En RDC, Christophe Lutundula face à la grogne de diplomates
Dans un mémo, cinq diplomates de carrière élevés à la dignité d’ambassadeurs accusent le ministre des Affaires étrangères de bloquer leurs affectations. Des accusations rejetées en bloc par l’intéressé.

- Jeune Afrique
Publié le 7 novembre 2023Lecture : 3 minutes.
Le 10 novembre 2021, le président congolais Félix Tshisekedi avait élevé à la dignité d’ambassadeurs vingt-trois diplomates de carrière. Deux ans plus tard, alors que seulement huit d’entre eux ont été affectés dans des chancelleries, les autres s’impatientent et le font savoir. Dans un mémo au vitriol envoyé le 10 octobre au vice-Premier ministre chargé des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, que Jeune Afrique a pu se procurer, cinq d’entre eux ont détaillé leurs revendications.
« Situation délétère »
Tout au long des sept pages de ce document, ils accusent le ministre de bloquer leurs affectations, de faire preuve de « tribalisme, clientélisme ou népotisme » dans les différentes promotions, ou encore d’entretenir un climat malsain dans les rangs de la diplomatie.
« Des raisons qui bloqueraient nos affectations sont ignorées, des critères pour prioriser nos huit autres collègues ne sont pas non plus précisés mais nous constatons seulement, et avec regret, qu’aucun ambassadeur de la République originaire de la partie Ouest du pays n’a été à ce jour affecté, et que le critère constitutionnel de la géopolitique nationale a été superbement ignoré », écrivent-ils. Les cinq signataires font également remarquer que deux des huit ambassadeurs affectés sont du Sankuru, la province d’origine de Christophe Lutundula.A lire :
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Par ailleurs, dénonçant une « situation délétère » au sein de l’administration diplomatique, ils font référence à la suspension par le ministre du secrétaire général aux Affaires étrangères, Daniel Makiese Mwana wa Nzambi, le 4 octobre. Dès le lendemain, ce dernier s’était empressé d’écrire au Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge afin de se plaindre d’un « harcèlement permanent » et de « menaces récurrentes de suspension » pour s’être opposé à des « irrégularités criantes » dans les affectations ou encore les promotions. Il avait aussi dénoncé le fait que la majorité des agents mutés à l’étranger proviendrait d’une seule tribu.
Groupe de soutien au ministre
Contacté par Jeune Afrique, Christophe Lutundula rejette toutes ces accusations, soulignant qu’être élevé en dignité d’ambassadeur est strictement honorifique et ne confère aucun avantage. Le chef de la diplomatie se garde de commenter des actes administratifs qui relèvent, selon lui, du fonctionnement interne de son ministère, prenant quand même soin de nous transmettre une copie d’une note attribuée à un autre groupe d’ambassadeurs élevés en dignité qui lui témoignent « reconnaissance et soutien », et dont il souhaite préserver l’anonymat.
Ce document de huit pages daté du 27 octobre réplique point par point aux cinq autres ambassadeurs. S’appuyant sur l’ordonnance-loi du 16 novembre 1978, les signataires, parmi lesquels le directeur de cabinet du ministre, martèlent que « l’élévation à la dignité d’ambassadeur ne conduit pas automatiquement à la nomination ou envoi en poste avec ce titre ».
« Propos diffamatoires »
Dans ce cas, comment expliquer l’affectation de huit d’entre eux depuis 2021 ? « La carrière est individuelle. Il en est de même de l’affectation des ambassadeurs qui relève du pouvoir discrétionnaire du chef de l’État », répondent-ils, accusant les signataires du premier mémo de « violation flagrante du devoir de réserve », et d’être les auteurs de « propos diffamatoires, avec des écarts de langage et même des menaces ».A lire :
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Les accusations de clientélisme et de népotisme visant le ministre sont à leurs yeux des « contre-vérités » qui ne visent qu’à « saper l’image de l’État et de sa diplomatie ». « Actuellement, au sein de l’administration des Affaires étrangères, il y a seize directions […]. Sur les seize directeurs, il n’y a que deux ressortissants de la province du Sankuru, trois sont du Sud-Kivu, trois du Kasaï, trois de l’ancien Bandundu, deux du Kongo central, à l’instar du secrétaire général suspendu, un du Nord-Ubangi, un du Haut Katanga et un de la Tshopo. »
Enfin, au sujet de la suspension du secrétaire général aux Affaires étrangères Daniel Makiese Mwana wa Nzambi, Christophe Lutundula précise que la procédure disciplinaire suit normalement son cours. Le groupe d’ambassadeurs qui le soutient reconnaît dans son courrier le droit « en tant qu’autorité immédiatement supérieure », de suspendre le secrétaire général et de transmettre son dossier à la Fonction publique lorsque la sanction proposée dépasse ses prérogatives.