LE CET ET LA VISION NATIONALISTE DE LUMUMBA
Le discours du roi des Belges à Kinshasa vient confirmer le message de CET : Patrice Lumumba était un grand nationaliste
congolais et pan’africain. Ceux qui se qualifient de lumumbistes et pan’africanistes (ils sont en droit de le faire) doivent donc faire des efforts pour se conduire comme leur héros… et non
pas seulement adopter le qualificatif de lumumbiste parce que le nom de Lumumba est populaire.
Lors de la décolonisation du Congo, même si la tendance vers l’ethno nationalisme et le provincialisme était largement dominante
parmi les évolués congolais, ce n’était pas le cas pour Patrice Lumumba. Il sera d’ailleurs combattu par la Belgique jusqu’à la mort principalement à cause de l’idéologie
nationaliste.
En
effet, dans son livre écrit en 1956 alors qu’il purgeait sa peine dans la prison de Stanleyville – un livre qui est demeuré d’une importance historique et qui fournit de nombreuses
informations révélatrices sur la personnalité de l’auteur –, Patrice Lumumba parle déjà du nationalisme en faisant la distinction entre le vrai nationalisme (nationalisme civique) et
l’ethnonationalisme, qu’il qualifie de « faux nationalisme » parce que ce dernier fait courir un danger à l’avenir du pays.
« Un homme sans aucune tendance nationaliste est un homme sans
âme […] Ce que nous devons éviter dans notre pays est le faux nationalisme, le nationalisme exigu qui cache des formes de racialisme (ethnicisme ou tribalisme) et de haine pour ceux d’une autre
race (ethnie ou tribu). Cette lutte contre le nationalisme racial [ethnique ou tribal] ne peut être efficace que si nous sommes capables d’en abolir les causes. »
Ainsi, dans son discours à la fédération des Batetela le 13 avril 1958, il annonce la couleur en exhortant son auditoire à « liquider les antagonismes ethniques » et à
s’efforcer plutôt d’obtenir un rapprochement de tous, quelles que soient les origines ethniques.
« Les citadins émigrés d’unités coutumières souvent étrangères, sinon hostiles
les unes aux autres, ne sont pas encore parvenus à se fondre en une société nouvelle organisée, “intégrée” comme on dit en langage sociologique. Les particularismes, qui restent encore
tenaces, entravent le développement de la coopération. […] Notre Fédération ferait œuvre utile en s’assignant, entre autres tâches, la liquidation des antagonismes ethniques, et le
rapprochement de tous sans considération d’origine, de classe, ou de fortune… Les élites de Batetela doivent rejeter tout nationalisme réactionnaire et destructif, mais opter plutôt pour un
nationalisme intelligent, ce nationalisme qui n’est autre chose que I’amour de son pays et le désir de voir régner I’ordre. »
L’attachement de Patrice Lumumba à l’intégration nationale
pour la cause de la nation congolaise tout entière est inébranlable jusqu’à son dernier souffle.
C’est donc à juste titre que Luc de Heusch, professeur émérite de l’Université libre
de Bruxelles, avait écrit ceci:
« Dans les lignes [écrits de 1956] du jeune “clerc” […], il veut rompre les amarres, il ne sera pas le fils des Ancêtres, de Mongo, de Ankutshu à Membele, le
fondateur de sa tribu […]
Patrice Lumumba n’est plus l’homme de cette tribu, il se veut, il tentera d’être l’un des très rares citoyens congolais. Il vient trop tôt.
»
Dans son dernier message enregistré et adressé au peuple congolais, Patrice Lumumba a dit ce qui
suit :
«
Les ennemis du pays nous guettent. Le monde entier nous observe. Nous devons sauver, sans aucun retard, l’honneur et la réputation de notre vaillant peuple. Nous n’avons pas réclamé notre
indépendance pour nous disputer, nous entretuer, mais uniquement pour construire notre nation dans l’unité, la discipline et le respect de chacun. C’est pourquoi, je vous adresse, chers
compatriotes et compagnons de lutte, un appel fraternel pour que cessent les guerres fratricides, les luttes intestines et intertribales, les rivalités entre personnes et entre frères. Nos
enfants nous jugeront sévèrement si par inconscience, nous ne parvenions pas à déjouer les manœuvres qui profitent de cette querelle pour saboter notre indépendance nationale et freiner le
développement économique et social de notre Etat. »
« Mieux vaut tard que jamais! »
Dans son discours à Kinshasa, le roi des Belges vient de donner raison à Patrice Lumumba, 62 ans après le lâche
assassinat commandité les autorités belges. Et cela doit interpeller ceux qui utilisent le nom de Lumumba en méconnaissant la responsabilité que cela implique. La vision de Patrice Lumumba
n’est pas opposé à la diversité mais contre la discrimination.
Ainsi les vrais lumumbiste doivent être contre des concepts réactionnaires tels que celui de « congolité » qui
discrimine par origine, mais pour la citoyenneté congolaise.
Pour la quête de la citoyenneté, nous devons faire des efforts afin de ne pas transformer les contradictions entre notre Nation et les autres
États-nations en contradictions entre ethnies ou races, et ce, pour préserver l’unité de la RDC ; il y va de la préservation de la loyauté de tous les groupes sociaux envers la RDC et de la
souveraineté de notre pays.
Patrice Lumumba serait venu « trop tôt » selon Luc de Heusch. Maintenant, il est plus que temps de prendre exemple sur lui, dans les paroles et dans les actes. La
voie est toute tracée, il nous suffit de la suivre. Et c’est ce que le CET rappelle constamment aux cadres congolais.
Pierre Sula
Coordonnateur du CET.