{"id":2944,"date":"2018-09-12T02:22:48","date_gmt":"2018-09-12T02:22:48","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?p=2944"},"modified":"2018-09-12T02:22:48","modified_gmt":"2018-09-12T02:22:48","slug":"sil-se-retire-joseph-kabila-deviendra-lune-des-personnalites-les-plus-importantes-de-lhistoire-congolaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=2944","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0S\u2019il se retire, Joseph Kabila deviendra l\u2019une des personnalit\u00e9s les plus importantes de l\u2019histoire congolaise\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"content-labels\">ENTRETIEN<\/p>\n<h1 class=\"content-headline\" data-gtm=\"titre_article\">\u00ab\u00a0S\u2019il se retire, Joseph Kabila deviendra l\u2019une des personnalit\u00e9s les plus importantes de l\u2019histoire congolaise\u00a0\u00bb<\/h1>\n<p class=\"txt3 description-article\">Le chercheur Jason Stearns, sp\u00e9cialiste de la RDC, d\u00e9crypte les enjeux des \u00e9lections pr\u00e9vues en d\u00e9cembre.<\/p>\n<p class=\"content-byline\" data-link-name=\"byline\" data-component=\"meta-byline\">Propos recueillis par\u00a0Joan Tilouine<\/p>\n<p class=\"content-metaline\"><span class=\"content-source\" data-source=\"LE MONDE\">LE MONDE<\/span>\u00a0<time datetime=\"2018-09-10T13:07:41+02:00\" data-timestamp=\"1536580745\">Le 10.09.2018 \u00e0 13h07\u00a0<\/time>\u2022\u00a0<time class=\"content-modification-date\" datetime=\"2018-09-10T13:59:05+02:00\" data-timestamp=\"\">Mis \u00e0 jour le 10.09.2018 \u00e0 13h59<\/time><\/p>\n<div class=\"content-article-body contenu_article\">\n<figure class=\"illustration_haut\" data-toggle=\"popover\" data-target=\"this\"><img decoding=\"async\" class=\"lazy-retina\" title=\"AFP\" src=\"https:\/\/img.lemde.fr\/2018\/09\/09\/0\/0\/3493\/2328\/768\/0\/60\/0\/0391a5e_bo3OXgtfEqIpUTlCHxuRkb3_.jpg\" alt=\"Des habitants de Kinshasa se retrouvent dans un bar pour regarder l\u2019intervention du pr\u00e9sident congolais, Joseph Kabila, le 19 juillet 2018.\" width=\"768\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<h2 class=\"taille_courante\">Situation exceptionnelle, le pr\u00e9sident Joseph Kabila dirige toujours la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC) malgr\u00e9 la fin de son dernier mandat, le 19\u00a0d\u00e9cembre 2016. L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle a \u00e9t\u00e9 report\u00e9e de nombreuses fois, au point d\u2019\u00eatre un temps devenue une chim\u00e8re ou un mirage dans cet immense pays d\u2019Afrique centrale.<\/h2>\n<p>Le\u00a0pouvoir\u00a0en place assure cette fois que le scrutin se tiendra le 23\u00a0d\u00e9cembre, en m\u00eame temps que les l\u00e9gislatives et provinciales. Joseph Kabila, 47\u00a0ans, a d\u00e9sign\u00e9 au dernier moment son candidat. Il s\u2019agit de l\u2019ancien ministre de l\u2019int\u00e9rieur Emmanuel Ramazani Shadary, qui figure sur la liste de sanctions de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE), accus\u00e9 d\u2019avoir jou\u00e9 un r\u00f4le dans la r\u00e9pression des manifestations prod\u00e9mocratiques.<\/p>\n<div id=\"dfp-inread\" class=\"dfp_slot\" data-format=\"inread\"><\/div>\n<p>Bien qu\u2019encore incertaines, ces \u00e9lections se pr\u00e9parent dans un contexte de profonde crise politique et de suspicions de fraudes renforc\u00e9es par l\u2019usage de la machine \u00e0\u00a0voter\u00a0\u00e9lectronique. Des personnalit\u00e9s de l\u2019opposition comme l\u2019ancien vice-pr\u00e9sident Jean-Pierre Bemba ou l\u2019ex-gouverneur du Katanga Mo\u00efse Katumbi ont \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9es de<strong>\u00a0<\/strong>figurer<strong>\u00a0<\/strong>sur la ligne de d\u00e9part. Ce qui peut\u00a0donner\u00a0l\u2019impression d\u2019\u00e9lections taill\u00e9es sur mesure par le r\u00e9gime, qui refuse au nom de la souverainet\u00e9 nationale tout financement \u00e9tranger, de m\u00eame que la pr\u00e9sence d\u2019observateurs \u00e9lectoraux.<\/p>\n<p>Ces \u00e9lections constituent un d\u00e9fi pour une nation grande comme l\u2019Europe de l\u2019Ouest et pourraient\u00a0\u00eatre\u00a0un moment historique. Car jamais, depuis son ind\u00e9pendance, la RDC n\u2019a pu\u00a0vivre\u00a0une alternance pacifique par les urnes. A la pr\u00e9sidentielle de 1977, puis \u00e0 celle de 1984, le pays s\u2019appelait Za\u00efre et le candidat unique \u00e9tait Mobutu Sese Seko. Ce dernier sera renvers\u00e9 en\u00a01997 par les rebelles de Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila, qui lui succ\u00e8de jusqu\u2019\u00e0 son assassinat en janvier\u00a02001. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, son fils Joseph, 29\u00a0ans, devient l\u2019un des pr\u00e9sidents les plus jeunes au monde. Il est \u00e9lu une premi\u00e8re fois en\u00a02006, puis de nouveau cinq ans plus tard, et s\u2019accrochera au pouvoir jusqu\u2019\u00e0 la tenue de ces \u00e9lections tant attendues.<\/p>\n<p>Chercheur \u00e0 la New York University, o\u00f9 il dirige le\u00a0Groupe d\u2019\u00e9tude sur le Congo, Jason Stearns d\u00e9crypte les enjeux de ce scrutin et la strat\u00e9gie du r\u00e9gime en place.<\/p>\n<p class=\"question\">Peut-il encore y\u00a0avoir\u00a0des \u00e9lections consid\u00e9r\u00e9es comme cr\u00e9dibles par les organisations r\u00e9gionales et les partenaires occidentaux\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Jason Stearns\u00a0<\/strong>Si l\u2019on \u00e9value ces \u00e9lections selon la qualit\u00e9 des institutions qui les organisent, la r\u00e9ponse est non. Car le r\u00e9gime de Joseph Kabila contr\u00f4le nombre d\u2019entre elles, de la Commission \u00e9lectorale nationale ind\u00e9pendante\u00a0<em>[CENI]<\/em>\u00a0\u00e0 la Cour constitutionnelle, en passant par la police et les administrations locales. Toutes ont \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9es dans des manipulations politiques visant \u00e0\u00a0reporter\u00a0les \u00e9lections, \u00e0\u00a0d\u00e9favoriser l\u2019opposition et \u00e0\u00a0r\u00e9primer\u00a0la contestation.<\/p>\n<p>Sur le plan technique, il y a aussi des failles, notamment celle du fichier \u00e9lectoral\u00a0: il y a potentiellement 13,8\u00a0millions de cartes d\u2019\u00e9lecteurs d\u00e9fectueuses en circulation \u2013 soit plus d\u2019un tiers de l\u2019\u00e9lectorat \u2013, dont 6,2\u00a0millions sont des doublons ou ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s \u00e0 des mineurs et 6,6\u00a0millions manquent des donn\u00e9es biom\u00e9triques n\u00e9cessaires. Du coup, beaucoup de Congolais n\u2019ont plus confiance en ces institutions et redoutent des irr\u00e9gularit\u00e9s.<\/p>\n<div class=\"encart_retrait_gauche\"><span class=\"accroche\">\u00ab\u00a0LE SCRUTIN \u00c9TANT \u00c0 UN TOUR, EMMANUEL RAMAZANI SHADARY POURRAIT L\u2019EMPORTER AVEC TR\u00c8S PEU DE VOTES\u00a0\u00bb<\/span><\/div>\n<p>Mais les r\u00e9sultats importeront plus que ces d\u00e9tails techniques. D\u2019un\u00a0sondage national que nous avons men\u00e9 en juillet, il ressort que seulement 15\u00a0% des personnes interrog\u00e9es ont l\u2019intention de voter pour un membre de la coalition de Kabila. Le mode de scrutin \u00e9tant \u00e0 un tour depuis la r\u00e9vision de la Constitution en\u00a02011, Emmanuel Ramazani Shadary pourrait l\u2019emporter avec tr\u00e8s peu de voix. Ce qui sera difficile \u00e0\u00a0accepter\u00a0pour beaucoup de Congolais, m\u00eame si le processus est jug\u00e9 cr\u00e9dible. En revanche, si un candidat de l\u2019opposition l\u2019emporte, malgr\u00e9 les dysfonctionnements techniques, beaucoup consid\u00e9reront ce scrutin comme cr\u00e9dible.<\/p>\n<figure class=\"illustration_haut\" data-toggle=\"popover\" data-target=\"this\"><img decoding=\"async\" class=\"lazy-retina\" title=\"AFP\" src=\"https:\/\/img.lemde.fr\/2018\/09\/03\/0\/0\/6016\/4016\/768\/0\/60\/0\/a50c340_5276547-01-06.jpg\" alt=\"L\u2019opposant congolais Jean-Pierre Bemba \u00e0 Kinshasa, le 2 ao\u00fbt 2018.\" width=\"768\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<p class=\"question\">La Cour constitutionnelle a invalid\u00e9 la candidature de Jean-Pierre Bemba. Cela risque-t-il de\u00a0renforcer\u00a0le clivage entre l\u2019est du pays, dont est originaire M.\u00a0Kabila, et l\u2019ouest, fief de M. Bemba\u00a0?<\/p>\n<p>Je ne crois pas. Si l\u2019ethnicit\u00e9 compte ind\u00e9niablement, c\u2019est un param\u00e8tre situationnel. Ce clivage est-ouest a \u00e9t\u00e9 artificiellement amplifi\u00e9. Bien s\u00fbr, il y a des clich\u00e9s, parfois naus\u00e9abonds, \u00e0 propos des \u00ab\u00a0swahiliphones\u00a0\u00bb de l\u2019est du pays et des \u00ab\u00a0lingalaphones\u00a0\u00bb de l\u2019ouest.<\/p>\n<p>Mais des sondages r\u00e9alis\u00e9s par notre Groupe d\u2019\u00e9tude sur le Congo apportent de la nuance. Ainsi, avant la lib\u00e9ration de M.\u00a0Bemba, le candidat le plus populaire dans la r\u00e9gion de l\u2019ex-Equateur [ouest] \u00e9tait Mo\u00efse Katumbi, un Katangais qui n\u2019a aucun lien familial avec cette r\u00e9gion. Et lors de la pr\u00e9sidentielle de 2011, le leader de l\u2019opposition Etienne Tshisekedi\u00a0<em>[d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 1<sup>er<\/sup>\u00a0f\u00e9vrier 2017],<\/em>\u00a0originaire du Kasa\u00ef\u00a0<em>[centre],<\/em>\u00a0l\u2019a emport\u00e9 dans une grande partie des Kivus\u00a0<em>[est].<\/em><\/p>\n<p class=\"question\">Beaucoup, dans l\u2019opposition, critiquent la mainmise des \u00ab\u00a0Katangais\u00a0\u00bb aux postes strat\u00e9giques du r\u00e9gime\u2026<\/p>\n<p>Joseph Kabila n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un id\u00e9ologue ethnique. Il voit l\u2019ethnie comme une \u00e9ventuelle variable d\u2019instrumentalisation, de m\u00eame qu\u2019un facteur pour\u00a0organiser\u00a0le pouvoir. Mais il n\u2019a pas un attachement profond \u00e0 une communaut\u00e9. Il ne faut pas\u00a0oublier\u00a0qu\u2019il n\u2019avait pas vraiment v\u00e9cu en RDC jusqu\u2019\u00e0 25\u00a0ans et que la r\u00e9bellion de son p\u00e8re, Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila, comptait dans ses rangs plus de miliciens des Kivus que du Katanga. Depuis son arriv\u00e9e au pouvoir, Joseph Kabila s\u2019est entour\u00e9 de personnalit\u00e9s originaires de tout le pays, m\u00eame si ceux du Maniema et du Katanga sont en effet tr\u00e8s visibles.<\/p>\n<p class=\"question\">Les marches organis\u00e9es par l\u2019Eglise, la soci\u00e9t\u00e9 civile et l\u2019opposition ont \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement interdites ou r\u00e9prim\u00e9es et les poids lourds de l\u2019opposition n\u2019ont pas pu se\u00a0pr\u00e9senter. Est-ce une strat\u00e9gie du pouvoir\u00a0?<\/p>\n<p>Je ne qualifierais pas cela de strat\u00e9gie coh\u00e9rente et pens\u00e9e. Joseph Kabila est un bon tacticien mais pas un strat\u00e8ge. Lui et ses conseillers ont t\u00e2tonn\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ont fait marche arri\u00e8re lorsque leurs d\u00e9cisions ont provoqu\u00e9 de vives critiques de la part de leur population ou de leurs partenaires occidentaux et r\u00e9gionaux. Leur plan initial \u00e9tait, je pense, de\u00a0maintenir\u00a0Kabila \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat en reportant sans cesse les \u00e9lections ou en obtenant la possibilit\u00e9 de\u00a0briguer\u00a0un nouveau mandat. Ils ont chang\u00e9 d\u2019approche suite aux grandes manifestations, aux sanctions cibl\u00e9es des Etats-Unis et de l\u2019UE et aux reproches formul\u00e9s par les puissances r\u00e9gionales.<\/p>\n<p>Leur tactique peut\u00a0fonctionner, mais il y a beaucoup d\u2019incertitudes. Si les \u00e9lections se tiennent dans les conditions actuelles et que la coalition de Kabila l\u2019emporte\u00a0<em>\u00ab\u00a0\u00e0 tous les niveaux\u00a0\u00bb<\/em>, comme le mart\u00e8lent ses leaders, il y aura sans doute des contestations, des manifestations. Mais si la population n\u2019arrive pas \u00e0 se\u00a0mobiliser\u00a0face \u00e0 la r\u00e9pression souvent brutale, si les acteurs r\u00e9gionaux n\u2019exercent pas une pression accentu\u00e9e et si le c\u0153ur du syst\u00e8me s\u00e9curitaire demeure loyal \u00e0 Kabila, le r\u00e9gime pourrait bien se maintenir. Toutefois, compte tenu du manque de coh\u00e9sion des \u00e9lites au pouvoir et du niveau de frustration de la population, la situation est tr\u00e8s volatile, ce qui rend toute pr\u00e9diction difficile.<\/p>\n<figure class=\"illustration_haut\" data-toggle=\"popover\" data-target=\"this\"><img decoding=\"async\" class=\"lazy-retina\" title=\"AFP\" src=\"https:\/\/img.lemde.fr\/2018\/09\/07\/0\/0\/5716\/3816\/768\/0\/60\/0\/3c35168_YuH-tnD-O6cuyI-JK1Y8FSB_.jpg\" alt=\"Le \u00ab dauphin\u00a0\u00bb de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, \u00e0 Kinshasa, en ao\u00fbt 2018.\" width=\"768\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<p class=\"question\">En d\u00e9signant Emmanuel Ramazani Shadary comme son \u00ab\u00a0dauphin\u00a0\u00bb, Joseph Kabila va-t-il pouvoir\u00a0continuer\u00a0d\u2019exercer indirectement le pouvoir en cas de victoire\u00a0?<\/p>\n<p>Le choix de M.\u00a0Shadary n\u2019est pas anodin. Peu connu, il ne dispose pas de v\u00e9ritable base politique en dehors de sa petite province du Maniema, d\u2019o\u00f9 est originaire la m\u00e8re de Joseph Kabila, et il est vis\u00e9 par des sanctions europ\u00e9ennes. Autant de caract\u00e9ristiques qui font de lui un alli\u00e9 loyal de Kabila. Se contentera-t-il de\u00a0rester\u00a0fid\u00e8le\u00a0? Kabila aura-t-il toujours le dernier mot sur les nominations dans l\u2019arm\u00e9e, sur les contrats miniers et sur les alliances g\u00e9opolitiques\u00a0? Il est trop t\u00f4t pour\u00a0r\u00e9pondre.<\/p>\n<div class=\"encart_retrait_gauche\"><span class=\"accroche\">\u00ab\u00a0DEPUIS SON ARRIV\u00c9E AU POUVOIR, KABILA A GOUVERN\u00c9 \u00c0 TRAVERS LA FAIBLESSE PLUT\u00d4T QUE PAR LA FORCE\u00a0\u00bb<\/span><\/div>\n<p>L\u00e0 encore, il y a beaucoup de risques pour le chef de l\u2019Etat. Depuis son arriv\u00e9e au pouvoir, il a gouvern\u00e9 \u00e0 travers la faiblesse plut\u00f4t que par la force.\u00a0Fragmenter,\u00a0diviser\u00a0pour mieux\u00a0r\u00e9gner\u00a0ont \u00e9t\u00e9 les cl\u00e9s de son pouvoir politique. Ainsi, pendant les \u00e9lections de 2011, ses conseillers avaient par exemple encourag\u00e9 la multiplication de partis politiques pour\u00a0morceler\u00a0le paysage et\u00a0monter\u00a0les rivaux les uns contre les autres. D\u00e9sormais, Kabila a besoin de coh\u00e9sion au sein de son \u00e9quipe, ce qui n\u2019est pas \u00e9vident. Si le pays s\u2019enfonce dans une crise profonde, ses alli\u00e9s pourraient l\u2019abandonner.<\/p>\n<p class=\"question\">Comment analysez-vous les difficult\u00e9s de l\u2019opposition\u00a0?<\/p>\n<p>La cr\u00e9dibilit\u00e9 de ses leaders est en cause. Nombre d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 fid\u00e8les \u00e0 Kabila, qu\u2019ils ont servi avec z\u00e8le. Certains, comme Mo\u00efse Katumbi, ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s proches de lui et ont pu consid\u00e9rablement s\u2019enrichir. La population a du mal \u00e0\u00a0croire\u00a0qu\u2019ils seront diff\u00e9rents une fois au pouvoir.<\/p>\n<p>A ce probl\u00e8me de cr\u00e9dibilit\u00e9 s\u2019ajoute la question des ressources. La coalition au pouvoir a un \u00e9norme avantage\u00a0: l\u2019argent et les moyens de l\u2019Etat. Car, depuis la modification de la loi \u00e9lectorale en d\u00e9cembre\u00a02017, il faut un million de dollars pour pr\u00e9senter des candidats \u00e0 chaque scrutin\u00a0<em>[pr\u00e9sidentielle, l\u00e9gislatif et provincial].<\/em>\u00a0D\u2019autres millions de dollars sont n\u00e9cessaires pour\u00a0faire\u00a0campagne dans tout le pays.<\/p>\n<p>Mais il y a un probl\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: le \u00ab\u00a0factionnalisme\u00a0\u00bb. Tant que les partis politiques seront per\u00e7us comme des vecteurs pour que les \u00e9lites se propulsent au pouvoir, alors les divisions persisteront.<\/p>\n<p class=\"question\">Quelles sont les principales incertitudes li\u00e9es \u00e0 ces scrutins\u00a0?<\/p>\n<p>Primo\u00a0: comment l\u2019opposition va-t-elle\u00a0r\u00e9agir\u00a0au fait que Mo\u00efse Katumbi et Jean-Pierre Bemba ne peuvent pas se pr\u00e9senter\u00a0? Cela pourrait les\u00a0contraindre\u00a0\u00e0 s\u2019unir derri\u00e8re un autre candidat \u2013 F\u00e9lix Tshisekedi\u00a0<em>[le fils d\u2019Etienne Tshisekedi]<\/em>\u00a0serait probablement leur choix naturel. D\u2019autres pourraient\u00a0appeler\u00a0\u00e0 une \u00ab\u00a0transition sans Kabila\u00a0\u00bb. Si une partie importante de l\u2019opposition boycotte ces \u00e9lections et se retrouve exclue du jeu, cela pourrait\u00a0changer\u00a0radicalement la situation politique.<\/p>\n<p>Deuzio\u00a0: comment la rue et les \u00e9glises vont-t-elles r\u00e9agir\u00a0? S\u2019ils peuvent se mobiliser comme au d\u00e9but de cette ann\u00e9e, cela rendra beaucoup plus difficile les fraudes \u00e9lectorales. Sinon, je doute que les diplomates \u00e9trangers fassent trop de bruit.<\/p>\n<p>Tertio\u00a0: la pression diplomatique \u00e9trang\u00e8re. Si des manifestations d\u2019ampleur sont d\u00e9clench\u00e9es et qu\u2019elles durent, il est probable que l\u2019Angola et l\u2019Afrique du Sud interviendront sous une forme ou une autre. L\u2019Union africaine\u00a0<em>[UA]<\/em>\u00a0et les Nations unies seraient alors oblig\u00e9es de r\u00e9agir.<\/p>\n<p class=\"question\">Les Occidentaux ont-ils encore les moyens de\u00a0peser\u00a0sur l\u2019\u00e9volution politique\u00a0?<\/p>\n<p>La plupart des superpuissances ont finalement tr\u00e8s peu d\u2019int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques en RDC, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019acc\u00e8s au cuivre et au cobalt. La Chine et la plupart des pays occidentaux estiment qu\u2019ils pourront continuer d\u2019y\u00a0b\u00e9n\u00e9ficier\u00a0d\u2019int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, que Kabila ou un autre soit au pouvoir. Mais l\u2019urgence humanitaire pr\u00e9occupante, avec pr\u00e8s de 4,5\u00a0millions de d\u00e9plac\u00e9s internes et 13\u00a0millions de personnes qui ont besoin d\u2019assistance, explique en partie l\u2019implication, voire l\u2019ing\u00e9rence, plus importante en RDC qu\u2019au Burundi ou au Rwanda. Ce qui agace le pouvoir.<\/p>\n<div class=\"encart_retrait_gauche\"><span class=\"accroche\">\u00ab\u00a0LES SANCTIONS AM\u00c9RICAINES ONT CONTRAINT LE C\u0152UR DU R\u00c9GIME \u00c0 SE\u00a0DURCIR, VOIRE \u00c0 SE RADICALISER\u00a0\u00bb<\/span><\/div>\n<p>Les sanctions am\u00e9ricaines cibl\u00e9es ont eu un effet certain, compte tenu du pouvoir du dollar. Mais elles ont aussi contraint le c\u0153ur du r\u00e9gime \u00e0 se durcir, voire \u00e0 se\u00a0radicaliser. L\u2019impact de ces sanctions d\u00e9pendra finalement de l\u2019\u00e9volution politique. Si Kabila continue d\u2019attirer des investisseurs et renforce ses alliances avec la Chine, la Russie et certains pays de la sous-r\u00e9gion, et si les zones urbaines congolaises restent plus ou moins stables \u2013 Kinshasa se soucie peu du sort des ruraux \u2013, alors les sanctions n\u2019auront pas l\u2019impact souhait\u00e9.<\/p>\n<figure class=\"illustration_haut\" data-toggle=\"popover\" data-target=\"this\"><img decoding=\"async\" class=\"lazy-retina\" title=\"ALEX MCBRIDE \/ AFP\" src=\"https:\/\/img.lemde.fr\/2018\/08\/02\/0\/0\/3600\/2400\/768\/0\/60\/0\/e1c9086_Nuok8PoTeb1SGyqN1HRQ-uHz.jpg\" alt=\"Un soldat de l\u2019arm\u00e9e congolaise scrute l\u2019horizon dans le Nord-Kivu, en mai 2018.\" width=\"768\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<p class=\"question\">Une partie du territoire \u00e9chappe au contr\u00f4le de l\u2019Etat, comme dans les Kivus, o\u00f9 pr\u00e8s de 140\u00a0groupes arm\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s. Les \u00e9lections vont-elles pouvoir s\u2019y tenir\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019enregistrement des \u00e9lecteurs a pu \u00eatre men\u00e9 \u00e0 bien sans trop de difficult\u00e9s dans la plupart des Kivus et les \u00e9lections de 2006 et 2011 s\u2019y sont d\u00e9roul\u00e9es sans incidents majeurs. Mais ces \u00e9lections pourraient\u00a0exacerber\u00a0les dynamiques du conflit\u00a0: des groupes arm\u00e9s vont \u00eatre utilis\u00e9s par certains politiciens pour\u00a0intimider\u00a0les opposants et renforcer l\u2019impression d\u2019indispensabilit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"question\">Du Tanganyika au Kasa\u00ef, de l\u2019Ituri au Nord-Kivu, des massacres ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es et plusieurs conflits sont toujours en cours. Comment jugez-vous les accusations de l\u2019opposition, qui a pris l\u2019habitude de pointer la \u00ab\u00a0main noire\u00a0\u00bb du r\u00e9gime\u00a0?<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie de la\u00a0<em>\u00ab\u00a0main noire\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0flirte avec le conspirationnisme. Il y a une tendance \u00e0\u00a0voir\u00a0Kabila comme le principal probl\u00e8me et \u00e0 se\u00a0dire\u00a0que, s\u2019il part, le pays ira mieux. Oui, il y a une culture de l\u2019impunit\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e, dans laquelle le racket et autres crimes sont pratiqu\u00e9s par des soldats qui sont contraints \u00e0\u00a0survivre. Et le pr\u00e9sident Kabila est en fin de compte responsable. Mais cela ne veut pas dire qu\u2019il a forg\u00e9 \u00e0 lui seul cette culture de l\u2019impunit\u00e9 ou qu\u2019il ordonne lui-m\u00eame \u00e0 ses soldats de\u00a0piller\u00a0et\u00a0violer. Les dynamiques de la violence sont plus insidieuses et impliquent de nombreux acteurs.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est devenu structurel. Il est difficile pour les forces de s\u00e9curit\u00e9 de\u00a0prosp\u00e9rer\u00a0en l\u2019absence de guerre. Car leurs recettes r\u00e9elles d\u00e9pendent essentiellement des paiements l\u00e9gaux ou extrajudiciaires li\u00e9s aux op\u00e9rations militaires. L\u2019arm\u00e9e paie \u00e0 peine ses soldats et ses officiers, les rendant compl\u00e8tement d\u00e9pendants du patronage politique de leurs sup\u00e9rieurs. La commission charg\u00e9e de\u00a0g\u00e9rer\u00a0les d\u00e9mobilisations a quasiment disparu. Et il n\u2019y a presque pas de pourparlers de paix entre le gouvernement et les 140\u00a0groupes arm\u00e9s actifs dans les Kivus.<\/p>\n<div class=\"encart_retrait_gauche\"><span class=\"accroche\">\u00ab\u00a0KABILA A PRIVIL\u00c9GI\u00c9 LA CONTINUIT\u00c9 DES R\u00c9SEAUX DE PATRONAGE PLUT\u00d4T QUE LA S\u00c9CURIT\u00c9 DE SES CITOYENS\u00a0\u00bb<\/span><\/div>\n<p>Plus qu\u2019un complot visant \u00e0\u00a0instaurer\u00a0le chaos, j\u2019aurais tendance \u00e0 pointer l\u2019apathie du r\u00e9gime, qui n\u2019a montr\u00e9 que peu d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0\u00a0mettre\u00a0fin aux guerres qui se d\u00e9roulent loin de Kinshasa et ne menacent pas sa survie. Kabila a privil\u00e9gi\u00e9 la continuit\u00e9 des r\u00e9seaux de patronage plut\u00f4t que la s\u00e9curit\u00e9 de ses citoyens, la survie d\u2019une \u00e9lite plut\u00f4t que des r\u00e9formes institutionnelles. Le pouvoir congolais r\u00e9compense la fid\u00e9lit\u00e9 au lieu d\u2019instiller la discipline et n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0\u00a0redonner\u00a0\u00e0 l\u2019Etat le monopole de la force.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas seulement le r\u00e9gime qui est coupable. Malgr\u00e9 les violences, le Parlement n\u2019a jamais enqu\u00eat\u00e9 sur les forces de s\u00e9curit\u00e9 et n\u2019a men\u00e9 que des investigations rudimentaires sur les violences dans les Kivus. Oui, le gouvernement est responsable. Oui, Kabila est responsable. Mais la nature de leur responsabilit\u00e9 est complexe et changer de pr\u00e9sident n\u2019est pas la solution miracle si le syst\u00e8me en place demeure.<\/p>\n<p class=\"question\">Comment Joseph Kabila est-il parvenu \u00e0\u00a0garder\u00a0le contr\u00f4le sur l\u2019arm\u00e9e, estim\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 130\u00a0000 hommes\u00a0?<\/p>\n<p>Les conditions de vie des soldats sont terribles. Des soldats bless\u00e9s sur les lignes de front sont parfois transport\u00e9s pendant des jours avant de b\u00e9n\u00e9ficier de soins et doivent souvent\u00a0payer\u00a0eux-m\u00eames les m\u00e9dicaments. M\u00eame les officiers re\u00e7oivent un salaire d\u00e9risoire \u2013 le g\u00e9n\u00e9ral le plus \u00e9lev\u00e9 gagne moins de 100\u00a0dollars par mois.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, Kabila a \u00e9t\u00e9 en mesure d\u2019emp\u00eacher la dissidence au sein des forces de s\u00e9curit\u00e9 en les maintenant divis\u00e9es, d\u00e9pendantes du favoritisme et tr\u00e8s loin de la capitale. La majorit\u00e9 des troupes sont dispers\u00e9es dans l\u2019est du pays et la capitale est contr\u00f4l\u00e9e par la garde pr\u00e9sidentielle, appuy\u00e9e par quelques unit\u00e9s loyales de l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, il est difficile de\u00a0contester\u00a0le pouvoir central si l\u2019arm\u00e9e est morcel\u00e9e en une vari\u00e9t\u00e9 de r\u00e9seaux de patronage. Des officiers sup\u00e9rieurs, qui ont beaucoup b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de ce syst\u00e8me, se d\u00e9m\u00e8nent pour\u00a0placer\u00a0leurs hommes \u00e0 des postes de commandement lucratifs et tr\u00e8s pris\u00e9s. Beaucoup pensent qu\u2019ils seraient encore plus mal lotis si le syst\u00e8me Kabila s\u2019effondrait.<\/p>\n<p class=\"question\">La mission des Nations unies en RDC semble se\u00a0plier\u00a0aux exigences du gouvernement congolais. N\u2019est-ce pas un aveu d\u2019\u00e9chec de la part de l\u2019ONU, pr\u00e9sente depuis vingt ans et dont l\u2019objectif \u00e9tait de\u00a0r\u00e9tablir\u00a0la paix et la d\u00e9mocratie\u00a0?<\/p>\n<p>Oui, mais je pense qu\u2019il faut \u00eatre r\u00e9aliste avec les attentes de cette mission. La Monusco a \u00e9norm\u00e9ment contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019unification du pays en\u00a02003 et \u00e0 la transition d\u00e9mocratique qui a conduit \u00e0 l\u2019organisation des premi\u00e8res \u00e9lections multipartites de l\u2019histoire du pays, en\u00a02006. Depuis lors, la Monusco a \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9e et confin\u00e9e \u00e0 ce qu\u2019elle sait le moins bien faire\u00a0: la protection des civils en danger imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Je pense que nous devons\u00a0cesser\u00a0de voir l\u2019ONU comme un acteur essentiel. La Monusco est importante pour\u00a0fournir\u00a0des informations,\u00a0faciliter\u00a0un acc\u00e8s humanitaire et\u00a0pr\u00e9venir\u00a0une escalade. Mais l\u2019UA, les pays de la r\u00e9gion, les Etats-unis et l\u2019UE sont beaucoup plus importants politiquement. Et ce dont la RDC a besoin aujourd\u2019hui, c\u2019est d\u2019une solution politique.<\/p>\n<figure class=\"illustration_haut\" data-toggle=\"popover\" data-target=\"this\"><img decoding=\"async\" class=\"lazy-retina\" title=\"JOHN WESSELS \/ AFP\" src=\"https:\/\/img.lemde.fr\/2018\/09\/07\/0\/0\/3471\/2314\/768\/0\/60\/0\/054b072_78b9WUsJi2XZCVurQaXShItn.jpg\" alt=\"Pr\u00e9sentation d\u2019une machine \u00e0 voter \u00e0 Kinshasa, en f\u00e9vrier 2018.\" width=\"768\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<p class=\"question\">Si les \u00e9lections se tiennent le 23\u00a0d\u00e9cembre, Joseph Kabila quittera la pr\u00e9sidence. Que retiendra l\u2019histoire de ses dix-huit ann\u00e9es \u00e0 la t\u00eate du pays\u00a0?<\/p>\n<p>S\u2019il quitte le pouvoir \u00e0 l\u2019issue des \u00e9lections, Joseph Kabila se retirera comme l\u2019une des personnalit\u00e9s les plus importantes de l\u2019histoire congolaise. Lorsqu\u2019il est devenu pr\u00e9sident \u00e0 29\u00a0ans, la plupart des articles de presse sous-entendaient qu\u2019il ne finirait pas l\u2019ann\u00e9e. Il apparaissait faible et le pays \u00e9tait en crise, avec une \u00e9conomie exsangue et huit arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res pr\u00e9sentes sur son sol. La moiti\u00e9 du pays \u00e9tait occup\u00e9e par des rebelles. Il savait qu\u2019il devait\u00a0prendre\u00a0des mesures drastiques pour survivre et mettre son pays sur la bonne voie.<\/p>\n<p>Joseph Kabila a adopt\u00e9 une politique radicalement diff\u00e9rente de celle de son p\u00e8re, lib\u00e9ralisant l\u2019\u00e9conomie, collaborant avec la Monusco, ouvrant des pourparlers de paix avec ses ennemis et acceptant de nouveaux programmes avec la Banque mondiale et le Fonds mon\u00e9taire international. Il a unifi\u00e9 le pays et a pu se pr\u00e9senter comme le grand artisan de la paix, remportant la pr\u00e9sidentielle de 2006. L\u2019\u00e9conomie a connu une croissance de pr\u00e8s de 500\u00a0% entre 2001 et 2014 et une Constitution, la plus progressiste que le pays ait jamais eue, a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e. Autant de r\u00e9alisations importantes.<\/p>\n<div class=\"encart_retrait_gauche\"><span class=\"accroche\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9CONOMIE A CONNU UN ESSOR IMPORTANT MAIS LES CONGOLAIS N\u2019EN ONT QUE TR\u00c8S PEU PROFIT\u00c9\u00a0\u00bb<\/span><\/div>\n<p>Mais il y a d\u2019autres facettes qui \u00e9clipsent ce bilan positif. L\u2019\u00e9conomie a connu un essor important gr\u00e2ce \u00e0 la fuite des actifs miniers vers les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res, entra\u00eenant d\u2019\u00e9normes profits pour certains membres de l\u2019\u00e9lite congolaise \u2013 dont Joseph Kabila lui-m\u00eame et Mo\u00efse Katumbi \u2013 et des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res. Les Congolais, eux, n\u2019en ont que tr\u00e8s peu profit\u00e9.<\/p>\n<p>Le conflit dans les Kivus est devenu plus fragment\u00e9 et moins visible, mais non moins meurtrier\u00a0: plus de 4,5\u00a0millions de personnes sont d\u00e9plac\u00e9es, plus que jamais dans l\u2019histoire congolaise. Enfin, alors que de nouvelles institutions d\u00e9mocratiques ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es \u2013 des parlements aux niveaux provincial et national, un nouveau r\u00e9gime de droits civiques, des \u00e9lections r\u00e9guli\u00e8res \u2013, elles ont \u00e9t\u00e9 sap\u00e9es par l\u2019accaparement du pouvoir politique et \u00e9conomique par des \u00e9lites. On attend encore l\u2019\u00e9mancipation des Congolais.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=2944\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ENTRETIEN \u00ab\u00a0S\u2019il se retire, Joseph Kabila deviendra l\u2019une des personnalit\u00e9s les plus importantes de l\u2019histoire congolaise\u00a0\u00bb Le chercheur Jason Stearns, sp\u00e9cialiste de la RDC, d\u00e9crypte les enjeux des \u00e9lections pr\u00e9vues en d\u00e9cembre. Propos recueillis par\u00a0Joan Tilouine LE MONDE\u00a0Le 10.09.2018 \u00e0 13h07\u00a0\u2022\u00a0Mis \u00e0 jour le 10.09.2018 \u00e0 13h59 Situation exceptionnelle, le pr\u00e9sident Joseph Kabila dirige toujours [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2944","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2944","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2944"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2944\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2944"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2944"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2944"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}