RD Congo: d’anciens rebelles réfugiés en Ouganda reviennent au Nord-Kivu
Ces hommes du M23, en Ouganda depuis 2013, se sont emparés de plusieurs localités proches du parc Virunga. Ils auraient l’intention d’y installer leurs bases.


Journaliste au service MondePar Colette BraeckmanPublié le 29/03/2022 à 18:33 Temps de lecture: 4 min
Ballots sur la tête, sacs de plastique au bras, des foules apeurées ont repris le chemin de l’exode. La scène ne se passe pas en Ukraine, mais au Nord-Kivu où des rebelles se réclamant du mouvement M23, jusque-là cantonnés en Ouganda en 2013 ont traversé la frontière entre le Nord-Kivu et l’Ouganda. Très rapidement, ils se sont emparés de plusieurs localités proches du parc des Virunga. De violents combats les ont opposés à l’armée congolaise dont les positions ont été attaquées dans les localités de Runyoni et Chanzu. L’Institut congolais pour la protection de la nature assure que d’autres attaques auraient eu lieu dans le parc des Virunga, où les rebelles auraient l’intention de tenter d’installer des bases.
Rappelons qu’après leur défaite miliaire essuyée en 2023, les combattants du M23, essentiellement originaires du Nord-Kivu, s’étaient réfugiés au Rwanda et en Ouganda, mais les promesses de rapatriement et d’insertion au Congo n’avaient pas été tenues et ces hommes, vivant dans des camps militaires, demeuraient une menace latente.
Instabilité chronique
Il y a des mois que sur les frontières avec le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda, la situation est tendue, que des groupes rebelles défiant les régimes des voisins de la RDC tentent d’établir des bases au Nord et au Sud-Kivu. Cette instabilité chronique explique pourquoi Kinshasa a décrété l’état de siège au Nord-Kivu et pourquoi, dès son accession au pouvoir, le président Tshisekedi s’est rapproché de son voisin rwandais, multipliant les voyages à Kigali, malgré la méfiance d’une partie de l’opinion. Il a aussi tenté de pacifier les relations avec l’Ouganda et autorisé une « mutualisation » des forces, l’armée ougandaise ayant été autorisée à se déployer dans l’Ituri, dans le « Grand Nord » pour combattre les rebelles islamistes ADF Nalu d’origine ougandaise qui terrorisent la région de Bunia et de Beni. Cette intervention ougandaise, ayant été décidée unilatéralement par Kinshasa et Kampala, aurait déplu à Kigali qui ne fut pas associé à l’opération.
Les relations s’étant tendues entre la RDC et son voisin rwandais, les présidents Tshisekedi et Kagame se sont rencontrés à Aqaba le 24 mars dernier tandis qu’au Nord-Kivu, les accrochages avec les rebelles du M23 se multipliaient. Selon des images venues du Nord-Kivu, les rebelles progresseraient en direction de Rutshuru centre (au nord de Goma), ils auraient atteint l’hôpital général de Rwanguba et provoqué la débandade à Kiwanja.À lire aussiRDCongo: un quart de siècle après le génocide au Rwanda, le Kivu paie toujours la facture
La solitude du pouvoir de la RDC
Reste à savoir si le M23 agit seul, estimant que les clauses de l’accord de paix n’ont pas été respectées ou si, une fois de plus, il est soutenu par Kigali. Les forces armées congolaises ont montré à la presse deux rebelles ayant été faits prisonniers, un adjudant et un simple soldat, assurant qu’ils étaient des éléments de l’armée rwandaise déguisés en rebelles et lors d’une conférence de presse les deux hommes ont donné des précisions sur leur unité d’origine au sein de l’armée rwandaise. Cependant, des journalistes congolais présents, entre autres le représentant du journal Les Coulisses ont relevé que ces hommes ne portaient pas la tenue des forces armées rwandaises et d’autres journalistes se sont interrogés à propos d’un éventuel montage destiné à saboter les relations entre Kinshasa et Kigali, et cela d’autant plus que ces deux hommes auraient été aux arrêts au Congo depuis un mois et fort opportunément produits !
Ce qui est certain, c’est que le président Kagame avait récemment souligné que les rebelles hutus FDLR avaient repris leurs opérations non loin de la frontière rwandaise, affirmant sans ambages « qu’il y a un temps pour négocier et un autre pour trouver une solution sans demander la permission à qui que ce soit. »À lire aussiFrançois Beya, le «grand maître du renseignement» est aux arrêts à Kinshasa
Ce regain de tension militaire et d’incertitude politique rend plus criante encore la solitude du pouvoir congolais plus d’un mois après la mise en détention de François Beya, conseiller en charge de la sécurité. Ce « maître espion » familier de toutes les capitales de la région était le seul à pouvoir déchiffrer les cartes militaires et politiques mais il est toujours détenu sans chef d’inculpation.