POLITIQUE
Crise entre la RDC et le Rwanda, coups d’État… Au cœur des premiers débats du sommet de l’OIF
Si l’inauguration officielle du 18ème sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), à Djerba, a eu lieu dans la matinée du 19 novembre, le coup d’envoi a été donné la veille, avec la traditionnelle conférence ministérielle. L’occasion pour les délégations d’aborder les dossiers sensibles du moment.
19 novembre 2022 à 11:48
Par Olivier Caslin – Envoyé spécial à Djerba
Mis à jour le 19 novembre 2022 à 11:48

Soixante-quatorze délégations étaient présentes pour cet évènement, dont le principal objectif est de préparer l’accord sur la future déclaration qui viendra clore le sommet dimanche soir. Le principal thème de la journée a porté sur la problématique de crise dans les pays francophones.À LIRESommet de l’OIF : Bongo Ondimba, Kagame, Ouattara… Les chefs d’État africains en force à Djerba
L’occasion de revenir sur la situation en Arménie et surtout en Ukraine, ce dernier pays ayant rang d’observateur auprès de l’OIF, ainsi que sur celle du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso, tous trois pays membres mais absents à Djerba. En plus de condamner fermement les coups d’État et les changements de Constitution qu’ont connus ces trois pays africains, les ministres ont tenté de réfléchir à la manière dont l’OIF pourrait participer à la résolution de ces crises, et avec quelle valeur ajoutée par rapport aux autres intervenants extérieurs.
« Ingérence du Rwanda »
La conférence a également longuement abordé la problématique d’Haïti, s’accordant pour proposer d’envoyer une mission au chevet de ce pays failli des Antilles.
La tension est montée d’un cran, lorsque Didier Mazenga Mukanzu, le ministre de l’Intégration régionale de la RD Congo, s’est formellement plaint « de l’ingérence du Rwanda » dans l’Est du pays, devant Vincent Biruta, le chef de la diplomatie rwandaise. Ce dernier s’est montré « attentif » selon les témoins, rappelant que la région des Grands Lacs est confrontée « à une problématique qui dure et qui doit trouver des solutions négociées ».À LIRERDC : Goma peut-elle à nouveau tomber ?
Désireux d’éviter l’affrontement et affichant une volonté claire de coopérer, les deux camps ont rappelé leur accord de principe à la mise en place d’une force régionale, composée de troupes burundaises, kenyanes et ougandaises. L’ensemble de ces différents sujets devrait faire l’objet de discussions lors du huis-clos qui se déroulera dans l’après-midi du 19 novembre, entre les chefs d’État et de gouvernement.
Macron écourte son séjour
Au niveau des VIP annoncés, le premier président à avoir posé le pied à Djerba le 18 novembre n’est autre que le chef de l’État tunisien, Kaïs Saïed, arrivé en fin d’après-midi sur l’île. Il s’est tout de suite rendu au village de la Francophonie, qu’il était censé inaugurer en personne le 13 novembre, avec la secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo. Selon certains de ses proches, le président tunisien aurait préféré repousser sa venue dans le Sud du pays, pour ne pas avoir à affronter les manifestations de la population, comme celle qui s’est déroulée à Zarzis, le 18 novembre, sur la question de l’immigration.
Les chefs d’État et de gouvernement sont ensuite arrivés au compte-gouttes jusqu’aux premières heures du 19 novembre, à l’instar d’Emmanuel Macron dont l’avion s’est posé à 6h40 ce matin. Attendu dans un premier temps hier soir, pour inaugurer le nouveau lycée Victor Hugo, ainsi que l’Alliance française de Djerba, le président français a donc préféré écourter son séjour.
En provenance directe de Bangkok, il doit repartir ce soir, dès la fin du huis-clos qui verra la reconduction, pour quatre années supplémentaires, de Louise Mushikiwabo, unique candidate à sa succession. Il prendra quand même le temps de s’entretenir en tête-à-tête avec la secrétaire générale de l’OIF, ainsi qu’avec ses homologues Kaïs Saïed et Évariste Ndayishimiye (Burundi), ou encore avec le Premier ministre canadien, Justin Trudeau.