POLITIQUE
En RDC, colère contre Fally Ipupa, slogans anti-Macron et drapeaux russes
À deux jours de l’arrivée d’Emmanuel Macron en RDC, une manifestation a eu lieu devant l’ambassade de France à Kinshasa. Une mobilisation qui intervient au lendemain d’un accès de violence contre des biens de la star Fally Ipupa. Celui-ci s’était affiché au côté du président français.
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1 mars 2023 à 19:24
Par Jeanne Le Bihan
Mis à jour le 1 mars 2023 à 19:24

Une première voiture est complètement calcinée, la seconde a les vitres brisées. La façade garde les marques de l’incendie qui a sévi le 28 février dans l’une des résidences kinoises de l’artiste congolais Fally Ipupa, non loin du Palais de Marbre. Sur les hauteurs de Ngaliema, quartier cossu de la capitale qui abrite de luxueuses demeures, la maison et les SUV haut de gamme du chanteur dont le dernier album est sorti en décembre ont été pris d’assaut.
« Collabo »
Un accès de violence qui intervient au lendemain de la réception de « Fally » à l’Élysée. Comme en témoigne un cliché publié par le chanteur où on le voit en compagnie du président français dans le salon Pompadour, celui-ci faisait partie des personnalités invitées par Emmanuel Macron lors de son discours de politique africaine, prononcé ce lundi 27 décembre. Le président français y a annoncé sa « nouvelle » vision de ses relations avec le continent, juste avant de s’envoler pour une nouvelle tournée. Ce mercredi, il est attendu à Libreville puis ira à Luanda, Brazzaville et… Kinshasa.
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En RDC, plus les heures passent, moins le président français semble être le bienvenu. Sur les réseaux sociaux, certains internautes congolais ont accusé la star d’être un « esclave volontaire » ou un « collabo ». « Ils vont t’utiliser pour faire danser les Congolais pendant qu’ils pillent vos richesses », affirme un utilisateur de Twitter.
Fally Ipupa, qui réside principalement en banlieue parisienne, n’a pas commenté les actes de vandalisme, et a partagé, depuis, la date de son prochain concert à Kinshasa ; les internautes qui évoquaient l’incident sous sa précédente publication applaudissent à présent sa venue.
Manifestations contre la France
Si, en quelques heures, l’animosité envers la superstar congolaise semble avoir quasiment disparu, la contestation contre la France, elle, est toujours bien vivante. Ce mercredi, devant l’ambassade de France à Kinshasa, une centaine de jeunes ont manifesté, drapeaux russes à la main, contre la venue du président français, attendu vendredi. Les refrains entonnés laissent peu de place au doute : « Macron, assassin, Poutine, au secours », ou « les Congolais disent non à la politique de la France ». « On n’a plus besoin de la France, nous souhaitons collaborer avec des partenaires fiables comme la Russie ou la Chine », explique Bruno Mimbenga, l’un des activistes à l’origine du rassemblement, interrogé par l’AFP.À LIRELa nouvelle stratégie africaine d’Emmanuel Macron à l’épreuve du terrain
Même les autorités congolaises ont fait part de leur défiance. Fait rare à deux jours d’une visite officielle d’un chef d’État étranger, Christophe Lutundula, le ministre des Affaires étrangères congolais, a critiqué les propos tenus par Emmanuel Macron lors de son discours du 27 février. Il a vivement regretté que Paris ne condamne pas fermement le Rwanda, qu’il accuse de soutenir activement la rébellion du M23 depuis sa résurgence en novembre 2021.
Dans son discours, Emmanuel Macron a déclaré que l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC « ne se discutent pas ». Des propos jugés « pas du tout » suffisants par Christophe Lutundula, interrogé sur France 24 ; mais bien plus mesurés que ceux de Chrysoula Zacharopoulou, secrétaire d’État française à la francophonie qui avait déclaré en décembre dernier à Kinshasa que « le Rwanda, car il faut le nommer, doit cesser ce soutien au M23 ».