« Contrat du siècle » en RDC : ce que la Chine a dû remettre au panier
Après huit mois d’âpres discussions avec la partie chinoise, le gouvernement congolais, qui dénonçait un accord déséquilibré, a réussi notamment à arracher la révision à la hausse de l’enveloppe dévolue aux infrastructures.

Publié le 31 janvier 2024Lecture : 3 minutes.
Félix Tshisekedi ne pouvait s’attendre à mieux pour lancer son second mandat à la tête de la RDC. Le 19 janvier, à la veille de la réinvestiture du chef de l’État, un accord a été trouvé entre le gouvernement congolais et le Groupement d’entreprises chinois (GEC) dans le cadre des renégociations du « contrat du siècle », conclu en 2008 et qui prévoit l’octroi de gisements de cobalt et de cuivre à une coentreprise baptisée Sicomines en échange d’investissement chinois dans les infrastructures du pays.
Le montant global d’investissements pour les infrastructures, principalement les routes nationales, passe ainsi de 3 à 7 milliards de dollars, selon l’accord trouvé entre le gouvernement congolais et la partie chinoise. Ce nouvel avenant, le cinquième en quinze ans, stipule que l’État congolais doit bénéficier de 324 millions de dollars par an pour des projets d’infrastructures sur une période de quinze ans. Et exceptionnellement pour 2024, le montant à débloquer doit être de 624 millions de dollars.
Le président congolais peut ainsi espérer honorer ses engagements à « l’épineuse question du désenclavement de [nos] territoires », comme il l’a souligné dans son discours d’investiture, le 20 janvier, au Stade des martyrs.A lire :
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En juin 2023, à son retour d’un premier voyage à Pékin, d’âpres discussions ont été engagées entre les parties congolaise et chinoise pour la renégociation de ce contrat. Plus de 120 délégués issus de la présidence de la République, des ministères des Finances, ainsi que de ceux du Budget, des Mines, de la Justice, des Infrastructures, des Travaux publics et du Commerce extérieur, mais aussi des représentants des différents services administratifs et régies financières ont porté la voix de la RDC dans ces discussions. La partie chinoise, elle, était composée d’une vingtaine de délégués.
7 000 kilomètres de routes
Au bout du compte, la partie congolaise, qui exigeait 20 milliards de dollars, s’est contentée de ces 7 milliards de dollars, tandis que les parts de la Gécamines n’ont pas été revues à la hausse, a contrario de la part de la RDC dans la gestion du barrage hydroélectrique de Busanga, dans la province du Lualaba, qui, elle, a été augmentée, passant de 25 % à 40 %. La société nationale bénéficiera tout de même de royalties à hauteur de 1,2 % du chiffre d’affaires annuel et sera aussi chargée de la commercialisation de 32 % de la production annuelle de la Sicomines.A lire :
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Kinshasa peut-elle se montrer satisfaite ? « Si nous avons accepté de signer ce contrat, c’est que nous nous y retrouvons », confie à Jeune Afrique Jules Alingete Key, qui a participé à toutes les discussions. Et de poursuivre : « Imaginez construire 7 000 kilomètres de routes pour ce pays, c’est énorme. Mais avons-nous obtenu le maximum ? Cela, je ne peux le dire. »
Des investissements très déséquilibrés
Baptisée à l’époque « contrat du siècle », cette convention signée sous la présidence Joseph Kabila prévoyait le troc du cuivre et du cobalt congolais – extraits par la société sino-congolaise (Sicomines), détenue à 68 % par le Groupe d’entreprises chinoises et à 32 % par la Gécamines – contre la construction d’infrastructures, à hauteur de 9 milliards de dollars. Un montant qui avait été revu entretemps à 3 milliards de dollars, mais que Jules Alingete Key, directeur de l’Inspection générale des finances (IGF) avait considéré comme « inacceptable » à partir de 2021.A lire :
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Si, à la suite de cet accord, la Chine est devenue le premier destinataire des exportations minières congolaises, la RDC, elle, n’y trouvait jusqu’ici pas encore son compte. Dans un rapport commandé par Félix Tshisekedi et publié le 15 février 2023, l’Inspection générale des finances (IGF) a indiqué que la RDC n’a bénéficié depuis quinze ans que de 822 millions de dollars d’infrastructures contre plus de 10 milliards de dollars pour la partie chinoise. Le document dénonçait également des surfacturations dans certains projets, pouvant atteindre plus de 400 millions de dollars sur les 822 millions décaissés jusqu’ici pour les infrastructures. Des chiffres « irréalistes » avait répliqué la partie chinoise. Le service de contrôle rattaché à la présidence de la République avait par ailleurs estimé que les parts de la Gécamines au sein de la Sicomines auraient été sous-évaluées.A lire :
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Depuis mars 2022, un décret du Premier ministre a remplacé le Bureau de coordination et de suivi du programme sino-congolais, alors dirigé par Moïse Ekanga – un proche de Joseph Kabila en charge notamment des projets d’infrastructures dans le cadre de ce contrat –, par l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration entre la RDC et ses partenaires privés (APCSC). Cette dernière, dirigée par Freddy Shembo Weloli, sera appelée à gérer les prochains projets qui seront financés par la Sicomines. « Les Congolais qui ont signé et géré au départ cette convention n’étaient pas des enfants de chœur. La preuve, ils se sont tous enrichis », dénonce Jules Alingete Key.