{"id":3521,"date":"2018-10-15T14:53:33","date_gmt":"2018-10-15T14:53:33","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?p=3521"},"modified":"2023-12-18T22:10:09","modified_gmt":"2023-12-18T22:10:09","slug":"la-rdc-un-cas-decole-de-non-democratisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=3521","title":{"rendered":"La RDC, un cas d\u2019\u00e9cole de non-d\u00e9mocratisation"},"content":{"rendered":"<h3>La RDC, un cas d\u2019\u00e9cole de non-d\u00e9mocratisation<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3528\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/PierrePicture.gif\" alt=\"PierrePicture\" width=\"1001\" height=\"478\" \/><\/p>\n<p><strong>(Suite)<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0Les dirigeants en mal de l\u00e9gitimit\u00e9 tendent souvent vers un leadership de type sultanique ou n\u00e9opatrimonial. A long terme, ce type de leadership a toujours d\u00e9truit la stabilit\u00e9 ainsi l&rsquo;\u00e9conomie du pays,\u00a0 deux \u00e9l\u00e9ments qui, d\u2019apr\u00e8s S.M. Lipset <\/strong><strong><em>(1959)<\/em><\/strong><strong>, sont essentiels\u00a0 \u00e0 une d\u00e9mocratisation durable<\/strong><a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><strong>[i]<\/strong><\/a><strong>. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Un syst\u00e8me \u00e9tatique est dit n\u00e9opatrimonial quand le pouvoir public est utilis\u00e9 \u00e0 des fins personnelles et\/ou quand il n\u2019existe pas de division stricte entre sph\u00e8re priv\u00e9e et sph\u00e8re publique, et que l\u2019utilisation de ressources publiques, entre autres, a pour but la l\u00e9gitimation politique.<\/p>\n<p>Ses principales caract\u00e9ristiques sont\u00a0: <strong>la personnification du pouvoir<\/strong>\u00a0; <strong>le d\u00e9veloppement d\u2019institutions informelles aux d\u00e9pens des institutions formelles<\/strong>\u00a0; <strong>la destruction de la bureaucratie<\/strong>\u00a0; <strong>le pillage \u00e9conomique\u00a0<\/strong>;<strong> le non-respect des contrats.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8212;<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>La personnification<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>En p\u00e9riode de crise politique, tous les regards se tournent vers les institutions d\u00e9tentrices de la l\u00e9gitimit\u00e9 du peuple. C\u2019est le capital de l\u00e9gitimit\u00e9 dont jouissent ces institutions qui permet \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019\u00eatre r\u00e9silient durant une p\u00e9riode de crise et de ne pas avoir \u00e0 tirer sur les foules pour maintenir l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>Dans une d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, les citoyens \u00e9lisent des repr\u00e9sentants pour un mandat d\u2019une dur\u00e9e d\u00e9finie. Le corps l\u00e9gislatif porte la l\u00e9gitimit\u00e9 du peuple et doit travailler au nom du peuple, et non pas au nom des dirigeants. Nul ne doit donc l\u2019emp\u00eacher de remplir sa mission, au risque de cr\u00e9er une instabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un \u00c9tat n\u00e9opatrimonial, le pr\u00e9sident veut disposer de tous les pouvoirs. Il n\u2019est pas favorable \u00e0 la s\u00e9paration des pouvoirs, mais la confusion des pouvoirs. C\u2019est la personnalisation.<\/p>\n<p>Depuis 1960, les diff\u00e9rents pr\u00e9sidents qui se sont retrouv\u00e9s \u00e0 la t\u00eate du pays ont recouru soit \u00e0 la fermeture, soit \u00e0 la corruption pour neutraliser le corps l\u00e9gislatif. R\u00e9sultat\u00a0: le pays demeure instable depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle et n\u2019avance pas mais plut\u00f4t \u00e0 r\u00e9gresse sur le plan \u00e9conomique par rapport \u00e0 d\u2019autres pays disposant de moins de potentialit\u00e9s. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessite d\u2019une analyse rigoureuse de\u00a0 notre pass\u00e9e pour mieux appr\u00e9hender les causes des difficult\u00e9s pour \u00e9voluer vers la d\u00e9mocratie. N\u2019oublions pas le passe\u00a0!<\/p>\n<p>Pour la Premi\u00e8re R\u00e9publique, M.\u00a0Kasavubu n\u2019a pas voulu d\u2019un parlement qui \u00e9tait en majorit\u00e9 lumumbiste. Il le fermera deux fois. Et deux fois, des r\u00e9bellions d\u00e9stabiliseront davantage le pays.<\/p>\n<p>En effet, la fermeture du parlement congolais le 14 septembre 1960 (par Mobutu, mais cette mesure sera ent\u00e9rin\u00e9e par M. Kasavubu pour neutraliser Patrice Lumumba) lors de la crise constitutionnelle de 1960 pour emp\u00eacher cette institution d\u2019entreprendre une r\u00e9conciliation entre Kasavubu et Lumumba ne contribua pas \u00e0 la d\u00e9mocratisation. La majorit\u00e9 parlementaire et des ministres se d\u00e9plac\u00e8rent \u00e0 Stanleyville pour constituer un autre gouvernement, reconnu par 18 pays. Au lieu de limiter la guerre civile au Katanga et au Sud-Kasai, c\u2019est tout le pays qui \u00e9tait engouffr\u00e9 dans la guerre.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la dissolution du 29 septembre 1963 pour neutraliser la majorit\u00e9 parlementaire lumumbiste \u2013 revendiquant le droit de r\u00e9diger la constitution du pays au lieu d\u2019accepter une constitution f\u00e9d\u00e9raliste \u00e9crite par des \u00e9trangers \u2013, elle n\u2019avait pas apport\u00e9 le calme au pays pour faciliter la gouvernance, comme l\u2019escomptait Kasavubu. En effet, interdits de se r\u00e9unir au parlement et pourchass\u00e9s par les sbires de Mobutu et Nendaka les parlementaires lumumbistes choisirent d\u2019improviser une lutte arm\u00e9e qui s\u2019\u00e9tendit au pays comme un feu de brousse et qui couvrira, \u00e0 son apog\u00e9e, les deux tiers du territoire national. Le recours aux forces de l\u2019Otan (\u00c9tats-Unis et Belgique) ainsi qu\u2019\u00e0 des mercenaires n\u2019a pas r\u00e9tabli la d\u00e9mocratie, mais, bien au contraire, n\u2019a fait que pr\u00e9parer le lit\u00a0 \u00e0 une dictature f\u00e9roce de 32 ans.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique (R\u00e9publique sous Mobutu), la l\u00e9gitimit\u00e9 du l\u00e9gislatif viendra de Mobutu\u00a0; et \u00a0ce depuis\u00a0 le 25 Novembre 1965 comme l\u2019avait \u00e9crit Maurice Lovens dans les dossiers du CRISP, Congo 1966\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Le Coup d\u2019Etat du 24 novembre 1965 a maintenu en fonctions le parlement et a reconnu ses pr\u00e9rogatives. Mais simultan\u00e9ment, il instaurait un r\u00e9gime d\u2019exception pour cinq ans sur toute l\u2019\u00e9tendue de la R\u00e9publique. Le Parlement, comme les autres institutions d\u2019essence constitutionnelle, est soumis \u00e0 l\u2019application plus ou moins rigoureuse, suivant les n\u00e9cessites et les circonstances, de ce r\u00e9gime. Il peut \u00eatre appel\u00e9 \u00e0 collaborer, il ne lui est plus permis de d\u00e9cider.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le 24 Juin 1967, avec la naissance du MPR, le parlement sera ferme. Le nouveau parlement ne sera ouvert qu\u2019en 1972 mais ca sera qu\u2019un Parlement monocam\u00e9ral appel\u00e9 Conseil L\u00e9gislatif\u00a0 dont tous les 420 d\u00e9put\u00e9s seront \u00e9lus sur \u00a0base d\u2019une liste constitu\u00e9e par le Bureau Politique du MPR. \u00a0De 1975-77, il y \u00a0aura m\u00eame \u00a0un autre Conseil l\u00e9gislatif \u00a0dont les candidats \u00a0\u00e0 la d\u00e9putation &#8211; apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 choisi par les barons du r\u00e9gime &#8211; \u00e9taient\u00a0 vot\u00e9s \u00ab\u00a0Commissaires du Peuple\u00a0\u00bb \u00a0par applaudissement au stade. Avec la Guerre du Shaba et les pressions du President Carter de la Maison Blanche \u00a0pour une lib\u00e9ralisation politique (on ne parle pas de d\u00e9mocratisation\u00a0 dans ce cas !), un nouveau parlement est install\u00e9 durant la p\u00e9riode 1978-82. Toutefois, le President Mobutu demeurait le chef du MPR et donc aussi\u00a0 le chef du L\u00e9gislatif. \u00a0La CNS a m\u00eame apport\u00e9 une innovation : le d\u00e9doublement du l\u00e9gislatif en deux corps dont les membres furent choisis par les partis politiques. \u00a0Compte tenu de tout ce qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, il est logique d\u2019affirmer que \u00a0depuis 1965 jusqu\u2019\u00e0 la chute de Mobutu il n\u2019y a pas eu au Za\u00efre un parlement ayant la l\u00e9gitimit\u00e9\u00a0 de la population. Cette situation ne pouvait donc pas contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 de l\u2019Etat qui devait toujours recourir aux interventions ext\u00e9rieures chaque fois qu\u2019un groupe organis\u00e9e le secouait a l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique (R\u00e9publique sous Kabila), \u00a0tout le monde reconnait que les deux chambres avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9lues en 2006 durant les \u00e9lections fondatrices du nouvel Etat de la RDC. \u00a0Toutefois,\u00a0 cette l\u00e9gitimit\u00e9 \u00a0alors acquise n\u2019est pas p\u00e9renne ou perp\u00e9tuelle. Elle peut \u00eatre perdue, face aux attentes d\u00e9\u00e7ues ou mal g\u00e9r\u00e9es d&rsquo;une majorit\u00e9 des citoyens. La\u00a0 l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019un pouvoir\u00a0 pour\u00a0 gouverner n\u00e9cessite donc un effort permanent des gouvernants\u00a0 pour sa conservation. C\u2019est pour cela\u00a0 que dans un Etat qui fonctionne normalement l\u2019organisation des \u00e9lections r\u00e9guli\u00e8res permet\u00a0 de renouveler la l\u00e9gitimit\u00e9 des gouvernants. Et c\u2019est cette l\u00e9gitimit\u00e9 qui rend le pays gouvernable.<\/p>\n<p>Or c\u2019est\u00a0 seulement une partie du parlement qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lue en 2011.\u00a0 Mais cette partie du l\u00e9gislatif qui avait \u00a0\u00e9t\u00e9 \u00e9lue par le peuple en 2011 et, de ce fait, \u00a0pouvait pr\u00e9tendre \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 populaire, \u00a0a \u00a0elle aussi largement outrepass\u00e9 son mandat.<\/p>\n<p>Les membres de deux\u00a0 \u00a0chambres parlementaires \u00a0n\u2019ayant aucune l\u00e9gitimit\u00e9 demeurent \u00a0l\u00e0 que pour recevoir des salaires, des dons du pr\u00e9sident, et non pas pour repr\u00e9senter le peuple souverain. La corruption syst\u00e9matique, organis\u00e9e sous forme d\u2019augmentation d\u00e9mesur\u00e9e des salaires, de frais de missions et de dons pr\u00e9sidentiels, \u00a0de distribution des v\u00e9hicules d\u00e9solidarise les parlementaires des desiderata de la population qu\u2019ils sont cens\u00e9s repr\u00e9senter. Selon les donn\u00e9es recueillies en Avril dernier un d\u00e9put\u00e9 touche 11500000FC pendant qu\u2019un Directeur de l\u2019Administration publique-malgr\u00e9 les titres acad\u00e9miques et l\u2019anciennet\u00e9 \u00a0dans l\u2019administration- touche 118.154 FC, soit un centi\u00e8me\u00a0 du salaire du premier<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[ii]<\/a>. Une telle injustice sociale \u00a0en plus du manque de l\u00e9gitimit\u00e9 populaire par le l\u00e9gislatif ne peut pas contribuer au r\u00e9tablissement d\u2019un climat de \u00a0paix nationale n\u00e9cessaire \u00e0 la d\u00e9mocratisation, et ce Parlement n\u2019a donc pas de raison d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9veloppement du pouvoir informel <\/strong><\/p>\n<p>Les \u00c9tats n\u00e9opatrimoniaux se distinguent par une logique faisant \u00e9merger des institutions informelles qui d\u00e9tiennent beaucoup plus de pouvoir que les institutions formelles, et notamment le gouvernement officiellement reconnu. Un exemple est celui du groupe de Binza, cr\u00e9\u00e9 comme groupe de r\u00e9flexion au lendemain du d\u00e9clenchement de la crise constitutionnelle de 1960 et compos\u00e9 de Joseph Mobutu, Victor Nendaka, Albert Ndele, Justin Marie Bomboko et Damien Kandolo.<\/p>\n<p>Durant la Premi\u00e8re R\u00e9publique et m\u00eame durant une partie de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique (R\u00e9publique du MPR), les pouvoirs du groupe de Binza d\u00e9passaient de loin ceux des gouvernements. En effet, c\u2019est le groupe de Binza qui livra Patrice Lumumba et des dirigeants lumumbistes aux gouvernements s\u00e9cessionnistes du Katanga et du Sud-Kasa\u00ef, o\u00f9 ils seront massacr\u00e9s en janvier et f\u00e9vrier 1960. Le retour de la l\u00e9galit\u00e9 \u00e0 L\u00e9opoldville fut consacr\u00e9 par l\u2019ouverture du parlement le 29 juillet \u00e0 Lovanium. Cette ouverture fut suivie par la nomination, le 2 ao\u00fbt 1961, d\u2019un gouvernement \u00e0 pr\u00e9dominance lumumbiste dirig\u00e9 par Cyrille Adoula (14 ministres sur 26 \u00e9taient lumumbistes). Mais jusqu\u2019au 8 ao\u00fbt 1961, Mobutu n\u2019avait pas encore dit son dernier mot (Hoskyns, 1961).<\/p>\n<p>\u00c0 plus d\u2019une occasion, le groupe de Binza a prouv\u00e9 sa force par rapport aux gouvernements Adoula et Tshombe.<\/p>\n<p>Selon Young dans <em>Politics In The Congo (1965)<\/em>, lorsque le pr\u00e9sident du MNC-L, Gbenye, devint ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement Adoula, il chercha \u00e9galement \u00e0 faire valoir son contr\u00f4le sur la police de s\u00e9curit\u00e9. Le 13 d\u00e9cembre 1961, Gbenye osa d\u00e9charger Nendaka de ses fonctions. La r\u00e9action ne se fit pas attendre. Nendaka a imm\u00e9diatement contact\u00e9 Mobutu, qui d\u00e9p\u00eacha un d\u00e9tachement de paracommandos pour entourer le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur et les bureaux de la \u00ab\u00a0S\u00fbret\u00e9\u00a0\u00bb de Nendaka. Le ministre Gbenye\u00a0 se fit dire que, s\u2019il osait d\u00e9ranger Nendaka, il serait arr\u00eat\u00e9. Cinq jours plus tard, le<em> Moniteur congolais <\/em>publiait le texte de l\u2019ordonnance sign\u00e9e le 15 juillet annon\u00e7ant la nomination de Nendaka au poste de directeur de la S\u00fbret\u00e9. La m\u00eame ordonnance d\u00e9signait Damien Kandolo, un autre membre du groupe de Binza, au poste de secr\u00e9taire permanent du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur\u00a0!<\/p>\n<p>Plus tard, apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de l\u2019insurrection lumumbiste, c\u2019est le groupe de Binza qui demanda le remplacement d\u2019Adoula par Tshombe, le 30 juin 1964.<\/p>\n<p>Mais apr\u00e8s les \u00e9lections d\u2019avril 1965, Tshombe, dont la coalition venait de remporter un grand succ\u00e8s aux \u00e9lections, fut consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019ennemi num\u00e9ro un par le groupe de Binza. Comme son gouvernement devait \u00eatre remani\u00e9 pour remplacer Munongo, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, qui venait d\u2019\u00eatre \u00e9lu gouverneur du Haut-Katanga, en violation avec la loi fondamentale, le 17 juillet, le pr\u00e9sident Kasavubu lui-m\u00eame nomma Nendaka en qualit\u00e9 de ministre de l\u2019Int\u00e9rieur\u00a0; et ce, sans m\u00eame consulter le Premier ministre Tshombe\u00a0! Ce dernier ne protesta pas publiquement et assista \u00ab\u00a0tr\u00e8s d\u00e9tendu\u00a0\u00bb \u00e0 la prestation de serment de M.\u00a0Nendaka.<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, Mo\u00efse Tshombe sera contraint de d\u00e9missionner pour \u00eatre remplac\u00e9 par Kimba. Malgr\u00e9 tout, comme sa coalition politique, la Conaco, disposait du plus grand nombre de si\u00e8ges parlementaires, la nomination de Kimba fut mise en \u00e9chec au parlement. Le pr\u00e9sident Kasavubu maintint Kimba nonobstant son rejet par le parlement (apr\u00e8s Kimba, Kimba\u00a0!).<\/p>\n<p>Pour emp\u00eacher Tshombe et sa Conaco de remporter la pr\u00e9sidence \u00e0 la session parlementaire d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vue pour d\u00e9cembre 1965, Mobutu orchestrera le coup d\u2019\u00c9tat de 24 novembre 1964.<\/p>\n<p>L\u2019influence de ce groupe de Binza va continuer au-del\u00e0 du changement de r\u00e9gime\u00a0; et ce, jusqu\u2019 en 1969 quand Bomboko et Nendaka seront envoyes comme ambassadeurs.<\/p>\n<p>Durant la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, en plus du groupe de Binza, d\u2019autres r\u00e9seaux de pouvoir se d\u00e9velopp\u00e8rent autour du pr\u00e9sident Mobutu. \u00c0 titre d\u2019exemple, Bisengimana, le directeur du cabinet du pr\u00e9sident, constitua un pouvoir tr\u00e8s puissant par rapport aux membres du gouvernement, sur le principe du client\u00e9lisme, qui se d\u00e9veloppa \u00e0 travers des r\u00e9seaux informels bas\u00e9s sur l\u2019origine r\u00e9gionale ou ethnique des Za\u00efrois. \u00c0 titre d\u2019exemple, qui voulait poser un probl\u00e8me concernant le Maniema devrait voir Kithima Bin Ramazani. C\u2019en \u00e9tait ainsi pour toutes les provinces ou r\u00e9gions\u00a0: les personnes de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9taient celles qui faisaient partie du carr\u00e9 d\u2019influence du Chef de l\u2019\u00c9tat. Ces r\u00e9seaux \u00e9taient beaucoup plus puissants que le gouvernement officiellement investi.<\/p>\n<p>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique conna\u00eet aussi ce probl\u00e8me de d\u00e9veloppement de r\u00e9seaux de pouvoir informels. Tout ceci continue de miner l\u2019efficacit\u00e9 de la prise de d\u00e9cision par le pouvoir institutionnel formel et contribue \u00e0 l\u2019enracinement de la corruption au sommet de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><strong>La destruction de la bureaucratie<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00f4le de l\u2019administration publique est de faire b\u00e9n\u00e9ficier les citoyens des services de l\u2019\u00c9tat. L\u2019observation des r\u00e8gles et des contraintes financi\u00e8res et mat\u00e9rielles par tous les membres de l\u2019administration est une condition essentielle de la bonne qualit\u00e9 de service aux habitants par l\u2019\u00c9tat\u00a0; mieux encore, une condition essentielle pour une bonne administration \u00e9tatique.<\/p>\n<p>Mais l\u2019appropriation priv\u00e9e des moyens publiques et la primaut\u00e9 des liens verticaux \u00a0\u00ab\u00a0Patron-Client\u00a0\u00bb par rapport aux liens hi\u00e9rarchiques de l\u2019administration auront des cons\u00e9quences dans la gestion des ressources publiques, notamment en encourageant le favoritisme, l\u2019absent\u00e9isme et surtout la corruption, qui vont saper les bases du bon fonctionnement de la bureaucratie. D\u00e9sormais, les fonctionnaires occuperont des postes bureaucratiques moins pour garantir la qualit\u00e9 du service public que pour s\u2019enrichir illicitement et\/ou acqu\u00e9rir un statut personnel. Dans ces conditions, bien que les fonctionnaires re\u00e7oivent un salaire officiel, ils n\u2019h\u00e9siteront pas \u00e0 vendre le service de l\u2019\u00c9tat \u00e0 ceux qui leur proposent en contrepartie de l\u2019argent ou un quelconque autre b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p>L\u2019entretien de relations principalement verticales \u00ab\u00a0patron-client\u00a0\u00bb et\/ou bas\u00e9es sur des liens de parent\u00e9 ou d\u2019appartenance ethnique et de confr\u00e9ries, combin\u00e9 \u00e0 la faible s\u00e9paration des sph\u00e8res publique et priv\u00e9e, aboutit au client\u00e9lisme syst\u00e9mique qui s\u2019\u00e9tend du sommet \u00e0 la base de l\u2019administration.<\/p>\n<p>La mobilisation des ressources financi\u00e8res de l\u2019\u00c9tat se fera pour remplir les poches d\u2019individus plut\u00f4t que les coffres de l\u2019\u00c9tat. Ainsi, l\u2019\u00c9tat manquera de moyens pour financer son \u00a0fonctionnement ainsi que son d\u00e9veloppement pendant que les barons des r\u00e9gimes s\u2019enrichiront.<\/p>\n<p>De la Premi\u00e8re \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, les r\u00e8gles n\u2019ont pas \u00e9volu\u00e9 malgr\u00e9 les changements de personnes. Ainsi le leadership national est-il rest\u00e9 continuellement boiteux\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Le pillage \u00e9conomique\u00a0et la spoliation<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Selon les conclusions des \u00e9tudes de P. Englebert publi\u00e9es dans son livre intitul\u00e9 <em>State Legitimacy and Development in Africa(2000)<\/em>, les gouvernements sans l\u00e9gitimit\u00e9 sont plus susceptibles d\u2019allouer des ressources pour calmer les tendances centrifuges et les sources concurrentes d\u2019all\u00e9geances, plut\u00f4t que pour l\u2019accumulation de capital humain et physique (infrastructures). \u00ab\u00a0Le fait que les gouvernements de pays non l\u00e9gitimes sacrifient syst\u00e9matiquement l\u2019accumulation \u00e9conomique au profit de la survie politique est l\u2019un des r\u00e9sultats empiriques les plus coh\u00e9rents de mes travaux<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[iii]<\/a>\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n<p>Ainsi, d\u00e8s ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec l\u2019Union mini\u00e8re du Haut-Katanga durant les ann\u00e9es 1960, M.\u00a0Mobutu eut l\u2019id\u00e9e saugrenue de cr\u00e9er une classe de 300 Congolais bourgeois, \u00e0 l\u2019image des 300 familles belges de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique. Un moyen pour y arriver \u00e9tait de cr\u00e9er des projets dits \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9phants blancs\u00a0\u00bb, qui b\u00e9n\u00e9ficieront de montages financiers \u00e9trangers, mais dont l\u2019\u00c9tat za\u00efrois supportera la charge.<\/p>\n<p>L\u2019un de ces \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9phants blancs\u00a0\u00bb fut le projet de Combinat industriel de Gemena (Comingem), \u00e9rig\u00e9 dans la r\u00e9gion pr\u00e9sidentielle de Gemena, auquel \u00e9taient associ\u00e9s le groupe Litho (Litho fut l\u2019oncle de Mobutu et son ministre des Finances) et le groupe Moleka. Ces deux groupes de barons de Mobutu mont\u00e8rent la Comingem avec l\u2019aide des soci\u00e9t\u00e9s allemandes Krupp et P. Cremer, la charge du montage financier devant \u00eatre support\u00e9e par l\u2019\u00c9tat za\u00efrois.<\/p>\n<p>Avant que l\u2019entreprise ne commence \u00e0 produire, Litho et Moleka recevaient d\u00e9j\u00e0 de premiers cr\u00e9dits bancaires au nom de la compagnie. Selon un article de \u00a0Verhaegen sur le d\u00e9sastre du Comingem (1984), celui-ci n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 op\u00e9rationnel, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une petite usine de savons. Mais c\u2019est le contribuable za\u00efrois qui devait supporter l\u2019ardoise sal\u00e9e, gr\u00e2ce aux recettes d\u2019exportation du cuivre.<\/p>\n<p>Un autre exemple est celui d\u2019Augustin Dokolo, un ancien propri\u00e9taire de taxis \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale qui devint un baron du r\u00e9gime gr\u00e2ce \u00e0 ses relations avec Ndele (un membre du groupe de Binza et gouverneur de la Banque nationale). Il b\u00e9n\u00e9ficia de cr\u00e9dits de la Banque nationale au nom d\u2019une vingtaine de soci\u00e9t\u00e9s quasi fictives, avec une facilit\u00e9 inou\u00efe. Mais avec l\u2019effondrement du prix de cuivre quand la Banque mondiale est arriv\u00e9e avec le programme d\u2019ajustement structurel, on a constat\u00e9 que Dokolo devait plus de 60 millions de dollars \u00e0 la Banque nationale. Mais il n\u2019aura de probl\u00e8mes avec l\u2019\u00c9tat za\u00efrois qu\u2019apr\u00e8s les d\u00e9m\u00eal\u00e9s entre Mobutu et Ndele.<\/p>\n<p>Ces deux exemples montrent comment le r\u00e9gime de Mobutu r\u00e9tribua ses barons avec les ressources publiques qui auraient d\u00fb servir \u00e0 l\u2019investissement dans des projets d\u2019infrastructures et de d\u00e9veloppement du capital \u00a0humain.<\/p>\n<p><strong>Le non-respect des contrats<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9tudes comparatives faites par P. Englebert dans son ouvrage cit\u00e9 <em>supra <\/em>lui ont permis de conclure que le comportement des gouvernements ayant une faible l\u00e9gitimit\u00e9 vis-\u00e0-vis des march\u00e9s et des agents \u00e9conomiques est soit impr\u00e9visible, soit hostile\u2026 En cons\u00e9quence, les engagements contractuels de ces gouvernements ne sont pas fiables. Ces gouvernements sont plus susceptibles d\u2019exproprier des investisseurs \u00e9trangers lorsque cela convient \u00e0 leurs besoins politiques nationaux. C\u2019est ce qui arriva avec la \u00ab\u00a0za\u00efrianisation\u00a0\u00bb, un pseudo nationalisation de 1973, du pr\u00e9sident Mobutu, lorsque les actifs des \u00e9trangers \u00e9taient simplement donn\u00e9s par le pr\u00e9sident \u00e0 des \u00e9lites nationales, les membres du MPR et les officiers de l\u2019arm\u00e9e. \u00c9videmment, le pr\u00e9sident et ses barons le firent \u00ab\u00a0au nom du peuple\u00a0\u00bb, mais se partag\u00e8rent les grosses affaires. Les citoyens ordinaires, quant \u00e0 eux, ne re\u00e7urent que des miettes. Dans les mois qui suivirent, il suffisait d\u2019un simple d\u00e9m\u00eal\u00e9 avec les hommes du MPR pour se voir retirer une acquisition.<\/p>\n<p>En 1975 d\u00e9j\u00e0, l\u2019\u00e9conomie \u00e9tait par terre. Malgr\u00e9 la politique dite de r\u00e9trocession, l\u2019\u00e9conomie du pays ne s\u2019est jamais remise de la za\u00efrianisation. \u00c0 titre d\u2019exemple, en 1966, la contribution de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re \u00e9tait de 16\u00a0% du PIB. Apr\u00e8s la za\u00efrianisation, en 1980, la contribution du secteur manufacturier de l\u2019\u00e9conomie ne repr\u00e9sentait plus que 1\u00a0% du PIB\u00a0! Le pays avait donc connu une grande r\u00e9gression sur le plan du d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e0 cause du manque de l\u00e9gitimit\u00e9 du chef de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Durant la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, toute la production vient de l\u2019industrie extractive de minerais. Les barons se sont distribu\u00e9 des concessions mini\u00e8res de la G\u00e9camines, de la Miba et autres, pour les vendre ensuite aux compagnies \u00e9trang\u00e8res qui les exploiteront. Des sommes faramineuses qui auraient d\u00fb servir \u00e0 des investissements productifs dans les infrastructures et dans le capital humain ont \u00e9t\u00e9 spoli\u00e9es. Ainsi, depuis quelques ann\u00e9es, on assiste \u00e0 une croissance sans d\u00e9veloppement. Concr\u00e8tement, cela signifie que ce n\u2019est pas l\u2019augmentation de volume d\u2019exportation de nos ressources min\u00e9rales qui nous sortira des rangs des pays les plus pauvres de la plan\u00e8te \u00a0si on n\u2019investit pas dans les infrastructures ainsi que dans le d\u00e9veloppement de ressources humaines.<\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La RDC est devenue un cas d\u2019\u00e9cole auquel les \u00e9conomistes de d\u00e9veloppement ainsi que les politologues se r\u00e9f\u00e8rent pour d\u00e9noncer certes le manque de pr\u00e9paration par la puissance coloniale, mais aussi les m\u00e9faits de r\u00e9gimes\u00a0 en mal de l\u00e9gitimit\u00e9. \u00a0La route de la d\u00e9mocratie passe donc par la remise sur pieds d\u2019un Etat fonctionnel et la recherche d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9, sans tomber dans le pi\u00e8ge du n\u00e9opatrimonialisme, mais en augmentant la capacit\u00e9 de l\u2019Etat \u00e0 servir la population.<\/strong><\/p>\n<p>Pierre Vile-Linda SULA<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[i]<\/a> Lipset. Poltical Man- The Social Bases of Politics, 1959<\/p>\n<h6><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><strong>[ii]<\/strong><\/a> (Sources : listing de paie des agents de l\u2019\u00c9tat et Jeune Afrique Magazine)<\/h6>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[iii]<\/a> P.\u00a0Englebert, <em>State Legitimacy and Development in Africa<\/em> (2000).<\/p>\n<div class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default\" style=\"--pgfw-icon-justify:center;\"><a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&#038;id=3521\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--icon-only\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"--pgfw-icon-width:25px;--pgfw-icon-height:45px;\" aria-label=\"Download PDF\"><span class=\"pgfw-single-pdf-download-button__media\" aria-hidden=\"true\"><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" alt=\"\" decoding=\"async\"><\/span><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La RDC, un cas d\u2019\u00e9cole de non-d\u00e9mocratisation (Suite) \u00a0Les dirigeants en mal de l\u00e9gitimit\u00e9 tendent souvent vers un leadership de type sultanique ou n\u00e9opatrimonial. A long terme, ce type de leadership a toujours d\u00e9truit la stabilit\u00e9 ainsi l&rsquo;\u00e9conomie du pays,\u00a0 deux \u00e9l\u00e9ments qui, d\u2019apr\u00e8s S.M. 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