{"id":7458,"date":"2022-03-05T22:01:36","date_gmt":"2022-03-05T22:01:36","guid":{"rendered":"https:\/\/congokin.blog\/?p=7458"},"modified":"2022-03-05T22:32:24","modified_gmt":"2022-03-05T22:32:24","slug":"denis-mukwege-sans-doute-en-campagne-presidentielle-pousse-par-la-belgique-et-la-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congokin.blog\/?p=7458","title":{"rendered":"Denis Mukwege sans doute  en campagne pr\u00e9sidentielle pouss\u00e9 par la Belgique et la France"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Message de Denis Mukwege dans sa campagne pr\u00e9sidentielle : \u201cLe silence de la communaut\u00e9 internationale sur le Congo est assourdissant\u201d<\/h1>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Dans&nbsp;<a href=\"https:\/\/afrique.lalibre.be\/category\/thematique\/societe\/\">Soci\u00e9t\u00e9<\/a><\/li><li>5 mars 2022<\/li><li><a href=\"https:\/\/afrique.lalibre.be\/author\/olivier-le-bussy\/\">Olivier Le Bussy<\/a><\/li><li>173 Vues<\/li><\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/afrique.lalibre.be\/app\/uploads\/2022\/03\/Mukwege-Panzi-787x525.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/afrique.lalibre.be\/app\/uploads\/2022\/03\/Mukwege-Panzi-690x450.jpg\" alt=\"Denis Mukwege : \u201cLe silence de la communaut\u00e9 internationale sur le Congo est assourdissant\u201d\" title=\"\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Entretien&nbsp;<\/strong><strong>Olivier le Bussy (Photo&nbsp;Christophe Smets\/La Bo\u00eete \u00e0 images)<br><\/strong><strong>\u00c0 Bukavu et \u00e0 Lubumbashi (RD Congo)<\/strong><strong><br><\/strong>Plus de trois ans apr\u00e8s avoir re\u00e7u le prix Nobel de la paix, le Dr Denis Mukwege d\u00e9plore que les crimes qu\u2019il d\u00e9non\u00e7ait, dont les viols de guerre, perdurent dans son pays.Il continue de d\u00e9velopper son action pour \u201cr\u00e9parer\u201d les victimes des violences sexuelles et \u00e0 d\u00e9fendre, plus largement, les droits des femmes.<\/h3>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;C\u2019est parfois difficile de sentir qu\u2019on ne peut pas s\u2019exprimer dans son propre pays. J\u2019avais besoin de sentir que j\u2019\u00e9tais chez moi\u201d.&nbsp;<\/em>La voix du Dr Denis Mukwege est nou\u00e9e par une \u00e9motion intense, \u00e0 la mesure de l\u2019accueil effervescent que lui a r\u00e9serv\u00e9 une assistance d\u2019un bon millier de personnes, rassembl\u00e9es ce jeudi 2&nbsp;mars dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre de l\u2019excellence de l\u2019Universit\u00e9 de Lubumbashi. Elles sont venues \u00e9couter la conf\u00e9rence que donne le laur\u00e9at 2014 du prix Sakharov du Parlement europ\u00e9en et prix Nobel de la paix 2018 sur le th\u00e8me \u201cle viol comme arme de guerre\u201d. Un sujet que le gyn\u00e9cologue congolais&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lalibre.be\/debats\/opinions\/2018\/10\/09\/dr-denis-mukwege-la-guerre-du-congo-est-une-guerre-economique-qui-se-fait-contre-le-corps-des-femmes-SF37N5X7XVBRXG35X4B5CYWRN4\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">ne conna\u00eet que trop bien<\/a>. Situ\u00e9 \u00e0 Bukavu, dans le Sud-Kivu, \u00e0 l\u2019est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), l\u2019h\u00f4pital de Panzi que dirige le Dr Mukwege a pris en charge depuis 1999 plus de 70 000 victimes de violences sexuelles commises par des groupes arm\u00e9s, congolais et \u00e9trangers, avec, parfois, une sauvagerie qui d\u00e9passe l\u2019entendement. Denis Mukwege parcourt le monde pour parler de ce fl\u00e9au qui d\u00e9truit les femmes physiquement, psychologiquement, saccage familles et communaut\u00e9s, et pour d\u00e9fendre la cause des victimes. Il va \u00e0 pr\u00e9sent partir en \u201ctourn\u00e9e acad\u00e9mique\u201d \u00e0 Kisangani, Goma, Kinshasa, Bukavu, dans ce Congo o\u00f9 sa voix porte plus difficilement. Cibl\u00e9 par de puissants ennemis que ses accusations d\u00e9rangent, il vit confin\u00e9 dans l\u2019enceinte de son h\u00f4pital, prot\u00e9g\u00e9 par les troupes onusiennes de la Monusco. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il a accord\u00e9 un entretien \u00e0&nbsp;<em>La Libre<\/em>, poursuivi \u00e0 Lubumbashi, une semaine plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Prix Nobel vous ouvre les portes des palais, des chancelleries et des parlements, vous offre des tribunes pour porter votre message. Avec quel effet concret ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le changement que l\u2019on peut observer, c\u2019est que plus personne ne peut pr\u00e9tendre qu\u2019il ne sait pas ce qui se passe \u00e0 l\u2019est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo. Mais nous continuons au quotidien \u00e0 traiter les victimes de violences sexuelles et cette pratique n\u2019a pas cess\u00e9. Il n\u2019y a pas eu suffisamment d\u2019efforts pour enrayer ces atrocit\u00e9s qui se produisent souvent dans les zones rurales o\u00f9 il y a des conflits arm\u00e9s, mais \u00e9galement, et on le voit de plus en plus, dans les milieux urbains o\u00f9 il n\u2019y a pas de conflits.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre changement positif est qu\u2019aujourd\u2019hui, il y a un engagement pour que les malades puissent b\u00e9n\u00e9ficier des soins n\u00e9cessaires. Des protocoles ont \u00e9t\u00e9 mis en route et ils aident le malade \u00e0 pouvoir r\u00e9cup\u00e9rer sur le plan m\u00e9dical, sur le plan psychologique, sur le plan socio-\u00e9conomique nous essayons de faire de notre mieux, comme sur celui de la justice. Sur ce dernier plan, je dois souligner que nous avons cette impression que la justice militaire fait mieux que la justice civile. Nous voudrions que plus soit fait pour que les victimes n\u2019aient pas l\u2019impression d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9es. Ce qui nous marque terriblement, c\u2019est le silence assourdissant de la communaut\u00e9 internationale, alors qu\u2019il y a des crimes qui ont \u00e9t\u00e9 commis et continuent \u00e0 se commettre dans la r\u00e9gion qui peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de crimes de guerre ou de crimes contre l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que vous r\u00e9pondent les chefs d\u2019\u00c9tat t de gouvernement que vous rencontrez, quand vous demandez l\u2019application des recommandations du Rapport Mapping des Nations unies sur ls crimes de guerre commis en RDC et la mise en place d\u2019un Tribunal P\u00e9nal International (TPI) pour le Congo ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tous sont d\u2019accord sur le fait qu\u2019il faut une justice et lutter contre l\u2019impunit\u00e9. Il y a de l\u2019\u00e9motion par rapport \u00e0 ce qui se passe ici, mais elle n\u2019est pas suivie d\u2019actions concr\u00e8tes. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse. Si on reste au niveau de l\u2019\u00e9motion, rien ne va changer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Votre Prix Nobel a permis \u00e0 la communaut\u00e9 internationale de se donner bonne conscience puis de passer \u00e0 autre chose et d\u2019oublier la RDC ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne peux pas r\u00e9pondre \u00e0 leur place, mais quand je vois que ces crimes qui se commettent ne suscitent pas de la part de la communaut\u00e9 internationale les m\u00eames r\u00e9actions que par rapport \u00e0 d\u2019autres situations, il y a lieu de se poser des questions. Quand la Russie a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019agiter autour de l\u2019Ukraine, on a pu voir \u00e0 quel point le monde s\u2019engageait pour \u00e9viter l\u2019escalade de ce conflit. Malheureusement, l\u2019escalade s\u2019est produite, et on voit que les sanctions pleuvent de partout. Pendant ce temps, le pr\u00e9sident d\u2019un pays africain de la r\u00e9gion (le Rwandais Paul Kagam\u00e9), qui figure parmi les responsables des atrocit\u00e9s qui ont \u00e9t\u00e9 commises \u00e0 l\u2019est du Congo, annonce son intention de faire traverser la fronti\u00e8re \u00e0 ses troupes sans que cela ne suscite aucune r\u00e9action ni que la presse internationale n\u2019en pipe mot. Sur ce qui se passe en Afrique, tout le monde se tait. Nous avons la Monusco sur place qui ne dit rien. Le gouvernement congolais ne dit rien. L\u2019Onu ne dit rien, la communaut\u00e9 internationale se tait alors que des gens sont en train de mourir tous les jours. Les Congolais observent qu\u2019il y a deux poids deux mesures.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que doit \u00eatre la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat congolais dans ce travail pour obtenir la justice ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un TPI Congo peut s\u2019int\u00e9resser \u00e0 quelques cas, ceux qui sont consid\u00e9r\u00e9s comme les commanditaires des crimes. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, on aura besoin de chambres sp\u00e9cialis\u00e9es mixtes dans lesquelles on mettrait des juges congolais et \u00e9trangers ensemble pour commencer \u00e0 reconstruire la justice congolaise, qui a souffert de la dictature et de la guerre. On ne peut pas esp\u00e9rer que cette justice puisse se relever sans qu\u2019il y ait un appui. Les Congolais m\u00e9ritent la justice autant que n\u2019importe quel autre peuple. On ne parle pas de 10 000 morts, mais de millions de morts. J\u2019ai donn\u00e9 cet exemple d\u2019un parlementaire chef d\u2019une milice dont les membres se livraient \u00e0 des viols sur des enfants dans un village : le jour o\u00f9 la justice l\u2019a arr\u00eat\u00e9, les viols se sont arr\u00eat\u00e9s. Cela montre que la justice peut avoir un impact.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelles sont vos relations avec le pr\u00e9sident Tshisekedi ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai vu plusieurs fois. J\u2019attends toujours qu\u2019il \u00e9crive au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies pour demander l\u2019application du rapport Mapping. S\u2019il le fait et que c\u2019est le Conseil qui bloque, la soci\u00e9t\u00e9 civile peut encore poursuivre son plaidoyer, mais il y a un pas que nous, nous ne pouvons pas franchir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La majorit\u00e9 des violences sexuelles commises \u00e0 l\u2019Est du Congo sont le fait de milices arm\u00e9es, mais le ph\u00e9nom\u00e8ne se r\u00e9pand dans la population civile. Cela signifie-t-il que la population d\u2019un pays violent\u00e9 est condamn\u00e9e \u00e0 sombrer dans la violence ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des \u00e9tudes le d\u00e9montrent. Cette situation perdure depuis plus de vingt-cinq ans. Le grand probl\u00e8me, c\u2019est que lorsqu\u2019un enfant a vu son p\u00e8re d\u00e9capit\u00e9, a vu sa m\u00e8re viol\u00e9e, a v\u00e9cu des atrocit\u00e9s, quel exemple a-t-il eu pour ne pas commettre des viols ? Allez lui expliquer qu\u2019il doit respecter la m\u00e8re et le p\u00e8re d\u2019autrui, respecter la vie humaine. Et quand cela dure vingt-cinq ans, les enfants qui ont v\u00e9cu \u00e7a sont devenus des adultes. C\u2019est une responsabilit\u00e9 commune. On a vu la chose venir, on n\u2019a pas fait grand-chose pour arr\u00eater ce type de violences qui fait m\u00e9tastase dans la soci\u00e9t\u00e9. Le cas du Congo est diff\u00e9rent de beaucoup de pays o\u00f9 il s\u2019est pass\u00e9 des drames \u00e0 cause de la longueur du conflit. La Seconde Guerre mondiale a dur\u00e9 cinq ans, les guerres d\u2019ex-Yougoslavie une dizaine d\u2019ann\u00e9es, le Rwanda quatre mois\u2026 Au Congo, c\u2019est un quart de si\u00e8cle. Il y a une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re qui n\u2019a jamais connu la paix, qui a toujours v\u00e9cu la violence et qui ne sait plus faire la diff\u00e9rence entre les deux. C\u2019est extr\u00eamement dangereux, \u00e7a demande un travail de fond pour que les gens puissent encore vivre dans la stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Votre approche, pour les femmes survivances de violences sexuelles, s\u2019appuie sur quatre piliers : le pilier m\u00e9dical, le pilier psychosocial, le pilier socio-\u00e9conomique et le pilier justice. Faut-il ajouter un pilier \u201c\u00e9duquer et r\u00e9parer les hommes\u201d ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon discours, j\u2019insiste beaucoup sur la masculinit\u00e9 positive. Nous effectuons un grand travail par rapport aux femmes. Nous avons le pilier m\u00e9dical. Le pilier psychologique avec des \u00e9quipes qui utilisent tous les moyens, dont, de plus en plus, l\u2019art-th\u00e9rapie. C\u2019est quelque chose que nous faisions en Afrique depuis toujours. Quand il y avait des drames, les gens chantaient et dansaient. Je viens de voir trois femmes, qui sont dans un \u00e9tat de pauvret\u00e9 extr\u00eame. La derni\u00e8re a son appareil g\u00e9nital en lambeaux, donc elle sent mauvais, elle ne peut pas aller au march\u00e9, elle ne peut pas avoir une vie sociale\u2026 Nous travaillons pour qu\u2019\u00e9conomiquement, ces femmes puissent devenir autonomes. Et lorsqu\u2019elles le sont, elles sont en mesure de demander justice. C\u2019est une suite logique : on ne peut demander justice que quand on a le sens de la dignit\u00e9. Dans l\u2019\u00e9tat de pauvret\u00e9 dans lequel se trouvent les gens, ils ont l\u2019impression que cela ne sert \u00e0 rien, d\u2019autant qu\u2019ils peuvent mourir demain. La justice, pour ses femmes, ce n\u2019est pas se venger, mais pour que la soci\u00e9t\u00e9 les reconnaisse comme victimes et qu\u2019elles ne soient pas rejet\u00e9es. Nous avons des programmes de mutuelles de solidarit\u00e9, o\u00f9 nous mettons ensemble 25 femmes qui ont des affinit\u00e9s pour travailler ensemble, se soutenir mutuellement quand elles sont malades, quand il faut investir, quand se produit un \u00e9v\u00e9nement\u2026 On est en train de reconstruire un tissu social qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et les hommes ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(Il dessine deux ensembles repr\u00e9sentant chacun 50 % de la population).<\/em>&nbsp;Aujourd\u2019hui la difficult\u00e9, c\u2019est que parmi les hommes, il y a des bourreaux, mais aussi des victimes : les enfants n\u00e9s du viol ; les enfants qui ont vu leurs parents agress\u00e9s, ce sont des victimes. Si on travaille seulement ici (les femmes) sans s\u2019occuper de l\u00e0, cette violence va retourner l\u00e0. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019\u00e0 la Fondation Panzi, nous avons un programme Badilika, qui s\u2019adresse aux hommes. Badilika, \u00e7a veut dire changement. On peut changer ce paradigme violence, en changeant notre perception de la masculinit\u00e9. Parce que si elle devient synonyme de violence et de supr\u00e9matie, cela a des cons\u00e9quences tr\u00e8s n\u00e9fastes sur les 50 autres pour-cent de la population. Nous menons un travail tr\u00e8s actif pour aboutir dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une harmonie du genre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le service de votre h\u00f4pital d\u00e9di\u00e9 aux survivantes des violences sexuelles accueille \u00e9galement beaucoup de femmes qui souffrent de Prolapsus (descente d\u2019organes, comme la vessie, le rectum, les intestins\u2026), parfois tr\u00e8s jeunes. Qu\u2019est-ce que cela dit de la condition des femmes au Congo ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On voit effectivement un nombre \u00e9lev\u00e9 de jeunes femmes qui souffrent de prolapsus sans m\u00eame jamais avoir \u00e9t\u00e9 enceinte, qui se retrouvent avec leur ut\u00e9rus entre les jambes. C\u2019est parce qu\u2019elles ont, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de cinq ans, transport\u00e9 sur de longues distances de lourds bidons d\u2019eau de 10 ou de 20 litres. C\u2019est une forme de violence faite aux femmes que de leur demander de faire des travaux lourds, dans des conditions tr\u00e8s difficiles et qui finissent par endommager leurs organes g\u00e9nitaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il y a aussi les accouchements pr\u00e9coces et tr\u00e8s nombreux\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La petite de 16 ans que je viens de voir en consultation a commenc\u00e9 sa grossesse quand elle avait 15 ans. L\u2019accouchement, c\u2019est un traumatisme pour ces jeunes filles qui vont avoir un enfant alors qu\u2019elles sont elles-m\u00eames encore des enfants. On va les retrouver demain avec des prolapsus ou des fistules. Tout cela, ce sont des cons\u00e9quences de ces violences bas\u00e9es sur le genre, qui ne sont pas n\u00e9cessairement li\u00e9es au conflit lui-m\u00eame, mais \u00e0 un milieu o\u00f9 il n\u2019y a aucune consid\u00e9ration pour la femme. Nous travaillons \u00e0 amener les hommes \u00e0 laisser aux femmes la place qu\u2019elles m\u00e9ritent dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Personne n\u2019est \u00e9ternel. \u00cates-vous confiant dans le fait que ce que vous avez b\u00e2ti va perdurer ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas de boule de cristal. Ce que je peux vous dire, c\u2019est ce que j\u2019essaie de faire pour p\u00e9renniser l\u2019action. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 ici, j\u2019\u00e9tais le seul gyn\u00e9cologue. Aujourd\u2019hui, il y a une \u00e9quipe de gyn\u00e9cologues que j\u2019ai form\u00e9s, qu\u2019on a aussi envoy\u00e9s en Belgique, en France, qui se d\u00e9brouillent tr\u00e8s bien. Le fait que j\u2019aie des successeurs sur le plan technique est d\u00e9j\u00e0 une bonne chose. J\u2019ai form\u00e9 des femmes ici sur le plan du mod\u00e8le holistique de Panzi, qui viennent avec des id\u00e9es, comme cette coll\u00e8gue qui a cr\u00e9\u00e9 un protocole pour les accouchements des mineures. Toutes ces \u00e9quipes, je les vois en train d\u2019\u00e9voluer, de faire des recherches pour am\u00e9liorer le travail que nous faisons, et moi \u00e7a m\u2019encourage beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Votre action et votre plaidoyer font de vous un acteur politique\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(Il coupe)<\/em>. Non, un acteur de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>Une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle et des l\u00e9gislatives doivent normalement \u00eatre organis\u00e9es au Congo en 2023. \u00cates-vous tent\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de vous jeter dans la m\u00eal\u00e9e ? Ou pensez-vous que vous serez plus utile \u00e0 poursuivre votre action \u00e0 la place que vous occupez ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\">Si ce que je fais peut faire bouger les lignes, je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre l\u00e0 o\u00f9 je suis. Ce type de position politique n\u2019est jamais une fin en soi. L\u2019objectif, c\u2019est pacifier pour amener un d\u00e9veloppement durable et que chacun puisse vivre en paix chez lui. Mais les positions politiques ne sont pas une fin en soi. J\u2019aime ce que je fais, j\u2019aurais souhait\u00e9 que cela puisse amener le r\u00e9sultat final qui est la justice et la paix.<\/p>\n<div style=\"text-align:center\" class=\"wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend\">\n\t\t<a href=\"https:\/\/congokin.blog?action=genpdf&amp;id=7458\" class=\"pgfw-single-pdf-download-button\" ><img src=\"https:\/\/congokin.blog\/wp-content\/plugins\/pdf-generator-for-wp\/admin\/src\/images\/PDF_Tray.svg\" title=\"G\u00e9n\u00e9rer un PDF\" style=\"width:auto; height:45px;\"><\/a>\n\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Message de Denis Mukwege dans sa campagne pr\u00e9sidentielle : \u201cLe silence de la communaut\u00e9 internationale sur le Congo est assourdissant\u201d Dans&nbsp;Soci\u00e9t\u00e9 5 mars 2022 Olivier Le Bussy 173 Vues Entretien&nbsp;Olivier le Bussy (Photo&nbsp;Christophe Smets\/La Bo\u00eete \u00e0 images)\u00c0 Bukavu et \u00e0 Lubumbashi (RD Congo)Plus de trois ans apr\u00e8s avoir re\u00e7u le prix Nobel de la paix, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,6,8],"tags":[],"class_list":["post-7458","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-diplomatie","category-justice","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7458","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7458"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7458\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7460,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7458\/revisions\/7460"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7458"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7458"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congokin.blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7458"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}