{"id":5019,"date":"2019-09-02T15:41:35","date_gmt":"2019-09-02T15:41:35","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.media\/?p=5019"},"modified":"2019-09-02T15:41:35","modified_gmt":"2019-09-02T15:41:35","slug":"5019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=5019","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"\n<table class=\"wp-block-table\"><tbody><tr><td><br><br>EODE THINK-TANK &amp; EODE-BOOKS<br>GEOPOLITIQUE ET POLITIQUE AFRICAINEFran\u00e7afrique et r\u00e9seaux Foccart :<br>La fabrique des barbouzes (partie 2)Luc MichelMercredi 20 mai 2015Luc MICHEL (Coord.) pour EODE Think Tank\/<br>Avec EODE-BOOKS &#8211; lire &#8211; s\u2019informer \u2013 se former<br>Un service du D\u00e9partement EDUCATION &amp; RESEARCH<br>de l\u2019Ong EODE<br><a href=\"http:\/\/www.eode.org\/\">http:\/\/www.eode.org\/<\/a>&nbsp;<br><a href=\"http:\/\/www.facebook.com\/EODE.org\">http:\/\/www.facebook.com\/EODE.org<\/a>Partie 2\u00ab&nbsp;dans la foul\u00e9e de son appel \u00e0 l\u2019ONU, Lumumba fait \u00e9galement appel \u00e0 l\u2019URSS, consid\u00e9rant que les puissances occidentales couvrent le coup de force belge au Katanga. C\u2019est l\u00e0 sa principale faute aux yeux du camp anticommuniste : par ce geste, il aurait ouvert les portes de l\u2019Afrique centrale \u00e0 l\u2019est. D\u00e8s lors, il est d\u00e9sign\u00e9 comme l\u2019ennemi, aussi bien par les Belges pro-katangais que par les Am\u00e9ricains qui voient l\u2019ouverture d\u2019un nouveau front de la guerre froide. Dulles, directeur de la CIA, aurait qualifi\u00e9 Lumumba de \u00ab Castro en pire \u00bb. Loin de s\u2019am\u00e9liorer avec la cr\u00e9ation de la mission de l\u2019ONU, la situation congolaise se d\u00e9grade un peu plus durant l\u2019\u00e9t\u00e9 (\u2026) La jeune R\u00e9publique congolaise, en cours d\u2019implosion, devient l\u2019exutoire de la guerre froide en Afrique&nbsp;\u00bb<br>&#8211; Jean-Pierre Bat.IV &#8211; COURT EXTRAITS DU LIVRE<br>LA FABRIQUE DES BARBOUZES, HISTOIRE DES R\u00c9SEAUX FOCCART EN AFRIQUEAuteur: Jean-Pierre Bat<br>Editeur: Nouveau Monde&nbsp;* 1<sup>ER<\/sup>&nbsp;EXTRAIT&nbsp;:<br>\u00ab LA FABRIQUE DES BARBOUZES \u00bb : MONSIEUR CHARLES, NOUVEAU CITOYEN CONGOLAIS&#8230;&nbsp;\u00ab&nbsp;Les personnalit\u00e9s fran\u00e7aises qui se sont rendues \u00e0 Brazzaville pour le premier anniversaire de la R\u00e9publique du Congo, le 28 novembre 1959, ont constat\u00e9 que l\u2019abb\u00e9 Youlou \u00e9tait suivi de pr\u00e8s par un Europ\u00e9en, seul membre de la suite officielle qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 aucune personnalit\u00e9 venue de Paris. Finalement, un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 fran\u00e7ais s\u2019enquiert aupr\u00e8s de Youlou de son identit\u00e9 : \u00ab Comment, on ne vous l\u2019a donc pas pr\u00e9sent\u00e9 ? Mais c\u2019est Monsieur Delarue, qui veille sur ma s\u00e9curit\u00e9 personnelle. \u00bb<br>Au-del\u00e0 du caract\u00e8re anecdotique \u00ab barbouzard \u00bb, cet \u00e9pisode, trait\u00e9 par L\u2019Express sous le titre \u00ab Un nouveau citoyen congolais : Charles Delarue \u00bb, t\u00e9moigne de la place de l\u2019ancien inspecteur des renseignements g\u00e9n\u00e9raux (RG) : un peu en retrait protocolaire, mais v\u00e9ritable pilier de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Brazzaville.<br>Repr\u00e9sentant du SDECE [Service de documentation ext\u00e9rieure et de contre-espionnage] en charge du dossier congolais depuis 1956, \u00ab Monsieur Maurice \u00bb, sur les conseils de Jean Baylot [ancien pr\u00e9fet de police, \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat prononc\u00e9 pour les affaires congolaise], aurait pr\u00e9sent\u00e9 \u00ab Monsieur Charles \u00bb \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Youlou lors d\u2019une de ses venues en France au cours du premier semestre 1959.<br>En juillet 1959, Youlou \u00e9tablit un contrat de travail de deux ans pour l\u2019ancien inspecteur des RG pour y \u00ab assurer le fonctionnement d\u2019un Bureau de documentation et d\u2019\u00e9tudes \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le service de renseignement de la R\u00e9publique congolaise baptis\u00e9 le Budes.<br>Finalement, si aucun lien officiel ne relie Delarue aux institutions fran\u00e7aises, permettant ainsi aux repr\u00e9sentants officiels de la R\u00e9publique fran\u00e7aise de se d\u00e9solidariser de son action si n\u00e9cessaire, il n\u2019en reste pas moins un pion essentiel, conscient mais inavou\u00e9 par le pouvoir, du dispositif anticommuniste imagin\u00e9 par Foccart comme par les services de renseignement fran\u00e7ais.&nbsp;\u00bb* 2<sup>E<\/sup>&nbsp;EXTRAIT&nbsp;:<br>\u00ab LA FABRIQUE DES BARBOUZES \u00bb : L\u2019ABB\u00c9 YOULOU ET LE KATANGA\u00ab&nbsp;Depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 1960 et les complots brazzavillois du mois d\u2019ao\u00fbt, Fulbert Youlou s\u2019int\u00e9resse tr\u00e8s s\u00e9rieusement au Katanga de Mo\u00efse Tshomb\u00e9, au sein de la n\u00e9buleuse d\u2019alliances qu\u2019il noue au Congo ex-belge. L\u2019abb\u00e9-pr\u00e9sident se fait l\u2019interm\u00e9diaire entre le Katanga et les Etats africains francophones : d\u00e8s le mois de septembre 1960, il aide la d\u00e9l\u00e9gation katangaise, conduite par Salamangue (d\u00e9put\u00e9 national et pr\u00e9sident r\u00e9gional de la Conakat de Tshomb\u00e9) \u00e0 nouer des contacts aupr\u00e8s des chefs d\u2019Etats RDA [Rassemblement d\u00e9mocratique africain, fond\u00e9 par F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny].<br>La premi\u00e8re escale \u00e0 Brazzaville \u2013 \u00ab aide essentielle \u00bb \u2013permet de pr\u00e9parer les \u00e9tapes \u00e0 suivre du voyage : Libreville, Fort-Lamy [actuelle Ndjamena], Niamey, Ouagadougou, Abidjan (et m\u00eame Monrovia). Au terme de ses escales africaines, la d\u00e9l\u00e9gation d\u00e9barque \u00e0 Paris pour une mission politique officieuse. Un premier contact officieux est ainsi \u00e9tabli avec la France. Le RDA se forge une premi\u00e8re opinion suffisamment pr\u00e9cise sur le projet de Tshomb\u00e9 pour s\u2019engager plus avant en sa faveur. Houphou\u00ebt-Boigny approuve, soutient officieusement, mais laisse l\u2019abb\u00e9 assumer cette politique RDA en Afrique centrale. En novembre et d\u00e9cembre 1960, pr\u00f4nant la solution de la \u00ab famille africaine \u00bb, Youlou joue le r\u00f4le de fer de lance de cette politique \u00e0 la tribune de l\u2019ONU comme \u00e0 la conf\u00e9rence de Brazzaville.<br>Le 2 f\u00e9vrier 1961, \u00e0 Paris, le colonel Fredkens, N\u2019Kay (ministre des finances du gouvernement Il\u00e9o) et le s\u00e9nateur Bamba frappent \u00e0 la porte de l\u2019h\u00f4tel de Noirmoutier, si\u00e8ge du secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de Foccart. Le colonel se pr\u00e9sente comme un ancien officier de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne, au service de Joseph Kasavubu, mais parle avec un fort accent belge. Il demande une audience avec Jacques Foccart, et avec lui seul. Le charg\u00e9 de mission qui les accueille les oriente poliment vers le Quai d\u2019Orsay, leur pr\u00e9cisant que le Congo-L\u00e9opoldville n\u2019est pas du ressort du secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral. Fredkens affirme alors que Kasavubu et Youlou seraient sur le point de r\u00e9aliser la fusion du pays Bacongo ; il serait porteur d\u2019une lettre de l\u2019abb\u00e9 pour Foccart, mais ne peut pas la fournir, l\u2019ayant laiss\u00e9e \u00e0 son h\u00f4tel. Il ajoute que Kalondji et Tshomb\u00e9 sont sur le point de demander leur adh\u00e9sion \u00e0 la Communaut\u00e9.<br>Le charg\u00e9 de mission renouvelant sa r\u00e9ponse qui r\u00e9sonne comme une fin de non-recevoir, se fait alors dire par Fredkens que si Foccart veut donner suite \u00e0 ces propositions, il suffit de contacter le repr\u00e9sentant du Congo-Brazzaville \u00e0 Paris, Philippe Bikoumou. Lequel, pr\u00e9cise le colonel, n\u2019est pas encore au courant de cette affaire, et encore moins de la nature de leur mission ! V\u00e9ritable d\u00e9marche officieuse ou provocation ? Foccart, fort prudent, ne traite pas avec la mission du colonel Fredkens, derri\u00e8re laquelle il devine d\u2019autres int\u00e9r\u00eats que ceux de Brazzaville. Youlou, de son c\u00f4t\u00e9, joue sans doute une carte suppl\u00e9mentaire du c\u00f4t\u00e9 de Kasavubu pour aboutir \u00e0 une solution f\u00e9d\u00e9rale, sans toutefois tomber son atout majeur : Tshomb\u00e9 et la s\u00e9cession katangaise. Mais au fond, Youlou ne tranche pas et m\u00e9nage autant L\u00e9opoldville qu\u2019Elisabethville, pour que soit trouv\u00e9, sous son \u00e9gide, un compromis acceptable. D\u00e9j\u00e0, les tentations balkanisatrices, ou tout au moins f\u00e9d\u00e9rales, planent au-dessus des d\u00e9bats que veut organiser l\u2019abb\u00e9 Fulbert.<br>Le soutien complet de Brazzaville pour Elisabethville ne fait plus myst\u00e8re avec la visite de l\u2019abb\u00e9 au Katanga au mois de f\u00e9vrier 1961. Youlou entend afficher publiquement son soutien \u00e0 Tshomb\u00e9, mais cette visite n\u2019est pas sans poser des probl\u00e8mes : ce voyage, quoiqu\u2019il s\u2019en d\u00e9dise protocolairement, prend des allures de s\u00e9jour officiel les 9, 10 et 11 f\u00e9vrier 1961. Les rues d\u2019Elisabethville sont pavois\u00e9es de drapeaux katangais et congolais ; dans son discours, Youlou fait l\u2019apologie de Tshomb\u00e9, \u00ab chef audacieux, intelligent et digne de guider son peuple \u00bb, tandis que ce dernier parle du pr\u00e9sident congolais comme du \u00ab plus ancien ami du Katanga ind\u00e9pendant \u00bb. L\u2019abb\u00e9 aurait m\u00eame conserv\u00e9 initialement l\u2019espoir de venir au Katanga avec un projet de convention \u00e9conomique. Ses conseillers lui auraient fait abandonner cette id\u00e9e, car \u00e9tablir un accord \u00e9conomique avec le Katanga signifie reconna\u00eetre de facto l\u2019existence officielle de cet Etat : or, cette reconnaissance diplomatique est pr\u00e9matur\u00e9e, m\u00eame pour le Congo-Brazzaville.<br>A son retour \u00e0 Brazzaville toutefois, les cons\u00e9quences et la port\u00e9e de son voyage sont analys\u00e9es. Rencontrant Rossard le 14 f\u00e9vrier 1961, Youlou s\u2019avoue pr\u00e9occup\u00e9 par la co\u00efncidence de sa pr\u00e9sence au Katanga et de l\u2019annonce de la mort de Lumumba \u2013 comme si Tshomb\u00e9 avait profit\u00e9 de la pr\u00e9sence de l\u2019abb\u00e9 au Katanga (\u00e0 son insu ?) pour cette macabre d\u00e9claration. Le destin de Brazzaville et d\u2019Elisabethville se lie d\u00e9finitivement apr\u00e8s cette visite de f\u00e9vrier.* 3<sup>E<\/sup>&nbsp;EXTRAIT&nbsp;:<br>\u00ab LA FABRIQUE DES BARBOUZES \u00bb : BRAZZAVILLE, BASE ARRI\u00c8RE DE L\u2019ABAKO\u00ab&nbsp;A l\u2019heure o\u00f9 les positions se font et se d\u00e9font autour d\u2019une hypoth\u00e9tique formule d\u2019unification entre les quatre R\u00e9publiques issues de l\u2019Afrique \u00e9quatoriale fran\u00e7aise (AEF), l\u2019opinion des repr\u00e9sentants fran\u00e7ais \u00e0 Brazzaville est sans appel : c\u2019est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du Pool qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re tourner les yeux pour d\u00e9velopper son aire d\u2019influence r\u00e9gionale. Or, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du calendrier de d\u00e9colonisation du Congo belge provoque, par ricochet, une acc\u00e9l\u00e9ration des men\u00e9es de l\u2019abb\u00e9 dans la colonie belge. Son principe initial d\u2019ing\u00e9rence est fort simple : adoptant une lecture ethnique des formations politiques, le premier ministre congolais se rapproche tr\u00e8s naturellement de Joseph Kasavubu [premier pr\u00e9sident du Congo-Kinshasa, de 1960 \u00e0 1965] et de son mouvement, l\u2019Abako, d\u00e8s 1958 [L\u2019Alliance des Bakongo (Abako) est une association culturelle interdite par les autorit\u00e9s belges. M.Kasavubu sera arr\u00eat\u00e9 et transf\u00e9r\u00e9 en Belgique en janvier 1959]. Du reste, l\u2019engagement id\u00e9ologique du Mouvement national congolais (MNC) de Patrice Lumumba joue comme un facteur suppl\u00e9mentaire pour choisir le parti ind\u00e9pendantiste adverse. En 1959, Youlou d\u00e9cide donc de se faire le parrain politique de l\u2019Abako, et ambitionne par ce biais de jouer un r\u00f4le dans l\u2019\u00e9volution politique.<br>L\u2019abb\u00e9 Fulbert Youlou d\u00e9cide de mettre un peu plus d\u2019ordre dans la gestion de ce dossier, qu\u2019il reprend personnellement en main \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1959, voyant Lumumba gagner du terrain. Les rapports s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent tout sp\u00e9cialement entre l\u2019abb\u00e9 Fulbert et Kasavubu (second\u00e9 dans cette mission par Andr\u00e9 Kanza, vice-pr\u00e9sident de son mouvement), entre les mois de novembre et d\u00e9cembre 1959 \u00e0 la suite des \u00e9lections et de la victoire du MNC de Lumumba. Brazzaville devient une seconde base pour l\u2019Abako et Kasavubu, plus s\u00fbre encore que L\u00e9opoldville.<br>\u00c0 Brazzaville, l\u2019abb\u00e9 Fulbert garantit la s\u00e9curit\u00e9 des rencontres, sa m\u00e9diation en faveur de l\u2019ABAKO et une aide mat\u00e9rielle pour l\u2019action du mouvement nationaliste. Le Budes [le service de renseignement de la R\u00e9publique congolaise \u00e9tabli par des \u00ab barbouzes \u00bb fran\u00e7aises] prend une part active dans cette affaire. En vue de proclamer unilat\u00e9ralement l\u2019ind\u00e9pendance du Congo au 1er janvier 1960, l\u2019Abako demande \u00e0 Youlou l\u2019asile pour un \u00ab gouvernement provisoire \u00bb. Cette question est l\u2019objet d\u2019une longue palabre, n\u00e9goci\u00e9e par Kasavubu et Youlou. L\u2019abb\u00e9 Fulbert devient (enfin) ce m\u00e9diateur qu\u2019il r\u00eavait d\u2019\u00eatre dans le conflit congolais. Il finit par convaincre Kasavubu de n\u2019en rien faire, car ce serait abandonner le territoire congolais au seul Lumumba, avant m\u00eame l\u2019ind\u00e9pendance.Brazzaville, capitale d\u2019une grande f\u00e9d\u00e9ration congolaise ?<br>Force est de reconna\u00eetre que, en 1960, personne (Jacques Foccart au premier chef) ne prend au s\u00e9rieux les ambitions du Quai d\u2019Orsay de pr\u00e9emption fran\u00e7aise sur le Congo belge selon les accords de 1884 et 1908. Foccart d\u00e9cide en r\u00e9alit\u00e9 de mener sa politique depuis Brazzaville. Pour mener \u00e0 bien une politique de s\u00e9curit\u00e9 dans la zone, il convient de s\u2019appuyer sur des conceptions extr\u00eamement pragmatiques.<br>Avec le coup de filet anticommuniste du 10 mai 1960, l\u2019abb\u00e9 a montr\u00e9 sa d\u00e9termination \u00e0 faire de son territoire le bastion occidental contre le communisme en Afrique. Aux vues bantou qui animent les volont\u00e9s d\u2019ing\u00e9rence de l\u2019abb\u00e9 Fulbert au Congo belge, une dimension suppl\u00e9mentaire vient se superposer : la d\u00e9colonisation de la plus grande colonie d\u2019Afrique centrale devient le point de fixation de la guerre froide. De mani\u00e8re plus ou moins organis\u00e9e, les diff\u00e9rentes puissances commencent \u00e0 investir le Congo belge. De sorte que, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, Lumumba et son MNC sont consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab portes d\u2019entr\u00e9e \u00bb des forces communistes en Afrique centrale. Dans l\u2019entourage politique de l\u2019abb\u00e9, un homme est tout \u00e0 fait convaincu que se joue entre les deux Congo une manche essentielle de la guerre froide : Charles Delarue [ancien officier fran\u00e7ais des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux charg\u00e9 par l\u2019abb\u00e9 Fulbert de constituer son service de renseignement, le Budes].<br>Or, avec le coup de filet anticommuniste du 10 mai 1960, l\u2019abb\u00e9 a montr\u00e9 sa d\u00e9termination (appr\u00e9ci\u00e9e tant \u00e0 Paris qu\u2019au RDA) \u00e0 faire de son territoire le bastion occidental contre le communisme en Afrique. C\u2019est dans ce contexte g\u00e9n\u00e9ral que Youlou d\u00e9veloppe plus avant ses premi\u00e8res th\u00e8ses pour le Congo belge. Conseill\u00e9 par Charles Delarue, alias \u00ab Monsieur Charles \u00bb, l\u2019abb\u00e9 Fulbert imagine une formule g\u00e9opolitique pour le bassin du Congo qui m\u00e9lange ses conceptions bantou et les objectifs de lutte anticommuniste. Lumumba, de son c\u00f4t\u00e9, a commenc\u00e9 \u00e0 faire monter la pression d\u00e8s le mois de mars 1960, en d\u00e9clarant que le \u00ab grand Congo \u00bb serait pr\u00eat \u00e0 accueillir ses fr\u00e8res des R\u00e9publiques centrafricaine et congolaise. Si l\u2019affaire en reste l\u00e0, Youlou est pleinement conscient que ses vues politiques dans la zone vont \u00eatre s\u00e9rieusement compromises par l\u2019\u00e9rection du \u00ab grand Congo \u00bb outre-Pool.<br>L\u2019abb\u00e9 Fulbert s\u2019inspire des th\u00e8ses de la balkanisation d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny et de l\u2019exp\u00e9rience avort\u00e9e de l\u2019Union des R\u00e9publiques d\u2019Afrique centrale (l\u2019alliance des quatre Etats issus de l\u2019AEF) pour d\u00e9velopper sa strat\u00e9gie au Congo belge : il s\u2019agit de faire imploser ce grand ensemble, pour promouvoir ensuite une f\u00e9d\u00e9ration entre des entit\u00e9s plus petites qui en seraient n\u00e9es. Naturellement, il se r\u00e9serve le r\u00f4le d\u2019arbitre, sinon de pr\u00e9sident, de cette f\u00e9d\u00e9ration, dans laquelle le Congo Brazzaville jouerait le r\u00f4le de leader.<br>L\u2019abb\u00e9 Fulbert s\u2019inspire des th\u00e8ses de la balkanisation d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny et de l\u2019exp\u00e9rience avort\u00e9e de l\u2019Union des R\u00e9publiques d\u2019Afrique centrale pour d\u00e9velopper sa strat\u00e9gie au Congo belge.<br>Il d\u00e9cide de constituer une alliance la plus large possible contre Lumumba, constitu\u00e9 des forces nationalistes mod\u00e9r\u00e9es, o\u00f9 qu\u2019elles se trouvent sur l\u2019\u00e9chiquier politique congolais. Le 21 mai 1960, il invite au palais de Brazzaville Joseph Kasavubu (Abako), R\u00e9my Mwamba, (BalubaKat), Kalondji (MNC Kasa\u00ef), Pierre Nyamgwile (Kasa\u00ef, sympathisant MNC) et Paul Bolya (pr\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral du Parti national pour le Progr\u00e8s, PNP). Le champagne est d\u00e9bouch\u00e9 en leur honneur. Ils sont ensuite re\u00e7us par Delarue, en sa qualit\u00e9 de conseiller politique de Youlou. Ce dernier propose un projet politique d\u2019union de type f\u00e9d\u00e9ral qui se baserait sur six minist\u00e8res forts, second\u00e9s par un certain nombre de secr\u00e9tariats d\u2019\u00c9tat \u00e0 d\u00e9terminer pour constituer un pouvoir f\u00e9d\u00e9ral.<br>L\u2019ensemble des Etats partenaires se regrouperait dans l\u2019Ufac : l\u2019Union f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Afrique centrale. Si rien n\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 la sortie de la r\u00e9union, cette rencontre traduit les possibles alliances entre l\u2019Abako, les nationalistes mod\u00e9r\u00e9s et les PNP pour faire \u00e9chec \u00e0 Lumumba, dont les liens avec Conakry (S\u00e9kou Tour\u00e9) et Accra (Kwame N\u2019Krumah) inqui\u00e8tent de plus en plus.<br>Le 30 juin 1960 est proclam\u00e9e l\u2019ind\u00e9pendance du Congo\u2026 sans que les plans de Youlou ne soient plus avanc\u00e9s outre-Pool. Si Kasavubu devient pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, c\u2019est Lumumba, en qualit\u00e9 de premier ministre, qui concentre le pouvoir et s\u2019impose comme l\u2019homme fort du pays. Loin d\u2019abandonner sa ligne de conduite, l\u2019abb\u00e9 entend redoubler d\u2019efforts en travaillant Kasavubu. \u00c0 Paris, les initiatives politiques de Youlou sont particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9es, car Jacques Foccart partage la conviction que la France doit jouer un r\u00f4le \u2013 certes indirect \u2013 dans le Congo L\u00e9opoldville. Entre le mois de mai et de juillet 1960, les rapports informels entre Paris et Brazzaville se multiplient : plus exactement, Jean Mauricheau-Beaupr\u00e9, charg\u00e9 de mission du secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de la Communaut\u00e9 et collaborateur de choc de Jacques Foccart, entretient des contacts tr\u00e8s serr\u00e9s avec son \u00ab correspondant \u00bb d\u00e9sign\u00e9 par son initiale D.<br>Derri\u00e8re cette initiale se cache (si peu) \u00ab Monsieur Charles \u00bb. La note de Mauricheau \u00e0 Foccart, dat\u00e9e du 13 mai 1960, est int\u00e9gralement consacr\u00e9e \u00e0 Delarue. Loin d\u2019\u00eatre un inconnu aux oreilles de Foccart, qui se garde bien de l\u2019admettre, \u00ab Monsieur Charles \u00bb fr\u00e9quente depuis la IVe R\u00e9publique des personnalit\u00e9s des cercles d\u2019action gaullistes : Michel Debr\u00e9, le colonel Battesti, Pierre Debizet et un certain Mauricheau connu en Afrique sous le nom de \u00ab Monsieur Jean \u00bb.<br>(\u2026) Au d\u00e9but du mois de juillet 1960, revenu \u00e0 Brazzaville, Delarue adopte dans ses \u00e9changes avec Mauricheau un ton plus alarmant, juste apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Congo L\u00e9opoldville : la d\u00e9gradation de la situation politique fait redouter une contagion pour le pr\u00e9 carr\u00e9 fran\u00e7ais, \u00e0 commencer par le Congo Brazzaville.<br>Mauricheau-Beaupr\u00e9 concentre son attention sur le dossier congolais. D\u00e8s le 8 juillet 1960, il \u00e9crit \u00e0 Foccart : \u00ab Les choses \u00e9tant ce qu\u2019elles sont aujourd\u2019hui, il semble que nous allons vers des \u00e9v\u00e9nements sanglants \u2013 et que c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s in\u00e9vitable. Ce serait le moment d\u2019avoir des moyens sur place, et seulement des moyens (pas des troupes) \u2013 parce que je crois que notre ligne de conduite actuelle doit \u00eatre de trouver des \u201crelais\u201d, afin que ce ne soit pas la France elle-m\u00eame qui agisse directement. \u00bb De fait, le calendrier de la d\u00e9colonisation du Congo belge s\u2019est rapidement pr\u00e9cipit\u00e9. Une mutinerie de la Force publique \u00e9clate la nuit du 5 juillet 1960 \u00e0 Thysville et L\u00e9opoldville. Cette d\u00e9gradation de la situation est suivie d\u2019une r\u00e9action militaire de l\u2019ancien colonisateur belge.<br>Le 11 juillet 1960, la riche province mini\u00e8re du Katanga (poumon \u00e9conomique du Congo, surnomm\u00e9 le \u00ab scandale g\u00e9ologique \u00bb, qui plonge ses sous-sols dans la Copperbelt africaine) a fait s\u00e9cession et proclam\u00e9 unilat\u00e9ralement son ind\u00e9pendance sous la conduite du docteur Mo\u00efse Tshomb\u00e9, soutenu par des troupes belges, l\u2019Union mini\u00e8re du Haut Katanga (UMHK) et la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale belge. Le 12 juillet 1960, le premier ministre Patrice Lumumba en appelle \u00e0 l\u2019ONU. Les 13 et 14 juillet 1960, \u00e0 la demande du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, Dag Halmmarskj\u00f6ld, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 se r\u00e9unit pour traiter de la question congolaise : une intervention de l\u2019ONU au Congo est d\u00e9cid\u00e9e quinze jours \u00e0 peine apr\u00e8s la proclamation de l\u2019ind\u00e9pendance. Le bras de fer commence entre L\u00e9opoldville [devenue Kinshasa] et \u00c9lisabethville [devenue Lubumbashi], la capitale du Katanga.<br>Mais dans la foul\u00e9e de son appel \u00e0 l\u2019ONU, Lumumba fait \u00e9galement appel \u00e0 l\u2019URSS, consid\u00e9rant que les puissances occidentales couvrent le coup de force belge au Katanga. C\u2019est l\u00e0 sa principale faute aux yeux du camp anticommuniste : par ce geste, il aurait ouvert les portes de l\u2019Afrique centrale \u00e0 l\u2019est. D\u00e8s lors, il est d\u00e9sign\u00e9 comme l\u2019ennemi, aussi bien par les Belges pro-katangais que par les Am\u00e9ricains qui voient l\u2019ouverture d\u2019un nouveau front de la guerre froide. Dulles, directeur de la CIA, aurait qualifi\u00e9 Lumumba de \u00ab Castro en pire \u00bb. Loin de s\u2019am\u00e9liorer avec la cr\u00e9ation de la mission de l\u2019ONU, la situation congolaise se d\u00e9grade un peu plus durant l\u2019\u00e9t\u00e9. Le 8 ao\u00fbt 1960, c\u2019est l\u2019Etat minier du Sud-Kasa\u00ef qui fait \u00e0 son tour s\u00e9cession et proclame unilat\u00e9ralement son ind\u00e9pendance par la voix d\u2019Albert Kalondji, ancien leader du MNC. La jeune R\u00e9publique congolaise, en cours d\u2019implosion, devient l\u2019exutoire de la guerre froide en Afrique.&nbsp;\u00bb* EXTRAIT&nbsp;:<br>\u00ab LA FABRIQUE DES BARBOUZES \u00bb : BRAZZAVILLE CONTRE LUMUMBA\u00ab&nbsp;Officiellement, le mois d\u2019ao\u00fbt est celui de l\u2019ind\u00e9pendance pour le Congo-Brazzaville. Andr\u00e9 Malraux [ministre de la culture fran\u00e7ais] repr\u00e9sente le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle aux c\u00e9r\u00e9monies du 15 ao\u00fbt 1960. Jacques Foccart est repr\u00e9sent\u00e9 par son conseiller technique, Alain Plantey. Pourtant, derri\u00e8re les couleurs et les bruits de la f\u00eate, une autre pi\u00e8ce se joue en coulisse, bien moins protocolaire : \u00e0 Brazzaville, les complots en direction de l\u2019ancien Congo belge se multiplient. Avec l\u2019arriv\u00e9e de Jean Mauricheau-Beaupr\u00e9, missus dominicus de Foccart en personne, le dossier semble largement entre les mains des \u00ab barbouzes \u00bb qui s\u2019efforcent de naviguer au mieux des int\u00e9r\u00eats d\u00e9fendus \u00e0 Brazzaville dans les m\u00e9andres de la guerre froide.<br>Andr\u00e9 Lahaye, commissaire de la S\u00fbret\u00e9 belge, et le lieutenant-colonel Louis Marli\u00e8re, officier belge conseiller du colonel Mobutu, jouent un r\u00f4le actif dans les complots anti-Lumumba de part et d\u2019autre du Pool, au mois d\u2019ao\u00fbt 1960. Ces hommes sont en contact \u00e0 Brazzaville avec Charles Delarue et Anthoine Hazoume [conseiller et directeur de cabinet de Youlou, et agent du Sdece]. Une rencontre entre Lahaye et Delarue est attest\u00e9e d\u00e8s le 8 ao\u00fbt 1960. \u00ab Monsieur Charles \u00bb et Anthoine Hazoume d\u00e9veloppent, devant l\u2019agent de la S\u00fbret\u00e9 belge, leurs th\u00e8ses pour la lutte anticommuniste au Congo-L\u00e9opoldville. Pour eux, Joseph Kasavubu ne peut plus incarner le principal courant d\u2019opposition \u00e0 Lumumba, car, quoique pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il est politiquement trop faible face \u00e0 son premier ministre.<br>Delarue consid\u00e8re le facteur ethnique comme le barrage le plus efficace \u00e0 Lumumba. Le rapport de Lahaye, r\u00e9dig\u00e9 le 9 ao\u00fbt 1960 au lendemain de son entretien avec \u00ab Monsieur Charles \u00bb, est sans \u00e9quivoque : \u00ab La seule solution, selon Delarue, est de faire jouer actuellement les particularismes ethniques avec les risques que cela comporte de fa\u00e7on \u00e0 isoler Lumumba dans son fief de Stan. Avec tous les \u00e9tats qui se sont constitu\u00e9s ainsi, il convient de b\u00e2tir une tr\u00e8s large f\u00e9d\u00e9ration (\u2026). Delarue d\u00e9clare ne pas mener une politique fran\u00e7aise, mais pro-occidentale, pro-europ\u00e9enne. J\u2019ai eu encore contact avec Hazoume qui m\u2019a fait part de la confiance dans le r\u00e9sultat final, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9viction de Lumumba. \u00bb<br>Dans cette logique, Delarue mise sur le succ\u00e8s d\u2019une s\u00e9cession Bakongo \u00e0 la suite de celle de Mo\u00efse Tshomb\u00e9 au Katanga. Elle doit trouver en \u00e9cho celle de Kalondji dans le Sud-Kasa\u00ef et celle de Bolikango dans la province de l\u2019Equateur. En effet, depuis le mois de mai 1960 et les rencontres autour de l\u2019Union f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Afrique centrale (Ufac), \u00ab Monsieur Charles \u00bb travaille \u00e0 rallier Kalondji \u00e0 cette cause.<br>Dans la zone Bakongo, Delarue, ma\u00eetre en la mati\u00e8re, d\u00e9cide d\u2019agir en s\u2019appuyant sur plusieurs mouvements de jeunesse \u2013 notamment celui de l\u2019Abako \u2013 et des organisations syndicales. Quant \u00e0 Bolikango, c\u2019est par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019Opangault que Brazzaville \u00e9tablit des contacts. La politique d\u2019ing\u00e9rence de Youlou \u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 1960 consiste \u00e0 assurer la cr\u00e9ation d\u2019entit\u00e9s territoriales autonomes, dans le cadre d\u2019un Congo f\u00e9d\u00e9raliste.<br>Le 8 ao\u00fbt 1960, parall\u00e8lement aux entretiens de Delarue et Lahaye, une d\u00e9l\u00e9gation katangaise arrive \u00e0 Brazzaville et y s\u00e9journe l\u2019essentiel du mois. Des accords d\u2019alliance sont sans doute \u00e9tablis entre les Etats s\u00e9cessionnistes du Sud-Kasa\u00ef et du Katanga, sous le patronnage de Brazzaville. La d\u00e9l\u00e9gation katangaise quitte Brazzaville le 20 ao\u00fbt, avec les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019Abako, du Puna de Bolikango, et de la fraction kalondjiste. D\u00e9j\u00e0 se dessine le projet d\u2019alliances s\u00e9cessionnistes et de conf\u00e9d\u00e9ration congolaise comme axe d\u2019unit\u00e9 anti-Lumumba. L\u2019id\u00e9e d\u2019une alliance mod\u00e9r\u00e9e regroupant Tshomb\u00e9, Kalondji, Il\u00e9o, Mobutu, Bomboko et Kasavubu est plus que jamais \u00e0 l\u2019ordre du jour. L\u2019autorit\u00e9 de l\u2019abb\u00e9 Fulbert Youlou tend alors \u00e0 supplanter celle de Joseph Kasavubu, au point que certains voient m\u00eame la main de Youlou dans le raidissement de Kasavubu \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son premier ministre Lumumba au d\u00e9but de septembre 1960. Dans un style aussi diplomatique qu\u2019euph\u00e9mique, Yvon Bourges [haut-commissaire en Afrique \u00e9quatoriale fran\u00e7aise] conclut dans ses synth\u00e8ses politiques : \u00ab Brazzaville a offert aux adversaires du r\u00e9gime Lumumba une base fort commode avec l\u2019assentiment du pr\u00e9sident Youlou et l\u2019aide de son entourage politique. (&#8230;) Youlou est un des chefs de la r\u00e9sistance \u00e0 Lumumba et au communisme et tend sur le plan moral \u00e0 supplanter Kasavubu accus\u00e9 de mollesse. (&#8230;) Il y a dans son attitude, autour d\u2019un peu de r\u00e9alit\u00e9, une part de r\u00eave et une part de jeu. \u00bb<br>\u00ab Monsieur Charles \u00bb, quant \u00e0 lui, suit personnellement et avec une tr\u00e8s grande attention les moindres \u00e9volutions de la politique au Congo-L\u00e9opoldville. C\u2019est ainsi que le 25 ao\u00fbt 1960, il franchit en toute discr\u00e9tion le fleuve pour aller s\u2019informer par lui-m\u00eame sur la conf\u00e9rence panafricaine de L\u00e9opoldville. Dans sa mission, il trouve le concours de membres de l\u2019Abako et de Fulbert Locko [\u00e0 la t\u00eate du Budes, le service de renseignement cr\u00e9\u00e9 par \u00ab Monsieur Charles \u00bb pour l\u2019abb\u00e9 Youlou].&nbsp;\u00bb* 5<sup>E<\/sup>&nbsp;EXTRAIT&nbsp;:<br>\u00ab LA FABRIQUE DES BARBOUZES \u00bb : LES HORIZONS CONGOLAIS DU COLONEL NASSER&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00ab Tard venue dans l\u2019ar\u00e8ne congolaise, la RAU [R\u00e9publique arabe unie, nom de l\u2019Egypte nass\u00e9rienne] m\u00e8ne une grande activit\u00e9 dans le pays et soutient, par tous les moyens, Lumumba et ses partisans (\u2026). L\u2019action de la RAU au Congo appara\u00eet enfin de fa\u00e7on incontestable et se d\u00e9couvre particuli\u00e8rement importante. \u00bb Le mouvement n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 au Sdece \u00e0 Brazzaville, ainsi qu\u2019en t\u00e9moigne cet extrait de note de renseignement. Avec la fermeture des ambassades sovi\u00e9tique et tch\u00e9coslovaque, principaux nids d\u2019espions de l\u2019Est, c\u2019est d\u00e9sormais le colonel Gamal Abdel Nasser qui se fait le relais de la politique anti-occidentale. Aux yeux de Paris, l\u2019affaire est d\u2019autant plus grave que Nasser est le principal soutien politique et militaire du FLN dans la guerre d\u2019Alg\u00e9rie.<br>Par-del\u00e0 Patrice Lumumba, les Egyptiens parient sur Antoine Gizenga [vice-premier ministre en 1960 et chef du gouvernement de la r\u00e9bellion en 1961], retranch\u00e9 \u00e0 Stanleyville [devenue Kisangani]. Ils poussent le premier ministre d\u00e9chu \u00e0 fuir L\u00e9opoldville [devenue Kinshasa], o\u00f9 il est plac\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e, pour rejoindre Stanleyville.<br>Le Service technique de recherche (STR) du Sdece \u00e0 Brazzaville met sur \u00e9coute l\u2019ambassade \u00e9gyptienne de L\u00e9opoldville, et tr\u00e8s rapidement les transcriptions abondent entre les mains des barbouzes \u00ab Monsieur Maurice \u00bb et de \u00ab Monsieur Charles \u00bb. La nature de l\u2019assistance \u00e9gyptienne au gouvernement congolais est tr\u00e8s vari\u00e9e. L\u2019ambassadeur de la RAU \u00e0 L\u00e9opoldville r\u00e9sume la mission \u00e9gyptienne de mani\u00e8re fort claire : \u00ab Notre devoir est de donner \u00e0 Lumumba l\u2019occasion de bouger. [L\u2019\u00c9gypte] travaille pour consolider la position de Lumumba afin qu\u2019il puisse montrer ses exigences \u00e0 n\u2019importe quel moment. \u00bb<br>L\u2019action nass\u00e9rienne est inscrite dans un calendrier tr\u00e8s pr\u00e9cis : \u00e0 l\u2019automne 1960 se tient la XVe session ordinaire de l\u2019assembl\u00e9e des Nations unies. Le Caire entend se faire le porte-voix de Lumumba \u00e0 la tribune de l\u2019ONU, au nom du groupe afro-asiatique. A cette m\u00eame session, une attaque en r\u00e8gle est programm\u00e9e par le groupe afro-asiatique contre la politique alg\u00e9rienne de la France, elle sera enray\u00e9e au mois de d\u00e9cembre avec le concours des alli\u00e9s africains de la France, suivant les consignes de F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny. Parall\u00e8lement, l\u2019ambassade de RAU \u00e0 L\u00e9opoldville sert de relais principal entre Lumumba et la diplomatie sovi\u00e9tique dans le tiers-monde.<br>Les repr\u00e9sentants \u00e9gyptiens investissent pleinement le domaine de la diplomatie parall\u00e8le. Les conseillers \u00e9gyptiens cherchent \u00e0 int\u00e9grer le cercle le plus intime de l\u2019entourage de Lumumba aux c\u00f4t\u00e9s des conseillers guin\u00e9ens, tandis que des officiers viennent encadrer des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019arm\u00e9e nationale congolaise pour la fid\u00e9liser \u00e0 Lumumba, et que les agents des services sp\u00e9ciaux \u00e9gyptiens infiltrent le Congo sous diff\u00e9rentes couvertures. L\u2019ambassade joue m\u00eame au besoin le r\u00f4le de bailleur de fonds pour Lumumba. Fin octobre, Lumumba fait une demande \u00e0 l\u2019ambassadeur de RAU en vue d\u2019obtenir des cadres militaires et de l\u2019armement. L\u2019id\u00e9e finale est la suivante : proc\u00e9der \u00e0 l\u2019exfiltration de Lumumba sur Stanleyville et faire du fief gizengiste le nouveau bastion de lutte, appuy\u00e9 par les forces anti-imp\u00e9rialistes.<br>Dans son action, la RAU collabore avec le Ghana de Kwame N\u2019Krumah, qui est \u00e9galement un grand adversaire de la politique fran\u00e7aise en Afrique comme en Alg\u00e9rie. Le r\u00f4le tr\u00e8s actif de Welbecq, l\u2019ambassadeur ghan\u00e9en \u00e0 L\u00e9opoldville, est perc\u00e9 \u00e0 jour par les services occidentaux. Au Congo ex-belge, l\u2019affaire est officiellement d\u00e9voil\u00e9e lorsque plusieurs documents sont saisis sur Lovelac Mensah, troisi\u00e8me secr\u00e9taire de l\u2019ambassade du Ghana et agent de liaison entre Welbecq et Lumumba, alors qu\u2019il allait rentrer au domicile de ce dernier.<br>Au fil des jours, la situation se fait de plus en plus critique , comme en t\u00e9moigne le t\u00e9l\u00e9gramme \u00e9gyptien du 17 novembre 1960 intercept\u00e9 par Brazzaville : \u00ab Consid\u00e9rant situation grave pour Afro-Asiatiques ambassadeur RAU L\u00e9o propose plan suivant \u2013 Stop \u2013 Organiser front combattant unifi\u00e9 englobant nationaux et leaders province orientale Kivu Kasa\u00ef L\u00e9o \u2013 Stop \u2013 Donner aide morale et mat\u00e9rielle y compris armement \u2013 Stop \u2013 Autrement dit diviser Congo en front national et front colonialiste soit faire Congo deuxi\u00e8me Alg\u00e9rie \u2013 Stop \u2013 Pousser affaire jusqu\u2019au bord d\u2019une guerre mondiale \u2013 Stop \u2013 Ceci implique \u2013 Stop \u2013<br>(\u2026)&nbsp;&nbsp;Mais derri\u00e8re le ton alarmiste de ce t\u00e9l\u00e9gramme, les \u00ab barbouzes \u00bb ont une conception r\u00e9aliste de la situation g\u00e9opolitique et ils s\u2019efforcent de lire entre les lignes.<br>Dans le th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres qu\u2019est devenu le Congo en pleine guerre froide, ils ont bien conscience que Nasser ne veut \u00e0 aucun prix d\u2019un embrasement g\u00e9n\u00e9ral du conflit ; le Ra\u00efs en vient m\u00eame \u00e0 adopter des positions parfois contradictoires dans le dossier congolais. Ils d\u00e9cident de le prendre de vitesse et d\u2019emp\u00eacher la constitution d\u2019une \u00ab voie sacr\u00e9e \u00bb africaine qui permettrait d\u2019alimenter le fief de Gizenga : \u00ab Monsieur Charles \u00bb, prenant connaissance de ce t\u00e9l\u00e9gramme, d\u00e9cide d\u2019agir en priorit\u00e9 sur le trafic d\u2019armes \u00e9gyptien. S\u2019il est impossible d\u2019agir au d\u00e9part en RAU, ou \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, dans le fief gizengiste de la province orientale, il reste toutefois une marge de man\u0153uvre : les armes doivent transiter par le Soudan. C\u2019est sur ce maillon que vont agir les \u00ab barbouzes \u00bb fran\u00e7ais pour porter un grave coup \u00e0 l\u2019assistance \u00e9gyptienne.<br>Depuis 1959, le gouvernement g\u00e9n\u00e9ral colonial fran\u00e7ais \u00e0 Brazzaville a accord\u00e9 sa protection \u00e0 des mouvements nationalistes du Sud Soudan, chr\u00e9tiens, en lutte contre le pouvoir de Khartoum. \u00ab Monsieur Charles \u00bb va rencontrer \u00ab Rapha\u00ebl \u00bb, son contact de l\u2019organisation des exil\u00e9s soudanais au Congo, pour discuter avec lui de la situation (\u2026) La menace est efficace et prise au s\u00e9rieux : le trafic d\u2019armes \u00e0 travers les fronti\u00e8res soudanaises cesse \u00e0 la suite de ce message. Brazzaville m\u00e8ne sa guerre couverte sur les fronti\u00e8res, autant sinon qu\u2019au Congo ex-belge : \u00e0 L\u00e9opoldville \u00ab Monsieur Charles \u00bb s\u2019efforce, par le biais de son contact abakiste Phil\u00e9mon et avec l\u2019aide des organisations abakistes qui battent le pav\u00e9, de maintenir l\u2019option Joseph Kasavubu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Mobutu.<br>Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, les \u00ab barbouzes \u00bb ont tir\u00e9 les le\u00e7ons des guerres coloniales et de leur longue lutte anticommuniste : en adeptes de la guerre psychologique, ils savent que la guerre ne se gagne pas que sur le terrain, mais aussi sur la sc\u00e8ne internationale. Et qui mieux que le tr\u00e8s actif Youlou pour prendre la parole publiquement, comme m\u00e9diateur de crise ?&nbsp;\u00bbEODE \/ LM (Coordination) \/ 2015 05 19 \/Carte : cr\u00e9dit Jean-Pierre Bat.EODE-BOOKS<br><a href=\"mailto:eode.books@yahoo.com\">eode.books@yahoo.com<\/a>&nbsp;<br><a href=\"http:\/\/www.eode.org\/category\/eode-books\/\">http:\/\/www.eode.org\/category\/eode-books\/<\/a>* EODE EDUCATION &amp; RESEARCH :<br>The Department EDUCATION-FORMATION-RESEARCH of the Ngo EODE and of EODE-THINK TANK.<br>* EODE \/ Eurasian Observatory for Democracy &amp; Election (Brussels-Paris-Moscow-Kichinev- Yaounde)<br><a href=\"http:\/\/www.eode.org\/\">http:\/\/www.eode.org\/<\/a>&nbsp;<\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=5019\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>EODE THINK-TANK &amp; EODE-BOOKSGEOPOLITIQUE ET POLITIQUE AFRICAINEFran\u00e7afrique et r\u00e9seaux Foccart :La fabrique des barbouzes (partie 2)Luc MichelMercredi 20 mai 2015Luc MICHEL (Coord.) pour EODE Think Tank\/Avec EODE-BOOKS &#8211; lire &#8211; s\u2019informer \u2013 se formerUn service du D\u00e9partement EDUCATION &amp; RESEARCHde l\u2019Ong EODEhttp:\/\/www.eode.org\/&nbsp;http:\/\/www.facebook.com\/EODE.orgPartie 2\u00ab&nbsp;dans la foul\u00e9e de son appel \u00e0 l\u2019ONU, Lumumba fait \u00e9galement appel \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-5019","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5019","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5019"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5019\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5019"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5019"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5019"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}