À Addis-Abeba, Félix Tshisekedi et Paul Kagame irréconciliables

La tension est encore montée d’un cran en marge du sommet de l’Union africaine, après que la RDC a accusé le Rwanda d’avoir mené une attaque aérienne contre l’aéroport de Goma.

Le président angolais, João Lourenço, quitte le lieu d’un mini-sommet sur la paix et la sécurité dans l’est de la RDC, en marge de la 36e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, le 17 février 2023. © AMANUEL SILESHI/AFP
Le président angolais, João Lourenço, quitte le lieu d’un mini-sommet sur la paix et la sécurité dans l’est de la RDC, en marge de la 36e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, le 17 février 2023. © AMANUEL SILESHI/AFP
Manon Laplace

Publié le 19 février 2024Lecture : 4 minutes.

L’heure n’est toujours pas à l’apaisement entre la RDC et le Rwanda. En marge du sommet des chefs d’État de l’Union africaine (UA) pourtant, ces 17 et 18 février, la médiation angolaise a bien tenté de réunir les parties autour de la table. Sans succès.

Rencontre avortée

Convoqué dans la soirée du 16 février par le président João Lourenço, le sommet extraordinaire sur la situation dans l’est de la RDC a tourné court. Étaient pourtant conviés Félix Tshisekedi et Paul Kagame, ainsi que les présidents kényan, William Ruto, et sud-africain, Cyril Ramaphosa. Selon plusieurs diplomates d’Afrique centrale présents dans la capitale éthiopienne, le président angolais a été contraint d’interrompre le rendez-vous, un peu plus d’une heure après son début.

En cause ? Une passe d’armes entre les chefs d’État rwandais et congolais, dont les relations se sont considérablement détériorées ces derniers mois, sur fond d’accusations mutuelles. La RDC affirme que le Rwanda soutient les rebelles du M23, actifs notamment dans les territoires de Rutshuru et Masisi – une accusation étayée par plusieurs rapports du groupe d’experts de l’ONU mais que le Rwanda a longtemps démentie. Ce dernier reproche – et de longue date – à la RDC de collaborer avec les anciens génocidaires des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

A lire :

Félix Tshisekedi sera-t-il contraint de négocier avec le M23 ?

« Il était sans doute prématuré de penser pouvoir asseoir les deux parties autour d’une même table », concède un diplomate d’Afrique centrale. Les efforts de Luanda se sont tout de même poursuivis dans la matinée du 17 février, puisque João Lourenço a reçu, séparément cette fois, Paul Kagame et Félix Tshisekedi.

Échanges bilatéraux

Ces rencontres, dont rien n’a filtré, ont été suivies de près par Molly Phee, la « Madame Afrique » du président Joe Biden, qui a fait le déplacement jusqu’à Addis-Abeba. Ces derniers mois, les États-Unis se sont impliqués dans le dossier RDC-Rwanda. Fin 2023, la médiation américaine a permis d’aboutir à un cessez-le-feu de deux semaines. En janvier 2024, achevant une tournée africaine à Luanda, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a également évoqué les contours d’une médiation entre Kigali et Kinshasa.

A lire :

M23 en RDC : derrière le cessez-le-feu, la délicate facilitation des États-Unis

À Addis-Abeba, Molly Phee a, elle aussi, mené plusieurs consultations. Dimanche 18 février, elle s’est entretenue avec le président Tshisekedi. « J’ai voulu réitérer la position américaine qui vise à trouver un règlement pacifique pour éviter la guerre », a-t-elle déclaré à la sortie de l’audience.

Un voeu pieux ? Alors que les rebelles du M23 progressent autour de la ville de Saké, la tension est encore montée d’un cran après que l’aéroport de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, a été la cible d’une frappe de drone dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17.

« Une défense aérienne totale »

L’armée congolaise a immédiatement accusé le Rwanda d’être derrière cette attaque aérienne, qui a touché un avion civil. Dans un communiqué publié le 18 février, Kigali a mis en avant la nécessaire « protection des droits et des vies des Tutsi congolais » et reconnu avoir « adapté sa position [en réponse aux déclarations belliqueuses de Félix Tshisekedi] notamment via des mesures visant à assurer une défense aérienne totale du territoire rwandais ».

A lire :

Face au M23 en RDC, la SADC ira-t-elle au front ? 

Et alors que les États-Unis ont « condamné fermement l’aggravation de la violence dans l’est de la RDC causée par les actions du groupe armé M23, soutenu par le Rwanda » (ces mots sont ceux de Matthew Miller, porte-parole du département d’État américain), le Rwanda a regretté – toujours par voie de communiqué – que cette déclaration « offre une image profondément tronquée de la réalité ». Il a affirmé qu’il demanderait « des précisions au gouvernement américain pour savoir si [cela] représente un tournant dans sa politique ou résulte d’un simple manque de coordination interne ».

La force de la SADC, « pas une force neutre »

En marge du sommet de l’UA, plusieurs pays membres de la Communauté économique des États d’Afrique australe (SADC) ont par ailleurs continué à mener des consultations au sujet des contingents militaires déployés dans l’est congolais. Le 18 février, une réunion tripartite a réuni Félix Tshisekedi, Cyril Ramaphosa et le président burundais, Évariste Ndayishimiye, avec pour objectif l’harmonisation de la gestion des opérations de leurs troupes sur le terrain.

Un déploiement que Kigali voit d’un mauvais œil. Comme l’évoquait récemment Jeune Afrique, le chef de la diplomatie rwandaise s’en est récemment ouvert auprès du Conseil de sécurité des Nations unies. Dans un courrier daté du 12 février, Vincent Biruta a estimé que la  SAMIDRC (acronyme de la force régionale de la SADC) n’était « pas une force neutre dans la crise actuelle » et a dit son opposition à ce que la Monusco (la mission onusienne désormais sur le départ) lui apporte un soutien logistique.

Selon nos informations, les consultations à ce sujet entre les pays de la SADC et la RDC devraient se poursuivre d’ici la fin du mois de février.

Print Friendly, PDF & Email

By admin

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x