{"id":6015,"date":"2021-12-05T22:27:18","date_gmt":"2021-12-05T22:27:18","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.blog\/?p=6015"},"modified":"2021-12-05T23:44:32","modified_gmt":"2021-12-05T23:44:32","slug":"congo-hold-up-un-magnat-belge-philippe-de-moerloose-aurait-il-surfacturee-le-prix-de-tracteurs-au-profit-du-clan-kabila","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=6015","title":{"rendered":"Congo Hold-up all\u00e9gations:  le magnat belge Philippe de Moerloose aurait-il  surfactur\u00e9 le prix des tracteurs  au profit du clan Kabila?"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"DRC Serge Vanham.avi.mpg\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/PQlVu1MjPZo?start=36&#038;feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Congo Hold-up: sur les traces des machines \u00e0 prix d\u2019or de Philippe de Moerloose<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate Congo Hold-up s\u2019est pench\u00e9e sur le cas du riche homme d\u2019affaires belge, Philippe de Moerloose. Inconnu du grand public au Congo, ce candidat au titre de \u00ab&nbsp;manager de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;\u00bb a pourtant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019au moins 742,9 millions de dollars de contrats avec la RDC. En imposant des marges \u00ab&nbsp;stratosph\u00e9riques&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Article r\u00e9serv\u00e9 aux abonn\u00e9s<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"624\" height=\"351\" src=\"\" alt=\"Le produit des contrats avec l\u2019Etat congolais dirig\u00e9 par Joseph Kabila a permis aux soci\u00e9t\u00e9s de Philippe de Moerloose de s\u2019enrichir rapidement.\">Le produit des contrats avec l\u2019Etat congolais dirig\u00e9 par Joseph Kabila a permis aux soci\u00e9t\u00e9s de Philippe de Moerloose de s\u2019enrichir rapidement. &#8211; Photomontage Le Soir \/ Mediapart &#8211; Belga.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"100\" height=\"100\" src=\"\" alt=\"Louis Colart\"><strong>Enqu\u00eate<\/strong>&nbsp;&#8211;&nbsp;Journaliste au service Soci\u00e9t\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/979\/dpi-authors\/louis-colart\"><strong>Louis Colart<\/strong><\/a>&nbsp;et Kasper Goethals, Nikolas Vanhecke, Roeland Termote (\u00abDe Standaard\u00bb)<\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 le 4\/12\/2021 \u00e0 06:00&nbsp;Temps de lecture: 16 min<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s dix heures de route depuis Kinshasa, nous les trouvons enfin sur une piste du Kongo Central&nbsp;: les machines extr\u00eamement co\u00fbteuses fournies par l\u2019homme d\u2019affaires belge Philippe de Moerloose. Un groupe d\u2019ouvriers congolais les utilise pour niveler une route constell\u00e9e de nids-de-poule. Ils passent des heures \u00e0 s\u2019attaquer \u00e0 la terre rouge sous un soleil de plomb. Leur t\u00e2che est d\u2019am\u00e9liorer les routes d\u2019acc\u00e8s, pour que les rizi\u00e8res, plant\u00e9es de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fleuve Congo dans le parc agro-industriel de la vall\u00e9e de Nkundi, puissent b\u00e9n\u00e9ficier au reste du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un contraste \u00e9trange. Les pelleteuses, tracteurs et niveleuses ont co\u00fbt\u00e9 des centaines de milliers de dollars, mais les hommes qui les pilotent vivent dans la pauvret\u00e9. Lorsque nous demandons si les ouvriers re\u00e7oivent un salaire, ils h\u00e9sitent \u00e0 r\u00e9pondre, mal \u00e0 l\u2019aise. Un superviseur \u00e9coute leurs propos. \u00ab&nbsp;Parfois seulement&nbsp;\u00bb, admet le plus \u00e2g\u00e9, un ouvrier exp\u00e9riment\u00e9 qui a connu les m\u00eames machines dans plusieurs autres provinces congolaises.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"624\" height=\"468\" src=\"\" alt=\"Sur une piste du Kongo Central, des ouvriers s\u2019affairent sur les machines fournies par les soci\u00e9t\u00e9s de Philippe de Moerloose.\">Sur une piste du Kongo Central, des ouvriers s\u2019affairent sur les machines fournies par les soci\u00e9t\u00e9s de Philippe de Moerloose. &#8211; K.G. \/ \u00abDe Standaard\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin, dans un village, une \u00e9norme niveleuse John Deere est \u00e0 l\u2019arr\u00eat. La roue avant-gauche a crev\u00e9 quelques jours plus t\u00f4t. Le contrat gouvernemental pour les excavatrices, que nous avons pu consulter, indique que cet engin a co\u00fbt\u00e9 250.000 dollars. \u00ab&nbsp;Nous avons encore des pi\u00e8ces de rechange&nbsp;\u00bb, d\u00e9clare le responsable de ces engins de chantier. \u00ab&nbsp;Mais si cela continue de se produire, on risque d\u2019abandonner cette machine en brousse. Ces engins ne sont pas faciles \u00e0 r\u00e9parer. Les moteurs de John Deere ont des composants \u00e9lectroniques. Dans tout le pays, on retrouve des tracteurs abandonn\u00e9s depuis dix ans, la population ne peut m\u00eame pas les bricoler&nbsp;\u00bb, explique le superviseur. \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas bien pens\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"624\" height=\"468\" src=\"\" alt=\"Dans un village du Kongo Central, une \u00e9norme niveleuse John Deere est \u00e0 l\u2019arr\u00eat.\">Dans un village du Kongo Central, une \u00e9norme niveleuse John Deere est \u00e0 l\u2019arr\u00eat. &#8211; K.G. \/ \u00abDe Standaard\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019\u00e9normes marges<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate Congo Hold-up r\u00e9v\u00e8le pour la premi\u00e8re fois comment le grand entrepreneur Philippe de Moerloose s\u2019est enrichi au Congo. Le Belge a syst\u00e9matiquement r\u00e9alis\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices mirobolants sur la vente de camions, de tracteurs comme ceux de Nkundi, et d\u2019autres machines et \u00e9quipements lourds. Les rapports annuels de la Banque centrale du Congo (BCC) et les contrats que nous avons vus montrent qu\u2019en quinze ans, les entreprises de Philippe de Moerloose ont re\u00e7u plus de 742 millions de dollars de l\u2019\u00c9tat. Les contrats pass\u00e9s avec des institutions congolaises pr\u00e9caires lui ont permis de s\u2019enrichir sur les fonds publics de la sixi\u00e8me population la plus pauvre du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/407344\/article\/2021-11-19\/congo-hold-la-plus-grande-fuite-de-donnees-du-continent-africain\">Congo Hold-up<\/a>&nbsp;montre \u00e9galement comment Philippe de Moerloose a entretenu des relations \u00e9troites avec l\u2019ancien pr\u00e9sident Joseph Kabila et sa famille pendant des ann\u00e9es. Il a notamment vendu une villa luxueuse \u00e0 la belle-m\u00e8re de Joseph Kabila, \u00e0 quelques pas de la sienne situ\u00e9e pr\u00e8s du club de golf de Bercuit (Grez-Doiceau), l\u2019un des quartiers les plus chers de Belgique.<\/p>\n\n\n\n<p>Des documents internes, des factures des soci\u00e9t\u00e9s de Philippe de Moerloose et des copies de contrats sign\u00e9s avec le gouvernement congolais, montrent comment l\u2019homme d\u2019affaires belge surfacture les v\u00e9hicules par rapport au prix d\u2019achat initial. Les tracteurs de marque John Deere, par exemple \u2013 qui charrient la terre rouge du Kongo Central \u2013 ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s pour 16.625 dollars en Inde en 2018, puis vendus au Congo pour 51.265 dollars. Le prix est multipli\u00e9 par trois. Sur d\u2019autres achats, la marge b\u00e9n\u00e9ficiaire brute \u2013 le b\u00e9n\u00e9fice r\u00e9alis\u00e9 sur la vente, avant d\u00e9duction des co\u00fbts de fonctionnement \u2013 est encore plus \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons parl\u00e9 \u00e0 sept anciens hauts cadres des soci\u00e9t\u00e9s de De Moerloose et \u00e0 des sources congolaises inform\u00e9es de ces transactions. Tous ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 t\u00e9moigner anonymement. \u00ab&nbsp;De Moerloose a enregistr\u00e9 des profits stratosph\u00e9riques&nbsp;\u00bb, dit l\u2019un d\u2019eux. Mais Philippe de Moerloose conteste nos conclusions&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous travaillons toujours avec des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires r\u00e9pondant aux standards du secteur et du march\u00e9 (marge brute de l\u2019ordre de 25 \u00e0 30&nbsp;%)&nbsp;\u00bb, nous a-t-il r\u00e9pondu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ministre des infrastructures, Fridolin Kasweshi, assure n\u2019\u00eatre inform\u00e9 \u00ab&nbsp;ni sur les paiements, ni sur le contrat concern\u00e9&nbsp;\u00bb. Il ajoute que l\u2019Office des routes, b\u00e9n\u00e9ficiaire des \u00e9quipements, devait proc\u00e9der aux \u00ab&nbsp;v\u00e9rifications n\u00e9cessaires&nbsp;\u00bb avant de lui transmettre le contrat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Manager de l\u2019ann\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si De Moerloose fait incontestablement partie des cent Belges les plus riches, il est peu connu dans son propre pays. Comme bien d\u2019autres personnes fortun\u00e9es, il respecte depuis longtemps l\u2019adage \u00ab&nbsp;pour vivre heureux, vivons cach\u00e9s&nbsp;\u00bb. Mais apr\u00e8s le d\u00e9part de Joseph Kabila en 2019, il est vraiment sorti de l\u2019ombre en Belgique pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire qu\u2019il raconte aujourd\u2019hui ressemble \u00e0 un conte de f\u00e9es capitaliste. Son p\u00e8re, Louis de Moerloose, r\u00e9pond \u00e0 une petite annonce dans&nbsp;<em>Le Soir<\/em>&nbsp;en 1970 et part avec sa famille au Congo, pour devenir comptable dans l\u2019ancienne usine textile coloniale Texaf. Philippe de Moerloose a alors trois ans. Il grandit dans sa \u00ab&nbsp;ch\u00e8re Afrique&nbsp;\u00bb, comme il l\u2019appellera plus tard, et parle couramment le swahili. Il rentre ensuite en Belgique pour \u00e9tudier \u00e0 l\u2019Ichec. En 1991, il fonde la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019import-export Demimpex.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entrepreneur belge le fait avec un petit capital de d\u00e9part qui, dans son souvenir, semble devenir de plus en plus petit au fil des ann\u00e9es (en 2007, De Moerloose parle dans une interview de 3.100 euros, en 2013 de 2.500 euros et r\u00e9cemment de 1.800 euros). Au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, les choses ont \u00e9volu\u00e9 rapidement. Sa devanture commerciale, qui s\u2019appelle aujourd\u2019hui SDA Holding, d\u00e9passera pour la premi\u00e8re fois cette ann\u00e9e un chiffre d\u2019affaires annuel d\u2019un milliard d\u2019euros.<\/p>\n\n\n\n<p>De Moerloose est devenu un des leaders mondiaux de la distribution de camions, engins de chantier et v\u00e9hicules agricoles. Depuis 2015, il est le distributeur exclusif de&nbsp;<em>Volvo Construction Equipment<\/em>&nbsp;au Benelux. Depuis, il s\u2019est \u00e9galement install\u00e9 au Royaume-Uni et il promet de prendre d\u2019assaut le march\u00e9 am\u00e9ricain et asiatique prochainement. En novembre, le magazine \u00e9conomique&nbsp;<em>Trends<\/em>&nbsp;l\u2019a&nbsp;<a href=\"https:\/\/managerdelannee.be\/#nomines\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">nomin\u00e9 parmi les candidats<\/a>&nbsp;au titre de \u00ab&nbsp;manager belge de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;\u00bb pour la deuxi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive. Dans des SMS, De Moerloose encourage son r\u00e9seau \u00e0 voter pour lui. Dans ses vid\u00e9os de publicit\u00e9 en Europe, il mentionne rarement le nom du pays o\u00f9 il a fait une grande partie de sa fortune&nbsp;: la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une fortune b\u00e2tie au Congo<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ascension spectaculaire de De Moerloose a \u00e9t\u00e9 soutenue par les profits spectaculaires qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9s au Congo. En Europe, il a toujours pu rembourser rapidement les dettes qu\u2019il contractait pour faire de grandes acquisitions. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, alors que le chiffre d\u2019affaires de son groupe a chut\u00e9 187 millions d\u2019euros en raison du coronavirus et du Brexit, De Moerloose a tout de m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9duire ses dettes de plusieurs millions. En outre, il a amass\u00e9 un important capital personnel, qu\u2019il a log\u00e9 sur des comptes bancaires \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, des soci\u00e9t\u00e9s dans des paradis fiscaux et dans l\u2019immobilier. Il a \u00e9galement investi dans des h\u00f4tels, dans le secteur minier et dans des entreprises de construction.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon cinq sources ayant travaill\u00e9 avec Philippe de Moerloose, les contrats \u00e9taient d\u2019abord discut\u00e9s en personne avec Joseph Kabila. De Moerloose \u00e9tait invit\u00e9 dans son immense propri\u00e9t\u00e9 de la vall\u00e9e de N\u2019Sele, \u00e0 l\u2019est de Kinshasa. L\u00e0, l\u2019ancien pr\u00e9sident le recevait sur \u00ab&nbsp;une esp\u00e8ce de tr\u00f4ne&nbsp;\u00bb, selon un associ\u00e9 qui a assist\u00e9 \u00e0 l\u2019une des r\u00e9unions. Le pr\u00e9sident se montrait amical avec le Belge et l\u2019appelait \u00ab&nbsp;Philippe&nbsp;\u00bb. De Moerloose le reconna\u00eet, mais uniquement parce que son nom de famille \u00ab&nbsp;est d\u2019une part difficile \u00e0 prononcer pour des personnes africaines et certainement pas facile \u00e0 retenir&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Monsieur Kabila m\u2019appelle \u201cMonsieur Philippe\u201d et je l\u2019appelle toujours \u201cExcellence\u201d &nbsp;\u00bb, pr\u00e9cise-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>A Kinshasa, \u00ab&nbsp;Philippe&nbsp;\u00bb avait une statue \u00e0 son effigie le montrant flanqu\u00e9 de deux employ\u00e9s congolais&nbsp;: l\u2019un brandissant l\u2019un des avions de son ex-compagnie a\u00e9rienne Hewa Bora, l\u2019autre portant dans ses bras l\u2019un des 4\u00d74 Nissan officiellement achet\u00e9 par l\u2019Etat pour le compte des d\u00e9put\u00e9s et des professeurs d\u2019Universit\u00e9. Cette sculpture tr\u00f4nait face du b\u00e2timent d\u2019Auto Transport Company (ATC). En 2011, il l\u2019achetait \u00e0 sa propre entreprise et le revendait deux ans plus tard (fin 2013) \u00e0 Sud Oil, ancienne soci\u00e9t\u00e9 de distribution de produits p\u00e9troliers qui passe \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans le giron de membres de la famille de Joseph Kabila. C\u2019est officiellement depuis cette adresse que les proches de Joseph Kabila ont d\u00e9tourn\u00e9 pr\u00e8s de 92 millions de dollars de fonds publics sur les 138 document\u00e9s par l\u2019enqu\u00eate Congo Hold-up.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"624\" height=\"467\" src=\"\" alt=\"A Kinshasa, \u00abPhilippe\u00bb avait une statue \u00e0 son effigie.\">A Kinshasa, \u00abPhilippe\u00bb avait une statue \u00e0 son effigie. &#8211; D.R.<\/p>\n\n\n\n<p>Interrog\u00e9 \u00e0 ce propos, Philippe de Moerloose dit avoir \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00ab&nbsp;exig\u00e9&nbsp;\u00bb une copie du registre des actionnaires&nbsp;: \u00ab&nbsp;Celle-ci ne renseignait aucun membre de la famille Kabila&nbsp;\u00bb. L\u2019homme d\u2019affaires nie aussi avoir eu avec Joseph Kabila une relation qui allait au-del\u00e0 des contacts professionnels. Il dit ne pas \u00eatre une \u00ab&nbsp;personne politiquement expos\u00e9e&nbsp;\u00bb ou \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme tel. Il souligne que ses affaires sont r\u00e9guli\u00e8rement contr\u00f4l\u00e9es. \u00ab&nbsp;Nous confirmons n\u2019avoir jamais r\u00e9troc\u00e9d\u00e9 la moindre commission \u00e0 des tiers sur ces contrats et nous r\u00e9futons toute allusion \u00e0 une quelconque corruption qui est contraire aux r\u00e8gles de&nbsp;<em>compliance<\/em>&nbsp;et de bonne gouvernance de notre groupe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<strong>\u00c0 lire aussi<\/strong>&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/407338\/article\/2021-11-19\/congo-hold-le-clan-kabila-detourne-au-moins-138-millions-de-dollars-de-fonds\">Congo Hold-up: le clan Kabila a d\u00e9tourn\u00e9 au moins 138 millions de dollars de fonds publics<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Joseph Kabila n\u2019a pas r\u00e9pondu \u00e0 nos demandes de commentaires. Volvo et John Deere n\u2019ont pas non plus r\u00e9pondu \u00e0 nos questions. \u00ab&nbsp;Nous n\u2019avons qu\u2019une vision limit\u00e9e du prix que paie l\u2019utilisateur final&nbsp;\u00bb, d\u00e9clare Claes Eliasson, du groupe Volvo. \u00ab&nbsp;Nous prenons la conformit\u00e9 tr\u00e8s au s\u00e9rieux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant les dix-huit ans de mandat de Joseph Kabila, De Moerloose est incontournable sur le march\u00e9 de la vente de v\u00e9hicules pour la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo. Ses soci\u00e9t\u00e9s dominent largement les bilans de d\u00e9penses de l\u2019Etat dans les rapports de la Banque Centrale. Demimpex a touch\u00e9 plus de 436 millions de dollars. Ses soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice ont encaiss\u00e9 plus de 128 millions de dollars de 2011 \u00e0 2017. HMIE et D\u2019Angelin Ocean Trade, deux soci\u00e9t\u00e9s enregistr\u00e9es dans les \u00eeles Vierges britanniques qui appartiennent \u00e0 De Moerloose, ont, elles, amass\u00e9 presque 40 millions de dollars. Depuis 2018, De Moerloose, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une nouvelle filiale de SDA Holding \u00e0 Maurice, a conclu deux autres contrats avec le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, pour un montant de 139 millions de dollars. Montant total de tous ces contrats cumul\u00e9s&nbsp;: au moins 742,9 millions.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun de ces march\u00e9s n\u2019est issu d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019appel d\u2019offres publique. Philippe de Moerloose le reconna\u00eet lui-m\u00eame lorsqu\u2019il nous explique avoir \u00ab&nbsp;syst\u00e9matiquement&nbsp;\u00bb recours \u00e0 l\u2019autorisation pr\u00e9alable de la Direction g\u00e9n\u00e9rale de contr\u00f4le des march\u00e9s publics (DGCMP) qui, selon lui, \u00ab&nbsp;contr\u00f4lait tous les aspects du contrat en ce compris les tarifs appliqu\u00e9s&nbsp;\u00bb. Ce recours \u00e0 une proc\u00e9dure de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 est une pratique courante en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, mais est tr\u00e8s largement d\u00e9nonc\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 civile, comme par les institutions internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons obtenu une copie de l\u2019avis de non-objection de 2016 \u00e9mis pour les derniers contrats agricoles de 139 millions de dollars. Les arguments donn\u00e9s par la DGCMP restent peu \u00e9tay\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il s\u2019agit d\u2019un partenariat public-priv\u00e9&nbsp;\u00bb, dit-elle. De plus, la soci\u00e9t\u00e9 de De Moerloose a \u00ab&nbsp;d\u00e9j\u00e0 fourni des machines \u00e0 l\u2019\u00c9tat congolais&nbsp;\u00bb. Et le \u00ab&nbsp;financement du contrat sur une dur\u00e9e moyenne de cinq ans est avantageux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des marges extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette opacit\u00e9 donne lieu \u00e0 des abus. Nos confr\u00e8res du&nbsp;<em>Standaard<\/em>&nbsp;ont obtenu des documents internes et des tableaux des entreprises de Philippe De Moerloose indiquant les prix d\u2019achat de ces \u00e9quipements. Nous avons pu comparer les prix d\u2019achat et les prix de vente des machines, services et pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es fournis dans le cadre des derniers contrats de 139 millions de dollars.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre analyse montre que sur la premi\u00e8re tranche de ce march\u00e9, qui correspond aux commandes pass\u00e9es en ao\u00fbt 2018, les revenus se sont \u00e9lev\u00e9s \u00e0 58,5 millions et les marges brutes b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 36,7 millions, soit 63&nbsp;% du total.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela comprend les co\u00fbts du transport maritime, mais pas celui du transport terrestre, qui, selon les contrats pr\u00e9c\u00e9dents, s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 une poign\u00e9e de points de pourcentage du prix total. Exemple avec les moissonneuses John Deere&nbsp;: De Moerloose les ach\u00e8te pour 64.000 dollars et les vend \u00e0 l\u2019\u00c9tat congolais pour 456.000. Le transport par mer co\u00fbte 7.500 dollars. Le transport sur le sol congolais n\u2019est pas inclus dans le tableau.<\/p>\n\n\n\n<p>Contact\u00e9, M. De Moerloose conteste l\u2019authenticit\u00e9 de ces documents internes. Il affirme que ses marges r\u00e9elles se situaient entre 25 et 30&nbsp;%. Mais les comptes annuels de la soci\u00e9t\u00e9 mauricienne DEM Equipment traitant les r\u00e9cents contrats de 139 millions, sugg\u00e8re que les marges devaient \u00eatre bien sup\u00e9rieures aux 25-30&nbsp;% \u00e9voqu\u00e9s par le patron.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tats financiers pour 2018, 2019 et 2020, qui peuvent \u00eatre consult\u00e9s en ligne sur le registre des soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019\u00eele Maurice, r\u00e9v\u00e8lent que cette soci\u00e9t\u00e9 a cumul\u00e9 un chiffre d\u2019affaires de 102,8 millions d\u2019euros et une marge brute de 39,6 millions, ce qui fait un taux de 38,5&nbsp;%.<\/p>\n\n\n\n<p>Un b\u00e9n\u00e9fice net cumul\u00e9 avant imp\u00f4ts de 40 millions a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 au cours de ces trois ann\u00e9es, sur lequel la soci\u00e9t\u00e9 a pay\u00e9 3,4 millions d\u2019euros d\u2019imp\u00f4ts. Cela fait un taux d\u2019imposition de seulement 8,7&nbsp;%.<\/p>\n\n\n\n<p>Les prix demand\u00e9s par De Moerloose \u00e0 l\u2019\u00c9tat congolais \u00e9taient \u00e9galement beaucoup plus \u00e9lev\u00e9s que ceux pratiqu\u00e9s dans d\u2019autres pays africains. Contact\u00e9 \u00e0 ce propos, Patrick Roux, directeur de la soci\u00e9t\u00e9 sud-africaine AFGRI, lui aussi repr\u00e9sentant de la marque John Deere, explique qu\u2019il est \u00ab&nbsp;difficile de commenter le prix sans conna\u00eetre les d\u00e9tails de la transaction&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Mais si l\u2019exemple que vous donnez (le tracteur de 75 chevaux John Deere vendu pour 51.265 dollars, NDLR) est exact, ce serait tr\u00e8s loin des normes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon&nbsp;<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.agfacts.co.za\/home-2\/tractor-prices\/john-deere\/\" target=\"_blank\">AG Facts<\/a>, une soci\u00e9t\u00e9 de donn\u00e9es sud-africaine sp\u00e9cialis\u00e9e dans les prix des \u00e9quipements agricoles, le prix de vente recommand\u00e9 de ces tracteurs dans ce pays est de 28.500 dollars pi\u00e8ce. C\u2019est le prix hors TVA que les agriculteurs paient. De Moerloose, qui vend au gouvernement congolais, ne doit pas non plus facturer la TVA.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles_v2\/ls_664w\/2021\/12\/03\/node_410349\/28713403\/public\/2021\/12\/03\/B9729212237Z.1_20211203192422_000+G1MJFBFJ5.1-0.jpg?itok=UAnzHHEL1638604934\" alt=\"FACTUREDEMORLOSE\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que r\u00e9p\u00e8tent aussi les anciens proches collaborateurs de Philippe de Moerloose. \u00ab&nbsp;Etant donn\u00e9 qu\u2019il est attributaire des march\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9, sans appels d\u2019offres \u00e9mis par les minist\u00e8res, pas m\u00eame de consultations restreintes, nous parlons de quelqu\u2019un qui n\u2019est pas mis en concurrence. Il fait alors passer des prix tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s et totalement hors march\u00e9 pour des \u00e9quipements agricoles, dans l\u2019un des pays les plus pauvres du monde&nbsp;\u00bb, d\u00e9clare un ancien dirigeant de l\u2019une des entreprises de De Moerloose, qui souhaite rester anonyme. \u00ab&nbsp;En plus de cela, ces programmes sont bien souvent financ\u00e9s par des institutions financi\u00e8res multilat\u00e9rales et, en retour, il ne paie presque pas d\u2019imp\u00f4ts sur les \u00e9normes b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9alis\u00e9s, gr\u00e2ce \u00e0 des structures fiscales offshore. C\u2019est moralement r\u00e9pr\u00e9hensible.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une vieille pratique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Philippe de Moerloose n\u2019en est pas \u00e0 son coup d\u2019essai. Nous avons \u00e9galement vu des factures de SDIAG, sa soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e \u00e0 Maurice, datant de 2011. Des remorques de cinq tonnes de la marque Fieldking ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour 2.435 dollars chacune. De Moerloose les a vendues au minist\u00e8re de l\u2019Agriculture pour 7.800 dollars pi\u00e8ce&nbsp;: le triple du prix. Et il ajoute encore 2.300 dollars par engin pour le transport. Les marges sur les machines de SDLG, la marque chinoise de Volvo, \u00e9taient particuli\u00e8rement impressionnantes. Gr\u00e2ce \u00e0 un tableau Demimpex mentionnant les prix d\u2019achat de 2010, l\u2019enqu\u00eate Congo Hold-up a pu \u00e9tablir que les pelleteuses chinoises ont \u00e9t\u00e9 vendues au minist\u00e8re des routes pour six fois le prix d\u2019achat. Une machine de 45.200 dollars a \u00e9t\u00e9 vendue la m\u00eame ann\u00e9e pour 265.900.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles_v2\/ls_664w\/2021\/12\/03\/node_410349\/28713404\/public\/2021\/12\/03\/B9729212237Z.1_20211203192422_000+G40JFBLMQ.1-0.jpg?itok=qyj9tYeX1638742889\" alt=\"\" width=\"817\" height=\"460\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"624\" height=\"351\" src=\"\" alt=\"Au cours de notre enqu\u00eate, nous avons obtenu de nombreux documents. Ils permettent de comparer certaines marges brutes r\u00e9alis\u00e9es par les soci\u00e9t\u00e9s de Philippe de Moerloose avec l\u2019Etat congolais.\">Au cours de notre enqu\u00eate, nous avons obtenu de nombreux documents. Ils permettent de comparer certaines marges brutes r\u00e9alis\u00e9es par les soci\u00e9t\u00e9s de Philippe de Moerloose avec l\u2019Etat congolais. &#8211; Documents \u00abDe Standaard\u00bb \/ \u00abLe Soir\u00bb &#8211; Congo Hold-up.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre 2008 et 2010, des milliers de tracteurs John Deere ont \u00e9t\u00e9 vendus. Ce sont les premiers gros contrats avec l\u2019Etat d\u2019une longue s\u00e9rie. Joseph Kabila et Philippe de Moerloose ont visit\u00e9 ensemble le si\u00e8ge de John Deere \u00e0 la Nouvelle-Orl\u00e9ans aux Etats-Unis en 2010. Sur la plateforme Youtube, on retrouve un reportage vid\u00e9o sur la signature de la troisi\u00e8me \u00e9dition de ces \u00e9normes contrats, portant sur 1.500 tracteurs. \u00ab&nbsp;L\u2019ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par le chef de l\u2019\u00c9tat Joseph Kabila, qui est enthousiaste \u00e0 l\u2019id\u00e9e de m\u00e9caniser l\u2019agriculture au Congo&nbsp;\u00bb, explique le journaliste. L\u2019ambassadeur belge de l\u2019\u00e9poque, Dominique Struye, fait part de son \u00ab&nbsp;plaisir \u00e0 voir une entreprise belge active&nbsp;\u00bb en RDC et qui \u00ab&nbsp;am\u00e9liore les relations&nbsp;\u00bb, explique-t-il dans la vid\u00e9o.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, ces premiers tracteurs sont difficiles \u00e0 trouver. D\u2019apr\u00e8s les contrats, ils ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s en provinces. \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait juste avant les \u00e9lections de 2011&nbsp;\u00bb, explique un haut fonctionnaire du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture congolais qui a requis l\u2019anonymat. \u00ab&nbsp;La plupart de ces tracteurs ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s aux d\u00e9put\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Contact\u00e9, Joseph Kabila n\u2019a pas donn\u00e9 suite. Son ministre de l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019\u00e9poque et ancien vice-pr\u00e9sident de la commission \u00e9lectorale, Norbert Basengezi, assure qu\u2019un rapport du cabinet d\u2019audit KPMG atteste d\u2019une \u00ab&nbsp;bonne gestion de ces tracteurs&nbsp;\u00bb, tout en pr\u00e9cisant qu\u2019il n\u2019a pas eu le temps de le chercher. Il se refuse \u00e9galement \u00e0 commenter les soup\u00e7ons de surfacturation. \u00ab&nbsp;Je n\u2019\u00e9tais pas aux n\u00e9gociations initiales de ces contrats&nbsp;\u00bb, explique-t-il. \u00ab&nbsp;J\u2019ai rencontr\u00e9 Philippe de Moerloose le jour de la signature du contrat.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des \u00e9quipements en mauvais \u00e9tat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019on interroge Philippe de Moerloose sur le secret de son succ\u00e8s, il insiste invariablement sur la qualit\u00e9 de son service apr\u00e8s-vente. Il affirme qu\u2019il est le meilleur au monde, ce qui lui permet de se d\u00e9velopper sur un march\u00e9 o\u00f9 la concurrence est f\u00e9roce, venue des quatre coins du monde. Dont acte&nbsp;: lorsqu\u2019il livre des \u00e9quipements Volvo en Europe, il l\u2019accompagne en effet d\u2019un excellent service apr\u00e8s-vente.<\/p>\n\n\n\n<p>En R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, on est tr\u00e8s loin d\u2019avoir les m\u00eames standards, selon un rapport d\u2019\u00e9valuation interne que nous avons pu consulter. En 2012, \u00e0 la demande de Demimpex, un cabinet d\u2019audit belge a examin\u00e9 une s\u00e9rie de contrats. Commandes erron\u00e9es, mat\u00e9riel en piteux \u00e9tat voire jamais livr\u00e9, les conclusions de ce rapport sont accablantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Des probl\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9s avec toutes les marques, mais les camions chinois Sinotruk se sont av\u00e9r\u00e9s particuli\u00e8rement d\u00e9sastreux. Ces engins ont co\u00fbt\u00e9 au bas mot 70.000 dollars chacun, selon les contrats que nous avons pu consulter. Le rapport de 2012 l\u2019atteste&nbsp;: les avaries se sont multipli\u00e9es. Pour commencer, les pi\u00e8ces en acier souffraient d\u00e9j\u00e0 d\u2019une forte corrosion \u00e0 leur arriv\u00e9e. Les odom\u00e8tres se sont av\u00e9r\u00e9s d\u00e9fectueux, les moteurs mal assembl\u00e9s, ce qui les a fait tomber tr\u00e8s vite en panne. Les bas de caisse n\u2019\u00e9taient pas adapt\u00e9s aux routes africaines, les cabines de conduite pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des chocs. Dans sa longue r\u00e9ponse adress\u00e9e aux partenaires de Congo Hold-up, De Moerloose explique qu\u2019il \u00e9tait \u00ab&nbsp;fr\u00e9quent&nbsp;\u00bb que le mat\u00e9riel soit ab\u00eem\u00e9 au cours du transport, mais que c\u2019\u00e9tait \u00ab&nbsp;formellement constat\u00e9&nbsp;\u00bb et le mat\u00e9riel remplac\u00e9. \u00ab&nbsp;Nous vous confirmons que le mat\u00e9riel livr\u00e9 \u00e9tait 100&nbsp;% conforme et en parfait \u00e9tat au client final&nbsp;\u00bb, assure-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>En janvier 2019, Joseph Kabila quitte la pr\u00e9sidence et, depuis, un dernier contrat qui devait \u00eatre sign\u00e9 avec les entreprises de De Moerloose \u00e0 Maurice, pour un montant de 125,4 millions de dollars, semble s\u2019\u00eatre perdu dans les tiroirs d\u2019un minist\u00e8re. Y a-t-il des r\u00e9ticences de la part du gouvernement du successeur F\u00e9lix Tshisekedi&nbsp;? De Moerloose d\u00e9ment et assure que la signature de ce troisi\u00e8me avenant au contrat ne peut intervenir \u00ab&nbsp;qu\u2019apr\u00e8s que la phase 1 et 2 sont en pleine production&nbsp;\u00bb. Ce d\u00e9lai serait selon lui normal pour pouvoir \u00ab&nbsp;constater les succ\u00e8s et d\u00e9faillances \u00e9ventuels des premi\u00e8res phases&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 2021, Philippe de Moerloose f\u00eate le 30e anniversaire de son entr\u00e9e dans le monde des affaires \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de M\u00e9rode. Il a les larmes aux yeux, ses enfants sont assis au premier rang, les peintures modernes de sa compagne accroch\u00e9es derri\u00e8re lui. \u00ab&nbsp;Notre chiffre d\u2019affaires va augmenter de vingt pour cent par an&nbsp;\u00bb, promet-il. \u00ab&nbsp;Dans cinq ans, nous aurons franchi la barre des deux milliards. C\u2019est ambitieux, je sais, mais nous y arriverons.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La connexion De Moerloose \u2013 Kabila, difficile \u00e0 d\u00e9mentir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Notre enqu\u00eate et les documents \u00ab&nbsp;Congo Hold-up&nbsp;\u00bb montrent une proximit\u00e9 ind\u00e9niable entre l\u2019ancien pr\u00e9sident de la RD Congo et le magnat belge. Une proximit\u00e9 que Philippe de Moerloose se refuse pourtant \u00e0 admettre.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"624\" height=\"351\" src=\"\" alt=\"Voici l\u2019une des rares images circulant sur internet montrant Joseph Kabila et Philippe de Moerloose c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.\">Voici l\u2019une des rares images circulant sur internet montrant Joseph Kabila et Philippe de Moerloose c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"100\" height=\"100\" src=\"\" alt=\"Louis Colart\"><strong>Portrait<\/strong>&nbsp;&#8211;&nbsp;Journaliste au service Soci\u00e9t\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/979\/dpi-authors\/louis-colart\"><strong>Louis Colart<\/strong><\/a>&nbsp;et Kasper Goethals (\u00abDe Standaard\u00bb)<\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 le 4\/12\/2021 \u00e0 06:00&nbsp;Temps de lecture: 4 min<\/p>\n\n\n\n<p>Une all\u00e9e pav\u00e9e, entour\u00e9e de buissons taill\u00e9s par des jardiniers professionnels, grimpe jusqu\u2019\u00e0 un vaste garage \u00e0 deux portes. Le garage est reli\u00e9 par une pi\u00e8ce dot\u00e9e d\u2019une vaste baie vitr\u00e9e, \u00e0 une grande villa braban\u00e7onne en briques claires. A l\u2019arri\u00e8re se trouve une piscine orient\u00e9e plein sud, \u00e0 l\u2019abri des regards. La demeure ne fait pas tache, \u00e0 deux pas du golf du Bercuit, \u00e0 Grez-Doiceau (Brabant-Wallon)&nbsp;: l\u2019une des communes les plus ch\u00e8res de Belgique. 395m\u00b2, cuisine ultra-moderne, trois salles de bain, sept chambres\u2026 La villa est \u00e0 vendre depuis mars 2021. Int\u00e9ress\u00e9&nbsp;? Faire offre \u00e0 partir d\u20191,2 million d\u2019euros.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette demeure de standing, Philippe de Moerloose reconna\u00eet l\u2019avoir c\u00e9d\u00e9e \u00e0 L\u00e9onie Kasembe Okonda, la m\u00e8re de l\u2019\u00e9pouse de l\u2019ancien pr\u00e9sident de la RD Congo, Olive Kabila. Philippe de Moerloose ne nous a pas dit en quelle ann\u00e9e, et nous ne sommes pas parvenus \u00e0 joindre la belle-m\u00e8re de Joseph Kabila. Cette vente s\u2019\u00e9tait faite \u00ab&nbsp;au prix du march\u00e9 apr\u00e8s une expertise immobili\u00e8re et devant un notaire en Belgique. Les paiements ont \u00e9t\u00e9 faits en Belgique sur le compte du notaire&nbsp;\u00bb, assure De Moerloose.<\/p>\n\n\n\n<p>A part cela, l\u2019homme d\u2019affaires maintient, mordicus, qu\u2019il n\u2019a aucun lien particulier avec Joseph Kabila ou sa famille. Lui qui a si souvent fait affaire avec ses gouvernements. \u00ab&nbsp;J\u2019ai toujours entretenu des liens professionnels courtois avec le pr\u00e9sident Kabila et son \u00e9pouse (que j\u2019ai rencontr\u00e9s \u00e0 plusieurs occasions comme \u00e0 des audiences professionnelles, des c\u00e9r\u00e9monies d\u2019inauguration, etc.) \u2013 mais je m\u2019insurge cat\u00e9goriquement contre toute all\u00e9gation d\u2019association personnelle avec eux, de jeux d\u2019influence ill\u00e9gitimes et de toute autre forme de pratiques malsaines&nbsp;\u00bb, lance-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Les documents Congo Hold-up et notre enqu\u00eate montrent pourtant une proximit\u00e9 avec le clan Kabila, \u00e9tablie par des faits.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2011, De Moerloose lance sa fondation en RDC, \u00ab&nbsp;Fondation PHD&nbsp;\u00bb. L\u2019analyse du conseil d\u2019administration d\u2019alors est instructive&nbsp;: il y avait Deogratias Mutumbo, le gouverneur de la Banque centrale soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir aid\u00e9 le clan Kabila \u00e0 d\u00e9tourner des millions. Mais aussi Chantal Deschryver, \u00e9pouse du responsable logistique de longue date du pr\u00e9sident Kabila, Charles Deschryver.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La vente \u00e0 Sud Oil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/407338\/article\/2021-11-19\/congo-hold-le-clan-kabila-detourne-au-moins-138-millions-de-dollars-de-fonds\">nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9<\/a>, le tout premier&nbsp;<em>deal<\/em>&nbsp;de la soci\u00e9t\u00e9 Sud Oil \u2013 la soci\u00e9t\u00e9-\u00e9cran responsable \u00e0 elle seule d\u2019un d\u00e9tournement de fonds publics congolais de 92 millions de dollars \u2013 a \u00e9t\u00e9 scell\u00e9 avec Philippe de Moerloose. En 2013, le Belge a vendu un grand garage de Kinshasa-Gombe, qu\u2019il avait rachet\u00e9 deux ans plus t\u00f4t \u00e0 sa propre entreprise. Et pour n\u00e9gocier cette vente \u00e0 12 millions de dollars, le Braban\u00e7on savait \u00e0 qui s\u2019adresser&nbsp;: il \u00e9crivait directement \u00e0 Francis Selemani, fr\u00e8re adoptif de Joseph Kabila et patron en sous-marin de Sud Oil. \u00ab&nbsp;Cher Francis, j\u2019esp\u00e8re que tu vas bien. Sois s\u00fbr que nous allons conclure ce deal et que je n\u2019ai aucun probl\u00e8me, parce que je te fais confiance. C\u2019est le plus important&nbsp;\u00bb, lui \u00e9crit De Moerloose le 14 octobre 2013. La soci\u00e9t\u00e9 bo\u00eete aux lettres installera dans ce garage son si\u00e8ge social. Tandis que les millions de dollars ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s sur le compte en suisse de Philippe de Moerloose.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 2012, il y avait eu&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/409129\/article\/2021-11-28\/congo-hold-le-contrat-du-siecle-entache-par-une-corruption-echelle-industrielle#target-panel-409118\">une autre connexion financi\u00e8re<\/a>&nbsp;&nbsp;: les Grands Elevages du Bas-Congo (GEL), la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019immense domaine agricole de l\u2019ex-pr\u00e9sident, et qui \u00e9tait contr\u00f4l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque par deux de ses associ\u00e9s, a vir\u00e9 7 millions de dollars sur un compte en Suisse de HMIE, une soci\u00e9t\u00e9 offshore immatricul\u00e9e aux \u00eeles Vierges britanniques appartenant au Belge. Motif? \u00ab&nbsp;Achat de mat\u00e9riel agricole&nbsp;\u00bb. Philippe de Moerloose confirme: \u00ab&nbsp;Celui-ci se rapporte \u00e0 la livraison de mat\u00e9riels agricoles qui ont \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9s \u00e0 destination de Boma.&nbsp;\u00bb Joseph Kabila est devenu propri\u00e9taire de GEL l&rsquo;ann\u00e9e suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Les documents Congo Hold-up r\u00e9v\u00e8lent aussi des liens d\u2019affaires avec l\u2019autre fr\u00e8re de Joseph Kabila, Zo\u00e9, et sa soci\u00e9t\u00e9 Cosha Investments. Un dossier sur lequel nous reviendront plus en d\u00e9tail dans un autre volet de cette enqu\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>De Moerloose, l\u2019un des rares hommes d\u2019affaires \u00e9trangers invit\u00e9s au mariage de Joseph Kabila (2006), explique y \u00ab&nbsp;avoir fait acte de pr\u00e9sence par politesse pendant quelques minutes&nbsp;\u00bb. Il nie avoir jamais accueilli chez lui Olive Kabila, toutefois quatre sources distinctes proches des autorit\u00e9s belges nous ont assur\u00e9 que le Braban\u00e7on a plusieurs fois accompagn\u00e9 l\u2019\u00e9pouse de l\u2019ancien pr\u00e9sident lorsqu\u2019elle voyageait en Belgique. \u00ab&nbsp;Monsieur Kabila est un ancien chef d\u2019Etat et aucunement un ami&nbsp;\u00bb, conclut De Moerloose.<\/p>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=6015\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Congo Hold-up: sur les traces des machines \u00e0 prix d\u2019or de Philippe de Moerloose L\u2019enqu\u00eate Congo Hold-up s\u2019est pench\u00e9e sur le cas du riche homme d\u2019affaires belge, Philippe de Moerloose. Inconnu du grand public au Congo, ce candidat au titre de \u00ab&nbsp;manager de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;\u00bb a pourtant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019au moins 742,9 millions de dollars de contrats [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,6,7,8,1],"tags":[],"class_list":["post-6015","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-justice","category-politique","category-societe","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6015","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6015"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6015\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6022,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6015\/revisions\/6022"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6015"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6015"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6015"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}