POLITIQUE

En RDC, Matata Ponyo Mapon ou la stratégie de l’évitement

Sitôt ouvert ce 21 août devant la Cour constitutionnelle, le nouveau procès de l’ancien Premier ministre de Joseph Kabila a été renvoyé au 4 septembre. Le principal accusé, qui dénonce un complot politique et pointe la responsabilité du chef de l’État, Félix Tshisekedi, était absent.

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21 août 2023 à 17:46

Par Stanis Bujakera Tshiamala – à Kinshasa

Mis à jour le 21 août 2023 à 17:46

Augustin Matata Ponyo, alors Premier ministre de RDC, à Kinshasa, le 13 avril 2015. © FEDERICO SCOPPA/AFP

Sans surprise, Matata Ponyo Mapon n’est pas venu. C’est par ses avocats que l’ancien Premier ministre de Joseph Kabila a choisi de se faire représenter, ce lundi 21 août, à l’ouverture de son procès – le deuxième – devant la Cour constitutionnelle. Il est accusé de détournements de fonds dans l’affaire du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo. L’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Déogratias Mutombo, et le Sud-Africain Christo Grobler ont en revanche fait le déplacement pour assister à cette audience retransmise en direct sur la RTNC. Sitôt ouvert toutefois, le procès a été renvoyé au 4 septembre, la Cour estimant que les prévenus Matata Ponyo Mapon et Christo Grobler n’avaient pas été saisis de manière conforme à ce que prévoient les textes.À LIRERDC : ce qu’il faut savoir sur le procès Matata Ponyo et l’affaire Bukanga Lonzo

L’Inspection générale des finances (IGF), déjà à l’origine du premier procès (lequel avait été vite refermé puisque la Cour s’était déclarée incompétente), affirme que plus de 205 millions de dollars – sur les 285 décaissés par le Trésor public en 2014 pour le projet Bukanga Lonzo – ont été détournés. À l’époque, Joseph Kabila était au pouvoir et Matata Ponyo Mapon officiait comme chef du gouvernement.

Revirement

Aujourd’hui, la Cour a changé d’avis et s’estime finalement compétente. Elle a renoncé à poursuivre les anciens ministres Wivine Mumba et Patrice Kitebi. En revanche, le nouvel acte d’accusation s’intéresse à Deogratias Mutombo, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent.

Selon le Parquet, entre 2013 et novembre 2016, Matata Ponyo Mapon et le dirigeant de la société Africom Commodities, Christo Grobler, ont « détourné par plusieurs moyens, notamment par l’octroi d’avantages financiers, la surfacturation, la constitution de sociétés-écran, le détournement des procédures et la non-exécution des travaux d’aménagement de la route du site et de la construction des écoles de formation et d’autres ouvrages, une somme de près de 116 millions de dollars américains ».À LIREPrésidentielle en RDC : Matata Ponyo Mapon trace sa route… malgré les doutes

Matata Ponyo Mapon et Deogratias Mutombo, qui est resté proche de Joseph Kabila, sont en outre accusés « dans les mêmes circonstances de lieu et de temps », d’avoir détourné 89 millions de dollars destinés à « la construction du marché international de Kinshasa. » Face à ces accusations qu’il récuse, Matata Ponyo Mapon s’est attaché les services des mêmes avocats que ceux qui l’ont défendu lors de son premier procès, emmenés par le professeur de droit pénal Raphaël Nyabirungu, qui a notamment défendu les intérêts de François Beya, l’ancien conseiller spécial de Félix Tshisekedi, et Vital Kamerhe, ex-directeur de cabinet du chef de l’État.

Retranché dans son fief

Retranché à Kindu dans la province du Maniema, son fief électoral, l’ancien Premier ministre, qui s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle du 20 décembre prochain, n’a pas renoncé à ses activités politiques et demeure en contact étroit avec ses partenaires de l’opposition que sont Moïse Katumbi et Delly Sesanga, qui briguent eux aussi la magistrature suprême. Toujours actif sur les réseaux sociaux et via sa société de conseil Congo Challenge, il continue de reprocher au chef de l’État d’être à l’origine de ses démêlés judiciaires.À LIREDieudonné Kamuleta : « Je ne suis pas proche de Félix Tshisekedi »

À ses visiteurs du soir, il se plait ainsi à raconter qu’il a plusieurs fois été approché par des envoyés de Félix Tshisekedi (il cite volontiers les noms de Nicolas Kazadi et Jean-Claude Kabongo), lesquels l’auraient incité à rejoindre l’Union sacrée. « Chose que j’ai rejetée et c’est la raison de ma misère », explique Matata Ponyo Mapon.

Complicité

Élu sénateur lors des derniers scrutins, il ne cesse de dénoncer le rôle que jouent, selon lui, le président de la Chambre haute, Modeste Bahati Lukwebo, et le procureur général près la Cour constitutionnelle. Contacté par Jeune Afrique, il évoque un « complot » et dénonce « la complicité d’un haut magistrat ». « Comment le procureur peut-il demander au bureau du Sénat la levée des immunités d’un sénateur alors que la plénière s’est déjà prononcée contre ? C’est de la tricherie ! Comment peut-il se permettre de coaliser avec le président du Sénat contre un justiciable en violation flagrante du sacro-saint principe de séparation des pouvoirs entre les différentes institutions ? »

« L’unique façon de laver son nom pour Matata qui s’est compromis, c’est devant la justice », rétorque un proche de Modeste Bahati Lukwebo. « Il doit arrêter de voir le président de la République derrière ses ennuis, conclut une source dans l’entourage de Félix Tshisekedi. Il ne constitue pas une menace pour le chef. »

By Habari

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