POLITIQUE

M23 en RDC : dix choses à savoir sur Sultani Makenga, le fantôme du Kivu

Passé au sein de différentes rébellions au cours des 30 dernières années, le mystérieux « général » est toujours à la tête du M23, groupe armé de nouveau aux portes de Goma.

15 décembre 2022 à 09:18

Par Stanis Bujakera Tshiamala et Romain Gras

Mis à jour le 15 décembre 2022 à 09:18

Sultani Makenga, le mystérieux « général », est toujours à la tête du M23. © MONTAGE JA : ISAAC KASAMANI / AFP

DIX CHOSES À SAVOIR SUR –Depuis que le M23 a repris l’offensive dans l’est de la RDC, Sultani Makenga est à nouveau au centre de l’attention. Retour sur le parcours et la personnalité de ce leader rebelle visé par des sanctions de l’ONU.

1. Masisi

Nziramakenga Ruzandiza Emmanuel Sultan, dit Sultani Makenga, est né en décembre 1973. Sa famille est originaire du territoire de Masisi, dans l’actuelle province du Nord-Kivu. Tutsi de nationalité congolaise, il a fait ses études primaires et secondaires chez les adventistes au sein de l’école Kanyazi, mais a principalement grandi dans le territoire de Rutshuru.

2. Rebelle

Au début des années 1990, comme de nombreux jeunes tutsi congolais, Sultani Makenga rejoint le maquis du Front Patriotique Rwandais (FPR), dirigé par Paul Kagame, et combat au sein de cette rébellion qui mettra un terme au génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda.

Après avoir participé à la lutte au sein du FPR, Sultani Makenga intégrera successivement l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), rébellion dirigée par Laurent-Désiré Kabila mais soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, qui a renversé Mobutu en mai 1997. Il sera aussi de la lutte du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), à partir de 1998. Il est alors placé sous le commandement de James Kabarebe.

https://youtube.com/watch?v=bBO7EeTpzKY%3Ffeature%3Doembed

3. Nkunda

Le parcours de Makenga est profondément marqué par sa proximité avec Laurent Nkunda. Les deux hommes se rapprochent à partir de 2005, lorsque Nkunda commence à structurer ce qui deviendra officiellement, en juillet 2006, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Makenga est alors basé dans le Rutshuru. Il devient l’un des proches adjoints de Nkunda.

Après l’arrestation de ce dernier, en janvier 2009, le commandant du M23 sera la figure de proue des pro-Nkunda dans cette rébellion tiraillée entre ce premier clan et celui favorable à l’autre poids lourd de la rébellion, Bosco Ntaganda.

4. Brigade Bravo

Lors du « mixage » de l’armée, décidé en janvier 2007 par un accord informel entre les autorités congolaises et le CNDP, Makenga prend la tête d’une brigade nouvellement créée, la fameuse « Bravo », dont l’une des missions est de combattre les FDLR. Il est à la tête de cette unité lorsqu’il échappe à une embuscade visant son véhicule à Burumba, près de la frontière ougandaise.

5. Rwanda

Makenga a beau avoir combattu dans de nombreuses rébellions soutenues par Kigali, ses relations avec le Rwanda n’ont pas toujours été simples. Le 22 janvier, il est de la poignée d’officiers qui traversent la frontière en compagnie de Laurent Nkunda, alors invité par l’armée rwandaise. Le charismatique rebelle est arrêté. Ses accompagnants sont sommés d’intégrer l’armée. Furieux, Makenga franchit la frontière dans l’autre sens et tente de mobiliser les combattants contre cette décision.

L’idée d’affronter l’armée rwandaise ne prend pas et Makenga accepte l’intégration, formalisée par l’accord de paix du 23 mars 2009, dont la future rébellion tirera son nom. Il devient alors commandant adjoint des opérations dans le Sud-Kivu, l’un des plus hauts postes accordés à un combattant du CNDP. Nombre d’officiers pro-Nkunda le suivront. Il travaille alors en collaboration avec l’un des futurs poids lourds de l’armée : Delphin Kahimbi, décédé en février 2020.

6. Taiseux

À la différence de Laurent Nkunda, capable, selon l’un de ses interlocuteurs au début des années 2000, « de mélanger religion et guerre dans chacun de ses discours, comme s’il était investi d’une mission divine », Sultani Makenga, lui, est plus discret. Bien moins volubile que Nkunda, économe dans ses prises de parole, « c’est le genre de combattant qui vous répondra toujours en peu de mots, quelle que soit votre question », résume un diplomate onusien qui l’a rencontré à plusieurs reprises.

7. Ntaganda

La rivalité, née au sein du CNDP, entre Bosco Ntaganda – alias « Terminator » – et Nkunda persiste après l’assignation à résidence au Rwanda de ce dernier. Makenga devient le principal adversaire de Ntaganda, par ailleurs accusé par plusieurs ex-CNDP de favoriser des officiers de son sous-groupe ethnique, les Gogwe. Ces divergences s’amplifient au début des années 2010, alors que Kinshasa tente de disperser les ex-CNDP en dehors des Kivus et que l’approche des élections de 2011 fait craindre aux ex-rebelles une remise en question de l’accord de mars 2009.

Après plusieurs mutineries avortées, le M23 est formellement constitué le 6 mai 2012. Sultani Makenga en est l’un des principaux commandants. La rébellion se scindera en deux quelques mois plus tard, toujours du fait des divisions entre pro-Nkunda et pro-Ntaganda.

8. Sanctions

Le 13 novembre 2012, alors que le M23 a déjà pris le contrôle de nombreuses localités dont Bunagana, et qu’il se trouve aux portes de Goma, qui tombera quelques jours plus tard, Sultani Makenga est placé sous sanction de l’ONU et se trouve visé par une interdiction de voyager et le gel de ses avoirs. Le Trésor américain fait de même, l’estimant responsable « d’atrocités considérables contre la population de la RDC, notamment le recrutement d’enfants soldats, et de campagnes de violence contre les civils ». Après la défaite militaire du M23 et la signature d’un accord en décembre 2013, Makenga sera du contingent qui trouvera refuge en Ouganda.À LIRERDC – Sultani Makenga : « Plus de fédéralisme peut aider à résoudre les problèmes du Nord-Kivu »

9. Tshisekedi

Au début de son mandat, Félix Tshisekedi entreprend de solder la question du rapatriement des M23. Si un accord sur une feuille de route est conclu dès 2019 avec la frange cantonnée au Rwanda et dirigée par Jean-Marie Runiga, celle basée en Ouganda et présidée par Bertrand Bisimwa, mène aussi des discussions avec l’administration congolaise. Sultani Makenga lui-même a échangé directement, par téléphone, avec les équipes du Mécanisme de suivi de l’accord d’Addis-Abeba dirigé par Claude Ibalanky. Ce dernier était déjà lui-même engagé dans des pourparlers, en avril dernier à Entebbe, avec les proches de Makenge dont Bertrand Bisimwa.

Plusieurs membres de son équipe ont été logés pendant plusieurs mois à Kinshasa, travaillant directement avec l’ancien vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Gilbert Kankonde et le chef de la Maison civile du chef de l’État, Monseigneur Gérard Mulumba, l’oncle du président aujourd’hui décédé.

10. Fantôme

Si, dès le début de 2017, le commandant du M23 s’était redéployé avec un noyau dur de quelque 200 combattants dans les environs du Mont Sabyinyo, près de la triple frontière entre le Rwanda, l’Ouganda et la RDC, son entourage entretient aujourd’hui un épais brouillard sur sa localisation. À peine se contente-t-il de démentir, photo à l’appui, les rumeurs persistantes sur l’état de santé du rebelle de 48 ans.

Selon deux sources sécuritaires locales, Makenga passe une partie de son temps à Bunagana, conquise en juin dernier par les rebelles. « Il est sur l’espace sous notre contrôle », confirme juste Bertrand Bisimwa, président du mouvement. Selon un membre de l’entourage présidentiel qui suit ce dossier, Makenga possèderait aussi de vastes concessions en territoire de Rutshuru, en plus d’une résidence dans le quartier Himbi, à Goma.

By admin

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x