{"id":4120,"date":"2018-12-18T04:19:04","date_gmt":"2018-12-18T04:19:04","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?p=4120"},"modified":"2018-12-18T04:19:04","modified_gmt":"2018-12-18T04:19:04","slug":"en-rdc-beni-cristallise-tous-les-drames-du-pays","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=4120","title":{"rendered":"En RDC, Beni cristallise tous les drames du pays"},"content":{"rendered":"<header>\n<div class=\"article__heading\">\n<h1 class=\"article__title\">En RDC, Beni cristallise tous les drames du pays<\/h1>\n<p class=\"article__desc\">Massacres par balles, \u00e9gorgements\u2026 Depuis quatre ans, des habitants de la ville de la province du Nord-Kivu meurent sans trop savoir pourquoi.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"meta meta__publisher meta--inline\"><span class=\"meta__author\">Par Joan Tilouine<\/span>\u00a0<span class=\"meta__date\">Publi\u00e9 hier \u00e0 18h00<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/img.lemde.fr\/2018\/12\/17\/0\/0\/3600\/2400\/688\/0\/60\/0\/2bb583d_Sdv3lyHnm6a-68KowIPJbOh-.jpg\" alt=\"Des femmes pleurent la mort de l\u00e2\u0080\u0099une des leurs, tu\u00c3\u00a9e probablement lors d\u00e2\u0080\u0099une attaque des Forces d\u00c3\u00a9mocratiques alli\u00c3\u00a9es (ADF), \u00c3\u00a0 Beni, le 12 novembre 2018.\" \/><\/p>\n<\/header>\n<section class=\"article__content\">\n<figure><figcaption class=\"article__legend\" aria-hidden=\"\u201ctrue\u201c\">Des femmes pleurent la mort de l\u2019une des leurs, tu\u00e9e probablement lors d\u2019une attaque des Forces d\u00e9mocratiques alli\u00e9es (ADF), \u00e0 Beni, le 12 novembre 2018. JOHN WESSELS \/ AFP<\/figcaption><\/figure>\n<p>Beni, \u00e9picentre de tous les drames de la\u00a0<a href=\"https:\/\/abonnes.lemonde.fr\/congo-rdc\/\">R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo<\/a>\u00a0(RDC). Nulle bataille pourtant dans cette cit\u00e9 du Nord-Kivu ceintur\u00e9e de for\u00eats et de collines, mais ces tueries sont quasi quotidiennes, jamais revendiqu\u00e9es qui teintent le quotidien de sang. Depuis quatre ans, des habitants meurent \u00e9gorg\u00e9s ou cribl\u00e9s de balles, sans trop savoir pourquoi. Dans ce contexte, la campagne pour les \u00e9lections pr\u00e9sidentielle, l\u00e9gislatives et provinciales pr\u00e9vues le 23\u00a0d\u00e9cembre prend ici un sens tout particulier.<\/p>\n<p>Au rond-point du 30\u00a0juin, en plein centre de Beni, les grands candidats \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle font tous la m\u00eame promesse d\u2019un\u00a0<em>\u00ab\u00a0Avec moi, c\u2019est le retour de la s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. Sous un ciel obscurci par la poussi\u00e8re permanente, ils d\u00e9filent sur la petite estrade pour \u00e9voquer leur futur du pays. Du podium, ils peuvent aussi observer les restes des trag\u00e9dies pass\u00e9es de cette r\u00e9gion de l\u2019est de la RDC.<\/p>\n<section class=\"catcher catcher--inline\"><span class=\"catcher__title\"><span class=\"icon__premium\"><span class=\"sr-only\">Article r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 nos abonn\u00e9s<\/span><\/span>\u00a0Lire aussi\u00a0<\/span><span class=\"catcher__desc\">\u00a0<a class=\"js-article-read-also\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2018\/12\/14\/en-rdc-les-elections-de-tous-les-dangers_5397747_3212.html\" data-premium=\"1\">En RDC, les \u00e9lections de tous les dangers<\/a><\/span><\/section>\n<p>Difficile de rester indiff\u00e9rent face \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019un des h\u00e9ros de la ville, ancien ministre de Mobutu Sese Seko assassin\u00e9 en\u00a01993, dont la statue plant\u00e9e sur le rond-point du 30\u00a0juin est amput\u00e9e de sa t\u00eate et de ses bras. A sa droite se trouve le si\u00e8ge d\u2019un parti politique, le RCD-K\/ML qui, il y a peu de temps encore \u00e9tait un groupe arm\u00e9, l\u2019un des plus puissants durant la seconde guerre du Congo (1998-2003). Aujourd\u2019hui, son chef, Antipas Mbusa Nyamwisi, n\u2019est autre que le fr\u00e8re cadet de la statue amput\u00e9e et le personnage le plus influent du coin.<\/p>\n<h2 class=\"article__sub-title\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019a vraiment chang\u00e9 en quinze ans\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>La figure ronde de l\u2019ancien seigneur de guerre appuy\u00e9 par l\u2019Ouganda voisin, dont il est rest\u00e9 proche, orne aujourd\u2019hui les affiches de candidats, taches de couleurs sur les murs gris et d\u00e9labr\u00e9s. D\u2019autres agr\u00e9mentent leurs posters de campagne d\u2019une photographie en m\u00e9daillon de Jean-Pierre Bemba, son ennemi d\u2019autrefois qu\u2019il a combattu \u00e0 Beni m\u00eame. Apr\u00e8s dix ans pass\u00e9s en prison \u00e0 La\u00a0Haye pour crimes de guerre et crimes contre l\u2019humanit\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 par la Cour p\u00e9nale internationale (CPI) le 1<sup>er<\/sup>\u00a0ao\u00fbt et pr\u00e9side toujours le Mouvement de lib\u00e9ration du Congo (MLC), un groupe politico-militaire devenu lui aussi un parti. De retour en RDC, il a d\u00e9pos\u00e9 sa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidentielle qui a fini par \u00eatre invalid\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"inread-6\" class=\"dfp-slot dfp__slot dfp__inread dfp-unloaded\" data-format=\"inread\" aria-hidden=\"true\"><\/div>\n<p><em>\u00ab\u00a0Rien n\u2019a vraiment chang\u00e9 en quinze ans et les chefs de guerre reviennent sans armes dans l\u2019ar\u00e8ne politique face au r\u00e9gime de Joseph Kabila,\u00a0<\/em>constate un notable de la ville pass\u00e9 par plusieurs r\u00e9bellions.\u00a0<em>Cette campagne me rappelle l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit d\u2019avant les accords de Sun City, avec cette envie d\u2019alternance et cette impression que le pouvoir est accessible.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0A l\u2019issue des accords politiques sign\u00e9s en\u00a02002 en Afrique du Sud, et cens\u00e9s mettre fin au conflit, Jean-Pierre Bemba \u00e9tait devenu vice-pr\u00e9sident. Antipas Mbusa Nyamwisi, nomm\u00e9 ministre, mobilisait son fief de Beni et des environs au service de Joseph Kabila lors de la pr\u00e9sidentielle quatre ans plus tard, face \u00e0 M. Bemba. Avant de tourner casaque et de partir en exil.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les anciens chefs de guerre mu\u00e9s en politiciens costume-cravate se retrouvent dans le m\u00eame camp, celui d\u2019une frange de l\u2019opposition au r\u00e9gime du pr\u00e9sident sortant. Press\u00e9 d\u2019organiser les \u00e9lections par ses partenaires occidentaux, par l\u2019\u00e9glise catholique congolaise, puis par les puissances r\u00e9gionales, comme l\u2019Angola et l\u2019Afrique du Sud, Joseph Kabila, dont le dernier mandat s\u2019est termin\u00e9 il y a deux ans selon la Constitution, quitte le pouvoir. Sans exclure de se repr\u00e9senter en\u00a02023, comme il l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 dans un entretien accord\u00e9 \u00e0 l\u2019agence Reuters. La RDC s\u2019appr\u00eate donc \u00e0 conna\u00eetre la premi\u00e8re alternance politique depuis son ind\u00e9pendance, en\u00a01960.<\/p>\n<h2 class=\"article__sub-title\">Une ville agonisante<\/h2>\n<p>Au cours de ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, le r\u00e9gime Kabila s\u2019est habilement employ\u00e9 \u00e0 retarder les \u00e9lections, tout en divisant une opposition fragile et pas toujours insensible \u00e0 la tentation de l\u2019argent en \u00e9change de trahisons. Alli\u00e9s de circonstance, Jean-Pierre Bemba, Antipas Mbusa Nyamwisi et l\u2019ancien gouverneur du Katanga, Mo\u00efse Katumbi, ont jet\u00e9 leur d\u00e9volu sur Martin Fayulu, leur\u00a0<em>\u00ab\u00a0soldat du peuple\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0dont la campagne a \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9e par les forces de s\u00e9curit\u00e9 qui ont ouvert le feu durant ses meetings. Pas \u00e0 Beni o\u00f9 il a re\u00e7u un accueil triomphal. L\u00e0, ce candidat \u00e0 la t\u00eate d\u2019un petit parti s\u2019est senti grand sur l\u2019estrade du rond-point du 30\u00a0juin. M.\u00a0Nyamwisi avait donn\u00e9 pour consigne de le soutenir et il a \u00e9t\u00e9 entendu, comme l\u2019a constat\u00e9 l\u2019autre grand candidat rival de l\u2019opposition, F\u00e9lix Tshisekedi, insult\u00e9, lui, par la foule et vis\u00e9 par des jets de pierre.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0A Beni plus qu\u2019ailleurs, il y a un besoin urgent de changement. La population n\u2019en peut plus de se faire \u00e9gorger. Elle en veut \u00e0 ce pouvoir \u00e0 qui elle attribue sa souffrance,\u00a0<\/em>pr\u00e9cise Philemon Ndambi Wandambi, avocat de 34 ans, candidat du MLC aux \u00e9lections provinciales et soutien de M. Fayulu.\u00a0<em>La continuit\u00e9 promise par le r\u00e9gime Kabila est interpr\u00e9t\u00e9e par une population traumatis\u00e9e comme une poursuite des massacres.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Dans cette ville agonisante, d\u00e9pourvue d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et dot\u00e9e d\u2019une seule route asphalt\u00e9e, le slogan\u00a0<em>\u00ab\u00a0Poursuivre l\u2019\u00e9mergence\u00a0\u00bb<\/em>d\u2019Emmanuel Ramazani Shadary para\u00eet un peu d\u00e9plac\u00e9. Malgr\u00e9 ses promesses de paix ou de lutte contre la corruption conjugu\u00e9e \u00e0 une multiplication par trois du budget de l\u2019Etat, le dauphin d\u00e9sign\u00e9 de Joseph Kabila, vis\u00e9 par des sanctions de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) pour la r\u00e9pression de manifestations de l\u2019opposition, peine \u00e0 mobiliser.<\/p>\n<p>Ce qui rend d\u00e9licat la campagne du maire de Beni, soutien pros\u00e9lyte du r\u00e9gime Kabila agac\u00e9 par la popularit\u00e9 de Mbusa Nyamwisi qu\u2019il accuse d\u2019orchestrer dans l\u2019ombre les violences qui ensanglantent sa ville.\u00a0<em>\u00ab\u00a0On sait qu\u2019il est complice ou coordinateur des responsables des tueries<\/em>, l\u00e2che l\u2019\u00e9dile.\u00a0<em>J\u2019explique \u00e0 Beni que le salut ne vient pas forc\u00e9ment de l\u2019opposition et que Shadary, c\u2019est la continuit\u00e9 de la recherche de solutions face aux massacres.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<h2 class=\"article__sub-title\">Des salafistes de brousse<\/h2>\n<p>Plusieurs groupes arm\u00e9s locaux ou \u00e9trangers grouillent dans les collines et la for\u00eat, attirant des gamins d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s vite\u00a0<em>\u00ab\u00a0transform\u00e9s en chair \u00e0 canon ou en esclaves sexuels de seigneurs de guerre\u00a0\u00bb<\/em>, comme le d\u00e9plore Jimmy Kighoma, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une association de jeunes. Depuis le d\u00e9but des massacres, en\u00a02014, les attaques sont toutes attribu\u00e9es par le r\u00e9gime comme par la mission des Nations unies en RDC (Monusco) \u00e0 un groupe myst\u00e9rieux\u00a0: les Forces d\u00e9mocratiques alli\u00e9es (ADF).<\/p>\n<p>Pour d\u00e9stabiliser le pouvoir de Kampala, ils seraient entre 100 et 300 irr\u00e9ductibles de cette r\u00e9bellion islamiste ougandaise, un temps soutenue et entra\u00een\u00e9e par le Za\u00efre de Mobutu Sese Seko et le Soudan d\u2019Omar Al-Bachir. Aujourd\u2019hui, ces reliquats des ADF, pr\u00e9sent\u00e9s par le r\u00e9gime congolais comme une branche \u00ab\u00a0Afrique centrale\u00a0\u00bb de l\u2019internationale djihadiste, ne d\u00e9stabilisent plus que Beni. Des salafistes de brousse traqu\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e congolaise et la force offensive de la Monusco. D\u2019ailleurs, ces op\u00e9rations conjointes ont co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 sept casques bleus en novembre et peinent \u00e0 endiguer les massacres par balles, les \u00e9gorgements et les d\u00e9capitations. Environ 1\u00a0500 personnes (2\u00a0500, selon la soci\u00e9t\u00e9 civile) ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es ces quatre derni\u00e8res ann\u00e9es. Et, d\u00e9sormais, aux victimes de ces violences s\u2019ajoutent les plus de 310 morts de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019Ebola qui s\u00e9vit dans la zone depuis le mois d\u2019ao\u00fbt.<\/p>\n<section class=\"catcher catcher--inline\"><span class=\"catcher__title\">Lire aussi\u00a0<\/span><span class=\"catcher__desc\">\u00a0<a class=\"js-article-read-also\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2018\/12\/07\/en-rdc-l-epidemie-a-virus-ebola-a-fait-271-morts-depuis-aout_5393922_3212.html\" data-premium=\"\">En RDC, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 virus Ebola a fait 271 morts depuis ao\u00fbt<\/a><\/span><\/section>\n<p>Ces derniers temps, des attaques de plus en plus fr\u00e9quentes frappent des quartiers du centre-ville, comme Boikene, coinc\u00e9 entre l\u2019unique route et la for\u00eat, et orphelin de son chef traditionnel jet\u00e9 en prison \u00e0 l\u2019autre bout du pays, dans la province de l\u2019Equateur, pour collusion avec les ADF. En short et tongs, emmitoufl\u00e9 dans son long blouson en cuir us\u00e9, le vieux Sylvain Kambwidi y erre, d\u00e9pit\u00e9 et nostalgique de son\u00a0<em>\u00ab\u00a0Beni paradisiaque\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0d\u2019autrefois. Ce qui l\u2019inqui\u00e8te en ce moment, c\u2019est cette fichue roquette tomb\u00e9e tout pr\u00e8s de sa case lors d\u2019une attaque en novembre mais qui n\u2019a pas explos\u00e9. Cet agriculteur souffreteux a quitt\u00e9 avec femme et enfants sa maison de terre pour un endroit plus s\u00fbr.<em>\u00a0\u00ab\u00a0Je suis d\u00e9plac\u00e9 dans ma propre ville. Je n\u2019ai plus rien et ils veulent qu\u2019on vote ici, dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, au risque de me faire tuer\u00a0\u00bb<\/em>, grommelle le paysan sans terres, totalement d\u00e9sabus\u00e9.<\/p>\n<h2 class=\"article__sub-title\">\u00ab\u00a0La col\u00e8re grandit\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Plusieurs quartiers entiers de Beni sont d\u00e9sormais fant\u00f4mes, abandonn\u00e9s. Tout comme les champs, principale ressource \u00e9conomique de cette zone o\u00f9 la terre fertile alimente l\u2019\u00e9conomie et les conflits fonciers. Les d\u00e9plac\u00e9s, eux, s\u2019entassent dans des quartiers plus s\u00fbrs, augmentant encore un peu la densit\u00e9 urbaine parmi la plus \u00e9lev\u00e9e du pays. Mais la loi est claire\u00a0: il faut voter sur le lieu de l\u2019enr\u00f4lement. Un dilemme \u00e0 Beni o\u00f9 les rescap\u00e9s des tueries sont terroris\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de revenir.<\/p>\n<p>Mais D\u00e9o Mbayahi, le repr\u00e9sentant local de la Commission \u00e9lectorale nationale ind\u00e9pendante (CENI) est formel\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0On ne d\u00e9place pas les bureaux de vote, sinon on d\u00e9place aussi la mairie<\/em>.\u00a0<em>La s\u00e9curit\u00e9 sera assur\u00e9e et ils iront voter durant la journ\u00e9e.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>L\u2019entrep\u00f4t de la CENI en plein c\u0153ur de la ville a \u00e9t\u00e9 vis\u00e9 par une attaque de miliciens repouss\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e dans la nuit du samedi 16\u00a0d\u00e9cembre. Trois jours plus t\u00f4t, un incendie avait d\u00e9truit 8\u00a0000 machines \u00e0 voter \u00e0 Kinshasa, la capitale lointaine.<\/p>\n<p>Sur les 40\u00a0millions d\u2019\u00e9lecteurs congolais, pr\u00e8s de 180\u00a0000 sont inscrits \u00e0 Beni o\u00f9 les 319 machines \u00e0 voter \u00e9lectroniques tant controvers\u00e9es seront install\u00e9es, pour certaines dans des zones d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ou touch\u00e9es par Ebola.\u00a0<em>\u00ab\u00a0On estime \u00e0 pr\u00e8s de 30\u00a0000 les d\u00e9plac\u00e9s dans la ville dont on ignore s\u2019ils pourront voter. D\u2019autant qu\u2019une portion du territoire n\u2019est accessible qu\u2019en passant par l\u2019Ouganda,<\/em>\u00a0s\u2019inqui\u00e8te Kizito Bin Hangi, le pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 civile de Beni.\u00a0<em>La col\u00e8re voire la haine grandit. On vit avec les massacres depuis quatre ans, avec Ebola depuis cinq mois. Il faut nous \u00e9pargner un troisi\u00e8me fl\u00e9au\u00a0: les violences politiques.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<h2 class=\"article__sub-title\">\u00ab\u00a0Relever le d\u00e9fi\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Le pr\u00e9sident Joseph Kabila s\u2019est voulu rassurant et d\u00e9termin\u00e9 \u00e0\u00a0<em>\u00ab\u00a0relever le d\u00e9fi\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0des \u00e9lections dans un tel contexte. Ce qui, au contraire, renforce l\u2019inqui\u00e9tude des habitants devenus si m\u00e9fiants \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout ce qui vient du gouvernement. De l\u2019arm\u00e9e, \u00e0 la CENI, en passant par les partenaires de l\u2019ONU et les acteurs de la riposte Ebola, tous sont suspect\u00e9s par une partie des habitants d\u2019aider les tueurs ou de les laisser agir.<\/p>\n<p>A sa mani\u00e8re, extr\u00eame et violente, Beni cristallise donc les drames de la RDC que les candidats \u00e0 la pr\u00e9sidentielle promettent de r\u00e9soudre du haut de l\u2019estrade du rond-point du 30\u00a0juin. La politique est sans doute l\u2019activit\u00e9 la plus rentable en RDC, comme aiment \u00e0 dire les Congolais. L\u2019argent prime souvent sur les id\u00e9es et le dauphin de Joseph Kabila, bien que peu charismatique, a de grande chance de l\u2019emporter. La population de Beni n\u2019est pas dupe et sait qu\u2019une fois le scrutin pass\u00e9, elle pourrait bien \u00eatre \u00e0 nouveau oubli\u00e9e, r\u00e9duite \u00e0 une crise parmi tant d\u2019autres. Mais \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre une f\u00eate de la d\u00e9mocratie, ces \u00e9lections permettent un instant de r\u00eaver, d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9, de chanter sa douleur ou son h\u00e9ros. Et d\u2019esp\u00e9rer pouvoir un jour avoir une autre issue que la mort violente ou la mis\u00e8re.<\/p>\n<section class=\"author\"><span class=\"author__detail\"><span class=\"author__name\">Joan Tilouine<\/span>\u00a0<span class=\"author__desc\">(Beni (RDC), envoy\u00e9 sp\u00e9cial)<\/span><\/span><\/p>\n<\/section>\n<\/section>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=4120\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En RDC, Beni cristallise tous les drames du pays Massacres par balles, \u00e9gorgements\u2026 Depuis quatre ans, des habitants de la ville de la province du Nord-Kivu meurent sans trop savoir pourquoi. Par Joan Tilouine\u00a0Publi\u00e9 hier \u00e0 18h00 Des femmes pleurent la mort de l\u2019une des leurs, tu\u00e9e probablement lors d\u2019une attaque des Forces d\u00e9mocratiques alli\u00e9es [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-4120","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4120","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4120"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4120\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4120"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4120"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4120"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}