{"id":430,"date":"2018-04-25T16:17:48","date_gmt":"2018-04-25T16:17:48","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?p=430"},"modified":"2018-04-25T16:17:48","modified_gmt":"2018-04-25T16:17:48","slug":"quand-lor-du-kivu-passe-au-dessus-de-la-tete-des-habitants-de-luhwindja","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=430","title":{"rendered":"Quand l\u2019or du Kivu passe au dessus de la t\u00eate des habitants de Luhwindja"},"content":{"rendered":"<div id=\"menu-toolbar\"><\/div>\n<div id=\"wrapper\">\n<div id=\"wrapper-content\">\n<div id=\"navbar\">\n<div id=\"navbarleft\">\n<h1><em>Le carnet\u00a0<\/em>de Colette Braeckman<\/h1>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"content\">\n<div id=\"content-inner\" class=\"clearfix\">\n<div id=\"contentleft\">\n<div class=\"navigation\">\n<div class=\"alignright\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"post-single\">\n<div class=\"post-single-in\">\n<div class=\"post-single-content\">\n<div class=\"date_zone\">\n<p class=\"date\">24 avril 2018<\/p>\n<p class=\"date\">Quand l\u2019or du Kivu passe au dessus de la t\u00eate des habitants de Luhwindja<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"content_article\">\n<p>Luhwindja, Sud Kivu,<\/p>\n<p>Labour\u00e9e par les camion citernes, d\u00e9chir\u00e9e par le passage des lourds engins de chantier transport\u00e9s sur des semi remorques, la route, que les pluies diluviennes transforment en piste boueuse, ne monte pas plus haut que Luhwindja. Tout en haut de la colline, on aper\u00e7oit les barri\u00e8res qui ferment l\u2019entr\u00e9e de la mine exploite par l\u2019entreprise canadienne Banro. L\u00e0 bas, on ne passe plus, l\u2019exploitation industrielle de l\u2019or du Kivu a chass\u00e9 les paysans qui ont du se replier plus bas dans la vall\u00e9e. Les d\u00e9versements de mercure ont aussi empoisonn\u00e9 les cours d\u2019 eau o\u00f9 s\u2019abreuvait le b\u00e9tail et la terre des sommets a \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9e comme une cr\u00eape par des excavatrices g\u00e9antes, fouaill\u00e9e, \u00e9gren\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle livre les paillettes dor\u00e9es qui seront fondues sur place et transform\u00e9es en lingots. Les gens de Luhwindja, eux, descendent chaque matin vers la rivi\u00e8re en glissant dans la boue, bott\u00e9s, harnach\u00e9s, transportant des pelles et des pioches. Durant des heures, sur le carr\u00e9 minier qu\u2019on leur a laiss\u00e9 au fond de la vall\u00e9e, il creusent des galeries mal \u00e9tan\u00e7onn\u00e9es o\u00f9 seuls peuvent se glisser de jeunes gar\u00e7ons minces comme des anguilles; ils tamisent la terre sur la rive, essaient de recueillir eux aussi quelques milligrammes de cet or qui est \u00e0 la fois la richesse et la mal\u00e9diction de la r\u00e9gion. Chaque soir, un petit avion quitte les sommets o\u00f9 se trouve la mine industrielle. Il prend la direction de Bukavu et de l\u2019h\u00e9liport am\u00e9nag\u00e9 au pied du l\u2019h\u00f4tel Orchids o\u00f9 se r\u00e9unissent r\u00e9guli\u00e8rement les grands op\u00e9rateurs miniers. Appuy\u00e9s sur leur pelle, les creuseurs suivent l\u2019appareil des yeux \u00ab c\u2019est notre or, transform\u00e9 en lingots, qui part ainsi vers l\u2019\u00e9tranger, et nous, on ne nous laisse rien, sauf quelques miettes \u00bb. Il savent que l\u2019entreprise ne s\u2019arr\u00eatera pas aux sommets, que la terre de leurs anc\u00eatres, de Twangiza jusque Kamituga en passant par Lugushwa et Namoya sera syst\u00e9matiquement broy\u00e9e et que sur ces vastes \u00e9tendues devenues st\u00e9riles, il ne restera rien pour les populations locales.<br \/>\nMais en attendant, tout en rem\u00e2chant sa col\u00e8re, on vit, on s\u2019accroche. Chribagula, trop vieux pour descendre vers la mine, est assis sur ses casiers de bi\u00e8re et attend le retour des creuseurs. Parmi ses sept enfants, il a du choisir celui qui ira \u00e0 l\u2019\u00e9cole, et les autres, faute de moyens, deviendront creuseurs \u00e0 leur tout. Plant\u00e9es le long de la route, des cahutes proposent de la bi\u00e8re, des brochettes, des bananes. Des femmes, v\u00e9ritables b\u00eates de somme, transportent vers les hauteurs des sacs plus hauts qu\u2019elles ou descendent du ravitaillement vers le site minier. En fin d\u2019apr\u00e8s midi, des filles en perruque, serr\u00e9es dans des pagnes bariol\u00e9s se glissent entre les cabanes. Tenant \u00e0 la main leurs escarpins pointus, elles tr\u00e9buchent dans la boue mais sourient d\u2019un air engageant. C\u2019est qu\u2019\u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, alors que la musique se fait plus forte, les creuseurs vont remonter. Il sera temps alors de d\u00e9lester les plus chanceux, le temps d\u2019une passe sur des ch\u00e2lits de bois d\u00e9pourvus de matelas.<br \/>\nLa taille mince, la mine arrogante avec ses boucles d\u2019oreille et son pull neuf, Angeline Bubanza, 22 ans, regarde de haut ses consoeurs d\u2019hier. Elle toise les hommes sans baisser le regard, d\u00e9courageant les plus entreprenants en leur ass\u00e9nant \u00ab comment osez vous me proposer 5000 francs congolais pour une passe (moins de trois dollars\u2026)\u2026 alors que moi, en r\u00e9parant un chassis de voiture, je gagne 15 dollars facilement ? \u00bb Dans les locaux d\u2019Action pour la promotion de l\u2019enfant et de la femme, APEF, une organisation locale mise sur pied par le docteur Mukwege qui vient quelquefois saluer ses anciennes patientes, Angeline est fi\u00e8re de retracer son parcours.<br \/>\nSon p\u00e8re est mort alors qu\u2019elle avait neuf ans et, \u00e0 quinze ans, alors qu\u2019elle \u00e9tait en deuxi\u00e8me ann\u00e9e du secondaire, sa m\u00e8re n\u2019a plus pu payer ses frais scolaires. \u00ab M\u00eame mon uniforme, que je lavais le soir pour le remettre le matin, tombait en morceaux\u2026Je ne pouvais plus continuer. C\u2019est alors qu\u2019une voisine m\u2019a propos\u00e9 de l\u2019accompagner au carr\u00e9 minier. Couchant avec des mineurs, j\u2019ai pu m\u2019acheter des robes, des souliers; je ne demandais que 1500 francs congolais (un dollar), mais en travaillant beaucoup, j\u2019arrivais \u00e0 gagner quelque chose. J\u2019avais quinze ans lorsque je me suis retrouv\u00e9e enceinte, des dizaines d\u2019hommes auraient pu \u00eatre le p\u00e8re de ce gar\u00e7on. Un an plus tard, une fille est arriv\u00e9e, et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir des infections\u2026 C\u2019est alors que l\u2019APEF m\u2019a contact\u00e9e, me proposant de suivre des cours. Au lieu de la couture, de la vannerie, j\u2019ai choisi la m\u00e9canique, nous \u00e9tions huit filles et 46 gar\u00e7ons et cela me plaisait, on \u00e9tudiait de 8h du matin jusque 15 heures. Par chance j\u2019avais \u00e9chapp\u00e9 au sida et, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 soign\u00e9e, j\u2019ai pu faire un stage dans un garage \u00e0 Bukavu. \u00bb<br \/>\nSans sourire, le regard s\u00e9v\u00e8re, Angeline assure : \u00ab l\u00e0, j\u2019ai montr\u00e9 que j\u2019\u00e9tais la meilleure et je suis devenue le chef d\u2019une \u00e9quipe de 13 gar\u00e7ons. J\u2019ai appris \u00e0 me faire respecter. Aujourd\u2019hui, je suis contrema\u00eetre dans un atelier o\u00f9 on r\u00e9pare des voitures, des camions. Les femmes en sont capables, autant sinon plus que les hommes\u2026 \u00bb<br \/>\nLa taille haute, press\u00e9e de retourner au travail, Angeline conclut : \u00ab APEF m\u2019a donn\u00e9e de la valeur\u2026 La preuve, comme je gagnais ma vie, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00ab mari l\u00e9gal \u00bb avec lequel j\u2019ai eu deux autres enfants. Ils sont donc quatre, et ils iront tous \u00e0 l\u2019\u00e9cole, je vous l\u2019assure\u2026 \u00bb<br \/>\nPartout, au Sud Kivu et ailleurs, des associations locales, soutenues par l\u2019aide \u00e9trang\u00e8re, tentent ainsi d\u2019aider les plus pauvres, les plus abandonn\u00e9s des Congolais.<br \/>\nAbsent \u00e0 Gen\u00e8ve o\u00f9 se retrouvaient les donateurs, le gouvernement congolais n\u2019est pas pr\u00e9sent \u00e0 Luhwindja non plus, sauf pour percevoir les taxes routi\u00e8res et multiplier les tracas, tandis que les redevances de Banro, lorsqu\u2019elles sont pay\u00e9es, vont directement \u00e0 Kinshasa.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=430\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le carnet\u00a0de Colette Braeckman 24 avril 2018 Quand l\u2019or du Kivu passe au dessus de la t\u00eate des habitants de Luhwindja Luhwindja, Sud Kivu, Labour\u00e9e par les camion citernes, d\u00e9chir\u00e9e par le passage des lourds engins de chantier transport\u00e9s sur des semi remorques, la route, que les pluies diluviennes transforment en piste boueuse, ne monte [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-430","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=430"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/430\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=430"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=430"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}