Dans les échanges passés, nous avons constaté : (1) la dérive vers la rhétorique de congolité ; (2) la tendance à exonérer le Rwanda et l’Ouganda des crimes, tout en stigmatisant injustement et collectivement les Banyarwanda congolais ; (3) le manque d’information concernant la création des ethnonymes, notamment celui de Banyarwanda, par la colonisation.

DE LA CONGOLITÉ

« Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es et qui tu hais ! »

Comment des utilisateurs de l’outil informatique depuis des années ignorent-ils encore que l’on n’écrit pas le contenu du texte à l’emplacement du titre ? Nous estimons qu’ils le font malicieusement dans le but de faire dévier le débat vers des sujets à forte charge émotionnelle, tribalistes et xénophobes.

Quand un ces contradicteurs cite l’illettré de Kwebe Kipele  comme références [historien ? ethnologues ? chercheurs ? dans quel domaine ?], le débat honnête n’existe plus, car le raisonnement devient un appendice des sentiments d’hostilité envers les Banyarwanda. N’est-ce pas Kwebe qui avait qualifié Patrice Lumumba de Tutsi  dans le dessein évident de le noircir?

Appelons un chat un chat : il s’agit bien d’une dérive vers la congolité, un concept similaire à l’ivoirité, qui s’impose dans le débat des cadres congolais. Tout cela occulte bien sûr les vrais problèmes à débattre afin de trouver des pistes pour sortir notre pays de sa situation de fragilité extrême.

Sous les vocables « Congolais de souche », « mtoto wa inchi » ou « mwana mboka » se cache une stratégie visant à exclure certains représentants d’une communauté ethnique déjà qualifiés de « d’occupants ». Combien de fois doit-on vous rappeler que ce genre de discours haineux est un ferment de la guerre civile, comme l’a déjà dénoncé l’ONU et que le CET ne cesse de condamner sans ambiguïté ?

Contrairement à ces vocables, « Congolais d’origine » est déjà défini par l’article 10 de la constitution de 2011. Que celui qui pense en avoir une meilleure définition juridique la partage avec nous et/ou la soumette pour une modification constitutionnelle suivant la procédure requise, plutôt que de débiter une rhétorique stérile contre le CET.

Le CET s’oppose à la discrimination des Congolais par origine ethnique et aux concepts  divisionnistes  tels que « congolais de père et de mère »,  « originaire ou  non originaire » . Nous privilégions la citoyenneté aux origines des personnes, et ce, même si nous acceptons aussi la diversité.

Ci-dessous, les liens vers la page de la constitution.

Constitution de la RDC 2011

Carte des groupes ethniques de la RDC en 1960

DE L’EXONÉRATION DU RWANDA ET DE L’OUGANDA DES CRIMES DU M23

Nous pouvons parfois apprendre de l’histoire des autres nations. En France, à la fin du XIXe siècle, un blâme pour une question d’espionnage par l’Allemagne, alors détestée suite à l’annexion de l’Alsace-Lorraine, avait été placé sur le capitaine Alfred Dreyfus, d’origine juive et alsacienne (germanophone). Il sera condamné sous l’influence de la presse nationaliste extrémiste et déporté en prison dans une île, et ne sera finalement innocenté qu’après plusieurs années et grâce aux aveux du vrai coupable, un autre officier français non originaire d’Alsace-Lorraine. Malgré tout, quelques années après sa libération, le colonel Dreyfus participa à la Première Guerre mondiale sous le drapeau de son pays, la France, contre l’Allemagne.

Il est donc injuste d’essayer d’exonérer l’État rwandais  et l’Etat Ougandais de la responsabilité des attaques du M23 sur le territoire congolais comme le font les supporteurs du régime en place à Kin afin de couvrir les arrangements du President Felix Tshisekedi contre les intérêts de la nation, pour stigmatiser tous les Banyarwandas congolais.

De nombreux Banyarwanda congolais peuvent servir loyalement leur pays, la RDC. Il  faut donc  faire des efforts dans le sens de l’intégration nationale en évitant de considérer une portion de notre population comme une cible des discours haineux.  Nous sommes une société très atomisée, les cadres congolais doivent le comprendre et éviter d’exacerber les antagonismes ethniques développant des forces centrifuges pouvant faire éclater le pays.

Un Congolais `de souche n’existe pas.

DE LA CRÉATION DES ETHNONYMES PAR LA COLONISATION

L’ethnonyme « Banyarwanda » est une création coloniale, comme « Bangala » et de nombreux autres, dans le but de regrouper les peuplades afin de faciliter la colonisation.

Le fait que l’ethnonyme « Banyarwanda » n’existait pas quand les Européens sont arrivés ne signifie pas l’inexistence des communautés (en tant qu’établissements indigènes) dans la région de Virunga. Celles-ci ont existé, mais leurs parlers ont été regroupés par la colonisation. Ci-dessous, la méthode utilisée par le linguiste jésuite Père Van Bulck ayant mené à la formation de Kinyarwanda. (Formation de Kinyarwanda )

En encadré des communautés du Kivu.

D’ailleurs, en 1935, dans leur livre sur les peuplades du Congo belge, les ethnologues  Joseph MAES et Olga BOONE   avaient ecrit : « Nous dénommons Baniaruanda toutes les populations habitant le territoire du Ruanda, à l’est du lac Kivu, ainsi que la vallée de la Rutshuru et une partie de la vallée de la Ruzizi ».

C’est l’ethnonyme « Baniaruanda » qui est retenu sur la Carte des groupes ethniques de la RDC en 1960 dont voici un extrait.

Pierre Sula

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