RD Congo: les questions qui restent en suspens après l’hospitalisation de Tshisekedi
Si les Congolais sont rassurés à propos de la santé du président Tshisekedi, la société civile pose d’autres questions.

Par la rédactionPublié le 18/03/2022 à 18:53 Temps de lecture: 3 min
L’interview accordée au Soir par le président congolais Félix Tshisekedi a été amplement répercutée et largement commentée au Congo. Les précisions sur son état de santé ont dissipé les rumeurs et autres informations fantaisistes. Cependant, le tumulte et les questions qui se sont posées lors de son séjour en Belgique méritent plus amples réflexions. La première question portant, évidemment, sur une éventuelle succession. Il a été rappelé que, en cas de disparition du chef de l’Etat, la Constitution congolaise prévoit qu’il appartient au président du Sénat, en l’occurrence le sénateur Bahati Lukwebo d’assurer la relève. Sur le plan légal, il n’y aurait donc aucun vide du pouvoir. Cependant, beaucoup de Congolais se sont demandé qui, en l’absence du « chef », « tiendrait la maison ». C’est-à-dire, au-delà d’une simple relève politique, qui serait au courant des alliances formelles et informelles, des dossiers en cours de traitement avec les pays voisins. Cette réflexion qui a rapidement mené au « cas » de François Beya, le conseiller spécial du chef de l’Etat, détenu par l’ANR (agence nationale de renseignements) depuis plus d’un mois, sans que les charges à son encontre aient été révélées. Rappelons que François Beya, entré en fonction du temps de Mobutu, fut un pilier du système Kabila, l’un des artisans de l’accord qui mena à une transition pacifique entre le président sortant et un successeur contesté par Martin Fayulu qui se considère toujours comme le véritable vainqueur du scrutin. Mais surtout, Beya, « maître espion » et serviteur de l’Etat, maîtrisait parfaitement les relations avec les pays voisins et plusieurs capitales (Bangui, Luanda, Brazzaville, pour ne pas citer Kigali…) se sont inquiétées de sa mise à l’écart.À lire aussiLe président Tshisekedi à Bruxelles: «Je vais bien et je veux avoir l’occasion de rempiler»
Certaines réponses du chef de l’Etat ont également suscité des réactions. Considérant que le président refuse de faire appel à la justice internationale pour juger des crimes commis au Congo par des groupes armés étrangers opérant avec les complices congolais, le Docteur Mukwege a communiqué sur Twitter que « la dimension internationale des conflits en RDC doit entraîner une réponse internationale et internationalisée de la justice, on ne peut tirer un trait sur le passé (…) sans rendre la justice, dire la vérité, octroyer des réparations et garantir la non-répétition des atrocités. Il s’agit de préalables indispensables à la réconciliation et au vivre ensemble ». Et le Prix Nobel de conclure « il n’y aura pas de paix durable sans la justice ».
Egalement commentée est la promesse du président d’organiser les élections dans les délais prescrits (en 2023) et de vouloir « rempiler », c’est-à-dire briguer un deuxième mandat, comme la Constitution le lui permet.
Aux Etats-Unis, le président du Comité des Affaires étrangères, adressant une lettre au secrétaire d’Etat Anthony Blinken, a rappelé que « pour ouvrir la voie à des élections libres et équitables, il fallait dès maintenant lutter contre la corruption et réformer les institutions de l’Etat. ». Une trentaine d’organisations de la société civile, parmi lesquelles La Voix des sans Voix, Lucha, Filimbi, la Voix des électeurs, l’Asadho, ont également exprimé leur inquiétude, rappelé les irrégularités qui avaient marqué le scrutin précédent et appeler la CENI (Commission électorale indépendante) à travailler de manière transparente et à publier au plus vite le calendrier électoral définitif. Rappelons en effet que la nomination de Denis Kadima, l’actuel président de la CENI avait été fortement contestée, entre autres par l’Eglise catholique et que l’indépendance de la Cour constitutionnelle (chargée de ratifier le résultat des élections) a également été mise en cause. Si les nouvelles de la santé du chef de l’Etat ont rassuré l’opinion, M. Tshisekedi devra encore, par les actes, convaincre de sa bonne foi et faire jouer pleinement les règles du jeu démocratique.