{"id":1615,"date":"2018-07-16T04:18:23","date_gmt":"2018-07-16T04:18:23","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?p=1615"},"modified":"2018-07-16T04:18:23","modified_gmt":"2018-07-16T04:18:23","slug":"un-bonheur-du-diable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=1615","title":{"rendered":"Un bonheur du diable"},"content":{"rendered":"<div id=\"navbar\">\n<div id=\"navbarleft\">\n<h1><em>Le carnet<\/em>de Colette Braeckman<\/h1>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"content\">\n<div id=\"content-inner\" class=\"clearfix\">\n<div id=\"contentleft\">\n<div class=\"navigation\">\n<div class=\"alignright\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"post-single\">\n<div class=\"post-single-in\">\n<div class=\"post-single-content\">\n<div class=\"date_zone\">\n<p class=\"date\">15 juillet 2018<\/p>\n<\/div>\n<h1>Un bonheur du diable<\/h1>\n<div class=\"content_article\">\n<p>Tout d\u2019abord je les ai regard\u00e9s de loin. Le premier samedi, j\u2019avais m\u00eame choisi de faire mes courses durant le match contre le Panama. Pas de circulation, pas de files aux caisses. Mais soudain, entre les rayons vides, la Braban\u00e7onne a retenti, les rares clients applaudissaient. Je me suis pr\u00e9cipit\u00e9e vers les t\u00e9l\u00e9viseurs du rayon des \u00e9lectro m\u00e9nagers et autres grands \u00e9crans pour voir la fin de la premi\u00e8re partie et durant l\u2019entracte, j\u2019ai fonc\u00e9 chez des amis qui habitaient tout pr\u00e8s du magasin pour voir la suite et c\u00e9l\u00e9brer la premi\u00e8re victoire. Ils m\u2019ont accueillie en disant : \u00abon ne reste pas seul dans des moments pareils \u00bb.<\/p>\n<p>Pour le deuxi\u00e8me match, ils avaient pr\u00e9vu des saucisses et des frites, un grand \u00e9cran sur la terrasse, la bi\u00e8re coulait \u00e0 flots dans tout le quartier et on s\u2019interpellait de jardin en jardin. \u00ab Ensemble \u00bb disaient les Diables, nous aussi on \u00e9tait l\u00e0. Les texto commen\u00e7aient \u00e0 arriver du Congo. Dans les bars de Kin, on f\u00eatait Lukaku et Batshuayi, c\u2019\u00e9tait aussi leur victoire. Vive la Belgique et tant pis pour ceux qui voulaient la rupture.<\/p>\n<p>Lors du match contre le Japon, j\u2019avais envie de voir du monde. Au journal c\u2019\u00e9tait trop calme, trop analytique\u2026Des intellectuels.. Je r\u00eavais d\u2019autre chose, j\u2019avais pris go\u00fbt \u00e0 l\u2019euphorie. J\u2019ai alors plong\u00e9 dans la foule, ou plut\u00f4t au dessus de la foule, car je me suis hiss\u00e9e sur une table place Flagey. L\u00e0, \u00e7a tanguait ferme et lorsque les Japonais ont marqu\u00e9 j\u2019ai eu des sueurs froides et ma bi\u00e8re s\u2019est renvers\u00e9e. Mais lors du dernier but, qui nous envoyait en quart de finale, j\u2019ai l\u00e9vit\u00e9 pour me retrouver dans un bistrot du quartier o\u00f9 un cafetier marocain m\u2019amena une bi\u00e8re forte. \u00ab Bravo Chadli, bravo Fellaini \u00bb on est tous des Belges \u00bb disait-il en faisant des selfies.<\/p>\n<p>Contre le Br\u00e9sil, la meilleure \u00e9quipe du monde \u00e0 mes yeux, je ne voulais rien parier. Il me fallait du calme, de la concentration, \u00eatre avec des proches, au cas o\u00f9 cela tournerait mal. La cadette, la seule qui voyait tout cela de loin, s\u2019\u00e9tait improvis\u00e9e ma\u00eetresse de maison et faisait tourner les tartes aux l\u00e9gumes et le pinard. Soudain, on a hurl\u00e9, une fois de plus. Le papa s\u2019est enroul\u00e9 dans le drapeau pour courir sur la rue et au milieu des voitures il avait l\u2019air d\u2019un torero tricolore, le grand p\u00e8re a cri\u00e9 depuis le balcon. A travers Anderlecht et Molenbeek, \u00e7a criait de joie, \u00e7a dansait, on n\u2019est m\u00eame pas all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la Bourse car la joie \u00e9tait partout et m\u00eame dans le jardin, bien plus tard, on entendait encore les p\u00e9tards de la f\u00eate.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il a fallu affronter la France, \u00e0 nouveau je ne voulais pas \u00eatre seule, car j\u2019avais pr\u00e9vu des larmes. La patrie de Descartes avait bien fait ses calculs, entre le c\u0153ur et la raison le ballon a tranch\u00e9, nous avions des bleus \u00e0 l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>Heureusement, face aux Anglais, le bonheur est revenu. C\u2019\u00e9tait une tente blanche, dress\u00e9e \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de la plage, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du chemin de fer, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des restos chics o\u00f9 on me disait d\u2019un air distant\u00ab ch\u00e8re Madame, chez nous, pas de t\u00e9l\u00e9vision\u2026Allez voir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9\u2026 \u00bb Pour voir, on voyait. La Jupiler, la Desperado semblaient s\u2019\u00e9vaporer \u00e0 vue d\u2019\u0153il, , les femmes avaient pass\u00e9 des t-shirts sur leurs coups de soleil, les enfants coiff\u00e9s de perruques tricolores dansaient sur le trottoir. Mes voisins de tabl\u00e9e me tapaient dans la main, on criait \u00ab pas op \u00bb, on encourageait \u00ab tibauw courtwa \u00bb.<\/p>\n<p>A la fin, lorsqu\u2019on s\u2019est retrouv\u00e9s troisi\u00e8mes, je crois bien qu\u2019au classement du bonheur national brut, on \u00e9tait premiers. Les Marocains pavoisaient, les Congolais envoyaient des texto au pays, Flamands et Wallons se prenaient par le coude. J\u2019ai refus\u00e9 de lire les chiffres, les calculs. Combien vont-ils gagner, o\u00f9 iront ils apr\u00e8s\u2026 Tout le monde s\u2019en fiche. Ces hommes l\u00e0 ont puis\u00e9 dans leurs r\u00e9serves, ils n\u2019ont pas l\u00e9sin\u00e9 sur leur \u00e9nergie, leur courage. Je ne sais pas si je suis devenue une fana du foot, car je n\u2019ai pas encore tout compris, mais durant ces matchs d\u2019enfer, ces hommes l\u00e0 m\u2019ont rendue diablement heureuse.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=1615\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le carnetde Colette Braeckman 15 juillet 2018 Un bonheur du diable Tout d\u2019abord je les ai regard\u00e9s de loin. Le premier samedi, j\u2019avais m\u00eame choisi de faire mes courses durant le match contre le Panama. Pas de circulation, pas de files aux caisses. 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