POLITIQUE

RDC : les violences dans le Maï-Ndombe et l’ombre d’une « main noire »

Les affrontements inter-ethniques qui ont éclaté dans cette province de l’ouest du pays ont déjà fait plus de 150 morts, et font craindre un effet de contagion. Le président Félix Tshisekedi s’est dit convaincu que ces violences étaient instrumentalisées.

5 octobre 2022 à 09:07

Par Stanis Bujakera Tshiamala – à Kinshasa

Mis à jour le 5 octobre 2022 à 09:18

Le président Félix Tshisekedi a accordé une interview à France 24 et RFI en marge des travaux de l’Assemblée générale de l’ONU, le 23 septembre 2022. © Twitter Présidence RDC

Félix Tshisekedi n’y est pas allé par quatre chemins. Évoquant depuis New York, lors d’une interview accordée à RFI et France 24, les affrontements qui secouent la province du Maï-Ndombe, le président congolais a dénoncé les manœuvres d’une « main noire » qui, selon lui, cherche à « saboter » le bon déroulé des élections prévues à la fin de l’année prochaine. « Ce qui se passe dans l’Ouest aujourd’hui […] ressemble presque comme deux gouttes d’eau aux violences qu’on voit dans l’Est”, a-t-il ajouté, sans toutefois citer le nom de ceux qu’il tient pour responsables de ces exactions.

Contagion

La province, née en 2015 du démembrement du Bandundu, borde le Congo voisin et ne se situe qu’à quelques dizaines de kilomètres de la capitale. Est-ce pour cela que la situation préoccupe tout particulièrement le chef de l’État ? Depuis juin en tout cas, 150 personnes y ont été tuées et, la violence s’étant depuis étendue aux provinces voisines du Kwilu et du Kwango, près de 37 000 autres ont été déplacées. Des villageois, des enseignants et des chefs coutumiers ont été massacrés ; des membres des forces de sécurité envoyés sur place pour ramener le calme ont été pris en otage ; des maisons ont été incendiées et les écoles n’ont, bien sûr, pas rouvert leurs portes pour la rentrée scolaire.À LIRERDC-Rwanda : entre Tshisekedi et Kagame, comment Macron s’est imposé comme médiateur

La situation est telle que, le 26 août, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Daniel Aselo, s’est rendu dans la ville de Kwamouth, épicentre des violences lové sur la rive du fleuve Congo. Il en est revenu lui aussi convaincu que les affrontements étaient instrumentalisés. Mais lui non plus ne s’est pas avancé sur l’identité des présumés responsables.

À l’origine des affrontements, une querelle ancienne entre les Tékés et les Yakas, les deux principales ethnies de la région. Relancée en juin, sur fond de conflits pour l’accès à la terre, elle est née d’un désaccord sur le versement d’une redevance coutumière, les Yakas ayant accusé les Tékés, qui possèdent majoritairement la terre, d’avoir brutalement augmenté le montant du tribut à verser aux autorités traditionnelles. Les Yakas se sont alors soulevés, déterminés à remplacer les chefs coutumiers tékés. En représailles, ces derniers ont décidé de chasser les Yakas de leurs territoires. Lesquels ont réagi en prenant les armes… Et le tout a mené à la situation que l’on connaît.

Enquête

Reçus à Kinshasa par Daniel Aselo, les chefs coutumiers de la région ont tenté de trouver un terrain d’entente, sans succès pour l’instant. Des représentants de la société civile ont par ailleurs demandé l’ouverture d’une enquête pour que les responsables soient identifiés et jugés. Originaire du Kwilu, Adolphe Muzito, Premier ministre sous la présidence de Joseph Kabila, plaide lui aussi pour un retour au calme et mène, selon nos informations, des consultations parallèles, au risque de se voir reprocher d’en profiter pour essayer de renforcer son leadership régional.

S’ILS ONT CHOISI KWAMOUTH, C’EST PARCE QUE C’EST L’ENTRÉE DE KINSHASA !

Enfin, le 3 octobre, le président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso, s’est entretenu avec une délégation de représentants des provinces concernées – chefs coutumiers, autorités locales – pour tenter de trouver une issue à la crise. “Nous demandons au président de la République et aux autres autorités [de] prendre les décisions en temps et en l’heure. Pour moi, le pays est en guerre », a déclaré Rita Bola, la gouverneure du Maï-Ndombe à l’issue de l’entretien. Elle non plus n’a pas hésité à reprendre à son compte la thèse de l’instrumentalisation. « S’ils ont choisi Kwamouth, c’est parce que c’est l’entrée de Kinshasa, a-t-elle ajouté. Il faut agir, nous sommes infiltré, il y a une main noire ! Attaquons le problème à la source et sécurisons nos territoires.”

À Kinshasa, plusieurs sources mettent en garde contre un risque de propagation de la violence à la capitale. À les en croire, des quartiers comme ceux de Camp Luka et de Tshangu, peuplés principalement de Yakas et réputés proches de l’opposition, pourraient facilement s’embraser.

By Habari

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x