{"id":13035,"date":"2024-01-10T09:35:23","date_gmt":"2024-01-10T09:35:23","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.blog\/?p=13035"},"modified":"2024-01-10T09:35:24","modified_gmt":"2024-01-10T09:35:24","slug":"zaire-article-de-nzongola-du-12-10-96","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=13035","title":{"rendered":"Za\u00efre : Article de Nzongola du 12\/10\/96"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Za\u00efre : Article de Nzongola du 12\/10\/96<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>***********************************************************<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">CONFLIT DANS L&rsquo;EST DU ZA\u00cfRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Georges Nzongola-NtalajaHarare, Zimbabwe 19 novembre 1996<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">L&rsquo;auteur est ancien vice-pr\u00e9sident de la Commission \u00e9lectorale nationale du Za\u00efre, pr\u00e9sident de l&rsquo;Association africaine des sciences politiques et professeur d&rsquo;\u00e9tudes africaines \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Howard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">La restauration du r\u00e9gime de Mobutu, avec l&rsquo;installation du gouvernement Kengo en juillet 1994, s&rsquo;inscrit dans le sillage du g\u00e9nocide au Rwanda et au moment de l&rsquo;intervention de la France dans ce pays pour effacer les traces de son propre r\u00f4le de complice du crime. Apr\u00e8s avoir soutenu le r\u00e9gime d&rsquo;Habyarimana et entra\u00een\u00e9 sa machine g\u00e9nocidaire, y compris la milice extr\u00e9miste hutu Interahamwe, les Fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9s d&rsquo;avoir \u00e0 Kinshasa un r\u00e9gime qui leur permettrait de permettre aux tueurs rwandais, soldats et miliciens, de passer au Za\u00efre avec toutes leurs armes. Le fait que ces tueurs \u00e9taient d\u00e9sormais libres d&rsquo;utiliser le territoire za\u00efrois pour lancer des raids au Rwanda et massacrer des citoyens tutsis et des r\u00e9sidents du Za\u00efre est la cause imm\u00e9diate des combats actuels dans l&rsquo;est du Za\u00efre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Les racines de ce conflit violent sont profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans l&rsquo;histoire de la r\u00e9gion des Grands Lacs ainsi que dans les alignements politiques du r\u00e9gime de Mobutu aux niveaux national, r\u00e9gional et international. Il y a, en premier lieu, la question de savoir si les personnes d&rsquo;origine rwandaise, ou Banyarwanda (Hutu, Tutsi et Twa), peuvent ou non revendiquer la nationalit\u00e9 za\u00efroise sur la base de leur origine au Za\u00efre en ao\u00fbt 1885, date \u00e0 laquelle ce pays a vu le jour sous le nom d&rsquo;\u00c9tat ind\u00e9pendant du Congo. Si c&rsquo;\u00e9tait le cas, ils revendiqueraient, comme d&rsquo;autres peuples autochtones de toute l&rsquo;Afrique, des terres ancestrales dans l&rsquo;est du Za\u00efre. En second lieu, le conflit a \u00e0 voir avec les cons\u00e9quences pour le Za\u00efre du conflit Hutu-Tutsi au Rwanda et au Burundi. Dans un cas comme dans l&rsquo;autre, les actions et les d\u00e9cisions prises par le r\u00e9gime de Mobutu depuis 1972 ont contribu\u00e9 \u00e0 exacerber les tensions et \u00e0 provoquer la crise actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Le Rwanda et le Burundi sont deux des principaux royaumes pr\u00e9coloniaux \u00e0 avoir surv\u00e9cu \u00e0 la conqu\u00eate et \u00e0 l&rsquo;occupation occidentales en tant qu&rsquo;entit\u00e9s politiques plus ou moins viables, les monarchies ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites entre 1959 et 1961 au Rwanda et entre 1965 et 1968 au Burundi. La population des deux pays est compos\u00e9e de trois groupes sociaux traditionnellement distingu\u00e9s sur la base de la profession : les Hutu (environ 85 %), les Tutsis (14 %) et les Twa (1 %). Les Twa sont un peuple pygmo\u00efde, qui poss\u00e8de \u00e9galement d&rsquo;importantes colonies \u00e0 l&rsquo;ouest des Grands Lacs dans la for\u00eat \u00e9quatoriale d&rsquo;Afrique centrale, y compris la for\u00eat de l&rsquo;Ituri au Za\u00efre. Contrairement aux mythes coloniaux, le conflit entre Tutsis et Hutu n&rsquo;est pas une lutte s\u00e9culaire entre les pasteurs \u00ab hamitiques \u00bb (Tutsi) et les agriculteurs bantous (Hutu). Car les Tutsis ne sont pas des \u00ab Hamites \u00bb. C&rsquo;est un peuple bantu qui partage une culture bantoue commune avec les Hutu, avec qui ils parlent une langue bantoue commune, le rinyarwanda ou le rirundi, selon les pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">L&rsquo;immigration et l&rsquo;installation dans l&rsquo;est du Za\u00efre par les Banyarwanda se sont produites \u00e0 diff\u00e9rents moments et pour diverses raisons. Comme dans d&rsquo;autres parties du monde, l&rsquo;ensemble de la r\u00e9gion des Grands Lacs constituait une fronti\u00e8re commerciale pour des \u00c9tats relativement puissants comme l&rsquo;ancien Rwanda. Et il existe des preuves historiques que des colonies agricoles rwandaises ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies dans les \u00eeles du lac Kivu, qui font maintenant partie du Za\u00efre, au XVIIIe si\u00e8cle. En outre, un groupe d&rsquo;ethnie tutsie pr\u00e9tend s&rsquo;\u00eatre install\u00e9 au cours du XVIIe si\u00e8cle dans les collines qu&rsquo;ils ont nomm\u00e9es \u00ab Mulenge \u00bb entre les lacs Kivu et Tanganyika, ou entre Bukavu et Uvira dans la province du Sud-Kivu au Za\u00efre. En cons\u00e9quence, ils s&rsquo;appellent eux-m\u00eames Banyamulenge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Cette tradition orale est vivement contest\u00e9e par d&rsquo;autres groupes indig\u00e8nes za\u00efrois. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux, le Bafulero, conteste en fait le droit de ces Tutsis ethniques de s&rsquo;appeler \u00ab Banyamulenge \u00bb au motif que \u00ab Mulenge \u00bb est le titre d&rsquo;un chef Bafulero dont les terres sont situ\u00e9es \u00e0 environ 200 kilom\u00e8tres au sud de la zone occup\u00e9e par ces Tutsis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Aussi vrai que puisse \u00eatre ce rejet de l&rsquo;histoire orale des Banyamulenge, il serait difficile de nier que certaines colonies rwandaises ont pu se trouver \u00e0 l&rsquo;ouest de la fronti\u00e8re coloniale telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 trac\u00e9e en 1885. De plus, les Banyarwanda qui vivaient sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Idjwi, la plus grande des \u00eeles du lac Kivu, sont devenus sujets belges en 1910, tout comme d&rsquo;autres colonies de langue kinyarwanda du Nord-Kivu, lorsque l&rsquo;Allemagne a c\u00e9d\u00e9 les terres qu&rsquo;ils occupaient \u00e0 la Belgique, dans le cadre d&rsquo;un ajustement frontalier entre les deux puissances imp\u00e9riales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">La distinction juridique entre eux et les autres Congolais est devenue th\u00e9orique apr\u00e8s que la Belgique a pris le contr\u00f4le du Rwanda et du Burundi en 1920 en tant que puissance mandataire de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations et, en 1945, en tant qu&rsquo;autorit\u00e9 de tutelle des Nations Unies. \u00c0 toutes fins pratiques, la Belgique gouvernait le Za\u00efre, le Rwanda et le Burundi comme une seule entit\u00e9 coloniale connue sous le nom de \u00ab Le Congo Belge et le Ruanda-Urundi \u00bb, avec une seule arm\u00e9e, la Force Publique, un seul gouverneur g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Kinshasa et deux lieutenants-gouverneurs g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Lubumbashi et Bujumbura, respectivement. En tant qu&rsquo;adolescent ayant grandi au Congo belge dans les ann\u00e9es 1950, il ne m&rsquo;est jamais venu \u00e0 l&rsquo;esprit que ces trois territoires \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 devenir trois \u00c9tats-nations distincts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Entre 1937 et 1955, la Belgique a d\u00e9plac\u00e9 des milliers de paysans banyarwanda vers les districts de Masisi, Rutshuru et Walikale, dans le Nord-Kivu, dans l&rsquo;est du Za\u00efre, dans le but d&rsquo;all\u00e9ger la pression d\u00e9mographique dans le Rwanda dens\u00e9ment peupl\u00e9, et a recrut\u00e9 des milliers d&rsquo;autres pour travailler dans les mines, les transports et les entreprises agricoles dans les provinces du Shaba, du Maniema et du Sud-Kivu tout au long de la p\u00e9riode coloniale. La plupart de ces Banyarwanda ont vot\u00e9 aux premi\u00e8res \u00e9lections municipales de 1957-1958 et aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales ou d&rsquo;ind\u00e9pendance de 1960. Des repr\u00e9sentants de leurs communaut\u00e9s, bien que peu nombreux, ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9lus \u00e0 des fonctions publiques au Za\u00efre. En d\u00e9pit d&rsquo;un nouvel afflux de Banyarwanda en 1959-1961, principalement des r\u00e9fugi\u00e9s politiques tutsis fuyant leur patrie \u00e0 la suite de la r\u00e9volution rwandaise, le Za\u00efre a continu\u00e9 \u00e0 les accueillir \u00e0 bras ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Des probl\u00e8mes ont commenc\u00e9 \u00e0 appara\u00eetre lorsque le nombre de Banyarwanda a augment\u00e9 progressivement en raison de l&rsquo;accroissement naturel et de l&rsquo;immigration clandestine dans la p\u00e9riode postcoloniale. En janvier 1972, sous l&rsquo;influence de son directeur de cabinet &nbsp;tutsi, Bisengimana Rwema, Mobutu signe un d\u00e9cret accordant la nationalit\u00e9 za\u00efroise \u00e0 tous les natifs du Rwanda et du Burundi install\u00e9s au Za\u00efre avant 1950. En plus de leur succ\u00e8s dans les activit\u00e9s professionnelles et commerciales, les Banyarwanda en g\u00e9n\u00e9ral et les Tutsis en particulier \u00e9taient d\u00e9sormais dans une position politique plus forte pour utiliser leur proximit\u00e9 avec Mobutu pour obtenir de plus grands gains \u00e9conomiques et sociaux. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ils ont fait avec enthousiasme, en utilisant leurs moyens financiers et leur nouveau pouvoir politique pour acqu\u00e9rir plus de terres dans les provinces dens\u00e9ment peupl\u00e9es du Nord et du Sud-Kivu. Inutile de dire qu&rsquo;ils pouvaient toujours trouver des chefs indig\u00e8nes qui \u00e9taient pr\u00eats et m\u00eame d\u00e9sireux de privatiser les terres ancestrales en \u00e9change d&rsquo;argent et\/ou de faveurs politiques. Tout cela a accru le ressentiment que les autres Za\u00efrois avaient \u00e0 leur \u00e9gard, qui \u00e9tait en partie bas\u00e9 sur le d\u00e9go\u00fbt de ces derniers pour l&rsquo;apparente exclusivit\u00e9 sociale des Banyarwanda.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Le d\u00e9cret de 1972 \u00e9tait si impopulaire que Mobutu lui-m\u00eame a accept\u00e9 de signer une loi adopt\u00e9e par son parlement \u00e0 parti unique en juin 1981 invalidant le d\u00e9cret et d\u00e9finissant la nationalit\u00e9 za\u00efroise ou la citoyennet\u00e9 sur la base de l&rsquo;appartenance \u00e0 un groupe ethnique connu pour exister \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res du Za\u00efre telles que d\u00e9finies en ao\u00fbt 1885. De ce fait, seuls les Banyarwanda qui avaient effectivement sollicit\u00e9 et obtenu la naturalisation au Za\u00efre pouvaient \u00eatre d\u00e9clar\u00e9s citoyens. Tous ceux qui \u00e9taient citoyens parce qu&rsquo;ils \u00e9taient des descendants d&rsquo;\u00e9tablissements ant\u00e9rieurs \u00e0 1885, de la modification des fronti\u00e8res de 1910 et des mouvements migratoires ant\u00e9rieurs \u00e0 1950 ont \u00e9t\u00e9 automatiquement priv\u00e9s de leur citoyennet\u00e9 za\u00efroise. La question que soul\u00e8ve cette action en ce qui concerne le droit international et les droits fondamentaux de l&rsquo;homme, et celle que les Banyarwanda ont soulev\u00e9e lors de la conf\u00e9rence nationale de 1992, est de savoir s&rsquo;il est juridiquement et moralement acceptable pour un \u00c9tat de priver une section ou une couche de ses habitants de leurs droits de citoyennet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">D\u00e9chus de leur citoyennet\u00e9, les paysans banyarwanda sont \u00e9galement priv\u00e9s de leurs droits fonciers, car les terres qu&rsquo;ils occupent et utilisent sont revendiqu\u00e9es comme terres ancestrales par les groupes autochtones parmi lesquels ils vivent. La question fonci\u00e8re est au c\u0153ur du conflit qui les oppose \u00e0 d&rsquo;autres Za\u00efrois du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Avant le g\u00e9nocide au Rwanda, des milliers de personnes sont mortes dans des violences interethniques en 1992-93 au Nord-Kivu. Au lieu de trouver des moyens de r\u00e9soudre le conflit de mani\u00e8re responsable, les autorit\u00e9s za\u00efroises ont jet\u00e9 de l&rsquo;huile sur le feu avec des appels \u00e0 la x\u00e9nophobie, tandis que des soldats et des officiers militaires ont \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans le trafic d&rsquo;armes des deux c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Un exemple de ce terrorisme d&rsquo;\u00c9tat est la campagne x\u00e9nophobe men\u00e9e par les autorit\u00e9s provinciales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu avant et pendant la guerre actuelle dans l&rsquo;est du Za\u00efre. En septembre 1996, le vice-gouverneur du Sud-Kivu, Lwasi Ngabo Lwabanji, a d\u00e9clar\u00e9 dans une \u00e9mission de radio que si les Tutsis Banyamulenge ne quittaient pas le Za\u00efre dans un d\u00e9lai d&rsquo;une semaine, ils seraient intern\u00e9s dans des camps et extermin\u00e9s. La r\u00e9ponse des Banyamulenge a \u00e9t\u00e9 succinctement formul\u00e9e par un jeune combattant qui a dit \u00e0 Chris McGreal, du Mail and Guardian, que [traduction] \u00ab nous ne venons pas du Rwanda et qu&rsquo;ils ne peuvent pas nous forcer \u00e0 partir parce que nous savons nous battre et que l&rsquo;arm\u00e9e ne le sait pas \u00bb (M&amp;G, 25-31 oct. 1996). En tant que garde pr\u00e9torienne, l&rsquo;arm\u00e9e de Mobutu a \u00e9t\u00e9 mise en d\u00e9route de mani\u00e8re d\u00e9cisive en tr\u00e8s peu de temps, lorsque les Tutsis et leurs alli\u00e9s ont pris le contr\u00f4le d&rsquo;Uvira, Bukavu et Goma, les principales villes de la r\u00e9gion du Kivu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">\u00c0 l&rsquo;heure actuelle, le sort des Banyarwanda est inextricablement li\u00e9 au conflit entre Hutu et Tutsis au Rwanda et au Burundi. L&rsquo;invasion du Rwanda en 1990 par le Front patriotique rwandais (FPR) en provenance d&rsquo;Ouganda ; l&rsquo;assassinat du premier pr\u00e9sident d\u00e9mocratiquement \u00e9lu du Burundi, le leader du Front d\u00e9mocratique burundais (FRODEBU), Melchior Ndadaye ; et le g\u00e9nocide au Rwanda font partie de l&rsquo;arri\u00e8re-plan politique du conflit actuel dans l&rsquo;est du Za\u00efre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Comme les communaut\u00e9s tutsies du monde entier et de la r\u00e9gion des Grands Lacs en particulier, les Tutsis du Za\u00efre ont collect\u00e9 des fonds pour la cause du FPR et ont envoy\u00e9 certains de leurs jeunes prendre part \u00e0 la lutte en tant que combattants. Cette participation \u00e0 l&rsquo;effort de guerre du FPR, \u00e0 un moment o\u00f9 le gouvernement za\u00efrois soutenait le r\u00e9gime d&rsquo;Habyarimana, a soulev\u00e9 des questions quant \u00e0 la loyaut\u00e9 des Tutsis du Za\u00efre en particulier et \u00e0 celle des Banyarwanda en g\u00e9n\u00e9ral. Pour de nombreux patriotes du Za\u00efre, ce type de comportement signifiait que les Banyarwanda utilisaient leur citoyennet\u00e9 za\u00efroise d&rsquo;une mani\u00e8re opportune &#8211; \u00e0 des fins purement politiques ou \u00e0 des fins p\u00e9cuniaires &#8211; alors que leur v\u00e9ritable c\u0153ur et leur loyaut\u00e9 \u00e9taient ailleurs. Aussi compr\u00e9hensibles soient-ils, ces sentiments ne justifient pas les campagnes de x\u00e9nophobie officiellement dirig\u00e9es ou approuv\u00e9es contre tous les Tutsis. Les d\u00e9clarations diffus\u00e9es par le gouverneur du Sud-Kivu, Kyembwa wa Lumuna, et son adjoint Lwasi \u00e9taient, selon McGreal, \u00ab remarquablement similaires aux messages extr\u00e9mistes hutus diffus\u00e9s pendant le g\u00e9nocide rwandais \u00bb (Mail and Guardian, 1er-7 novembre 1996).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Le r\u00e9gime de Mobutu porte une responsabilit\u00e9 majeure dans la situation actuelle, pour avoir permis aux Fran\u00e7ais, par le biais de leur op\u00e9ration Turquoise, d&rsquo;aider l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;Habyarimana et les Interahamwe \u00e0 se regrouper au Za\u00efre dans le but de reconqu\u00e9rir le Rwanda. Ces tueurs ont ensuite utilis\u00e9 les camps de r\u00e9fugi\u00e9s za\u00efrois pour effectuer r\u00e9guli\u00e8rement des raids au Rwanda et organiser le massacre des Tutsis du Za\u00efre. Pendant deux ans et demi, le Za\u00efre et la communaut\u00e9 internationale ont regard\u00e9 et n&rsquo;ont rien fait pour arr\u00eater cela, tandis que l&rsquo;ONU et les grandes puissances ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre plus pr\u00e9occup\u00e9s par l&rsquo;alimentation des r\u00e9fugi\u00e9s, y compris les tueurs, que par la recherche d&rsquo;une solution \u00e0 l&rsquo;ensemble de la crise. Comme tout autre gouvernement responsable, les autorit\u00e9s rwandaises ont apport\u00e9 un soutien militaire aux Tutsis du Za\u00efre afin de mettre fin aux raids des extr\u00e9mistes hutus au Rwanda.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Maintenant que l&rsquo;alliance rebelle fait le travail que la communaut\u00e9 internationale n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 faire, la seule justification de l&rsquo;intervention humanitaire dans la r\u00e9gion des Grands Lacs est de poursuivre et d&rsquo;arr\u00eater tous les tueurs restants pour les traduire en justice pour g\u00e9nocide, et de pr\u00e9parer un environnement propice \u00e0 la r\u00e9installation des rapatri\u00e9s au Rwanda. Il n&rsquo;y a pas besoin d&rsquo;intervention militaire \u00e9trang\u00e8re au Za\u00efre. L&rsquo;intervention mandat\u00e9e par l&rsquo;ONU n&rsquo;inspire pas confiance, car elle a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e par les Fran\u00e7ais, dont les motivations sont suspectes. Jean-Fran\u00e7ois M\u00e9dard, professeur de renomm\u00e9e mondiale aux affaires africaines \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes politiques de l&rsquo;Universit\u00e9 de Bordeaux en France, a d\u00e9clar\u00e9 au magazine Newsweek en 1994 que \u00ab la politique fran\u00e7aise en Afrique est erratique et criminelle \u00bb, car le \u00ab gouvernement de son pays ne fonctionne pas par principe, mais par cynisme \u00bb (Newsweek, 21 novembre 1994, p. 30).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Enfin, un mot sur la soi-disant alliance rebelle. Les Tutsis ne se battent pas seuls. Ils ont \u00e9t\u00e9 rejoints par plusieurs groupes de rebelles non tutsis qui m\u00e8nent depuis des ann\u00e9es une campagne de lutte arm\u00e9e de faible intensit\u00e9 et parfois sporadique contre le r\u00e9gime de Mobutu. Le plus connu de ces groupes est le Parti de la R\u00e9volution Populaire (PRP), vestige du front de l&rsquo;Est de 1964 du mouvement de la \u00ab seconde ind\u00e9pendance \u00bb, dirig\u00e9 par Laurent Kabila. Pendant plus de 30 ans, le PRP a maintenu un maquis dans les montagnes de la r\u00e9gion de Fizi-Baraka, pr\u00e8s d&rsquo;Uvira, et n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 jouer son r\u00f4le de fer de lance de la deuxi\u00e8me phase de la lutte de lib\u00e9ration nationale au Za\u00efre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Le contr\u00f4le administratif de l&rsquo;alliance sur Goma, Bukavu et Uvira est la version la plus r\u00e9cente, mais beaucoup plus grande, de l&rsquo;\u00c9tat dans l&rsquo;\u00c9tat que le PRP a maintenu pendant des ann\u00e9es sur son enclave de Fizi-Baraka. M. Kabila, le chef du PRP, \u00e9tait devenu, \u00e0 toutes fins pratiques, un chef de guerre africain typique plut\u00f4t qu&rsquo;un chef de gu\u00e9rilla r\u00e9volutionnaire. S&rsquo;il faut le f\u00e9liciter, lui et ses alli\u00e9s, d&rsquo;avoir une fois de plus montr\u00e9 au monde entier la faillite du r\u00e9gime de Mobutu et, surtout, d&rsquo;avoir mis fin au probl\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s rwandais au Za\u00efre, ils sont loin d&rsquo;\u00eatre les lib\u00e9rateurs qu&rsquo;ils esp\u00e8rent \u00eatre. Car une strat\u00e9gie de v\u00e9ritable lib\u00e9ration nationale exige le genre de travail politique que le PRP n&rsquo;a pas fait, et qu&rsquo;il n&rsquo;a pas la capacit\u00e9 d&rsquo;entreprendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Seul un gouvernement l\u00e9gitime et d\u00e9mocratiquement \u00e9lu peut r\u00e9soudre les questions fonci\u00e8res et citoyennes des Banyarwanda du Za\u00efre. L&rsquo;alliance dirig\u00e9e par le PRP fait partie de la lutte populaire pour la d\u00e9mocratie au Za\u00efre et doit \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans le processus continu de changement pacifique initi\u00e9 par le mouvement d\u00e9mocratique depuis 1980. En ce qui concerne la r\u00e9gion des Grands Lacs dans son ensemble, il n&rsquo;y aura pas de paix et de s\u00e9curit\u00e9 durables sans d\u00e9mocratie et progr\u00e8s social au Za\u00efre, d&rsquo;une part, et tant qu&rsquo;une solution juste et durable n&rsquo;aura pas \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e au probl\u00e8me de la coexistence entre Hutus et Tutsis au Rwanda et au Burundi, d&rsquo;autre part.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Message-Id&nbsp;: &lt;199612110242.SAA05144@igc3.igc.apc.org&gt; De&nbsp;: apic@igc.org Date&nbsp;: Tue, 10 Dec 1996 21&nbsp;:38&nbsp;:35 -0500 Sujet&nbsp;: Za\u00efre&nbsp;: Nzongola Article<\/p>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=13035\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Za\u00efre : Article de Nzongola du 12\/10\/96 *********************************************************** CONFLIT DANS L&rsquo;EST DU ZA\u00cfRE Georges Nzongola-NtalajaHarare, Zimbabwe 19 novembre 1996 L&rsquo;auteur est ancien vice-pr\u00e9sident de la Commission \u00e9lectorale nationale du Za\u00efre, pr\u00e9sident de l&rsquo;Association africaine des sciences politiques et professeur d&rsquo;\u00e9tudes africaines \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Howard. La restauration du r\u00e9gime de Mobutu, avec l&rsquo;installation du gouvernement Kengo [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,6,7,8],"tags":[],"class_list":["post-13035","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","category-justice","category-politique","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13035","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13035"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13035\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13036,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13035\/revisions\/13036"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13035"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13035"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13035"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}