Un satisfecit des observateurs,en attendant les résultats

   MIS EN LIGNE LE 3/01/2019 À 00:00

PAR COLETTE BRAECKMAN

Trois jours après le scrutin, les observateurs africains

ont communiqué leur rapport préliminaire.

Résultat : un satisfecit prudent.

Les résultats de l’élection sont, eux, toujours soigneusement tenus

sous le boisseau.

Kinshasa

De notre envoyée spéciale

Les observateurs européens ayant été récusés par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), les Africains ont pris la relève, sans trop d’états d’âme : « Est-ce que moi j’ai été invité à suivre les élections en Floride ? »,s’est exclamé un président de délégation. En plus de l’Union africaine, pas moins de cinq organisations régionales auxquelles appartient un Congo qui jouxte tant l’Afrique des Grands lacs que l’Afrique centrale ou l’Afrique australe, avaient dépêché des observateurs à Kinshasa et chaque délégation a communiqué ses observations préliminaires. Prudemment, nul n’a évoqué l’échec essuyé samedi, à la veille du scrutin, lorsque, au contraire des FCC, le Front commun pour le Congo, qui soutient le candidat Shadary, aucun de ses rivaux n’avait voulu signer un « code de bonne conduite » proposé par les Africains afin d’éviter un possible clash post-électoral. Trois jours après le scrutin, les observateurs africains ont donc communiqué leur rapport préliminaire, qui tranche avec les prévisions catastrophistes qui avaient marqué la préparation de cette triple élection, (présidentielle, législative et provinciale).

À Kinshasa, on a l’habitude de se demander si Dieu ne serait pas Congolais, intervenant in extremis pour prévenir les catastrophes. Cette fois-ci encore, les observateurs ont délivré un satisfecit prudent qui a réveillé un sourire épanoui sur le visage de Corneille Nangaa, le président de la Ceni, longtemps objet de toutes les suspicions.

Problèmes « techniques »

Certes, nul n’a fait l’impasse sur les problèmes « techniques » qui se sont posés : l’épidémie d’Ebola qui a mené à un report partiel du scrutin à Beni et Butembo, l’incendie dans un entrepôt de la Ceni, le manque de formation des témoins et, bien souvent l’ouverture tardive des bureaux de vote pour cause d’intempéries… L’essentiel était ailleurs : dans leur ensemble, les missions africaines ont approuvé l’usage de la machine à voter tant décriée, assurant que, malgré les pannes, ce recours à la technologie de pointe s’était révélé efficace et pourrait même être conseillé dans d’autres pays du continent.

Les pays d’Afrique australe (SADC), qui sont souvent à la pointe du combat panafricaniste, ont particulièrement approuvé la volonté des autorités congolaises de financer par elles-mêmes l’exercice électoral. Cependant les réserves et les craintes demeurent importantes. Comme tout le monde, les observateurs africains ont noté avec inquiétude le fait que la Ceni n’avait pas pris en compte de nombreuses recommandations et surtout ils ont relevé que jusqu’au bout avait régné un manque de confiance entre la centrale électorale et les parties prenantes de la société civile, renforçant ainsi le sentiment de manque de transparence.

Presque comme un mantra, chaque délégation d’observateurs a tenu à féliciter la population congolaise pour le calme et la patience dont elle avait sur faire preuve, pour sa détermination, pour l’implication de la société civile. Chacun évitant soigneusement de nommer les plus hautes autorités du pays, salua la « grande victoire » déjà remportée par le peuple congolais qui a réussi à obtenir la première passation pacifique du pouvoir depuis l’indépendance.

De nombreux désordres

Au nom de l’Union africaine, le général Diancounda Traoré, un homme à poigne qui dirigea la transition présidentielle au Mali se montra cependant un peu plus explicite que ses collègues : il rappela que l’accès aux médias n’avait pas été équitablement réparti, que la campagne électorale avait été marquée par de nombreux désordres. Et surtout, d‘une voix sèche, qui sonnait comme un ultimatum, il martela : « Notre souhait est que les résultats annoncés soient conformes aux votes des électeurs et donc aux vœux de la population et nous invitons toutes les parties à n’utiliser que les voies de recours légales. »

En termes non diplomatiques, cela signifie que tous les observateurs partagent le sentiment général selon lequel le pire, c’est-à-dire l’annonce des résultats du scrutin, reste peut-être à venir…

Les observateurs se font médiateurs

Durant cette étrange semaine, toutes les passions semblent mises sous le boisseau et la population attend patiemment que soit communiqué le verdict des urnes. Mais les observateurs africains se sont déjà transformés en médiateurs : mercredi soir, ils ont convoqué, lors d’une réunion à huis clos, Martin Fayulu, Félix Tshisekedi, et deux lieutenants d’Emmanuel Shadary. Une fois de plus, ils ont exhorté tous les rivaux à une « tolérance paisible » et à l’acceptation de résultats toujours soigneusement tenus sous le boisseau.

COLETTE BRAECKMAN

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