Cyril Ramaphosa et Félix Tshisekedi tentent un rapprochement à Kinshasa

Le président sud-africain a effectué les 5 et 6 juillet une visite en RDC. L’occasion de resserrer les liens avec son homologue congolais, à l’heure où ce dernier se montre critique envers certains de ses partenaires est-africains de l’EAC.

7 juillet 2023 à 13:18

Par Romain Gras

Mis à jour le 7 juillet 2023 à 13:18

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, en compagnie du président congolais, Félix Tshisekedi, à Kinshasa, le 6 juillet 2023. © Justin Makangara/Reuters

« Créer un axe Pretoria-Kinshasa qui aura des résultats positifs sur toute la région d’Afrique australe », tel est l’objectif affiché par Félix Tshisekedi en conférence de presse le 6 juillet, à Kinshasa. Aux côtés du président congolais tandis qu’il s’exprimait, se tenait son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, arrivé la veille pour une visite qui est loin d’être anodine dans le contexte sous-régional actuel.

Large délégation

Alors que le conflit entre la RDC et le Rwanda a exacerbé la méfiance dans la sous-région et au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), le président congolais a entrepris ces derniers mois de resserrer ses liens avec un autre bloc régional, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont Pretoria est l’un des piliers.À LIREEn RDC, Jean-Pierre Bemba joue à quitte ou double

Cyril Ramaphosa, qui avait été précédé par neuf de ses ministres, est arrivé à Kinshasa le 5 juillet. Accueilli sur le tarmac par le Premier ministre congolais, Sama Lukonde Kyenge, il a commencé par rencontrer une première fois Félix Tshisekedi avant d’assister, le lendemain, à la présentation des conclusions de la commission mixte RDC–Afrique du Sud. Le gouvernement congolais était lui aussi très largement représenté, avec pas moins de douze ministres conviés à des discussions centrées, pour l’essentiel, sur le commerce et la sécurité.

Inga, batteries électriques

Le rapport de cette commission résume cinq jours de discussions (1-6 juillet) entre les deux délégations. Il évoque plusieurs pistes de collaboration.

Ainsi, dans le domaine économique, Pretoria continue de suivre de près l’avancée – laborieuse – du projet de mégabarrage hydroélectrique du Grand Inga. « L’Afrique du Sud a exprimé son intérêt et son engagement à intervenir [dans ce projet] », s’est réjoui Félix Tshisekedi. La ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Naledi Pandor, a insisté lors du point presse sur l’importance de ce barrage pour les deux pays, et Pretoria s’est déjà positionné pour obtenir une part de l’électricité qui sera produite par la phase 1 du projet, mais celui-ci patine.

Dans le domaine de l’industrie minière, Kinshasa et Pretoria ont échangé autour d’un projet d’accord sur le développement d’une chaîne de valeur dans le domaine des batteries pour véhicules électriques. L’hypothèse d’une collaboration entre l’African Exploration Mining and Finance Corporation, entreprise minière contrôlée par l’État sud-africain, et la Gécamines a également été évoquée. Plusieurs pistes sont aussi sur la table dans le domaine aérien, avec notamment une possible coopération entre la Airports Company South Africa (ACSA) et la Régie des voies aériennes (RVA).

« Nous n’avons pas demandé l’aide de la SADC »

Mais l’un des principaux sujets abordés par Tshisekedi et Ramaphosa est d’ordre sécuritaire. Cette visite du président sud-africain intervient en effet dans un contexte de rapprochement entre la RDC et les pays de la SADC, tandis que Félix Tshisekedi ne masque plus son agacement vis-à-vis de la force régionale de l’EAC (EACRF), dont il regrette qu’elle n’adopte pas un mandat offensif.

Alors que le conflit avec les rebelles du M23, accusés d’être soutenus par le Rwanda, semble s’être enlisé et qu’une reprise des hostilités inquiète la sous-région, le dirigeant congolais tente d’avancer ses pions au sein de l’organisation d’Afrique australe. Le 8 mai, la SADC a validé le déploiement de troupes dans l’est de la RDC, sans toutefois donner plus de détails sur la composition du contingent en question ni sur son calendrier d’arrivée. En outre, l’Afrique du Sud fournit déjà des hommes à la brigade d’intervention de la Monusco.À LIREL’Afrique australe promet de déployer des troupes dans l’est de la RDC

« Nous n’avons pas demandé l’aide de la SADC, [mais] au sein de la communauté, il y a un devoir de solidarité », a assuré Félix Tshisekedi, qui a toutefois sous-entendu que ce déploiement ne serait pas immédiat. « La force de l’EAC est là, il faut d’abord observer, voir comment elle va se comporter. La SADC est donc en attente et à la disposition de la RDC pour intervenir à tout moment. » « Nous serons toujours prêts à soutenir la RDC », a pour sa part affirmé Cyril Ramaphosa.

Le mandat de l’EACRF court pour le moment jusqu’au 8 septembre. Mais Félix Tshisekedi s’est montré très critique ces derniers mois, ouvrant à plusieurs reprises la porte à un départ des troupes est-africaines.

Dialogue

Le conflit avec le M23, lui, est toujours dans l’impasse. « Nous sommes d’accord pour dire que la meilleure façon de résoudre un conflit est de s’asseoir et de négocier, a expliqué Cyril Ramaphosa. Le président Tshisekedi ne pourrait jamais être contre le fait de résoudre [un différend] par cette méthode. »À LIREEn RDC, le déploiement de la force régionale suffira-t-il à résoudre la crise ?

En réponse, Félix Tshisekedi a assuré qu’il n’avait jamais été contre le fait de discuter avec le Rwanda, mais que le problème était que ce dernier ne reconnaissait pas son implication aux côtés du M23. Le président congolais a aussi réaffirmé son refus de discuter avec les rebelles, qu’il a qualifiés de « pantins ».

Dans le domaine de la défense, la commission mixte a évoqué différentes pistes de coopération, notamment au niveau de la formation. « Nous envisageons même un accord bilatéral », a assuré Félix Tshisekedi.

Base arrière

Au début de son mandat, le président congolais avait clairement fait du rapprochement avec ses voisins de l’Est une priorité. Au cours de ses six premiers mois au pouvoir, il s’était ainsi rendu au Rwanda, en Ouganda, en Tanzanie et au Burundi, délaissant quelque peu la partie sud du continent.À LIREFace à Félix Tshisekedi, Joseph Kabila renfile les gants

Pretoria a aussi été longtemps regardé avec méfiance parde  une partie l’entourage de Félix Tshisekedi du fait des liens privilégiés qu’entretiennent nombre de pontes de l’ère Kabila – et Joseph Kabila lui-même – avec l’Afrique du Sud.

De fait, l’ancien président congolais y dispose de plusieurs points d’attache et s’y rend régulièrement, de même que plusieurs de ses proches. Certains, comme son ancien conseiller diplomatique Kikaya Bin Karubi, y réside même.

Les déplacements à répétition du raïs Afrique australe avaient d’ailleurs fini par alerter les services de sécurité congolais, convaincus qu’une tentative de déstabilisation était en gestation dans le camp kabiliste. Au début de l’année 2022, les autorisations de vol de l’ex-président avaient été suspendues.

By Habari

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