{"id":1482,"date":"2018-06-29T05:06:15","date_gmt":"2018-06-29T05:06:15","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?p=1482"},"modified":"2018-06-29T05:06:15","modified_gmt":"2018-06-29T05:06:15","slug":"une-place-a-bruxelles-pour-patrice-lumumba-jadis-honni-par-les-belges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=1482","title":{"rendered":"Une place \u00e0 Bruxelles pour Patrice Lumumba, jadis honni par les Belges"},"content":{"rendered":"<div id=\"navbar\">\n<div id=\"navbarleft\">\n<h1><em>Le carnet<\/em>de Colette Braeckman<\/h1>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"content\">\n<div id=\"content-inner\" class=\"clearfix\"><a name=\"top\"><\/a><\/p>\n<div id=\"contentleft\">\n<div class=\"navigation\">\n<div class=\"alignleft\"><\/div>\n<div class=\"alignright\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"post-single\">\n<div class=\"post-single-in\">\n<div class=\"post-single-content\">\n<div class=\"date_zone\">\n<p class=\"date\">28 juin 2018<\/p>\n<\/div>\n<h1>Une place \u00e0 Bruxelles pour Patrice Lumumba, jadis honni par les Belges<\/h1>\n<div class=\"content_article\">\n<p>Les images sont implacables et malgr\u00e9 les ann\u00e9es, elles ont gard\u00e9 toute leur charge d\u2019\u00e9motion. Nous sommes le 30 juin 1960. La statue de L\u00e9opold II domine toujours l\u2018entr\u00e9e du Palais de la Nation \u00e0 L\u00e9opoldville, o\u00f9 si\u00e9gera le futur Parlement congolais. Sangl\u00e9 dans son uniforme, raide et solennel, le roi Baudouin a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 prendre la parole. Il vante l\u2019\u0153uvre de son a\u00efeul et donne des conseils aux Congolais : \u00ab ne compromettez pas l\u2019avenir par des r\u00e9formes h\u00e2tives, ne remplacez pas les organismes que vous remet la Belgique tant que vous n\u2019\u00eates pas certains de pouvoir faire mieux. \u00bb<\/p>\n<p>Au premier rang, un homme griffonne encore dans la marge de son texte, il biffe ci, ajoute l\u00e0 et d\u00e8s que le pr\u00e9sident Kasavubu termine sa r\u00e9ponse au roi des Belges, il se dresse, bouscule le protocole et s\u2019empare du micro. La veille, son ami jean Van Lierde, prenant connaissance du discours de Baudouin, lui a souffl\u00e9 \u00ab Patrice, tu ne vas tout de m\u00eame pas laisser passer cela\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Cela, c\u2019est le paternalisme, le ton condescendant, les conseils qui accompagnent cette ind\u00e9pendance octroy\u00e9e trop vite et sans doute \u00e0 regret. Premier Ministre, \u00e9lu en mai 1960 au grand dam des \u00ab mod\u00e9r\u00e9s \u00bb amis des Belges, c\u2019est \u00e0 son peuple que Patrice Lumumba s\u2019adresse d\u2019abord. A cette population attentive qui, mass\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e9coute en silence les discours retransmis par haut parleurs.<\/p>\n<p>Patrice Lumumba rappelle une autre r\u00e9alit\u00e9, il \u00e9voque la souffrance et les combats : \u00ab c\u2019est par la lutte que l\u2019ind\u00e9pendance a \u00e9t\u00e9 conquise, (\u2026) une lutte dans la quelle nous n\u2019avons m\u00e9nag\u00e9 ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang \u00bb. Lorsqu\u2019il d\u00e9crit le syst\u00e8me colonial que Baudouin avait pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00ab chef d\u2019\u0153uvre \u00bb il rappelle \u00ab nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin midi et soir, parce que nous \u00e9tions des n\u00e8gres. \u00bb Il \u00e9voque les terres spoli\u00e9es, la souffrance des rel\u00e9gu\u00e9s, les fusillades, les cachots\u2026 Mais \u00e0 la fin, il finit par tendre la main \u00e0 la Belgique qui \u00ab comprenant le sens de l\u2019histoire, ne s\u2019est pas oppos\u00e9e \u00e0 notre ind\u00e9pendance. \u00bb<\/p>\n<p>A l\u2019ext\u00e9rieur du palais une immense ovation accueille ce discours de vingt minutes, qui cl\u00f4t quatre vingt ann\u00e9es de domination. Les images de l\u2019\u00e9poque montrent que Baudouin n\u2019a pas \u00e9cout\u00e9 le discours jusqu\u2019au bout. D\u00e8s les premi\u00e8res phrases, il s\u2019entretient avec ses collaborateurs puis, alors que les officiels observent un silence constern\u00e9, il se l\u00e8ve et quitte les lieux. Le lendemain, la presse belge est, litt\u00e9ralement, assassine : Lumumba a offens\u00e9 le Roi Baudouin, il est honni, condamn\u00e9. Nul ne se souvient du discours dit \u00ab de r\u00e9paration \u00bb prononc\u00e9 l\u2019apr\u00e8s midi m\u00eame, mais tout le monde a entendu le Premier Ministre promettre \u00e0 son peuple : \u00ab nous allons veiller \u00e0 ce que les terres de notre patrie profitent v\u00e9ritablement \u00e0 ses enfants. Nous allons revoir les lois d\u2019autrefois et en faire de nouvelles, qui seront justes et nobles. \u00bb<\/p>\n<p>D\u00e8s ce moment, la machine infernale se met \u00e0 tourner, l\u2019encha\u00eenement des faits appartient \u00e0 l\u2019histoire : le 5 juillet le g\u00e9n\u00e9ral Janssens, qui commande la Force publique, o\u00f9 des officiers belges encadrent solidement les soldats congolais, \u00e9crit sur un tableau noir la phrase demeur\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab avant l\u2019ind\u00e9pendance =apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance. \u00bb L\u2019effet est imm\u00e9diat : les troupes se rebellent, Lumumba d\u00e9cide aussit\u00f4t de d\u00e9mettre Janssens et de placer des Congolais aux postes de commandement : Victor Lundula devient commandant en chef, Joseph D\u00e9sir\u00e9 Mobutu est nomm\u00e9 colonel et chef d\u2019\u00e9tat major. Le Premier Ministre sait il d\u00e9j\u00e0 que cet homme auquel il accorde sa confiance a \u00e9t\u00e9 mis en contact, d\u00e8s 1959 avec les Am\u00e9ricains, dont Larry Devlin, l\u2019homme de la CIA, par son mentor belge le colonel Marli\u00e8re ?<\/p>\n<p>A peine d\u00e9cid\u00e9es, les mesures d\u2019africanisation de l\u2019arm\u00e9e sont rejet\u00e9es \u00e0 Elizabethville, capitale du Katanga tandis que des viols de femmes europ\u00e9ennes par des soldats congolais, r\u00e9els et largement m\u00e9diatis\u00e9s, provoquent un d\u00e9but d\u2019exode vers la Belgique. Le 9 juillet, le gouvernement belge d\u00e9cide d\u2019intervenir au Katanga et d\u00e8s le lendemain les para commandos belges d\u00e9sarment les soldats congolais. Le 11 juillet Mo\u00efse Tshombe proclame l\u2019ind\u00e9pendance de la province du cuivre, joyau de la colonie. Le 14 juillet, une r\u00e9solution du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 autorise l\u2019 \u00ab Op\u00e9ration des Nations Unies au Congo \u00bb (ONUC) anc\u00eatre de la Monusco et les relations diplomatiques sont rompues entre Kinshasa et Bruxelles.<\/p>\n<p>La crise \u00e9tant devenue internationale, tout le monde s\u2019en m\u00eale : des anciens de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, mercenaires et membres de l\u2019OAS se mettent au service du Katanga, l\u2019ONU et son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral Dag Hammarsk\u00f6ld si\u00e8gent jour et nuit, Patrice Lumumba se rend \u00e0 New York o\u00f9 les Am\u00e9ricains lui demandent de garantir les droits des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res\u2026<\/p>\n<p>Le monde entier veut enfin savoir qui est cet homme mince, passionn\u00e9, qui suscite l\u2019adulation des une et la haine implacable des autres. Un homme qui savait qu\u2019en pronon\u00e7ant son discours du 30 juin, il prenait le risque d\u2019\u00eatre sacrifi\u00e9 et qui est hant\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de sa mort probable.<\/p>\n<p>La presse belge de l\u2019\u00e9poque d\u00e9crit \u00e0 l\u2019envi un personnage ambitieux, exalt\u00e9. Elle rappelle qu\u2019\u00e0 Stanleyville, alors qu\u2019il \u00e9tait employ\u00e9 \u00e0 la Poste, Lumumba fut condamn\u00e9 pour ind\u00e9licatesse, il est d\u00e9peint comme un \u00ab communiste \u00bb et cela alors que ses premiers amis belges \u00e9taient des lib\u00e9raux, comme le ministre Buisseret qui, en 1955 brisa le monopole de l\u2019enseignement catholique\u2026<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la fulgurante ascension de Patrice Lumumba est d\u2019abord celle d\u2019un autodidacte, n\u00e9 dans le Sankuru, qui franchit une \u00e0 une, \u00e0 force de travail et d\u2019obstination, toutes les \u00e9tapes de ce qu\u2019on appelait alors l\u2019\u00e9mancipation : il obtient son certificat d\u2019\u00e9tudes primaires aux cours du soir organis\u00e9s par les Fr\u00e8res Maristes, en 1947 il d\u00e9croche un certificat de l\u2019Ecole postale de L\u00e9opoldville, en 1948 il forge sa connaissance du fran\u00e7ais en suivant des cours par correspondance. D\u00e8s 1954, il \u00e9crit d\u2019abondance, partout, autant qu\u2019il peut, dans \u00ab La Croix du Congo \u00bb et \u00ab la Voix des Congolais \u00bb. En 1952 il obtient le statut d\u2019 \u00ab \u00e9volu\u00e9 \u00bb suivi de la fameuse Carte du M\u00e9rite civique : l\u2019enfant du village a enfin ma\u00eetris\u00e9 le langage et les codes des ma\u00eetres blancs. Mais ces derniers ne le reconnaissent pas pour autant comme l\u2019un des leurs m\u00eame s\u2019il se multiplie au sein de diverses associations comme le Cercle lib\u00e9ral de Stanleyville, l\u2019Amicale des postiers indig\u00e8nes ou l\u2019association des \u00e9volu\u00e9s de Stanleyville\u2026En 1955 Lumumba est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Baudouin dont il r\u00e9ussit \u00e0 capter l\u2019attention. Un an plus tard, repr\u00e9sentant l\u2019Association des personnes indig\u00e8nes de la colonie, il effectue son premier voyage en Belgique.<\/p>\n<p>Peau noire, cerveau lessiv\u00e9 jusqu\u2018\u00e0 fonctionner comme celui d\u2019un Blanc ? Patrice Lumumba ne sera jamais un \u00ab Bounty \u00bb ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment un \u00ab Mundele Ndombe \u00bb un Blanc \u00e0 la peau noire : en 1958, il a cr\u00e9\u00e9 le Mouvement national congolais MNC, premier et seul parti d\u2019envergure nationale et qui brise les cat\u00e9gories \u00ab tribales \u00bb. Par la suite, d\u2019autres voyages lui ouvrent les yeux alors que dans son pays, il en est encore \u00e0 r\u00e9clamer le libre acc\u00e8s des Noirs \u00e0 tous les \u00e9tablissements publics. En 1958 il est invit\u00e9 \u00e0 Accra, au Ghana, o\u00f9 la \u00ab Conf\u00e9rence du rassemblement des peuples africains \u00bb d\u00e9bat de l\u2019avenir des pays colonis\u00e9s. D\u00e9j\u00e0, la publication du \u00ab plan Van Bilsen \u00bb a bris\u00e9 un tabou, d\u00e9montrant que l\u2019ind\u00e9pendance est envisageable \u2026 dans un d\u00e9lai de trente ans. Alors que dans le Bas Congo, l\u2019Abako a entam\u00e9 la lutte, Lumumba veut aller vite : \u00e0 L\u00e9opoldville, devant 10.000 personnes, il proclame que \u00ab les Congolais doivent jouir imm\u00e9diatement et pleinement de l\u2019exercice des libert\u00e9s fondamentales et de tous les droits politiques, administratifs, priv\u00e9s et civils\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Le premier novembre 1959, il est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Stanleyville, condamn\u00e9 \u00e0 six mois de servitude p\u00e9nale. Mais le 25 janvier 1960, lorsqu\u2019il arrive \u00e0 Bruxelles pour participer \u00e0 la Table ronde il agite spectaculairement ses menottes : toutes les d\u00e9l\u00e9gations congolaises ont refus\u00e9 de discuter avec les Belges aussi longtemps que Lumumba ne serait pas lib\u00e9r\u00e9. Ces images l\u00e0, elles aussi, frapperont les esprits durant les mois \u00e0 venir, qui pourraient s\u2019appeler la \u00ab passion Lumumba \u00bb.<\/p>\n<p>Car depuis le d\u00e9fi du 30 juin, Lu\u00f9mumba est devenu un homme \u00e0 \u00e9carter sinon \u00e0 abattre. Le distingu\u00e9 professeur Marcel de Corte n\u2019a-t-il pas r\u00e9clam\u00e9 dans La Libre Belgique \u00ab un geste viril \u00bb ? Alors que Lumumba a r\u00e9voqu\u00e9 le pr\u00e9sident Kasavubu qui avait lui-m\u00eame d\u00e9j\u00e0 renvoy\u00e9 son Premier Ministre, le colonel colonel Mobutu m\u00e8ne son premier coup d\u2019Etat : il neutralise le Pr\u00e9sident et le Premier Ministre, met en place le coll\u00e8ge des Commissaires g\u00e9n\u00e9raux avec pour mission d\u2019exp\u00e9dier les affaires courantes. Le 10 octobre Lumumba est plac\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e, le 27, il s\u2019enfuit en direction de Stanleyville o\u00f9 l\u2019attendent ses partisans et plusieurs leaders nationalistes, le 1er d\u00e9cembre, au bord du fleuve, \u00e0 Ilebo, le fuyard est arr\u00eat\u00e9. On saura plus tard que la chasse \u00e0 l\u2019homme men\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e congolaise est supervis\u00e9e par les Am\u00e9ricains et suivie d\u2019heure en heure par les Belges, qui parlent d\u2019un \u00ab colis \u00bb \u00e0 r\u00e9exp\u00e9dier\u2026<\/p>\n<p>L\u2019acte d\u2019accusation, r\u00e9dig\u00e9 par le ministre de la Justice de l\u2019\u00e9poque, Etienne Tshisekedi, est sign\u00e9e par le pr\u00e9sident Kasa Vubu et le 3 d\u00e9cembre, Lumumba est transf\u00e9r\u00e9 dans la prison de haute s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Thysville, aujourd\u2019hui Mbanza Ngungu. Depuis les tr\u00e9fonds du camp Hardy, en d\u00e9pit d\u2019un double ou triple cordon de s\u00e9curit\u00e9 (l\u2019arm\u00e9e congolaise, les casques bleus de l\u2019ONU) la parole de Lumumba se glisse vers l\u2019ext\u00e9rieur, elle remue les soldats, elle galvanise ses partisans. Depuis Bruxelles, les Belges s\u2019inqui\u00e8tent, ils redoutent une autre \u00e9vasion et encouragent un transfert vers Elizabethville, en d\u00e9pit des avertissements de Godefroid Munongo le Ministre de l\u2019Int\u00e9rieur de Tshombe : \u00ab s\u2019il vient \u00e0 mettre les pieds au Katanga, Lumumba est un homme mort. \u00bb Durant des d\u00e9cennies, Jacques Brassine, fonctionnaire belge alors conseiller de Tshomb\u00e9, s\u2019\u00e9vertuera \u00e0 expliquer que \u00ab la fin de Lumumba, c\u2019est une affaire de Congolais, \u00e0 laquelle les Belges n\u2019ont en rien particip\u00e9\u2026Nous \u00e9tions m\u00eame hostiles \u00e0 son transfert\u2026 \u00bb.<\/p>\n<p>Rien vu, rien entendu non plus. Lorsque se pose \u00e0 Elisabethville l\u2019avion qui am\u00e8ne le \u00ab colis \u00bb et ses compagnons M\u2019Polo et Okito, les d\u00e9tenus ont \u00e9t\u00e9 tabass\u00e9s par les soldats congolais avec tellement de violence que l\u2019\u00e9quipage belge, pour ne plus entendre les cris des supplici\u00e9s, a verrouill\u00e9 la porte du poste de pilotage. Lorsque le gouvernement katangais accueille la \u00ab livraison \u00bb des conseillers belges font rapport au ministre des Affaires africaines d\u2019Aspremont Lynden via un certain Etienne Davignon qui depuis l\u2019ambassade belge \u00e0 Kinshasa assure la liaison.<\/p>\n<p>Les derni\u00e8res images feront le tour du monde et hanteront les consciences : Lumumba est menott\u00e9, tum\u00e9fi\u00e9. Ses lunettes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9es sur ses yeux \u00e0 coups de bottes, il a \u00e9t\u00e9 hiss\u00e9, d\u00e9j\u00e0 plus mort que vif, \u00e0 bord d\u2019un camion militaire. Sa chemise est d\u00e9chir\u00e9e, il saigne, mais il regarde droit devant lui, il ne semble pas se plaindre. A la maison Brouwez o\u00f9 il est emmen\u00e9, les ministres katangais d\u00e9filent durant toute la nuit et chacun ajoute sa portion de coups \u00e0 ces hommes pantelants. Les Belges font rapport et d\u00e9plorent la \u00ab sauvagerie \u00bb de leurs amis. A l\u2019aube, lorsque les militaires accompagn\u00e9s par le commissaire Verscheure emm\u00e8nent les d\u00e9tenus vers une clairi\u00e8re, un peloton d\u2019ex\u00e9cution se met en place. Les tireurs sont congolais, mais c\u2019est le capitaine Gat qui ordonnera d\u2019ouvrir le feu. Press\u00e9s d\u2019en finir, les soldats enterrent sommairement les corps et les recouvrent de terre. Ils oublient \u00e0 quel point on redoute l\u2019\u00e9ventuelle exhumation des corps, les p\u00e9lerinages\u2026 M\u00eame mort, Lumumba n\u2019est pas encore neutralis\u00e9 et il faudra que son corps apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019une scie \u00e0 m\u00e9taux, soit dissous dans un bain d\u2019acide sulfurique. Dans le fief de l\u2019Union mini\u00e8re, les produits chimiques ne manquent pas. L\u2019un des auteurs de l\u2019op\u00e9ration, le commissaire de police G\u00e9rard Soete, se vantera plus tard d\u2019avoir ramen\u00e9 plus tard en Belgique un dent de Lumumba et avant sa mort, il assurera l\u2019avoir jet\u00e9e dans la mer du Nord.<\/p>\n<p>M\u00eame ce modeste vestige enflamme encore les imaginations : une reconstitution de la dent de Lumumba sera montr\u00e9e ce week end sur la place qui, soixante ans plus tard, portera enfin le nom du martyr de l\u2019ind\u00e9pendance du Congo.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=1482\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le carnetde Colette Braeckman 28 juin 2018 Une place \u00e0 Bruxelles pour Patrice Lumumba, jadis honni par les Belges Les images sont implacables et malgr\u00e9 les ann\u00e9es, elles ont gard\u00e9 toute leur charge d\u2019\u00e9motion. 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