POLITIQUE
RDC-Rwanda : ce qu’il faut retenir de la rencontre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame
Aucun communiqué final n’a été publié à l’issue de l’entretien entre les deux chefs d’État, mais des points importants ont été évoqués, ainsi qu’en atteste la feuille de route rédigée à Luanda.
7 juillet 2022 à 18:36
Par Stanis Bujakera Tshiamala – à Kinshasa
Mis à jour le 7 juillet 2022 à 18:44

Très attendue, la rencontre organisée le 6 juillet à Luanda entre les président congolais et rwandais n’a pas accouché d’un communiqué final conjoint, laissant le champ libre, dans les heures qui ont suivi, à diverses interprétations. Félix Tshisekedi et Paul Kagamé sont pourtant tombés d’accord sur une feuille de route. Son objectif ? Restaurer la confiance entre Kinshasa et Kigali, et engager une « désescalade » dans l’est de la RDC. « Il y a eu l’intention manifeste d’avancer et de mettre fin à cette crise », s’est d’ailleurs réjoui le chef de l’État congolais à l’issue la rencontre qu’avait organisée l’Angolais João Lourenço, médiateur de l’Union africaine (UA).
Kinshasa peut se féliciter d’avoir obtenu – au moins sur le papier – la cessation immédiate et « sans condition » des hostilités dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ainsi que le retrait de la rébellion du M23 de ses positions en RDC. Depuis le 13 juin, ses combattants occupent en effet la ville de Bunagana, frontalière avec l’Ouganda, ainsi que plusieurs localités du territoire de Rutshuhuru, et Kinshasa a plusieurs fois accusé Kigali de l’y avoir aidé.À LIRERDC-Rwanda : João Lourenço peut-il être l’homme providentiel ?
Retrait du M23
L’accord trouvé à Luanda prévoit donc que le M23 se retire et retourne, le cas échéant, au Rwanda ou en Ouganda. « Mais cela pose une nouvelle fois la question de leur désarmement et de leur rapatriement », fait remarquer un expert du gouvernement congolais sur les questions sécuritaires. En outre, dès le 7 juillet au matin, au lendemain de la signature de l’accord, le M23 a fait savoir qu’il ne se sentait « pas concerné » par la feuille de route de Luanda. Des violences ont de nouveau éclaté en début de journée.
Déjà en décembre 2013, l’accord de paix signé avec le M23 évoquait cette question du rapatriement des rebelles qui s’étaient réfugiés, quelques mois plus tôt, au Rwanda et en Ouganda après leur défaite militaire. Et c’est au prétexte qu’il n’a pas été appliqué qu’une faction de la rébellion menée par Sultani Makenga a repris les armes, dès 2017. « Le seul retrait du M23 de ses positions ne résoudra pas durablement le problème. Si la question du retour des réfugiés n’est pas réglée, on peut parier que l’insécurité reviendra et que l’on entendra encore parler des engagements non respectés de la RDC », ajoute notre interlocuteur.À LIREChristophe Lutundula : « Le Rwanda veut une RDC faible et corvéable à merci »
Contacté par Jeune Afrique, Christophe Lutundula, le ministre congolais des Affaires étrangères, table avec ce retrait du M23 sur une normalisation des relations diplomatiques entre Kigali et Kinshasa, ainsi que sur « le rétablissement d’un climat de confiance entre les États de la région ». Cela permettra aussi de « créer les conditions pour résoudre la crise sécuritaire dans l’Est ».
Retour des réfugiés
Corollaire du point précédent, la feuille de route établie à Luanda insiste donc sur la nécessité de créer les conditions du retour des réfugiés dans leur pays d’origine, de réactiver l’équipe conjointe de renseignement – elle avait été mise en place en 2019 – et de mettre sur pied une commission mixte entre la RDC et le Rwanda. Celle-ci se réunira dès le 12 juillet, à Luanda. C’est sur cette question des réfugiés que le Rwanda paraît sortir conforté de la rencontre : il a obtenu la légitimation de ses revendications, à savoir l’application d’une autre feuille de route, signée en 2019 et qui prévoyait déjà le rapatriement des M23 réfugiés au Rwanda.À LIRERDC-Rwanda : « Kigali sert de bouc émissaire », selon Vincent Biruta
« Le retour des réfugiés congolais vivant au Rwanda [ils seraient près de 120 000] était aussi une revendication du M23, commente un diplomate rwandais. Mais c’est un sujet très sensible, qui pose d’autres problèmes, comme celui de la nationalité à clarifier dans un pays où le dernier recensement remonte à 1984. »
Quid des FDLR ?
Autre point positif pour Paul Kagame : il a obtenu que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) présentes dans l’Est soient combattues – et cette fois-ci, c’est Kigali qui accusait Kinshasa de collaborer avec ce groupe armé. Cela passe-t-il par des opérations militaires conjointes ou par des opérations militaires rwandaises sur le territoire congolais ? La feuille de route ne le dit pas, même si l’une de nos sources à Kinshasa résume ainsi : « Le Rwanda vient de faire admettre une revendication concernant les FDLR, et leur neutralisation implique sa participation aux opérations. » « Ce qui est important, c’est que le Rwanda a accepté aussi que des FDLR allaient pouvoir rentrer [au Rwanda], et c’est une première », commente à son tour Christophe Lutundula.À LIRERDC-Rwanda : le chef militaire des FDLR, Sylvestre Mudacumura, tué dans le Nord-Kivu
La Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL) va, de son côté, voir son mandat et ses moyens élargis, afin de pouvoir veiller au respect de l’intégrité territoriale des parties concernées et des engagements pris en la matière par ses États membres. Concernant les accusations réciproques de soutien à l’une ou l’autre des rébellions, la feuille de route prévoit en outre un mécanisme de vérification, lequel sera dirigé par un général angolais.
Enfin, la promotion de partenariats économiques entre la RDC et le Rwanda est évoquée, de même que la nécessité d’un contrôle régulier et rigoureux de l’exploitation minière et, d’une manière générale, des activités liées aux ressources naturelles.