u2019Etat et la machinerie \u00e9lectorale, et l\u2019opposition reste divis\u00e9e. Alors que le r\u00e9gime s\u2019achemine visiblement vers un scrutin, les opposants de Kabila et les acteurs internationaux doivent s\u2019adapter rapidement. Les gouvernements africains, occidentaux et autres devraient faire pression en faveur de quelques r\u00e9formes essentielles pour rendre ce scrutin plus cr\u00e9dible, renforcer la confiance dans les principaux aspects des pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux et \u00e9tablir les conditions d\u2019un vote \u00e9quitable.<\/p>\n<p>De nombreux \u00e9l\u00e9ments signalent que le r\u00e9gime pr\u00e9voit s\u00e9rieusement d\u2019organiser des \u00e9lections. En novembre 2017, la CENI a publi\u00e9 un nouveau calendrier \u00e9lectoral, pr\u00e9voyant un scrutin \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2018. Le mois suivant, Kabila a promulgu\u00e9 une nouvelle loi \u00e9lectorale. En janvier 2018, la CENI a annonc\u00e9 la fin de l\u2019enregistrement des \u00e9lecteurs, ce qui constitue une \u00e9tape importante des pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux. Les intentions de Kabila restent floues, peut-\u00eatre m\u00eame dans son esprit. Il pourrait s\u2019acheminer vers la tenue d\u2019un scrutin, ce qui impliquerait de choisir un dauphin, en esp\u00e9rant pouvoir tirer les ficelles en coulisses en tant que dirigeant du parti au pouvoir, ou du moins prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats de sa famille. Mais d\u00e9signer un successeur pourrait provoquer des divisions, voire de violentes contestations, parmi les alli\u00e9s de Kabila. \u00c0 l\u2019inverse, il pourrait d\u00e9cider de reporter \u00e0 nouveau ces \u00e9lections\u2009; le climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 pourrait lui servir de pr\u00e9texte. Pour l\u2019heure, il semblerait n\u00e9anmoins que les pr\u00e9paratifs soient en cours pour un vote en d\u00e9cembre.<\/p>\n<div class=\"c-inset c-inset--right\">\n<div class=\"o-pull-quote\"><q class=\"o-quote o-quote--md u-tac [ u-db u-ptserif u-fs28 u-fsi u-black ]\">\u00a0Les pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux laissent pour l\u2019instant de c\u00f4t\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments importants de l\u2019accord de la Saint-Sylvestre conclu entre le gouvernement et ses opposants.\u00a0<\/q><\/div>\n<\/div>\n<p>Cette situation constitue un dilemme pour l\u2019opposition congolaise, la soci\u00e9t\u00e9 civile et les acteurs internationaux. Les pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux laissent pour l\u2019instant de c\u00f4t\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments importants de l\u2019accord de la Saint-Sylvestre conclu entre le gouvernement et ses opposants le 31 d\u00e9cembre 2016 et qui d\u00e9finit les \u00e9tapes d\u2019une transition d\u00e9mocratique. Les partis d\u2019opposition commencent \u00e0 se pr\u00e9parer pour la campagne \u00e9lectorale, mais ils sont divis\u00e9s et la t\u00e2che s\u2019annonce ardue. Certains de leurs dirigeants, poursuivis en justice, sont encore en exil\u2009; d\u2019autres gagnent difficilement du terrain aupr\u00e8s d\u2019une population d\u00e9sabus\u00e9e vis-\u00e0-vis de l\u2019ensemble de la classe politique. A ce stade, les demandes de r\u00e9formes en RDC viennent essentiellement des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile affili\u00e9es \u00e0 l\u2019Eglise catholique.<\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux oblige les acteurs internationaux \u00e0 s\u2019adapter rapidement, mais elle repr\u00e9sente \u00e9galement une occasion \u00e0 ne pas manquer. Les puissances africaines et occidentales sont d\u2019accord sur le fait que le pr\u00e9sident Kabila ne devrait pas briguer un troisi\u00e8me mandat\u2009; en effet, l\u2019Union africaine (UA) et les dirigeants de l\u2019organisation sous-r\u00e9gionale, la Communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique australe (SADC), ont redoubl\u00e9 d\u2019efforts diplomatiques pour transmettre ce message \u00e0 Kabila et le pousser \u00e0 organiser des \u00e9lections auxquelles il ne serait pas candidat. Les puissances africaines et les gouvernements occidentaux pourraient arriver \u00e0 forger un consensus similaire sur une s\u00e9rie de mesures cruciales pour rendre les \u00e9lections \u00e9quitables et augmenter les chances d\u2019un vote cr\u00e9dible, puis faire pression sur les autorit\u00e9s congolaises pour qu\u2019elles les mettent en \u0153uvre, m\u00eame si une application rigoureuse de l\u2019accord de la Saint-Sylvestre est d\u00e9sormais peu probable. Parmi les mesures qui devraient \u00eatre envisag\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Le gouvernement devrait autoriser tous les candidats \u00e0 se pr\u00e9senter, \u00e0 moins que des obstacles juridiques clairs ne s\u2019y opposent\u2009; les accusations qui ne remplissent pas ces crit\u00e8res devraient \u00eatre lev\u00e9es bien avant la date limite de d\u00e9p\u00f4t des candidatures.<\/li>\n<li>Le gouvernement devrait, avec l\u2019aide de la CENI, clarifier l\u2019engagement qu\u2019il a pris de financer les \u00e9lections, au cas o\u00f9 un soutien \u00e9tranger serait n\u00e9cessaire pour combler les d\u00e9ficits. Les bailleurs devraient se pr\u00e9parer \u00e0 s\u2019engager, y compris si n\u00e9cessaire en finan\u00e7ant la CENI, et ne pas se contenter d\u2019accompagner les initiatives men\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/li>\n<li>Le gouvernement devrait s\u2019abstenir de toute violence contre les manifestants et, \u00e0 l\u2019approche du scrutin, permettre aux partis d\u2019opposition de faire campagne librement. Il devrait mettre en \u0153uvre les recommandations du rapport du 10 mars de la commission d\u2019enqu\u00eate mixte compos\u00e9e de repr\u00e9sentants des minist\u00e8res congolais des Droits humains, de la Justice et de la S\u00e9curit\u00e9 et de la soci\u00e9t\u00e9 civile, relatif aux violences lors des derni\u00e8res manifestations, y compris en levant l\u2019interdiction de se rassembler et d\u2019organiser des manifestations publiques, et en prenant des mesures limitant le recours \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et \u00e0 la garde r\u00e9publicaine pour le maintien et le r\u00e9tablissement de l\u2019ordre public.<\/li>\n<li>Le gouvernement devrait garantir la s\u00e9curit\u00e9 de tous les acteurs politiques et emp\u00eacher les militants des partis majoritaires de prendre part \u00e0 des man\u0153uvres d\u2019intimidation des candidats de l\u2019opposition et de leurs partisans. Comme tous les acteurs politiques congolais, il devrait s\u2019engager \u00e0 \u00e9viter la surench\u00e8re verbale et se garder d\u2019attiser les tensions ethniques, \u00e9ventuellement \u00e0 travers l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un code de conduite.<\/li>\n<li>La CENI devrait continuer de consulter l\u2019opposition et la soci\u00e9t\u00e9 civile sur les aspects cl\u00e9s des pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux, en particulier l\u2019audit du registre des \u00e9lecteurs et les proc\u00e9dures pour l\u2019utilisation des nouvelles machines \u00e0 voter, tout en permettant \u00e0 leurs repr\u00e9sentants de v\u00e9rifier ces aspects\u2009; les r\u00e9centes r\u00e9unions organis\u00e9es dans cet esprit sont un premier pas encourageant.<\/li>\n<li>La CENI devrait \u00e9galement parvenir rapidement \u00e0 un accord sur le r\u00f4le de l\u2019\u00e9quipe mixte d\u2019experts internationaux avec les organismes qui y participent \u2013 l\u2019ONU, l\u2019Union africaine (UA), l\u2019Union europ\u00e9enne (UE), la Communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique australe (SADC) et l\u2019Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les experts devraient \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la CENI et \u00e9valuer en continu les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s afin de construire une vision commune au sein de ces organismes. Ils devraient \u00e9galement surveiller attentivement l\u2019audit du registre des \u00e9lecteurs et les tests des nouvelles machines \u00e0 voter.<\/li>\n<\/ul>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les dirigeants de l\u2019opposition, qui semblent s\u2019organiser en vue des \u00e9lections, devraient se pr\u00e9parer \u00e0 faire campagne dans tout le pays. Il semble peu probable, \u00e0 ce jour, que l\u2019opposition boycotte le scrutin, surtout si le r\u00e9gime applique certaines des mesures cit\u00e9es plus haut. Et m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas le cas, le boycott s\u2019av\u00e8rerait inefficace, car les factions dissidentes de l\u2019opposition participeraient dans tous les cas. Le boycott aurait donc pour seul effet de donner une plus grande marge de man\u0153uvre au vainqueur.<\/p>\n<p>La mission de l\u2019ONU en RDC (Monusco) devrait renforcer son monitoring en mati\u00e8re de droits humains. Avec les diplomates bas\u00e9s \u00e0 Kinshasa et les envoy\u00e9s sp\u00e9ciaux r\u00e9guli\u00e8rement en visite dans le pays, elle devrait continuer de d\u00e9noncer la r\u00e9pression de l\u2019opposition et des groupes de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Les organisations susceptibles d\u2019observer le scrutin \u2013 \u00e0 savoir la SADC, l\u2019UA et l\u2019UE \u2013 devraient se pr\u00e9parer \u00e0 envoyer des missions d\u2019exploration afin de d\u00e9terminer les conditions minimales n\u00e9cessaires au d\u00e9ploiement d\u2019observateurs. Le gouvernement congolais devrait inviter toutes les organisations et organismes qui font part de leur intention d\u2019observer les \u00e9lections et jouent un r\u00f4le significatif de soutien au processus \u00e9lectoral.<\/p>\n<p>Les puissances occidentales et africaines devraient signifier au gouvernement \u2013 au pr\u00e9sident Kabila et \u00e0 son successeur potentiel \u2013 que la reconnaissance internationale et les b\u00e9n\u00e9fices qui pourraient en d\u00e9couler d\u00e9pendront du niveau de transparence et d\u2019ouverture du processus \u00e9lectoral. Des r\u00e9unions et des d\u00e9clarations publiques r\u00e9guli\u00e8res, y compris celles du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU, seront importantes pour montrer la coh\u00e9sion des acteurs internationaux\u2009; les d\u00e9saccords devront \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s en coulisse. Tout en continuant de coop\u00e9rer \u00e9troitement avec l\u2019UA et son Conseil de paix et de s\u00e9curit\u00e9, ainsi qu\u2019avec la SADC et les autres organismes r\u00e9gionaux concern\u00e9s, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU, qui vient de renouveler le mandat de la Monusco ax\u00e9 sur le soutien au processus \u00e9lectoral, devrait faire un \u00e9tat des lieux r\u00e9gulier des pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux, en utilisant le calendrier \u00e9lectoral de la CENI comme r\u00e9f\u00e9rence. L\u2019organisation r\u00e9guli\u00e8re de r\u00e9unions et de visites de haut niveau en RDC, \u00e0 des dates choisies avec soin, comme celle du d\u00e9p\u00f4t des candidatures, contribuerait \u00e0 montrer la d\u00e9termination et l\u2019int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019incertitude et les d\u00e9fis ind\u00e9niables, la tenue d\u2019\u00e9lections en RDC cette ann\u00e9e est d\u00e9sormais une r\u00e9elle possibilit\u00e9. Tous les acteurs internationaux impliqu\u00e9s devraient faire pression pour que ces \u00e9lections soient les plus cr\u00e9dibles possible, qu\u2019elles \u00e9vitent une plus grande fragmentation de la soci\u00e9t\u00e9 congolaise et augmentent les chances d\u2019une passation de pouvoir non violente.<\/p>\n<p><strong>Nairobi\/Bruxelles, 4 avril 2018<\/strong><\/p>\n<h1 id=\"44883\" class=\"chapter\"><span class=\"u-item\">I.<\/span><span class=\"u-text\">Introduction<\/span><\/h1>\n<p>Le 5 novembre 2017, la Commission \u00e9lectorale nationale ind\u00e9pendante (CENI) congolaise a publi\u00e9 le tr\u00e8s attendu calendrier \u00e9lectoral, fixant au 23 d\u00e9cembre 2018 la date des prochaines \u00e9lections pr\u00e9sidentielle, l\u00e9gislatives et provinciales. Cette initiative a \u00e9t\u00e9 accueillie tr\u00e8s favorablement, et seules quelques r\u00e9serves ont \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9es.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Depuis lors, la CENI et le gouvernement ont pris d\u2019autres mesures qui laissent penser qu\u2019ils s\u2019acheminent v\u00e9ritablement vers des \u00e9lections. Dans un premier temps, les diplomates, les responsables politiques de l\u2019opposition et la soci\u00e9t\u00e9 civile ont \u00e9t\u00e9 pris au d\u00e9pourvu.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Bien qu\u2019ayant tous plaid\u00e9 en faveur de ces \u00e9lections, rares \u00e9taient ceux qui s\u2019attendaient \u00e0 ce que le gouvernement congolais entame de r\u00e9els pr\u00e9paratifs.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 maintenant, la tenue probable d\u2019\u00e9lections en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC) est une perspective positive, mais elle g\u00e9n\u00e8re de nouveaux risques, relatifs au possible manque d\u2019\u00e9quit\u00e9 du scrutin et aux potentielles batailles de succession parmi les alli\u00e9s de Kabila. Ce rapport, qui repose sur un travail de terrain dans les provinces congolaises tout au long de l\u2019ann\u00e9e 2017 et d\u00e9but 2018, sur des recherches dans la capitale Kinshasa en f\u00e9vrier et en mars 2018 et sur des discussions \u00e0 Addis-Abeba et New York, est une mise \u00e0 jour du rapport de Crisis Group de d\u00e9cembre 2017,<em>\u00a0Vers une action concert\u00e9e en RDC<\/em>, et propose aux acteurs internationaux et congolais des mesures pour augmenter les chances d\u2019obtenir des \u00e9lections aussi cr\u00e9dibles que possible et \u00e9viter une dangereuse d\u00e9liquescence<\/p>\n<h1 id=\"44885\" class=\"chapter\"><span class=\"u-item\">II.<\/span><span class=\"u-text\">Un processus \u00e9lectoral d\u00e9sormais lanc\u00e9<\/span><\/h1>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019annonce du calendrier \u00e9lectoral par la CENI, d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments sont venus confirmer que les \u00e9lections \u00e9taient s\u00e9rieusement en pr\u00e9paration, notamment l\u2019adoption d\u2019une nouvelle loi \u00e9lectorale, la finalisation du registre des \u00e9lecteurs, l\u2019introduction de nouveaux dispositifs de vote et les discussions entre la CENI et les partis d\u2019opposition. Malgr\u00e9 un certain scepticisme concernant ce processus, la plupart des partis font d\u00e9sormais le n\u00e9cessaire pour respecter le calendrier \u00e9tabli par la CENI.<\/p>\n<h2 id=\"44887\" class=\"subheader1\"><span class=\"u-item\">A.<\/span><span class=\"u-text\">Une nouvelle loi \u00e9lectorale<\/span><\/h2>\n<div class=\"c-inset c-inset--right\"><\/div>\n<p>La nouvelle loi \u00e9lectorale, que le pr\u00e9sident Kabila a sign\u00e9e le 24 d\u00e9cembre 2017, inclut des dispositions qui vont probablement r\u00e9duire le nombre tr\u00e8s important de candidats qui s\u2019\u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s en 2011, telles que des seuils \u00e9lectoraux (pourcentage minimal des votes exprim\u00e9s qu\u2019un parti doit remporter pour obtenir des si\u00e8ges au sein des corps l\u00e9gislatifs national et provinciaux).<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>La loi multiplie \u00e9galement par quatre les frais non remboursables pour les candidats \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale (1\u00a0000 dollars) et les double presque pour les candidats \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, de 54\u00a0000 \u00e0 100\u00a0000 dollars.<\/p>\n<p>La loi devrait donc aider \u00e0 surmonter une v\u00e9ritable difficult\u00e9 survenue lors des \u00e9lections de 2006 et de 2011, \u00e0 savoir l\u2019explosion du nombre de partis politiques (actuellement plus de 600) et de candidats, ce qui avait abouti \u00e0 un bulletin de vote de 55 pages \u00e0 Kinshasa en 2011.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Tandis que l\u2019ancien syst\u00e8me avait pour avantage d\u2019\u00eatre tr\u00e8s inclusif, la profusion de candidats repr\u00e9sentant un nombre consid\u00e9rable de partis avait abouti \u00e0 la constitution d\u2019un parlement fragment\u00e9, et les plus grands partis \u00e9taient sous-repr\u00e9sent\u00e9s. Selon les estimations de la CENI, le nouveau seuil \u2013 bien que bas compar\u00e9 \u00e0 de nombreux autres pays \u2013 ne permettrait qu\u2019\u00e0 23 des 148 partis actuellement repr\u00e9sent\u00e9s au parlement d\u2019obtenir des si\u00e8ges.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Ces mesures pourraient contribuer \u00e0 corriger certaines failles structurelles du syst\u00e8me politique congolais. Elles permettraient non seulement de r\u00e9duire la fragmentation au sein du corps l\u00e9gislatif, mais elles devraient aussi, en diminuant le nombre de petits partis, limiter les possibilit\u00e9s pour les grands partis d\u2019inciter financi\u00e8rement de nouveaux d\u00e9put\u00e9s \u00e0 rejoindre leurs groupes parlementaires, une pratique qui a eu pour effet de cr\u00e9er un d\u00e9calage entre les positionnements politiques des corps l\u00e9gislatifs et le vote populaire. Les r\u00e9formes am\u00e8nent d\u00e9j\u00e0 les partis de la majorit\u00e9 et de l\u2019opposition \u00e0 former de nouvelles coalitions \u00e9lectorales de fa\u00e7on \u00e0 atteindre le seuil requis. Seuls les partis les plus grands tels que le Parti du peuple pour la reconstruction et la d\u00e9mocratie (PPRD) du pr\u00e9sident Kabila et l\u2019aile de l\u2019Union pour la d\u00e9mocratie et le progr\u00e8s social (UDPS) men\u00e9e par F\u00e9lix Tshisekedi pourront se pr\u00e9senter seuls.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Cette loi conduit les partis d\u2019opposition \u00e0 se d\u00e9mener pour conclure de nouvelles alliances \u00e9lectorales dans les quelques mois qui leur restent pour d\u00e9poser des listes de candidats.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Au sein de la coalition au pouvoir, connue sous le nom de \u00ab\u00a0majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0majorit\u00e9\u00a0\u00bb, il y aura \u00e9galement des gagnants et des perdants. En effet, les membres de certains partis affili\u00e9s \u00e0 la majorit\u00e9, tels que le Parti lumumbiste unifi\u00e9 (PALU), ont critiqu\u00e9 \u00e0 la fois le seuil \u00e9lectoral et l\u2019augmentation des frais de candidature, tout comme les petits partis de l\u2019opposition. Un groupe de d\u00e9put\u00e9s avait introduit des recours aupr\u00e8s de la Cour constitutionnelle contre ces deux mesures, qui ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s par la cour le 30 mars.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, cependant, la majorit\u00e9 est mieux arm\u00e9e que ses rivaux pour faire face \u00e0 ces difficult\u00e9s.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>\u00a0Par le pass\u00e9, elle a divis\u00e9 le paysage politique en petits partis, plus faciles \u00e0 coopter. Certains membres du PPRD, le plus grand parti de la majorit\u00e9, affirment ouvertement que le nouveau syst\u00e8me lui sera favorable, surtout face \u00e0 une opposition aussi mal pr\u00e9par\u00e9e.<mark><\/mark><\/p>\n<h2 id=\"44890\" class=\"subheader1\"><span class=\"u-item\">B.<\/span><span class=\"u-text\">Les machines \u00e0 voter<\/span><\/h2>\n<p>L\u2019introduction par la CENI de nouveaux dispositifs de vote a aliment\u00e9 la controverse. La commission \u00e9lectorale envisage d\u2019utiliser des machines qui impriment les bulletins de vote sur place. Ce changement est en th\u00e9orie une r\u00e9ponse aux difficult\u00e9s logistiques rencontr\u00e9es lors des pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9lections, en particulier la longueur excessive des bulletins dans certaines circonscriptions (m\u00eame si l\u2019augmentation des frais de candidature devrait contribuer \u00e0 r\u00e9duire la longueur des bulletins). N\u00e9anmoins, l\u2019opposition et certains gouvernements \u00e9trangers, am\u00e9ricain en particulier, ont critiqu\u00e9 l\u2019introduction des machines \u00e0 voter pour des raisons politiques, techniques et financi\u00e8res.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, la CENI a pris cette d\u00e9cision \u00e0 un moment o\u00f9 son impartialit\u00e9 est remise en question. Certains repr\u00e9sentants de l\u2019opposition et des diplomates occidentaux \u00e0 l\u2019ONU ont sonn\u00e9 l\u2019alerte sur le fait que ces machines pourraient favoriser la fraude et ont fait part de leur pr\u00e9occupation quant \u00e0 la confidentialit\u00e9 du vote.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>L\u2019Union africaine (UA) et les pays africains ont \u00e9t\u00e9 plus indulgents. Certains diplomates africains ont d\u00e9clar\u00e9 que, bien qu\u2019ils n\u2019utiliseraient pas un tel syst\u00e8me dans leur pays, ils \u00e9taient d\u2019avis qu\u2019il incombait \u00e0 la CENI et aux partis politiques congolais de trouver un terrain d\u2019entente.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>L\u2019Eglise catholique a demand\u00e9 une certification nationale et internationale des machines.<\/p>\n<p>Bien que la CENI teste des prototypes qui seraient plus fiables, l\u2019emploi de nouvelles technologies repr\u00e9sente un risque en raison du manque d\u2019infrastructures et de sources d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 s\u00fbres.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Il n\u2019est pas non plus certain que toutes les machines puissent \u00eatre livr\u00e9es \u00e0 temps. La transparence financi\u00e8re du contrat pass\u00e9 pour l\u2019acquisition de ces machines suscite aussi d\u2019importantes pr\u00e9occupations qui pourraient \u00e9roder encore davantage la confiance dans le processus.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>La controverse relative \u00e0 ces dispositifs survient tardivement et le temps allou\u00e9 aux pr\u00e9paratifs est limit\u00e9. S\u2019il fallait s\u00e9lectionner et passer des contrats avec des fournisseurs de bulletins et d\u2019urnes \u00e9lectorales, cela prendrait du temps\u00a0; il est par cons\u00e9quent crucial de prendre une d\u00e9cision rapide sur l\u2019usage qui sera fait de ces machines. Etant donn\u00e9 que les responsables de la CENI semblent d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 employer ces machines, un compromis envisageable pourrait consister \u00e0 ne les utiliser que dans un nombre limit\u00e9 de circonscriptions qui jouissent d\u2019une meilleure infrastructure, de pr\u00e9f\u00e9rence sur la base de crit\u00e8res \u00e9tablis entre les acteurs du processus \u00e9lectoral et les observateurs nationaux et internationaux.<mark><\/mark><\/p>\n<h2 id=\"44892\" class=\"subheader1\"><span class=\"u-item\">C.<\/span><span class=\"u-text\">Le registre des \u00e9lecteurs<\/span><\/h2>\n<p>Le 31 janvier, le pr\u00e9sident de la CENI Corneille Nangaa a d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019enregistrement des \u00e9lecteurs \u00e9tait achev\u00e9, au terme d\u2019une op\u00e9ration qui aura dur\u00e9 dix-sept mois. Les autorit\u00e9s \u00e9lectorales indiquent que plus de 46 millions d\u2019\u00e9lecteurs potentiels se sont inscrits (un chiffre nettement sup\u00e9rieur aux 41 millions attendus).<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>D\u2019ici jusqu\u2019\u00e0 la mi-avril, la CENI devra encore corriger le registre en supprimant les doublons et les \u00e9lecteurs in\u00e9ligibles. Ensuite, le parlement devra examiner une loi permettant de r\u00e9partir les si\u00e8ges par circonscription, sur la base du nombre d\u2019\u00e9lecteurs. La conclusion de cet exercice d\u2019enregistrement complexe et on\u00e9reux marque une \u00e9tape significative vers la tenue des \u00e9lections. Il a \u00e9t\u00e9 presque enti\u00e8rement financ\u00e9 par le gouvernement, avec un soutien logistique consid\u00e9rable de la Mission de l\u2019ONU pour la stabilisation en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (Monusco).<\/p>\n<p>Seule l\u2019Eglise catholique a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un examen du processus d\u2019enregistrement au niveau national en se rendant sur le terrain. Elle a fait \u00e9tat de quelques irr\u00e9gularit\u00e9s, telles que l\u2019enregistrement de mineurs ou le fait que dans certaines circonscriptions, des \u00e9lecteurs aient pay\u00e9 les responsables ou les policiers pour s\u2019inscrire.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>L\u2019opposition n\u2019a pas observ\u00e9 de fa\u00e7on syst\u00e9matique l\u2019ensemble du processus, malgr\u00e9 son manque de confiance g\u00e9n\u00e9ral en l\u2019impartialit\u00e9 de la CENI. En effet, certains dans ses rangs ont soulev\u00e9 des questions, notamment sur le nombre \u00e9lev\u00e9 d\u2019\u00e9lecteurs enregistr\u00e9s dans les bastions de la majorit\u00e9.<mark><\/mark>Malgr\u00e9 ces probl\u00e8mes, l\u2019enregistrement est dans l\u2019ensemble un relatif succ\u00e8s. L\u2019audit externe du processus, pr\u00e9vu par la CENI en mai, sera n\u00e9anmoins crucial pour renforcer la confiance.<\/p>\n<h2 id=\"44894\" class=\"subheader1\"><span class=\"u-item\">D.<\/span><span class=\"u-text\">Manque de clart\u00e9 sur le budget<\/span><\/h2>\n<p>S\u2019il semble que l\u2019enregistrement des \u00e9lecteurs ait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un financement suffisant, on ignore encore quelle somme le gouvernement allouera aux \u00e9lections et quelle part du budget \u00e9lectoral il sera en mesure de financer. En d\u00e9cembre, la CENI avait estim\u00e9 le co\u00fbt des \u00e9lections provinciales, parlementaires et pr\u00e9sidentielle \u00e0 432 millions de dollars.<mark><\/mark>L\u2019aspect le plus couteux concerne l\u2019acquisition des machines \u00e0 voter (157,7 millions de dollars pour 105 149 machines).<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Les \u00e9lections sont une des priorit\u00e9s du budget 2018\u00a0; elles repr\u00e9sentent environ 10 pour cent des d\u00e9penses pr\u00e9vues dans le budget promulgu\u00e9 le 24 d\u00e9cembre 2017.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Bien que des responsables politiques, y compris Kabila lui-m\u00eame, aient annonc\u00e9 que le gouvernement financerait l\u2019ensemble du processus (en comptant sur un important soutien logistique de la Monusco), nombreux sont ceux, parmi les bailleurs occidentaux en particulier, qui s\u2019inqui\u00e8tent de la capacit\u00e9 du gouvernement \u00e0 tenir ses engagements.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>A ce jour, la CENI d\u00e9ment tout manque de moyens.<mark><\/mark><\/p>\n<div><\/div>\n<p>Au cours de r\u00e9unions en priv\u00e9 entre des responsables congolais et des diplomates internationaux, les premiers ont indiqu\u00e9 que le gouvernement accepterait un soutien financier s\u2019il \u00e9tait sans condition. Les n\u00e9gociations entre la CENI et le Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement (PNUD) sur la mise en place d\u2019un fond commun, le Projet d\u2019appui au cycle \u00e9lectoral au Congo (Pacec), par l\u2019interm\u00e9diaire duquel les bailleurs pourraient contribuer au financement de l\u2019\u00e9ducation civique, de l\u2019observation des \u00e9lections et \u00e0 d\u2019autres postes budg\u00e9taires du processus \u00e9lectoral, ont \u00e9t\u00e9 difficiles car la CENI refuse, pour l\u2019heure, de signer l\u2019accord de partenariat. La CENI consid\u00e9rerait que les exigences des bailleurs en mati\u00e8re de transparence financi\u00e8re sont tr\u00e8s contraignantes au vu du faible financement qu\u2019ils sont susceptibles de fournir. La CENI ne souhaite pas non plus donner son accord pour des financements destin\u00e9s \u00e0 des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Alors que les chances sont minces de r\u00e9soudre enti\u00e8rement ces d\u00e9saccords entre la CENI et les bailleurs occidentaux, ces derniers devraient se tenir pr\u00eats \u00e0 intervenir dans la mesure du possible pour renforcer la cr\u00e9dibilit\u00e9 des \u00e9lections.<\/p>\n<h2 id=\"44897\" class=\"subheader1\"><span class=\"u-item\">E.<\/span><span class=\"u-text\">Mesures visant \u00e0 renforcer la confiance<\/span><\/h2>\n<p>Les autorit\u00e9s congolaises ont pris quelques mesures pour renforcer la confiance, dont certaines \u00e9taient pr\u00e9vues dans l\u2019accord de la Saint-Sylvestre. Nangaa, le pr\u00e9sident de la CENI, a appel\u00e9 \u00e0 des \u00e9lections inclusives et a insist\u00e9 sur le fait que \u00ab\u00a0personne ne [devait] rester au bord de la route\u00a0\u00bb.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Le 20 janvier, la CENI a lanc\u00e9 sa campagne nationale d\u2019\u00e9ducation des \u00e9lecteurs et men\u00e9 des sessions d\u2019information destin\u00e9es aux partis politiques, renfor\u00e7ant l\u2019impression de progr\u00e8s.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>En f\u00e9vrier et en mars, les partis d\u2019opposition ont assist\u00e9 aux sessions d\u2019information de la commission \u00e9lectorale relatives aux corrections \u00e0 apporter au registre \u00e9lectoral et aux nouvelles machines \u00e0 voter. La pr\u00e9sence d\u2019une d\u00e9l\u00e9gation de l\u2019UDPS\/Tshisekedi, qui n\u2019avait pas encore confirm\u00e9 qu\u2019elle participerait aux \u00e9lections, est un signe encourageant.<mark><\/mark><\/p>\n<p>La publication, le 10 mars, par le minist\u00e8re congolais des Droits humains d\u2019un rapport d\u2019une commission d\u2019enqu\u00eate mixte sur les violations des droits humains commises au cours des manifestations des 31 d\u00e9cembre et 21 janvier organis\u00e9es par le Comit\u00e9 la\u00efc de coordination de l\u2019Eglise catholique, \u00e9tait une initiative importante.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Le rapport contient de nombreuses recommandations pertinentes, comme la lev\u00e9e de l\u2019interdiction de se rassembler et de manifester publiquement \u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections\u00a0; il insiste aussi sur des r\u00e8gles strictes de d\u00e9ploiement des forces de s\u00e9curit\u00e9 hors situations de guerre ou d\u2019\u00e9meute. La commission \u00e9tait compos\u00e9e de membres du gouvernement et de la soci\u00e9t\u00e9 civile, mais aussi, en tant qu\u2019observateur, d\u2019un repr\u00e9sentant du bureau de liaison de l\u2019UA en RDC.<mark><\/mark><\/p>\n<div class=\"o-pull-quote\"><q class=\"o-quote o-quote--md u-tac [ u-db u-ptserif u-fs28 u-fsi u-black ]\">\u00a0L\u2019accord de la Saint-Sylvestre pr\u00e9voit par exemple la lib\u00e9ration des prisonniers politiques, or 90 sont encore en d\u00e9tention.\u00a0<\/q><\/div>\n<p>Autre fait significatif, au d\u00e9but du mois de mars, le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Aubin Minaku, a annonc\u00e9 que le parlement aborderait prochainement la question du remplacement du rapporteur de la CENI, Jean-Pierre Kalamba, qui repr\u00e9sente l\u2019UDPS au sein de la commission, mais que le parti de Tshisekedi ne consid\u00e8re pas comme son repr\u00e9sentant l\u00e9gitime. Le remplacement de Kalamba pourrait constituer une concession importante \u00e0 l\u2019UDPS\/Tshisekedi et permettrait de faire un pas vers la r\u00e9forme de la CENI, comme pr\u00e9vu dans l\u2019accord de la Saint-Sylvestre.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Ceci est particuli\u00e8rement important dans la mesure o\u00f9 une restructuration plus globale de l\u2019autorit\u00e9 \u00e9lectorale, passant notamment par le remplacement de son pr\u00e9sident, comme le souhaitent certains dirigeants de l\u2019opposition, prendrait du temps, vu la complexit\u00e9 du processus et serait d\u2019un int\u00e9r\u00eat contestable.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, cependant, la mise en \u0153uvre de l\u2019accord de la Saint-Sylvestre reste lente et incompl\u00e8te. L\u2019accord pr\u00e9voit par exemple la lib\u00e9ration des prisonniers politiques, or 90 sont encore en d\u00e9tention, y compris les personnalit\u00e9s les plus connues, telles que Jean-Claude Muyambo, un alli\u00e9 de l\u2019influent opposant et ancien gouverneur de la province du Katanga, Mo\u00efse Katumbi. Parmi les personnes r\u00e9cemment lib\u00e9r\u00e9es, seul Huit Mulongo, ancien chef de cabinet de Katumbi, est un responsable politique actif \u2013 les autres sont membres de milices. Katumbi lui-m\u00eame, qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par contumace sur la base d\u2019accusations de vente ill\u00e9gale d\u2019une propri\u00e9t\u00e9, et qui fait toujours l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate sur le recrutement pr\u00e9sum\u00e9 de mercenaires, reste en exil en Belgique. On ne sait pas encore s\u2019il sera autoris\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter sa candidature lors de la prochaine \u00e9lection.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, le bilan reste mitig\u00e9. Les autorit\u00e9s congolaises ont surmont\u00e9 d\u2019importants obstacles \u00e0 la pr\u00e9paration des \u00e9lections. N\u00e9anmoins, des questions essentielles d\u2019ordre technique doivent encore \u00eatre r\u00e9gl\u00e9es, notamment concernant le financement des \u00e9lections et le fonctionnement concret des machines \u00e0 voter. En outre, les conditions ne sont pas encore \u00e9quitables et l\u2019opposition ne jouit que d\u2019un espace limit\u00e9. Ces probl\u00e8mes laissent entrevoir un scrutin relativement bien organis\u00e9, mais ni \u00e9quitable, ni cr\u00e9dible.<\/p>\n<h1 id=\"44899\" class=\"chapter\"><span class=\"u-item\">III.<\/span><span class=\"u-text\">Le r\u00e9gime garde l\u2019initiative<\/span><\/h1>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le r\u00e9gime en RDC a pu dicter le rythme des \u00e9v\u00e8nements et tirer profit de la faiblesse de l\u2019opposition et du manque de coh\u00e9rence de la r\u00e9ponse internationale.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Mais face \u00e0 la crise humanitaire de plus en plus aig\u00fce et \u00e0 la r\u00e9pression \u00e0 Kinshasa, la pression internationale et surtout r\u00e9gionale pour organiser des \u00e9lections conform\u00e9ment au calendrier de la CENI s\u2019est faite plus forte, ce qui a tr\u00e8s certainement jou\u00e9 un r\u00f4le dans les r\u00e9centes avanc\u00e9es vers la tenue du scrutin.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Dans une large mesure, cependant, le r\u00e9gime reste aux commandes. Tout en maintenant un discours fortement ax\u00e9 sur la souverainet\u00e9, y compris en s\u2019en prenant \u00e0 certains membres de la communaut\u00e9 internationale, en particulier la Belgique, il a progress\u00e9 dans la pr\u00e9paration des \u00e9lections, esp\u00e9rant sans doute faire usage de ses derniers atouts.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Une rare conf\u00e9rence de presse donn\u00e9e par le pr\u00e9sident Kabila \u00e0 la fin janvier 2018, \u00e0 l\u2019occasion du dix-septi\u00e8me anniversaire de sa pr\u00e9sidence, a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Apr\u00e8s avoir d\u00e9fendu son bilan en s\u2019attribuant le m\u00e9rite de la stabilit\u00e9 et du maintien de l\u2019ordre constitutionnel, Kabila a insist\u00e9 sur le fait que les \u00e9lections seraient organis\u00e9es et financ\u00e9es par les Congolais. Il a not\u00e9 qu\u2019il pourrait falloir \u00ab\u00a0engager des r\u00e9formes pour rendre les \u00e9lections moins co\u00fbteuses qu\u2019elles ne le sont actuellement\u00a0\u00bb mais que toute r\u00e9vision majeure devrait attendre les \u00e9lections suivantes. Interrog\u00e9 sur sa possible candidature \u00e0 la prochaine \u00e9lection, le pr\u00e9sident a fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Constitution, qui limite \u00e0 deux le nombre de mandats pr\u00e9sidentiels.\u00a0<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Si Kabila n\u2019a pas exclu d\u2019\u00eatre candidat pour un troisi\u00e8me mandat, il reconnaissait presque, par cette r\u00e9ponse, que ses tentatives manqu\u00e9es de modifier la constitution en 2015 semblent, au moins pour l\u2019instant, avoir bloqu\u00e9 cette voie pour rester au pouvoir.<\/p>\n<div class=\"c-inset \">\n<div class=\"o-pull-quote\"><q class=\"o-quote o-quote--md u-tac [ u-db u-ptserif u-fs28 u-fsi u-black ]\">\u00a0Dans l\u2019ensemble, son message aux puissances \u00e9trang\u00e8res \u00e9tait clair\u00a0: les \u00e9lections sont uniquement l\u2019affaire des Congolais.\u00a0<\/q><\/div>\n<\/div>\n<p>Kabila a aussi donn\u00e9 des d\u00e9tails sur les pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux, y compris sur le travail qu\u2019il reste \u00e0 faire. Il a reproch\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition et \u00e0 l\u2019Eglise catholique de ne pas \u00eatre force de proposition, d\u00e9clarant que \u00ab\u00a0la porte [\u00e9tait] ouverte \u00e0 toutes les intelligences nationales susceptibles d\u2019apporter leur contribution \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration du processus \u00e9lectoral\u00a0\u00bb. Dans l\u2019ensemble, son message aux puissances \u00e9trang\u00e8res \u00e9tait clair\u00a0: les \u00e9lections sont uniquement l\u2019affaire des Congolais. Il a \u00e9galement critiqu\u00e9 la Monusco, dont le mandat a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9 fin mars 2018. Tout comme il l\u2019avait fait peu de temps avant les \u00e9lections contest\u00e9es de 2011, il a appel\u00e9 l\u2019ONU \u00e0 offrir plus de clart\u00e9 sur le d\u00e9part de la Monusco et au \u00ab\u00a0strict respect de l\u2019accord de si\u00e8ge \u00bb (SOFA).<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Quelques jours plus tard, le porte-parole de la majorit\u00e9 Alain Atundu a d\u00e9clar\u00e9 que la majorit\u00e9 ferait connaitre son candidat au moment \u00ab\u00a0strat\u00e9gique\u00a0\u00bb, indication suppl\u00e9mentaire que Kabila ne se pr\u00e9sentera pas aux \u00e9lections.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Des \u00e9l\u00e9ments plus tangibles sugg\u00e8rent que la majorit\u00e9 se pr\u00e9pare pour la campagne. D\u00e8s janvier 2017, elle a cr\u00e9\u00e9 une cellule de coordination \u00e9lectorale et a ensuite mis en place plusieurs nouvelles structures de coordination provinciales. Plus r\u00e9cemment, son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Aubin Minaku, a multipli\u00e9 les rencontres avec plusieurs partis de la coalition au pouvoir, apparemment pour organiser la campagne. En mars 2018, lors d\u2019une r\u00e9union \u00e0 Kinshasa, Minaku a utilis\u00e9 le slogan \u00ab\u00a0la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, nous gagnons ou nous gagnons\u00a0\u00bb. Le projet est de diviser la majorit\u00e9 en seize \u00e0 vingt groupes \u00e9lectoraux, tous con\u00e7us de mani\u00e8re \u00e0 ce que chacun ait toutes les chances d\u2019atteindre les nouveaux seuils \u00e9lectoraux.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Le PPRD de Kabila, de loin le premier parti au sein de la majorit\u00e9 et au parlement, s\u2019est lanc\u00e9 dans une restructuration interne. Le 22 janvier, il a adopt\u00e9 de nouveaux statuts conf\u00e9rant \u00e0 Kabila un r\u00f4le formel en tant qu\u2019\u00ab\u00a0initiateur\u00a0\u00bb du PPRD et lui permettant de nommer directement le vice-pr\u00e9sident du parti. Il deviendra pr\u00e9sident du PPRD lorsqu\u2019il quittera ses fonctions de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Fin f\u00e9vrier 2018, en pleins pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux, les dirigeants du parti ont aussi proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des ajustements dans sa gestion au quotidien. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral sortant Mova Sakanyi a \u00e9chang\u00e9 son poste avec Ramazani Shadary, pr\u00e9c\u00e9demment vice-Premier ministre et ministre de l\u2019Int\u00e9rieur.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Shadary \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate du bloc parlementaire du PPRD et est consid\u00e9r\u00e9 comme un meilleur militant que son pr\u00e9d\u00e9cesseur en p\u00e9riode de campagne \u00e9lectorale. De plus, la nouvelle direction du parti a indiqu\u00e9 qu\u2019elle allait r\u00e9organiser son aile jeunesse, consid\u00e9r\u00e9e comme hors de contr\u00f4le, divis\u00e9e et souvent trop agressive.<mark><\/mark><\/p>\n<p>La r\u00e9vision de la loi \u00e9lectorale sous l\u2019impulsion de la majorit\u00e9 et la machine du PPRD qui semble bien financ\u00e9e et organis\u00e9e aux niveaux national, provincial et local donnent l\u2019impression d\u2019un parti pr\u00e9par\u00e9 pour la campagne. Le r\u00e9gime a d\u2019autres atouts. Son tr\u00e9sor de guerre \u00e9clipse ceux de la plupart des opposants. Son autorit\u00e9 sur les forces de s\u00e9curit\u00e9 est quasi totale et il dispose de relais solides \u00e0 la CENI et \u00e0 la Cour constitutionnelle, qui arbitre les litiges \u00e9lectoraux pour les \u00e9lections pr\u00e9sidentielle et l\u00e9gislatives. Il contr\u00f4le \u00e9galement la plupart des gouvernements provinciaux. En janvier et f\u00e9vrier, Kabila a nomm\u00e9 de nouveaux administrateurs territoriaux et maires, principalement du PPRD, en les dotant d\u2019une large mission de s\u00e9curit\u00e9 publique sur des zones qui correspondent aux circonscriptions \u00e9lectorales.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Gr\u00e2ce \u00e0 tous ces leviers, le r\u00e9gime peut dicter le calendrier du processus \u00e9lectoral et calibrer l\u2019espace politique qu\u2019il conc\u00e8de \u00e0 l\u2019opposition dans diff\u00e9rentes parties du pays.<\/p>\n<div class=\"c-inset c-inset--right\">\n<div class=\"o-pull-quote\"><q class=\"o-quote o-quote--md u-tac [ u-db u-ptserif u-fs28 u-fsi u-black ]\">\u00a0La coalition au pouvoir reste confront\u00e9e \u00e0 des obstacles majeurs<\/q><\/div>\n<\/div>\n<p>Malgr\u00e9 ses atouts, la coalition au pouvoir reste confront\u00e9e \u00e0 des obstacles majeurs. Le plus important est de trouver un successeur au pr\u00e9sident Kabila, ce qui apparait de plus en plus \u00eatre le plan. Compte tenu des enjeux, toute initiative \u00e0 cet \u00e9gard \u2013 m\u00eame le simple fait de sp\u00e9culer ou de jouer des coudes \u2013 pourrait provoquer des luttes intestines au sein de la majorit\u00e9 ou du cercle de Kabila. La recomposition au sein du PPRD cr\u00e9e d\u00e9j\u00e0 des tensions li\u00e9es au positionnement pour les nouveaux postes. A moins que Kabila et ses alli\u00e9s puissent maintenir la stabilit\u00e9 dans les r\u00e9seaux informels (\u00ab\u00a0Etat parall\u00e8le\u00a0\u00bb) qui impr\u00e8gnent le gouvernement et les sph\u00e8res \u00e9conomiques et que lui et sa famille contr\u00f4lent d\u00e9j\u00e0, y compris les forces de s\u00e9curit\u00e9, la comp\u00e9tition li\u00e9e \u00e0 sa succession pourrait d\u00e9cha\u00eener des forces centrifuges et m\u00eame d\u00e9clencher une contestation violente. Identifier et forger un consensus autour d\u2019un successeur reste un d\u00e9fi immense. Au-del\u00e0 des noms fr\u00e9quemment cit\u00e9s par les observateurs congolais ou les m\u00e9dias, un candidat surprise ne peut \u00eatre exclu.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Les r\u00e9formes et les pr\u00e9paratifs politiques laissent entrevoir la strat\u00e9gie du r\u00e9gime\u00a0: Joseph Kabila d\u00e9missionnerait mais exercerait un certain contr\u00f4le en coulisses en tant que pr\u00e9sident du PPRD \u2013 la majorit\u00e9 esp\u00e9rant, de fa\u00e7on r\u00e9aliste, rester le plus grand bloc au parlement. Cette man\u0153uvre, une variante du \u00ab\u00a0sc\u00e9nario Poutine-Medvedev\u00a0\u00bb (d\u2019apr\u00e8s l\u2019arrangement utilis\u00e9 par le pr\u00e9sident russe Vladimir Poutine pour contourner la limitation du nombre de mandats entre 2008 et 2012), verrait un parti ou une coalition au pouvoir plus stable avec Kabila \u00e0 la barre.<mark><\/mark>Constitutionnellement, Kabila est assur\u00e9 d\u2019avoir un si\u00e8ge au S\u00e9nat. Sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir l\u2019\u00e9quilibre dans \u00ab\u00a0l\u2019Etat parall\u00e8le\u00a0\u00bb, qui compte de nombreuses personnalit\u00e9s de sa province natale du Katanga, pourrait suffire \u00e0 ce qu\u2019il consid\u00e8re que ses int\u00e9r\u00eats soient en s\u00e9curit\u00e9. Mais aucune garantie ne sera absolue, et la possibilit\u00e9 d\u2019une fissure du parti au pouvoir ou du premier cercle de Kabila avant ou apr\u00e8s le scrutin subsiste.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses doutes, le camp du pr\u00e9sident semble avoir d\u00e9cid\u00e9 que, pour l\u2019instant, les \u00e9lections semblent \u00eatre l\u2019option la moins risqu\u00e9e. L\u2019alternative la plus probable serait un nouveau report, qui pourrait \u00eatre facilit\u00e9 par la cooptation de certains membres d\u2019une opposition divis\u00e9e.<mark><\/mark>Mais cela pourrait conduire \u00e0 une d\u00e9gradation irr\u00e9versible des perspectives \u00e9lectorales de la majorit\u00e9, en raison de l\u2019isolement international, de la col\u00e8re populaire et de ses propres fissures internes. En prolongeant l\u2019impasse, le r\u00e9gime s\u2019exposerait aussi au risque d\u2019un coup d\u2019Etat ou de troubles violents qui \u00e9chapperaient \u00e0 son contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Si le scrutin \u00e9tait consid\u00e9rablement retard\u00e9, le r\u00e9gime pourrait \u00eatre tent\u00e9 par une autre option, \u00e0 savoir r\u00e9viser la Constitution pour permettre \u00e0 Kabila de briguer un troisi\u00e8me mandat. Mais cette approche serait risqu\u00e9e\u00a0; elle a rencontr\u00e9 une farouche opposition domestique par le pass\u00e9. Cela serait particuli\u00e8rement controvers\u00e9 parmi les puissances \u00e9trang\u00e8res, y compris les dirigeants africains, et isolerait le r\u00e9gime encore davantage.<mark><\/mark><\/p>\n<h1 id=\"44907\" class=\"chapter\"><span class=\"u-item\">IV.<\/span><span class=\"u-text\">L\u2019opposition\u00a0: une course \u00e0 se r\u00e9organiser<\/span><\/h1>\n<p>L\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019\u00e9lections cette ann\u00e9e a \u00e9branl\u00e9 les partis d\u2019opposition. Depuis mi-2017, la principale coalition de l\u2019opposition, le Rassemblement, d\u00e9fendait l\u2019id\u00e9e mal d\u00e9finie d\u2019une transition sans Kabila. Mais l\u2019opposition semble maintenant se pr\u00e9parer \u00e0 faire campagne malgr\u00e9 les lacunes dans la mise en \u0153uvre de l\u2019accord de la Saint-Sylvestre. Un foisonnement d\u2019activit\u00e9 se fait jour depuis fin f\u00e9vrier, les petits partis se pressant de former des groupes plus larges afin d\u2019obtenir suffisamment de voix pour atteindre les nouveaux seuils \u00e9lectoraux et obtenir des si\u00e8ges dans les futures assembl\u00e9es nationale et provinciales.<\/p>\n<p>Ce repositionnement fragmente le Rassemblement. Le Groupe des sept (G7), l\u2019Alternance pour la R\u00e9publique et plusieurs autres petits partis soutiennent Mo\u00efse Katumbi, tandis que l\u2019UDPS\/Tshisekedi suit son propre chemin.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Les partisans de Katumbi se sont r\u00e9unis en Afrique du Sud du 9 au 12 mars 2018 et ont form\u00e9 une nouvelle coalition, Ensemble pour le changement.<\/p>\n<p>D\u2019autres grands partis tels que l\u2019Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe et le Mouvement de lib\u00e9ration du Congo (MLC) dirig\u00e9 par Eve Bazaiba ont annonc\u00e9 qu\u2019ils travailleront ensemble pendant la campagne, m\u00eame si ce que cela implique en d\u00e9tail n\u2019est pas encore clair.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, au moment o\u00f9 ces lignes sont \u00e9crites, les r\u00e9sultats des consultations et de la reconfiguration de l\u2019opposition restent incertains. Cela dit, la cr\u00e9ation de coalitions d\u2019une dizaine de partis sera probablement la norme. De nouvelles alliances pourraient m\u00eame transcender le clivage entre l\u2019opposition et la majorit\u00e9.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Quatre questions sont susceptibles de fa\u00e7onner la dynamique d\u2019opposition. La premi\u00e8re concerne l\u2019avenir de l\u2019UDPS en tant que force politique. Le plus grand parti historique d\u2019opposition en RDC a \u00e9t\u00e9 affaibli par la mort de son p\u00e8re fondateur Etienne Tshisekedi en janvier 2017 et sa r\u00e9putation a p\u00e2ti de ses discrets pourparlers avec le gouvernement sur le partage du pouvoir en 2017. Un congr\u00e8s du parti, le 31 mars a \u00e9lu F\u00e9lix Tshisekedi pr\u00e9sident du parti, et l\u2019a d\u00e9sign\u00e9 candidat aux prochaines \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. L\u2019organisation du congres \u00e9tait contest\u00e9e par l\u2019UDPS\/Tshibala, une des ailes dissidentes du parti.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>En 2017, le gouvernement avait encourag\u00e9 cette scission, notamment en nommant Premier ministre Bruno Tshibala, qui du coup avait lanc\u00e9 son aile dissidente de l\u2019UPDS. Les informations inattendues selon lesquelles l\u2019UDPS\/Tshisekedi \u2013 le parti originel, et non la faction dissidente de Tshibala \u2013 sera autoris\u00e9e \u00e0 nommer un nouveau repr\u00e9sentant \u00e0 la CENI et ses contacts avec la CENI sugg\u00e8rent un possible d\u00e9gel des relations avec le gouvernement. Dans ce contexte, la participation de l\u2019UDPS \u00e0 un \u00e9ventuel nouveau gouvernement ne peut \u00eatre exclue.<mark><\/mark><\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me question consiste \u00e0 savoir si Mo\u00efse Katumbi sera autoris\u00e9 \u00e0 rentrer en RDC sans tomber sous le coup de poursuites judiciaires et s\u2019il aura le droit de se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019\u00e9lection.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Il redynamise actuellement sa base politique, b\u00e9n\u00e9ficie du soutien de la base, y compris parmi les r\u00e9seaux de jeunes et les supporteurs de son club de football Tout Puissant Mazembe. Il a confirm\u00e9 son intention d\u2019\u00eatre candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, et sa richesse et son ambition politique aident \u00e0 attirer les soutiens. Mais il reste en exil, et son absence prolong\u00e9e du pays pourrait avoir des cons\u00e9quences sur sa base.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Le plus r\u00e9cent obstacle \u00e0 son avenir politique est venu de r\u00e9v\u00e9lations concernant son acquisition d\u2019une autre nationalit\u00e9, ce qui, selon la loi congolaise, l\u2019obligerait \u00e0 faire une nouvelle demande de nationalit\u00e9 congolaise pour se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019\u00e9lection.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Plusieurs \u00e9minents chefs coutumiers de sa province natale du Haut-Katanga ont r\u00e9cemment d\u00e9nonc\u00e9 les man\u0153uvres du gouvernement et affirm\u00e9 que Katumbi \u00e9tait congolais. Cela montre la nature potentiellement explosive de la question de la nationalit\u00e9.<mark><\/mark><\/p>\n<div class=\"o-pull-quote\"><q class=\"o-quote o-quote--md u-tac [ u-db u-ptserif u-fs28 u-fsi u-black ]\">\u00a0Sans camp uni, l\u2019opposition va probablement \u00eatre en difficult\u00e9 contre un candidat qui b\u00e9n\u00e9ficiera du soutien du parti au pouvoir et de Kabila.\u00a0<\/q><\/div>\n<p>Une troisi\u00e8me question est de savoir si les repositionnements parmi les partis d\u2019opposition peuvent permettre de d\u00e9passer les divisions au sein de l\u2019opposition dans son ensemble. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ce n\u2019est pas le cas. Certains responsables politiques de l\u2019opposition appellent \u00e0 un candidat unique \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle pour d\u00e9fier le probable dauphin de Kabila. Mais \u00e0 moins que Katumbi ne soit emp\u00each\u00e9 de concourir, rien ne sugg\u00e8re que lui ou Felix Tshisekedi \u2013 les deux principaux dirigeants de l\u2019opposition \u2013 c\u00e9dera la place \u00e0 l\u2019autre. Sans camp uni, l\u2019opposition va probablement \u00eatre en difficult\u00e9 contre un candidat qui b\u00e9n\u00e9ficiera du soutien du parti au pouvoir et de Kabila.<mark><\/mark><\/p>\n<p>La derni\u00e8re question est de savoir si le gouvernement continuera\u00a0 d\u2019encourager les factions dissidentes des partis d\u2019opposition. Ce d\u00e9doublement des partis politiques, selon la formule consacr\u00e9e, r\u00e9duit le temps et les ressources dont disposent les partis pour aller \u00e0 la rencontre de la population et brouille le paysage politique pour les \u00e9lecteurs. Le 26 mars, comme stipul\u00e9 dans le calendrier \u00e9lectoral, le gouvernement a transmis la liste des partis politiques et coalitions reconnus l\u00e9galement \u00e0 la CENI, qui s\u2019en servira pour enregistrer les candidats. Le comit\u00e9 de suivi de l\u2019accord de la Saint-Sylvestre a r\u00e9cemment conseill\u00e9 au gouvernement de reconnaitre \u00e0 l\u2019opposition la direction de la plupart des partis concern\u00e9s, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 leur aile affili\u00e9e au r\u00e9gime.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Si le gouvernement a apparemment suivi ce conseil pour certains partis, il ne s\u2019est pas prononc\u00e9 sur l\u2019UDPS et le Mouvement social pour le renouveau (MSR), laissant \u00e0 la CENI et \u00e0 la justice le soin de trancher.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Certains dirigeants de l\u2019opposition r\u00e9calcitrants, notamment l\u2019ancien rebelle et ministre Mbusa Nyamwisi et l\u2019ancien chef de milice et ex-colonel de l\u2019arm\u00e9e John Tshibangu, encouragent l\u2019opposition \u00e0 prendre les armes, seul moyen selon eux de faire tomber le r\u00e9gime. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, leurs efforts n\u2019ont pas abouti en raison de leur base limit\u00e9e, du peu d\u2019app\u00e9tit pour une telle strat\u00e9gie dans les rangs de l\u2019opposition et du manque de soutien international. Peu de temps apr\u00e8s avoir lanc\u00e9 \u00e0 Kabila un ultimatum de 45 jours pour quitter le pouvoir, Tshibangu a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 en Tanzanie et rapidement extrad\u00e9 vers Kinshasa en f\u00e9vrier 2018.<\/p>\n<h1 id=\"44911\" class=\"chapter\"><span class=\"u-item\">V.<\/span><span class=\"u-text\">La pression r\u00e9gionale s\u2019accentue<\/span><\/h1>\n<p>Les puissances \u00e9trang\u00e8res ont, dans l\u2019ensemble, accueilli favorablement l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux. Certains gouvernements occidentaux, notamment les Etats-Unis et la Belgique, restent critiques quant \u00e0 la strat\u00e9gie de Kinshasa et demandent plus de transparence. D\u2019autres sont moins v\u00e9h\u00e9ments. Mais quelles que soient les diff\u00e9rences, on s\u2019accorde g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 reconnaitre qu\u2019un suivi minutieux et r\u00e9gulier des progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s est n\u00e9cessaire. Le 12 janvier, les Etats-Unis ont pr\u00e9sid\u00e9 une r\u00e9union informelle du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies sur le processus \u00e9lectoral en RDC, au cours de laquelle la CENI a fait une courte allocution.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Dans le sillage de cette r\u00e9union, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 a l\u2019intention d\u2019organiser des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res sur la RDC jusqu\u2019au scrutin.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Dans sa r\u00e9solution 2409 (2018), adopt\u00e9e le 27 mars, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 a requis des mises \u00e0 jour \u00e9crites tous les 30 jours sur les progr\u00e8s politiques et techniques r\u00e9alis\u00e9s vers les \u00e9lections du 23 d\u00e9cembre. La crise en RDC est \u00e9galement de plus en plus pr\u00e9sente dans les discussions entre les dirigeants africains et les puissances occidentales, comme ce fut le cas lors d\u2019une visite du ministre fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Jean-Yves Le Drian, en Angola au mois de mars.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Les voisins de la RDC et les organisations r\u00e9gionales ont \u00e9t\u00e9 les plus actifs. L\u2019UA, la Communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique australe (SADC) ainsi que la Conf\u00e9rence internationale pour la r\u00e9gion des Grands Lacs (CIRGL) ont renforc\u00e9 leur engagement tout comme un certain nombre de capitales dans la r\u00e9gion. Le 14 f\u00e9vrier, une r\u00e9union tripartite s\u2019est tenue \u00e0 Kinshasa avec le pr\u00e9sident angolais Jo\u00e3o Lauren\u00e7o et le pr\u00e9sident Sassou Nguesso de la R\u00e9publique du Congo (Congo-Brazzaville) repr\u00e9sentant, respectivement, la SADC et la CIRGL.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>A partir du 17 f\u00e9vrier, le pr\u00e9sident Kabila s\u2019est rendu en Zambie pour des pourparlers avec le pr\u00e9sident Edgar Lungu. A son retour \u00e0 Kinshasa, il a rencontr\u00e9 un autre \u00e9missaire angolais, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Manuel Domingos Augusto. Le 22 f\u00e9vrier, le pr\u00e9sident du Gabon Ali Bongo est venu \u00e0 Kinshasa, suivi du nouveau pr\u00e9sident zimbabw\u00e9en Emmerson Mnangagwa le 27 f\u00e9vrier. Il est probable que le nouveau pr\u00e9sident sud-africain, Cyril Ramaphosa, se rendra en RDC tandis que l\u2019UA et l\u2019ONU pr\u00e9voient une visite conjointe du pr\u00e9sident de la Commission de l\u2019UA Moussa Faki et du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU Ant\u00f3nio Guterres. Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU pr\u00e9voit aussi une visite.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Si toutes ces rencontres entre Kabila et les dirigeants r\u00e9gionaux \u00e9taient priv\u00e9es et les d\u00e9clarations publiques minimales, tout laisse \u00e0 penser que le pr\u00e9sident de la RDC est soumis \u00e0 une intense pression r\u00e9gionale pour respecter le calendrier \u00e9lectoral de la CENI et se retirer. L\u2019Angola, sans doute l\u2019Etat d\u2019Afrique qui dispose du plus d\u2019influence en RDC, se montre critique, en priv\u00e9, sur le report des \u00e9lections depuis un certain temps et a mis un terme \u00e0 sa coop\u00e9ration militaire en 2017. Les tensions avec Luanda mettent \u00e0 rude \u00e9preuve les nerfs des forces de s\u00e9curit\u00e9 congolaises, alors que les Angolais sont depuis longtemps impliqu\u00e9s dans le syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 de la RDC, et sont consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant tr\u00e8s influents.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Le silence qui a suivi la d\u00e9claration muscl\u00e9e du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res du Botswana le 26 f\u00e9vrier 2018 est le signe le plus manifeste que les dirigeants d\u2019Afrique australe perdent patience avec Kabila. La d\u00e9claration a d\u00e9nonc\u00e9 le pr\u00e9sident congolais pour tenter de se maintenir au pouvoir et a appel\u00e9 \u00e0 une pression internationale plus forte pour le convaincre de se retirer. M\u00eame si le Botswana n\u2019est pas un acteur majeur, cet appel, \u00e0 la veille du d\u00e9part du pouvoir du pr\u00e9sident du Botswana Ian Khama fin mars 2018, pourrait avoir exprim\u00e9 haut et fort ce que d\u2019autres dans la r\u00e9gion pensent ou disent en priv\u00e9.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Les gouvernements des pays d\u2019Afrique australe sont \u00e9galement frustr\u00e9s par le manque de coop\u00e9ration de Kabila dans le cadre de leurs r\u00e9centes initiatives en lien avec les \u00e9lections. Le gouvernement de la RDC a ignor\u00e9 les offres de soutien technique formul\u00e9es par l\u2019Afrique du Sud et la SADC \u00e0 la suite de la visite de repr\u00e9sentants et d\u2019experts \u00e9lectoraux de la SADC en d\u00e9cembre 2017. Il a mis du temps avant de faciliter le projet de la SADC d\u2019ouvrir un bureau de liaison. A ce jour, Kabila refuse toujours de rencontrer l\u2019envoy\u00e9 sp\u00e9cial de la SADC pour la RDC r\u00e9cemment nomm\u00e9, l\u2019ancien pr\u00e9sident namibien Hifikepunye Pohamba.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Pour montrer qu\u2019ils continuent \u00e0 \u00eatre engag\u00e9s malgr\u00e9 le manque de coop\u00e9ration de Kabila, les ambassadeurs de la SADC ont rencontr\u00e9 la CENI au d\u00e9but du mois de mars et lors de sa derni\u00e8re rencontre minist\u00e9rielle en Afrique du Sud, le groupe a indiqu\u00e9 qu\u2019il attendait une invitation de Kinshasa pour envoyer une mission d\u2019observation \u00e9lectorale.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Alors que les responsables de la SADC semblent avoir pouss\u00e9 le pr\u00e9sident Kabila vers les \u00e9lections, les pr\u00e9sidents des pays \u00e0 l\u2019est de la RDC \u2013 Ouganda, Rwanda et Burundi \u2013 paraissent \u00eatre moins directement impliqu\u00e9s. Ils ont tous les trois manipul\u00e9 leur propre constitution pour rester au pouvoir et ont donc peu de motivation ou de cr\u00e9dibilit\u00e9 pour encourager le respect de la limitation des mandats \u00e9lectoraux, en d\u00e9pit de leurs inqui\u00e9tudes s\u00e9curitaires au niveau de leurs fronti\u00e8res communes avec la RDC, renforc\u00e9es par les incertitudes concernant le d\u00e9part de Kabila.<mark><\/mark>En d\u00e9cembre 2017, une attaque meurtri\u00e8re contre l\u2019ONU, attribu\u00e9e aux Forces d\u00e9mocratiques alli\u00e9es (ADF), un groupe arm\u00e9 venu d\u2019Ouganda, a accru les pr\u00e9occupations s\u00e9curitaires dans la r\u00e9gion. L\u2019Ouganda a depuis envoy\u00e9 des forces en renfort dans la zone frontali\u00e8re et lanc\u00e9 des attaques sur les camps de l\u2019ADF du c\u00f4t\u00e9 congolais.<mark><\/mark><\/p>\n<p>L\u2019UA a \u00e9tabli \u00e0 Kinshasa un efficace bureau de liaison qui manque actuellement de moyens. L\u2019organisation m\u00e8ne \u00e9galement une diplomatie discr\u00e8te avec les acteurs politiques congolais et les dirigeants r\u00e9gionaux. Dans sa derni\u00e8re d\u00e9claration sur la RDC, le Conseil de paix et de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019UA a r\u00e9it\u00e9r\u00e9 son soutien \u00e0 la mise en \u0153uvre de l\u2019accord de la Saint-Sylvestre et appel\u00e9 la r\u00e9gion et la communaut\u00e9 internationale dans son ensemble \u00e0 apporter un soutien technique, logistique et financier pour les \u00e9lections.<mark><\/mark><\/p>\n<h1 id=\"44915\" class=\"chapter\"><span class=\"u-item\">VI.<\/span><span class=\"u-text\">Priorit\u00e9s pour les gouvernements et les acteurs internationaux<\/span><\/h1>\n<p>Les progr\u00e8s accomplis dans la pr\u00e9paration des \u00e9lections contraignent les puissances \u00e9trang\u00e8res \u00e0 faire des choix difficiles. Si elles encouragent l\u2019organisation du scrutin, elles risquent de soutenir un processus peu satisfaisant, mais le refus de s\u2019engager risquerait de provoquer des retards suppl\u00e9mentaires dont elles pourraient \u00eatre tenues pour responsables. De la m\u00eame mani\u00e8re, si elles essaient de mettre des conditions \u00e0 leur appui au processus \u00e9lectoral, le r\u00e9gime pourrait revenir \u00e0 sa tactique dilatoire. Apr\u00e8s avoir affaibli l\u2019opposition, le r\u00e9gime essaie de mettre tout le monde au pied du mur en jouant \u00e0 \u00ab\u00a0face je gagne, pile tu perds\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant, les progr\u00e8s r\u00e9cents sont le r\u00e9sultat d\u2019une consid\u00e9rable pression internationale, en particulier africaine, et la meilleure ligne de conduite est de continuer \u00e0 encourager un scrutin conform\u00e9ment au calendrier. Il y a aujourd\u2019hui un large consensus international sur la n\u00e9cessit\u00e9 de respecter le calendrier \u00e9lectoral actuel et d\u2019emp\u00eacher Kabila de briguer un troisi\u00e8me mandat. Les partis politiques congolais du c\u00f4t\u00e9 de la majorit\u00e9 comme de l\u2019opposition sont clairement en train de se pr\u00e9parer. Cette situation devrait apporter une nouvelle base pour un engagement international plus dynamique et coh\u00e9rent dans un avenir proche.<\/p>\n<div class=\"c-inset \">\n<div class=\"o-pull-quote\"><q class=\"o-quote o-quote--md u-tac [ u-db u-ptserif u-fs28 u-fsi u-black ]\">\u00a0Tous les acteurs internationaux devraient accueillir favorablement, mais avec prudence, les progr\u00e8s r\u00e9cents vers des \u00e9lections<\/q><\/div>\n<\/div>\n<p>Les conditions d\u2019un scrutin libre et transparent, dans lequel tous les partis peuvent faire campagne, n\u2019existent pas encore et l\u2019engagement international sera n\u00e9cessaire pour am\u00e9liorer les perspectives. Le premier imp\u00e9ratif pour les acteurs internationaux est de d\u00e9passer ou du moins de r\u00e9duire leurs d\u00e9saccords sur ce qui constituerait des normes minimales pour des \u00e9lections libres et \u00e9quitables en RDC. Ils devraient se mettre d\u2019accord sur le fait d\u2019exercer une forte pression sur le r\u00e9gime afin de permettre \u00e0 tous les candidats s\u00e9rieux de l\u2019opposition de se pr\u00e9senter. Mais aujourd\u2019hui, des approches diff\u00e9rentes, des plus indulgentes \u00e0 l\u2019\u00e9gard du gouvernement aux plus critiques, encouragent \u00e0 la fois le r\u00e9gime et l\u2019opposition \u00e0 adopter des positions maximalistes et \u00e0 \u00e9viter le compromis.<mark><\/mark><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas certain que le lobbying africain aupr\u00e8s de Kabila puisse se traduire en pression unifi\u00e9e pour des r\u00e9formes. Ce qui est clair, c\u2019est qu\u2019un simulacre d\u2019\u00e9lection ne permettrait pas au gouvernement qui en d\u00e9coulerait, quel qu\u2019il soit, d\u2019avoir la l\u00e9gitimit\u00e9 n\u00e9cessaire pour s\u2019attaquer aux nombreux d\u00e9fis que compte la RDC et desservirait donc la r\u00e9gion. Tous les acteurs internationaux devraient accueillir favorablement, mais avec prudence, les progr\u00e8s r\u00e9cents vers des \u00e9lections. Les puissances africaines et occidentales influentes devraient mener une action diplomatique vigoureuse en faveur d\u2019une poign\u00e9e de r\u00e9formes cl\u00e9s qui renforceraient la confiance dans le processus, tout en rendant les r\u00e8gles du jeu plus \u00e9quitables. En parall\u00e8le, une large reconnaissance et \u00e9ventuellement un soutien renforc\u00e9 devraient \u00eatre offerts au gouvernement \u00e9lu \u00e0 l\u2019issue d\u2019un processus \u00e9lectoral raisonnablement ouvert.<\/p>\n<h2 id=\"44919\" class=\"subheader1\"><span class=\"u-item\">A.<\/span><span class=\"u-text\">Etapes cruciales des pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux<\/span><\/h2>\n<p>Plusieurs mesures cl\u00e9s pourraient am\u00e9liorer les perspectives d\u2019une \u00e9lection \u00e9quitable. Tout d\u2019abord, la CENI devrait faire en sorte que les aspects essentiels de ses pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux soient plus transparents \u2013 notamment le prochain audit du registre des \u00e9lecteurs. Cette inspection devrait \u00eatre organis\u00e9e en consultation avec des repr\u00e9sentants de l\u2019opposition et de la soci\u00e9t\u00e9 civile ainsi qu\u2019avec des experts internationaux.<\/p>\n<p>La transparence de la CENI devrait s\u2019\u00e9tendre \u00e0 ses projets concernant les machines \u00e0 voter, qui vont probablement n\u00e9cessiter un compromis rapide entre les autorit\u00e9s \u00e9lectorales, l\u2019opposition et, si un financement est n\u00e9cessaire, les bailleurs de fonds. Pousser simplement la CENI \u00e0 abandonner l\u2019utilisation de machines \u00e0 voter a peu de chances de fonctionner et des changements de derni\u00e8re minute pourraient s\u2019av\u00e9rer d\u00e9stabilisants. Etant donn\u00e9 que la situation dans certaines parties du pays pourrait compliquer le fonctionnement des machines \u00e0 voter, un compromis possible serait de les utiliser uniquement dans certaines zones urbaines o\u00f9, de toute fa\u00e7on, les listes de candidats plus longues les rendent plus utiles. Le nouveau syst\u00e8me doit \u00eatre test\u00e9 de mani\u00e8re rigoureuse et transparente \u2013 en pr\u00e9sence de repr\u00e9sentants de l\u2019opposition et de la soci\u00e9t\u00e9 civile ainsi que d\u2019experts internationaux \u2013 pour que son utilisation inspire confiance. Conjointement avec le gouvernement congolais, la CENI doit aussi \u00eatre plus transparente dans ses pr\u00e9visions budg\u00e9taires pour les \u00e9lections, de sorte que les bailleurs de fonds puissent se pr\u00e9parer \u00e0 boucher les trous.<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement urgent que la CENI et le gouvernement se mettent d\u2019accord sur le r\u00f4le de l\u2019\u00e9quipe conjointe d\u2019experts \u00e9lectoraux de l\u2019ONU, l\u2019UA, la SADC, l\u2019Organisation internationale de la francophonie (OIF) et l\u2019UE.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span>Id\u00e9alement, ce groupe serait int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la CENI non seulement pour apporter un soutien technique, mais aussi pour \u00e9valuer les pr\u00e9paratifs et cr\u00e9er au sein des organisations repr\u00e9sent\u00e9es une appr\u00e9ciation commune des progr\u00e8s accomplis. Il devrait par ailleurs aider \u00e0 relancer le dialogue entre la CENI et les bailleurs de fonds sur des bases plus constructives.<\/p>\n<p>Les initiatives visant \u00e0 \u00e9valuer les progr\u00e8s accomplis dans les pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux au cours des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU, sur la base des comptes-rendus mensuels de la Monusco, devraient se poursuivre. Elles aideront \u00e0 retenir l\u2019attention du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 et peuvent au minimum contribuer \u00e0 une appr\u00e9ciation commune des probl\u00e8mes. La Monusco \u00e9tant d\u2019une importance capitale pour la logistique des \u00e9lections et disposant d\u2019un budget important \u00e0 cette fin, les r\u00e9unions permettront \u00e9galement au Conseil de faire pression en cas de d\u00e9rapage s\u00e9rieux. Entre-temps, la SADC, l\u2019UA, l\u2019UE et toute autre organisation ayant l\u2019intention d\u2019observer les \u00e9lections devraient entamer maintenant des n\u00e9gociations avec le gouvernement pour d\u00e9finir les conditions dans lesquelles leurs \u00e9quipes se d\u00e9ploieront\u00a0; toutes les missions de ce type devraient inclure des observateurs de long terme. Le gouvernement devrait commencer par faire parvenir des invitations \u00e0 ces organismes.<\/p>\n<h2 id=\"44921\" class=\"subheader1\"><span class=\"u-item\">B.<\/span><span class=\"u-text\">Garantir un processus \u00e9quitable<\/span><\/h2>\n<p>Les acteurs internationaux doivent se concentrer sur des mesures contribuant \u00e0 rendre le processus \u00e9quitable et \u00e0 am\u00e9liorer les relations entre le gouvernement et l\u2019opposition. Il y a des raisons de faire preuve d\u2019un optimisme prudent, notamment concernant la commission d\u2019enqu\u00eate mixte sur les violences qui ont accompagn\u00e9 les manifestations en d\u00e9cembre et janvier.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le gouvernement devrait\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Lib\u00e9rer les prisonniers politiques, conform\u00e9ment aux engagements pris dans l\u2019accord de la Saint-Sylvestre.<\/li>\n<li>Clarifier la l\u00e9galit\u00e9 et la validit\u00e9 des poursuites judiciaires contre les responsables politiques d\u2019opposition ou simplement abandonner les poursuites, dont la plupart ont un caract\u00e8re politique. Les individus mis en cause par la justice n\u2019\u00e9tant pas en mesure de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections, leurs dossiers doivent \u00eatre cl\u00f4tur\u00e9s bien avant la date limite de d\u00e9p\u00f4t des candidatures. Les principaux candidats d\u2019opposition devraient \u00eatre autoris\u00e9s \u00e0 se pr\u00e9senter.<span class=\"footnote\"><mark><\/mark>\u00a0<\/span><\/li>\n<li>Mettre en \u0153uvre les recommandations de l\u2019enqu\u00eate r\u00e9cente de la commission mixte sur les violences de d\u00e9cembre et janvier. Ceci impliquerait de lever l\u2019interdiction g\u00e9n\u00e9rale des rassemblements et des manifestations publiques pacifiques, et de prendre des mesures limitant le recours \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et \u00e0 la garde r\u00e9publicaine pour le maintien et la restauration de l\u2019ordre public.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En faisant parvenir \u00e0 la CENI une liste des partis politiques sans r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes concernant le d\u00e9doublement des partis, le gouvernement a respect\u00e9 le calendrier mais a rejet\u00e9 sur la CENI et la justice la responsabilit\u00e9 des questions auxquelles font toujours face plusieurs grands partis, en particulier l\u2019UDPS et le MSR. Les partis politiques concern\u00e9s, le Conseil national de suivi de l\u2019accord (CNSA) et la CENI devraient se r\u00e9unir d\u00e8s que possible pour r\u00e9soudre ces probl\u00e8mes. Le Premier ministre Tshibala et son UDPS ne devraient pas intervenir dans l\u2019organisation interne de l\u2019UDPS\/Tshisekedi.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les partis d\u2019opposition devraient collaborer avec la CENI sur les points probl\u00e9matiques et pr\u00e9parer leurs \u00e9lecteurs \u00e0 une campagne impliquant la population \u00e0 tous les niveaux. L\u2019environnement \u00e9lectoral pose bien s\u00fbr de s\u00e9rieux cas de conscience. Mais globalement, participer aux \u00e9lections \u2013 ce \u00e0 quoi la plupart des partis d\u2019opposition ont l\u2019air de se pr\u00e9parer \u2013 semble \u00eatre une attitude plus judicieuse que le boycott, surtout si le r\u00e9gime est pr\u00eat \u00e0 certains compromis. Un boycott n\u2019arr\u00eaterait pas le processus \u00e9lectoral mais risquerait de laisser sortir des urnes un gouvernement sans contre-pouvoirs.<\/p>\n<p>Les acteurs internationaux devraient encourager les pourparlers entre la majorit\u00e9 et les partis d\u2019opposition dans le but de concevoir un code de conduite pour les \u00e9lections. Ce code devrait contenir des engagements des dirigeants politiques de tous bords \u00e0 condamner la violence, \u00e0 \u00e9viter la surench\u00e8re verbale et \u00e0 ne pas manipuler l\u2019appartenance ethnique \u00e0 des fins politiques. Les manifestations r\u00e9centes par les chefs coutumiers katangais concernant la citoyennet\u00e9 de Mo\u00efse Katumbi sont de nouvelles preuves de l\u2019importance de ces questions d\u2019identit\u00e9. De nombreux Congolais dans les zones rurales, affect\u00e9s par des ann\u00e9es voire des d\u00e9cennies de conflits, ont peur des discours haineux ou des vagues de violence ethnique, souvent orchestr\u00e9es par les responsables politiques. De nombreux citadins associent \u00e9troitement les partis politiques avec leurs violents mouvements de jeunesse. Ce climat donne une importance toute particuli\u00e8re aux mesures visant \u00e0 apaiser les tensions avant le scrutin. Au vu de la situation actuelle, mais \u00e9galement de la cartographie \u00e9lectorale et des exp\u00e9riences de 2006 et de 2011, la Monusco va devoir \u00e9valuer en continu et de fa\u00e7on minutieuse les risques de conflit et pr\u00e9voir un plan d\u2019urgence.<\/p>\n<p>Les pourparlers entre le camp du pr\u00e9sident Kabila et les dirigeants de l\u2019opposition pourraient \u00e9galement viser un accord plus large sur la transition et sur la mani\u00e8re de prot\u00e9ger certains int\u00e9r\u00eats des perdants. Cela pourrait inclure l\u2019avenir du pr\u00e9sident, de ses alli\u00e9s proches et de sa famille.<\/p>\n<p>Les acteurs congolais et internationaux peuvent prendre d\u2019autres mesures pour profiter de l\u2019apparente dynamique en faveur des \u00e9lections. L\u2019Eglise protestante et la Communaut\u00e9 islamique en RDC dont les sympathies, jusque-l\u00e0, semblaient aller plut\u00f4t au gouvernement, ont r\u00e9cemment soutenu des manifestations, ce qui pourrait rapprocher ces deux institutions de la position de l\u2019Eglise catholique. Une d\u00e9claration conjointe des chefs des diff\u00e9rentes confessions en faveur des \u00e9lections et s\u2019engageant \u00e0 ce que leurs hi\u00e9rarchies respectives suivent de pr\u00e8s la campagne et les pr\u00e9paratifs \u00e9lectoraux aiderait \u00e0 cr\u00e9er de la confiance.<mark><\/mark><\/p>\n<p>D\u2019autre part, les gouvernements de la r\u00e9gion, la SADC et l\u2019UA doivent poursuivre leur engagement diplomatique avec des messages conjoints ainsi que des visites et des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res de haut niveau. Alors que le d\u00e9p\u00f4t des candidatures commence en juin-juillet, planifier une visite conjointe du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU et du pr\u00e9sident de la Commission de l\u2019UA serait utile pour maintenir la pression et apporter un soutien aux acteurs congolais qui travaillent en faveur des \u00e9lections.<\/p>\n<h1 id=\"44923\" class=\"chapter\"><span class=\"u-item\">VII.<\/span><span class=\"u-text\">Conclusion<\/span><\/h1>\n<p>La tenue d\u2019\u00e9lections en RDC cette ann\u00e9e est d\u00e9sormais une r\u00e9elle possibilit\u00e9. M\u00eame si le scepticisme quant aux intentions du gouvernement est certainement justifi\u00e9, une approche critique mais constructive des acteurs internationaux est la plus grande chance de pousser Kabila et la RDC vers une passation de pouvoir non violente. Les r\u00e9cents efforts diplomatiques des dirigeants r\u00e9gionaux, qui auraient aid\u00e9 \u00e0 convaincre le pr\u00e9sident Kabila de s\u2019acheminer vers des \u00e9lections, pourraient servir de base \u00e0 un renouvellement de la pression africaine et occidentale sur les autorit\u00e9s congolaises pour qu\u2019elles respectent le calendrier et fassent en sorte de rendre les \u00e9lections plus cr\u00e9dibles. Des reports suppl\u00e9mentaires, un scrutin insatisfaisant ou largement consid\u00e9r\u00e9 comme non \u00e9quitable risqueraient de p\u00e9renniser un r\u00e9gime avec une base trop \u00e9troite et une l\u00e9gitimit\u00e9 populaire insuffisante pour s\u2019attaquer aux \u00e9normes d\u00e9fis auxquels la RDC est confront\u00e9e. Ce r\u00e9sultat ne ferait que renforcer l\u2019instabilit\u00e9 dans le pays et dans la r\u00e9gion. Le chemin \u00e0 parcourir est encore long et les \u00e9lections soul\u00e8vent de nombreuses questions. Mais ces derniers mois, les autorit\u00e9s congolaises ont fait des pas dans la bonne direction. Les acteurs r\u00e9gionaux et internationaux devraient saisir cette occasion et faire pression, de fa\u00e7on r\u00e9solue, pour une transition pacifique.<\/p>\n<p><strong>Nairobi\/Bruxelles, 4 avril 2018<\/strong><\/p>\n<h1 id=\"44925\" class=\"title\"><span class=\"u-text\">Annexe A\u00a0: Carte de la RDC<\/span><\/h1>\n<div class=\"c-inline-media js-view-maps c-inline-media--lg\">\n<div class=\"c-inline-media__box\">\n<div class=\"o-image o-image--cover\"><img decoding=\"async\" class=\"  lazyloaded\" title=\"\" src=\"https:\/\/d2071andvip0wj.cloudfront.net\/bg_colored_1x1.png\" alt=\"\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"c-inline-media__icon\"><\/div>\n<div class=\"c-inline-media__content\"><span class=\"c-inline-media__caption u-ptserif u-gray\">Carte de la RDC<\/span>\u00a0<span class=\"c-inline-media__credits u-franklin u-gray u-fwl\">International Crisis Group\/KO\/October 2016. Based on UN map No. 4007 Rev.11 (May 2016)<\/span><\/div>\n<\/div>\n<h1 id=\"44927\" class=\"title\"><span class=\"u-text\">Annexe B\u00a0: Acronymes<\/span><\/h1>\n<p><strong>ADF:\u00a0<\/strong>Forces d\u00e9mocratiques alli\u00e9es (Allied Democratic Forces)<\/p>\n<p><strong>CENI:\u00a0<\/strong>Commission \u00e9lectorale nationale ind\u00e9pendante<\/p>\n<p><strong>CNSA:<\/strong>\u00a0Conseil national de suivi de l\u2019accord<\/p>\n<p><strong>GPLDS:<\/strong>\u00a0Groupe parlementaire des lib\u00e9raux, d\u00e9mocrates-chr\u00e9tiens et socialistes<\/p>\n<p><strong>MLC:<\/strong>\u00a0Mouvement de lib\u00e9ration du Congo<\/p>\n<p><strong>MSR:\u00a0<\/strong>Mouvement social pour le renouveau<\/p>\n<p><strong>MONUSCO:<\/strong>\u00a0Mission de l\u2019ONU pour la stabilisation en RDC<\/p>\n<p><strong>OIF:<\/strong>\u00a0Organisation internationale de la Francophonie<\/p>\n<p><strong>PALU:\u00a0<\/strong>Parti lumumbiste unifi\u00e9<\/p>\n<p><strong>PPRD:\u00a0<\/strong>Parti du peuple pour la reconstruction et la d\u00e9mocratie<\/p>\n<p><strong>SADC:<\/strong>\u00a0Communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique australe<\/p>\n<p><strong>UDPS:\u00a0<\/strong>Union pour la d\u00e9mocratie et le progr\u00e8s social<\/p>\n<p><strong>UNC:<\/strong>\u00a0Union pour la nation congolaise<\/p>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=127\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Poker \u00e9lectoral en RD Congo Les \u00e9lections en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo ont \u00e9t\u00e9 report\u00e9es depuis 2016, mais elles semblent maintenant \u00eatre pr\u00e9vues pour la fin de l\u2019ann\u00e9e. Tous les acteurs doivent contribuer \u00e0 des \u00e9lections cr\u00e9dibles,\u00a0le meilleur espoir d\u2019obtenir une passation de pouvoir non violente Que se passe-t-il\u00a0?\u2002Apr\u00e8s des retards r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, le gouvernement du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-127","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=127"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/127\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}