POLITIQUE

RDC-Rwanda : entre Tshisekedi et Kagame, l’escalade verbale se poursuit

Paul Kagame avait accusé Félix Tshisekedi de profiter de la crise provoquée par la rébellion du M23 pour repousser l’élection présidentielle. Le dirigeant congolais l’accuse, en retour, d’être un « faiseur de guerre 

5 décembre 2022 à 14:30

Par Romain Gras

Mis à jour le 5 décembre 2022 à 14:30

Le chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi, le 3 décembre 2022. RDC 03.12.2022|. Kinshasa Le Chef de l’Etat,Félix Tshisekedi, a pris part le 3 décembre 2022, aux cérémonies couplées de clôture et d’ouverture de la 7è et 8è promotion de l’École Nationale d’Administration (ENA),qui se sont tenues dans l’auditorium de l’hôtel Fleuve Congo à Gombe © Présidence RDC

À chacun sa phrase choc. Voici plusieurs mois que Félix Tshisekedi et Paul Kagame font assaut d’invectives à mesure que la situation dans l’est de la RDC, où les rebelles du M23 combattent l’armée congolaise, se dégrade. Cette escalade verbale vient de franchir un nouveau seuil.À LIRERDC : face au M23, Félix Tshisekedi « chef de guerre » malgré lui

Le 3 décembre, devant un parterre de 250 jeunes venus des vingt-six provinces du pays, le président congolais a encore haussé le ton. « Le régime rwandais, avec Paul Kagame à sa tête, est l’ennemi de la RDC », a-t-il lancé, appelant ses compatriotes à ne pas considérer les Rwandais « comme des ennemis mais comme des frères qui ont besoin de notre solidarité pour nous débarrasser, et débarrasser l’Afrique, de ce genre de dirigeants rétrogrades ».

« À la place de Kagame, j’aurais honte ! »

Ce discours se veut une réponse directe aux propos que Paul Kagame a tenus quelques jours auparavant devant son Parlement. Le 30 novembre, lors de la cérémonie de prestation de serment de ses nouveaux ministres, le président rwandais s’est longuement épanché sur la crise qui oppose son pays à la RDC, rejetant à nouveau les nombreuses accusations de soutien aux rebelles du M23 dont il fait l’objet depuis des mois, notamment de la part du groupe d’experts de l’ONU.

Jusque-là relativement peu prolixe sur ce sujet, Paul Kagame y a consacré la majeure partie de son discours, insinuant notamment que Félix Tshisekedi entretenait cette crise dans le but de repousser les scrutins, prévus en décembre 2023. « Ce problème pourrait être résolu si un pays qui se dirige vers des élections [législatives et présidentielle] l’année prochaine n’essayait pas de créer les conditions d’une situation d’urgence pour que ces élections n’aient pas lieu », avait-il asséné.À LIRERDC-Rwanda : Kagame accuse Tshisekedi d’utiliser la crise du M23 pour retarder la présidentielle

« Si vous cherchez quelqu’un qui s’y connaît en matière de guerre, consultez-moi », a ajouté le président rwandais, répliquant aux propos que Félix Tshisekedi avait tenus dans le Financial Times, en juillet dernier – le chef de l’État congolais avait lors déclaré « ne pouvoir écarter la possibilité » d’une guerre avec le Rwanda.

« [Kagame] s’enorgueillit d’être un faiseur de guerre. Il en est fier ! Moi, à sa place, je me cacherais, j’aurais honte d’assumer le fait qu’on sème la mort et la désolation », a surenchéri Tshisekedi.

Massacre à Kishishe

Cette passe d’armes survient alors que se clôt, ce 5 décembre, le troisième round du dialogue avec les groupes armés, organisé dans le cadre du processus de médiation de Nairobi. Le M23 a été exclu de ces discussions dès la première session, en avril dernier. Son éventuel retour à la table des négociations fait, depuis, l’objet d’âpres discussions. Si, au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (East African Community, EAC, en anglais), qui dirige le processus de Nairobi, certains plaident pour un dialogue « inclusif », la RDC continue de s’opposer catégoriquement à une participation du M23.

Pour Kinshasa, une hypothétique participation des rebelles à ces pourparlers doit être soumise à plusieurs préalables, à commencer par le retrait du M23 des positions qu’il occupe actuellement et par le maintien d’un véritable cessez-le-feu. Il s’agit, en substance, des conclusions du dernier sommet organisé le 23 novembre à Luanda, à l’invitation de l’Angolais João Lourenço, médiateur pour le compte de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Après plusieurs jours d’accalmie, les affrontements entre l’armée congolaise et le M23 ont repris le 1er décembre.

https://youtube.com/watch?v=bBO7EeTpzKY%3Ffeature%3Doembed

Le 29 novembre, plusieurs dizaines de civils – au moins 120, selon le dernier bilan du gouvernement congolais – ont perdu la vie dans un massacre à Kishishe, en territoire de Rutshuru, à 70 km au nord de Goma, une zone sous contrôle des rebelles. L’armée et les autorités congolaises accusent le M23, qui, lui, parle d’ « allégations sans fondement ». Trois jours de deuil national ont été décrétés. Le bureau des droits de l’homme de l’ONU a, pour sa part, estimé que « ces atteintes graves aux droits de l’homme et ces violations du droit international humanitaire [pouvaient] constituer des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ».

By Habari

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x