{"id":6663,"date":"2022-01-20T08:35:58","date_gmt":"2022-01-20T08:35:58","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.blog\/?p=6663"},"modified":"2022-01-20T08:44:41","modified_gmt":"2022-01-20T08:44:41","slug":"patrice-lumumba-treize-hommes-pour-un-crime-detat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=6663","title":{"rendered":"Patrice Lumumba: treize hommes pour un crime d&rsquo;\u00c9tat"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Patrice Lumumba: treize hommes pour un crime d&rsquo;\u00c9tat<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/dialog\/share?app_id=113191652055439&amp;href=https%3A%2F%2Frfi.my%2F72RR.F&amp;redirect_uri=https%3A%2F%2Fwww.rfi.fr%2Ffr%2Fafrique%2F20210117-lumumba-treize-hommes-pour-un-crime-d-%25C3%25A9tat&amp;locale=fr_FR\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https%3A%2F%2Frfi.my%2F72RR.T&amp;via=RFI&amp;related=ChBoisbouvier&amp;text=Patrice%20Lumumba%3A%20treize%20hommes%20pour%20un%20crime%20d%27%C3%89tat&amp;lang=fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><\/a><a href=\"https:\/\/web.whatsapp.com\/send?text=Patrice%20Lumumba%3A%20treize%20hommes%20pour%20un%20crime%20d%27%C3%89tat%20-%20https%3A%2F%2Frfi.my%2F72RR.W\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Publi\u00e9 le :&nbsp;17\/01\/2021 &#8211; 07:09<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-7.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6665\"\/><figcaption>Qui sont les hommes de l&rsquo;ombre, \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;assassinat de Lumumba?&nbsp;\u00a9 Studio graphique FMM<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Texte par :<a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/auteur\/christophe-boisbouvier\/\">Christophe Boisbouvier<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background wp-block-paragraph\">Qui a tu\u00e9 Patrice Lumumba&nbsp;? La mise \u00e0 mort du nationaliste congolais, le 17 janvier 1961 pr\u00e8s de Lubumbashi, est l\u2019action collective d\u2019une \u00ab&nbsp;association de malfaiteurs&nbsp;\u00bb, comme dit le collectif belge M\u00e9moires coloniales. La responsabilit\u00e9 du crime est partag\u00e9e entre quatre groupe d\u2019acteurs, qui sont aujourd\u2019hui assez bien identifi\u00e9s. Chacun joue sa partition: les Am\u00e9ricains parrainent, les Belges soutiennent, le groupe Mobutu commande et le groupe Tshombe ex\u00e9cute. Dans ce crime d\u2019\u00c9tat, treize personnages se distinguent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; Dwight Eisenhower (1890-1969)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fin juillet 1960, le Premier ministre congolais Patrice Lumumba fait appel \u00e0 une aide militaire sovi\u00e9tique pour r\u00e9duire la s\u00e9cession katangaise. Dix-huit mois plus t\u00f4t, le r\u00e9volutionnaire marxiste Fidel Castro a pris le pouvoir \u00e0 Cuba. Pour le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Dwight Eisenhower, qui est en plein bras de fer Est-Ouest avec l\u2019URSS de Nikita Khrouchtchev, Lumumba risque de devenir un Castro africain. Le 18 ao\u00fbt 1960, lors d\u2019une r\u00e9union du Conseil national de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la Maison Blanche, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain aurait dit : \u00ab&nbsp;<em>We have to get rid of that man&nbsp;<\/em>\u00bb &#8211; \u00ab&nbsp;<em>Il faut qu\u2019on se d\u00e9barrasse de cet homme<\/em>&nbsp;\u00bb (t\u00e9moignage du rapporteur de la r\u00e9union, lors d\u2019une audition par le S\u00e9nat am\u00e9ricain, en juin 1975). Il y aurait eu, autour de la table, un silence \u00e9tonn\u00e9 de quinze secondes. Puis, on serait pass\u00e9 \u00e0 autre chose. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, personne n\u2019ose discuter un ordre de Dwight Eisenhower, l\u2019un des deux vainqueurs de la Wehrmacht d\u2019Adolf Hitler.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-10.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6668\"\/><figcaption>Le pr\u00e9sident Dwight David Eisenhower, surnomm\u00e9 \u00ab Ike \u00bb, en juin 1960.&nbsp;AP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Allen Dulles (1893-1969)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 26 ao\u00fbt 1960, le directeur de la CIA, Allen Dulles, c\u00e2ble \u00e0 Larry Devlin, son chef de bureau \u00e0 L\u00e9opoldville (l\u2019actuel Kinshasa)&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Le retrait de Lumumba doit \u00eatre un objectif urgent et prioritaire&nbsp;<\/em>\u00bb. Successivement, trois agents sont envoy\u00e9s \u00e0 L\u00e9opoldville pour aider Devlin \u00e0 assassiner Lumumba, notamment en essayant d\u2019empoisonner son dentifrice ou l\u2019un des plats qu\u2019il mange. Mais le leader congolais n\u2019est pas facile \u00e0 approcher. Simultan\u00e9ment, le patron de la CIA joue la carte militaire. Il appuie le putsch du chef d\u2019\u00e9tat-major de l\u2019arm\u00e9e congolaise, le colonel Mobutu, qui prend le pouvoir le 14 septembre 1960 et qui re\u00e7oit de fortes sommes d\u2019argent. Dulles mise alors tout sur Mobutu et ses alli\u00e9s politiques du \u00ab&nbsp;groupe de Binza&nbsp;\u00bb (Bomboko, Nendaka, etc.). Strat\u00e9gie payante\u2026 Plus tard, en novembre 1961, Dulles est limog\u00e9 par le nouveau pr\u00e9sident am\u00e9ricain John Kennedy. Est-il ensuite saisi par le doute, voire une once de remords&nbsp;? En 1962, il aura ce mot&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>I think we overrated the Soviet danger in the Congo<\/em>&nbsp;\u00bb &#8211; \u00ab&nbsp;<em>Je pense que nous avons surestim\u00e9 le danger sovi\u00e9tique au Congo&nbsp;<\/em>\u00bb.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-6.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6664\"\/><figcaption>Allen W. Dulles, directeur de la CIA, novembre 1960.&nbsp;AP &#8211; Byron Rollins<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Larry Devlin (1922-2008)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, en Afrique du Nord et en Europe, Devlin, qui parle fran\u00e7ais, est recrut\u00e9 par la CIA et d\u00e9barque \u00e0 L\u00e9opoldville en juillet 1960. M\u00e9fiant, il circule en ville avec une arme en poche. Quelques mois plus t\u00f4t, lors de la \u00ab&nbsp;table ronde&nbsp;\u00bb de Bruxelles, il a rep\u00e9r\u00e9 le jeune Mobutu et vu en lui un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 qui n\u2019\u00e9tait pas hostile aux Am\u00e9ricains. \u00c0&nbsp;L\u00e9opoldville, les deux hommes sympathisent. \u00c0&nbsp;partir de la fin ao\u00fbt, ils prennent le petit-d\u00e9jeuner ensemble plusieurs fois par semaine. C\u2019est par Devlin que passe l\u2019argent am\u00e9ricain pour Mobutu, qui excelle dans le chantage aux dollars&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Larry, je ne pourrai pas renverser Lumumba sans ton soutien<\/em>&nbsp;\u00bb. Le 14 janvier 1961, Devlin apprend que Mobutu va livrer Lumumba \u00e0 Tshombe. Comme il sait que le d\u00e9partement d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain risque de lui dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Faites surseoir le transfert jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de l\u2019administration Kennedy, le 20 janvier prochain<\/em>&nbsp;\u00bb, il garde l\u2019information secr\u00e8te et ne la transmet \u00e0 Washington que le 17 janvier, juste apr\u00e8s le d\u00e9collage de l\u2019avion qui conduit Lumumba vers une mort certaine. En juin 1967, quand il quitte le Congo, le futur mar\u00e9chal Mobutu lui remet sa photo avec cette d\u00e9dicace&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00c0&nbsp;mon excellent et vieil ami L. Devlin, pour tout ce que le Congo et son chef lui doivent<\/em>.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x2lt75d\">Larry Devlin, dans le documentaire de Thomas Giefer, \u00abUne mort de style colonial\u00bb (2008).&nbsp;\u00a9 Capture \u00e9cran Dailymotion &#8211; Afrique News Info<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Le roi Baudouin (1930-1993)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En juin 1955, \u00e0 Stanleyville (l\u2019actuel Kisangani), la premi\u00e8re rencontre Baudouin-Lumumba est cordiale. Lors d\u2019une r\u00e9ception, le roi des Belges se fait pr\u00e9senter le jeune cadre des postes coloniales, qui r\u00e9ussit \u00e0 capter son attention pendant une dizaine de minutes. Mais le 30 juin 1960, \u00e0 L\u00e9opoldville, Baudouin est ulc\u00e9r\u00e9 par le discours anticolonialiste de Lumumba. Quelques semaines plus tard, le roi essaie de faire tomber le gouvernement belge de Gaston Eyskens, qu\u2019il juge trop timor\u00e9 face aux nationalistes congolais. Il \u00e9choue, mais obtient que l\u2019un de ses hommes de confiance, le faucon Harold d\u2019Aspremont Lynden, soit nomm\u00e9 ministre des Affaires africaines. Baudouin, en tant qu\u2019h\u00e9ritier du roi L\u00e9opold II, estime que le Congo est un dossier o\u00f9 il doit jouer un r\u00f4le direct. \u00c0&nbsp;partir de juillet 1960, le Palais royal entretient des liens directs et r\u00e9guliers avec les s\u00e9cessionnistes katangais. En octobre 1960, dans une lettre confidentielle \u00e0 Mo\u00efse Tshombe, le roi Baudouin \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Une association de quatre-vingts ann\u00e9es comme celle qui a uni nos deux peuples cr\u00e9e des liens affectifs, trop \u00e9troits pour qu\u2019ils puissent \u00eatre dissous par la politique d\u2019un seul homme<\/em>&nbsp;[Patrice Lumumba].&nbsp;\u00bb Une semaine plus t\u00f4t, le conseiller militaire de la Belgique aupr\u00e8s de Tshombe lui a \u00e9crit, via son chef de cabinet&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On neutralise compl\u00e8tement (et si possible physiquement\u2026) Lumumba.&nbsp;<\/em>\u00bb Arrive l\u2019assassinat de Lumumba. Deux mois plus tard, le 13 mars 1961, Baudouin \u00e9crit \u00e0 Tshombe&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Soyez convaincu que j\u2019appr\u00e9cie hautement la sagesse avec laquelle vous avez dirig\u00e9 le Katanga dans des circonstances infiniment difficiles et d\u00e9licates.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-11.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6669\"\/><figcaption>Un ancien combattant africain salue le roi Baudouin de Belgique (\u00e0 dr.), \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Bukavu, le 27 d\u00e9cembre 1959, au Congo ex-Belge.&nbsp;AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Gaston Eyskens (1905-1988)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En juillet 1960, pris de court par la mutinerie des soldats congolais et leurs exactions contre les Belges du Congo, le Premier ministre belge envoie la troupe \u00e0 L\u00e9opoldville et envisage m\u00eame d\u2019\u00e9tablir un protectorat militaire belge sur l\u2019ensemble du Congo (note d\u00e9classifi\u00e9e de l\u2019un de ses conseillers politiques). Surtout, par un pont a\u00e9rien, Gaston Eyskens envoie plusieurs milliers de soldats belges \u00e0 Elisabethville (l\u2019actuel Lubumbashi) pour y organiser la s\u00e9cession du Katanga. Le 15 ao\u00fbt 1960, Eyskens demande aux conseillers belges qui entourent le pr\u00e9sident congolais Joseph Kasa-Vubu de pousser celui-ci \u00e0 d\u00e9mettre le Premier ministre Patrice Lumumba. Ce sera chose faite le 5 septembre. Deux jours plus t\u00f4t, d\u2019Aspremont Lynden est entr\u00e9 dans son gouvernement. \u00c0&nbsp;partir de ce moment-l\u00e0, Eyskens confie tout le dossier congolais \u00e0 son ministre des Affaires africaines et lui donne les moyens de sa politique anti-Lumumba. Des fonds secrets \u00e0 hauteur de 50 millions de francs belges (l\u2019\u00e9quivalent de 3 millions d\u2019euros d\u2019aujourd\u2019hui, selon l\u2019\u00e9volution de l\u2019indice des prix) sont d\u00e9bloqu\u00e9s pour le seul usage de d\u2019Aspremont Lynden, qui peut alors financer des hommes politiques congolais, des campagnes de presse et des op\u00e9rations clandestines. Jusqu\u2019\u00e0 la chute de son gouvernement, en mars 1961, Eyskens supervise l\u2019action de d\u2019Aspremont Lynden au sein du Comit\u00e9 minist\u00e9riel restreint des Affaires africaines, le \u00ab&nbsp;Comit\u00e9 Congo&nbsp;\u00bb, o\u00f9 ne si\u00e8gent que trois hommes&nbsp;: Eyskens, d\u2019Aspremont Lynden et Pierre Wigny, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est entre ces trois hommes que tout se d\u00e9cide, dans le plus grand secret. \u00c0&nbsp;ce jour, dans les archives de l\u2019\u00c9tat belge, on ne retrouve aucune trace de ce Comit\u00e9 Congo.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-14.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6671\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Harold d\u2019Aspremont Lynden (1914-1967)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aristocrate, juriste et r\u00e9sistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il est, le 30 juin 1960, le chef de cabinet-adjoint de Gaston Eyskens depuis d\u00e9j\u00e0 deux ans. En juillet, lors de la premi\u00e8re crise entre Bruxelles et L\u00e9opoldville, c\u2019est lui que Eyskens envoie \u00e0 Elisabethville, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une Mission technique belge, pour soutenir le s\u00e9cessionniste katangais Mo\u00efse Tshombe. D\u00e8s le 3 septembre, \u00e0 la demande expresse du roi Baudouin, il est de retour \u00e0 Bruxelles pour prendre le minist\u00e8re des Affaires africaines. Dans un t\u00e9lex du 6 octobre, il \u00e9crit&nbsp;\u00e0 la Mission technique belge d\u2019Elisabethville : \u00ab&nbsp;<em>L\u2019objectif principal \u00e0 poursuivre dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du Congo, du Katanga et de la Belgique est \u00e9videmment l\u2019\u00e9limination d\u00e9finitive de Lumumba<\/em>.&nbsp;\u00bb En contact permanent avec le colonel Marli\u00e8re, le conseiller militaire belge de Mobutu, il est au c\u0153ur du projet de transf\u00e9rer le prisonnier Lumumba au Katanga. Le 16 janvier 1961, il t\u00e9lexe \u00e0 Elisabethville&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Minaf Aspremont insiste personnellement aupr\u00e8s Pr\u00e9sident Tshombe pour que Lumumba soit transf\u00e9r\u00e9 Katanga dans les d\u00e9lais les plus brefs<\/em>.&nbsp;\u00bb Le lendemain, Lumumba est transf\u00e9r\u00e9 vers la mort. De la politique de Baudouin, d\u2019Aspremont Lynden est tant\u00f4t l\u2019habile concepteur, tant\u00f4t le froid ex\u00e9cutant. Dans ces ann\u00e9es de d\u00e9colonisation, d\u2019Aspremont Lynden est le Jacques Foccart de la Belgique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-12.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6670\"\/><figcaption>Photo non dat\u00e9e du comte Harold d&rsquo;Aspremont Lynden.&nbsp;AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Louis Marli\u00e8re (mort en 2000)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lieutenant-colonel de l\u2019arm\u00e9e belge et ancien chef d\u2019\u00e9tat-major de la Force publique \u2013 l\u2019arm\u00e9e coloniale belge \u2013, c\u2019est l\u2019homme-cl\u00e9 du gouvernement de Bruxelles aupr\u00e8s de Mobutu \u00e0 L\u00e9opoldville. \u00c0&nbsp;partir de septembre 1960, les deux hommes se parlent tous les jours. C\u2019est par Marli\u00e8re que passent les fonds secrets belges \u00e0 destination du \u00ab&nbsp;groupe de Binza&nbsp;\u00bb (Mobutu, Bomboko, Nendaka, etc.). D\u00e8s octobre 1960, l\u2019officier belge milite pour le transfert de Lumumba au Katanga. Il pense en effet que l\u2019ONU est moins pr\u00e9sente \u00e0 Elisabethville qu\u2019\u00e0 L\u00e9opoldville. Lumumba sera donc plus vuln\u00e9rable chez Tshombe que chez Mobutu. Le 14 janvier 1961, quand il apprend que Mobutu va livrer Lumumba \u00e0 Tshombe, Louis Marli\u00e8re, comme son alter ego am\u00e9ricain Larry Devlin, ne fait rien pour l\u2019en dissuader. Au contraire, il facilite ce transfert. \u00c0&nbsp;un officier belge de la gendarmerie katangaise, il transmet&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Demande accord du Juif&nbsp;<\/em>[Mo\u00efse Tshombe]&nbsp;<em>pour recevoir Satan<\/em>&nbsp;[Patrice Lumumba]&nbsp;\u00bb. Plus tard, il \u00e9crira&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Il y avait un consensus&nbsp;<\/em>[en faveur de ce transfert].&nbsp;<em>Aucun conseiller, qu\u2019il soit belge ou am\u00e9ricain,&nbsp;n\u2019a song\u00e9 \u00e0 s\u2019y opposer.<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x2lt75d\">Louis Marli\u00e8re, dans le documentaire de Thomas Giefer, \u00abUne mort de style colonial\u00bb (2008).&nbsp;\u00a9 Capture \u00e9cran Dailymotion &#8211; Afrique News Info<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Mobutu (1930-1997)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est Patrice Lumumba qui fait la courte \u00e9chelle \u00e0 Joseph-D\u00e9sir\u00e9 Mobutu, qui n&rsquo;aime pas qu&rsquo;on l&rsquo;appelle par son pr\u00e9nom et se pr\u00e9sente lui-m\u00eame sous le nom de \u00ab\u00a0Mobutu\u00a0\u00bb &#8211; plus tard, en parlant de lui, il dira : \u00ab\u00a0le colonel Mobutu\u00a0\u00bb. En avril 1960, le jeune journaliste Mobutu est d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Mouvement national congolais \u2013 le parti de Lumumba \u2013 \u00e0 la \u00ab&nbsp;table ronde&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00e9conomique qui pr\u00e9pare l\u2019ind\u00e9pendance. Parmi la vingtaine de participants congolais aux discussions de Bruxelles, Mobutu est le seul \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 militaire. Un jour, Lumumba, qui en a fait son secr\u00e9taire particulier, lui dit, lors d\u2019une r\u00e9union de cabinet&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00c9coute, va te chercher un uniforme, tu reviens et je te nomme colonel&nbsp;<\/em>\u00bb. Le 14 septembre 1960, Mobutu renverse Lumumba. Le 2 d\u00e9cembre, apr\u00e8s l\u2019avoir fait capturer sur la route de Stanleyville, il le jette en prison. Embarrass\u00e9 par les images t\u00e9l\u00e9 sur les mauvais traitements que subit Lumumba, Mobutu d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Dans sa cellule, il couche dans un bon lit. Deux m\u00e9decins sont venus le voir. L\u2019ONU croit-elle que Lumumba aurait fait cela s\u2019il m\u2019avait fait prisonnier&nbsp;?&nbsp;<\/em>\u00bb Mobutu se persuade alors qu\u2019il y a d\u00e9sormais une lutte \u00e0 mort entre \u00ab&nbsp;<em>le communiste Lumumba<\/em>&nbsp;\u00bb et lui. Mais comme il ne veut pas briser sa carri\u00e8re politique en se souillant les mains du sang de son ennemi, il le livre aux bourreaux du Katanga.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-15.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6673\"\/><figcaption>Le colonel Mobutu Sese Soko r\u00e9pond aux questions des m\u00e9dias, le 16 septembre 1960&nbsp;\u00a9 AFP\/UPI<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Joseph Kasa-Vubu (1917-1969)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Premier leader nationaliste \u00e0 \u00eatre jet\u00e9 en prison par les Belges, en janvier 1959, l\u2019ancien s\u00e9minariste Kasa-Vubu se bat, un an plus tard, pour la lib\u00e9ration de Lumumba et l\u2019obtient. En juin 1960, apr\u00e8s la victoire du Mouvement national congolais (MNC) de Lumumba aux l\u00e9gislatives de mai, une cohabitation se met en place. Kasa-Vubu, le doyen, est \u00e9lu pr\u00e9sident par un coll\u00e8ge de grands \u00e9lecteurs, tandis que Lumumba devient Premier ministre. En juillet, les deux hommes s\u2019entendent encore pour lutter contre la s\u00e9cession katangaise. Mais en ao\u00fbt, quand Russes et Am\u00e9ricains entrent dans le grand jeu congolais, ils se brouillent. Le 5 septembre, pouss\u00e9 par les Belges, Kasa-Vubu d\u00e9met Lumumba. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il manque de d\u00e9termination face \u00e0 un Lumumba combatif qui obtient un nouveau vote de confiance au Parlement. Le 14 septembre, avec l\u2019accord des Am\u00e9ricains, le colonel Mobutu renverse la table. D\u00e8s lors, Kasa-Vubu sert de faire-valoir au nouvel homme fort du Congo. Kasa-Vubu garde le si\u00e8ge du Congo \u00e0 l\u2019ONU, tandis que Mobutu, sous le couvert de cette l\u00e9gitimit\u00e9 internationale, peut mettre Lumumba en r\u00e9sidence surveill\u00e9e. Joseph Kasa-Vubu n\u2019est pas dans le premier cercle des mobutistes, mais c\u2019est un alli\u00e9 s\u00fbr. Le 13 janvier 1961, quand les ge\u00f4liers de Lumumba se mutinent \u00e0 Thysville (l\u2019actuel Mbanza-Ngungu) et menacent de lib\u00e9rer leur prisonnier, Mobutu et Nendaka le r\u00e9quisitionnent et l\u2019emm\u00e8nent avec eux pour calmer la troupe. Apr\u00e8s son retour \u00e0 L\u00e9opoldville, le 14 janvier au matin, y a-t-il une r\u00e9union qui scelle le sort de Lumumba&nbsp;? Et si oui, Kasa-Vubu y participe-t-il&nbsp;? Soixante apr\u00e8s, les historiens continuent d\u2019en d\u00e9battre. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que Kasa-Vubu ne fait rien contre le transfert de Lumumba au Katanga.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-13.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6672\"\/><figcaption>Joseph Kasa-Vubu (c), pr\u00e9sident de la RD Congo, Justin Bomboko, le 7 novembre 1960. Justin Bomboko sera ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res dans le gouvernement de Patrice Lumumba.&nbsp;AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp; Justin Bomboko (1928-2014)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commissaire aux Affaires \u00e9trang\u00e8res dans l\u2019\u00e9quipe que Mobutu a install\u00e9e au pouvoir le 14 septembre 1960, Bomboko, le fin man\u0153uvrier, parvient \u00e0 affaiblir la position de Lumumba sur la sc\u00e8ne internationale. Le 22 novembre 1960, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU reconna\u00eet la d\u00e9l\u00e9gation congolaise compos\u00e9e par Kasa-Vubu et Mobutu, au d\u00e9triment de la d\u00e9l\u00e9gation Lumumba. Et cinq jours plus tard, Lumumba doit jouer son va-tout en s\u2019\u00e9vadant de la villa o\u00f9 il est assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence. Avec Mobutu, Nendaka et quelques autres, Bomboko fait alors partie du \u00ab&nbsp;groupe de Binza&nbsp;\u00bb, ce cercle anti-lumumbiste qui se r\u00e9unit le soir chez l\u2019un ou chez l\u2019autre dans le quartier Binza-Pigeon de L\u00e9opoldville. Au lendemain de la mutinerie du 13 janvier au camp de Thysville, c\u2019est sans doute \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce \u00ab&nbsp;groupe de Binza&nbsp;\u00bb qu\u2019est prise la d\u00e9cision d\u2019envoyer Lumumba au Katanga. Bomboko aura-t-il ensuite des remords&nbsp;? Cinquante ans plus tard, en juillet 2010, il se confie au journal&nbsp;<em>Le Phare.<\/em>&nbsp;Il revient sur l\u2019ex\u00e9cution par Mobutu d\u2019un autre opposant, Pierre Mulele. Nous sommes en octobre 1968 et il raconte&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 cet enl\u00e8vement de Mulele, \u00e9nerv\u00e9 je suis all\u00e9 faire remarquer au pr\u00e9sident Mobutu que le dossier Lumumba br\u00fblait encore et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas prudent de s\u2019encombrer davantage avec celui de Mulele. Malheureusement pour moi, ce fut l\u2019une des causes de la fissure de mes relations avec le pr\u00e9sident Mobutu, fissure qui me co\u00fbtera la triste et c\u00e9l\u00e8bre prison d\u2019Ekafela.<\/em>&nbsp;\u00bb Cinquante ans apr\u00e8s le supplice de Lumumba, Bomboko soulage sa conscience. \u00c0&nbsp;notre connaissance, c\u2019est le seul membre du \u00ab&nbsp;groupe de Binza&nbsp;\u00bb qui, une fois dans sa vie, a exprim\u00e9 \u00e0 demi-mot un sentiment de regret sur le crime d\u2019\u00c9tat du 17 janvier 1961.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-9.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6666\"\/><figcaption>Le Congolais Justin Marie Bomboko en 1960.&nbsp;Wikimedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Victor Nendaka (1923-2002)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commissaire \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 nationale apr\u00e8s le putsch du 14 septembre 1960, Nendaka est un dur. \u00c0&nbsp;L\u00e9opoldville, il surveille tout le monde et trame des machinations polici\u00e8res. Il est tellement redout\u00e9 qu\u2019on l\u2019appellera plus tard \u00ab&nbsp;le Oufkir du Congo&nbsp;\u00bb \u2013 du nom du chef de la s\u00e9curit\u00e9 marocaine qui fera assassiner Mehdi Ben Barka. Dans le \u00ab&nbsp;groupe de Binza&nbsp;\u00bb, il est alors le plus proche compagnon de Mobutu. Le 13 janvier, il va \u00e0 Thysville avec Mobutu pour convaincre les ge\u00f4liers de Lumumba de cesser leur mutinerie et de ne surtout pas lib\u00e9rer leur prisonnier. Le 14 au matin, il rentre \u00e0 L\u00e9opoldville, toujours en compagnie de Mobutu. Le m\u00eame jour est d\u00e9cid\u00e9 le transfert de Lumumba vers la mort. Difficile de croire qu\u2019il n\u2019en porte pas une part de responsabilit\u00e9. Quarante ans plus tard, en juillet 2001 \u00e0 Bruxelles, devant la commission parlementaire belge charg\u00e9e d\u2019\u00e9tablir les responsabilit\u00e9s dans ce crime, il se fait doux comme un agneau et d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On a trop souvent cherch\u00e9 \u00e0 me faire passer pour le bouc \u00e9missaire dans ce dossier Lumumba. Moi, j\u2019\u00e9tais fonctionnaire, j\u2019ex\u00e9cutais les ordres.&nbsp;Je d\u00e9pendais toujours de mes sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques<\/em>. \u00bb Mais il finit par l\u00e2cher&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il \u00e9tait devenu dangereux de laisser Lumumba au camp de Thysville.&nbsp;<\/em>\u00bb Mobutu, Kasa-Vubu, Bomboko, Nendaka\u2026 Tous avaient peur de Lumumba.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Mo\u00efse Tshombe (1919-1969)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces deux-l\u00e0 ne se sont jamais entendus\u2026 D\u00e8s la \u00ab table ronde&nbsp;\u00bb de Bruxelles, en f\u00e9vrier 1960, Tshombe et Lumumba se disputent \u00e0 haute voix dans les couloirs de la conf\u00e9rence. Le premier, qui dirige la Conf\u00e9d\u00e9ration des associations tribales du Katanga (CONAKAT), veut un futur \u00c9tat congolais f\u00e9d\u00e9ral, o\u00f9 le Katanga pourra conserver les b\u00e9n\u00e9fices de son riche sous-sol. Le second veut un futur \u00c9tat unitaire. Le 11 juillet, quand Tshombe fait s\u00e9cession, Lumumba l\u2019accuse d\u2019\u00eatre un homme de paille au service des capitalistes belges de l\u2019Union mini\u00e8re du Haut Katanga (UMHK). Entre eux, c\u2019est tout de suite la guerre des mots, puis la guerre tout court. De fait, sans le soutien militaire de la Belgique, Tshombe sait qu\u2019il ne pourra pas tenir longtemps. Aussi, \u00e0 la mi-janvier 1961, quand les Belges lui envoient plusieurs messages pour lui demander avec insistance de recevoir le prisonnier Lumumba, il se croit oblig\u00e9 d\u2019accepter. Le lendemain soir, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019ancien Premier ministre, il semble h\u00e9siter quelques minutes sur le sort \u00e0 lui r\u00e9server. Puis il se range \u00e0 l\u2019avis de son \u00ab&nbsp;ministre de l\u2019Int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb, Godefroid Munongo. Ce sera la mort.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image-8.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-6667\"\/><figcaption>Mo\u00efse Tshomb\u00e9, en conf\u00e9rence de presse, le 26 juillet 1960.&nbsp;\u00a9 AFP\/Central Press<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&#x2666; &nbsp;Godefroid Munongo (1925-1992)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Elisabethville, on le surnomme \u00ab&nbsp;le balayeur&nbsp;\u00bb\u2026 Plus que Tshombe, c\u2019est Munongo qui est l\u2019homme fort du Katanga s\u00e9cessionniste. En octobre 1958, \u00e0 la naissance de la CONAKAT, il ne c\u00e8de la place de num\u00e9ro 1 \u00e0 l\u2019homme d\u2019affaires Tshombe que parce qu\u2019il est fonctionnaire de l\u2019\u00c9tat belge. Le 13 ao\u00fbt 1960, un mois apr\u00e8s la s\u00e9cession katangaise, alors que Lumumba veut se rendre personnellement par avion dans la province rebelle, Munongo, \u00ab&nbsp;ministre de l\u2019Int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb du Katanga, \u00e9crit \u00e0 toutes les gendarmeries des villes o\u00f9 il pourrait atterrir&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>S\u2019il arrivait \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer au Katanga d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, il doit, en ce cas, dispara\u00eetre<\/em>.&nbsp;\u00bb \u00c0&nbsp;la m\u00eame \u00e9poque, il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est ma peau ou celle de Lumumba. Il a promis de me br\u00fbler en place publique \u00e0 Elisabethville s\u2019il venait ici, mais moi, je ne le raterai pas.<\/em>&nbsp;\u00bb Le 17 janvier 1961 au soir, il ne le rate pas. Neuf ans apr\u00e8s les faits, le mercenaire belge Ren\u00e9 Rougefort, qui a particip\u00e9 ce soir-l\u00e0 \u00e0 la garde de Lumumba dans une villa proche de l\u2019a\u00e9roport d\u2019Elisabethville, rapporte cette ultime \u00e9change, \u00e0 moiti\u00e9 en swahili, \u00e0 moiti\u00e9 en fran\u00e7ais, avant le d\u00e9part de Lumumba pour le peloton d\u2019ex\u00e9cution\u2026&nbsp; Munongo&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Anakufa<\/em>&nbsp;(Il doit mourir)&nbsp;\u00bb. Tshombe&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Non, non, non<\/em>&nbsp;\u00bb. Munongo&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Si tu n\u2019avais pas Lumumba dans les pieds, tu n\u2019aurais plus Sendwe<\/em>&nbsp;[Jason Sendwe, le chef de la r\u00e9bellion des Baluba du Katanga]&nbsp;<em>dans les pieds. Si tu ne veux pas le faire, moi, je le ferai.<\/em>&nbsp;\u00bb Tshombe&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Et l\u2019ONU&nbsp;? Et le gouvernement belge&nbsp;?&nbsp;<\/em>\u00bb Munongo&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>M\u2019en fous.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n<div class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default\" style=\"--pgfw-icon-justify:center;\"><a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&#038;id=6663\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--icon-only\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"--pgfw-icon-width:25px;--pgfw-icon-height:45px;\" aria-label=\"Download PDF\"><span class=\"pgfw-single-pdf-download-button__media\" aria-hidden=\"true\"><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" alt=\"\" decoding=\"async\"><\/span><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Patrice Lumumba: treize hommes pour un crime d&rsquo;\u00c9tat Publi\u00e9 le :&nbsp;17\/01\/2021 &#8211; 07:09 Texte par :Christophe Boisbouvier Qui a tu\u00e9 Patrice Lumumba&nbsp;? La mise \u00e0 mort du nationaliste congolais, le 17 janvier 1961 pr\u00e8s de Lubumbashi, est l\u2019action collective d\u2019une \u00ab&nbsp;association de malfaiteurs&nbsp;\u00bb, comme dit le collectif belge M\u00e9moires coloniales. 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