Mali : pourquoi 49 soldats ivoiriens ont été interpellés ?

Employés des Nations unies mais soupçonnés par le Mali de vouloir déstabiliser les autorités de transition, les soldats ivoiriens ont été arrêtés à leur arrivée à Bamako. Abidjan soutient qu’il s’agit de militaires envoyés dans un cadre lég

12 juillet 2022 à 10:48

Par Baudelaire Mieu, Manon Laplace, Vincent Duhem

Mis à jour le 12 juillet 2022 à 10:52

Des soldats ivoiriens de la mission de maintien de la paix de l’ONU au Mali, MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), le 7 août 2019 à Abidjan. © SIA KAMBOU/AFP

Ce dimanche 10 juillet, deux appareils de la compagnie privée SAS (Sahel Aviation Service), atterrissent sur le tarmac de l’aéroport international Modibo Keïta, à l’entrée de la capitale malienne. Le premier transporte de l’équipement militaire, le second fait débarquer 49 soldats ivoiriens. Il s’agit du 8e détachement du National Support Element (NSE), conduit par le lieutenant Adam Sanni Kouassi des Forces spéciales ivoiriennes. Les soldats viennent relever une autre section ivoirienne, chargée d’appuyer le contingent allemand de la Minusma – la mission onusienne de maintien de la paix au Mali -, et de sécuriser certains sites logistiques.À LIREMali : guerre d’influence entre Paris et Moscou autour du renouvellement de la Minusma

Alors que les rotations s’enchaînent tous les six mois depuis 2019 (date de signature de la convention qui encadre la présence du NSE au Mali), la relève tourne cette fois à l’incident. À son arrivée sur le territoire malien, le détachement ivoirien est soupçonné par les autorités d’être composé de mercenaires venus renverser le pouvoir en place. Les soldats sont alors contrôlés à deux reprises : une première fois à l’intérieur de l’aéroport, et une seconde dans les locaux de SAS situés dans l’enceinte de l’aéroport où ils sont interpellés et leurs passeports saisis. « Ils ont alors été embarqués à bord de deux minibus blancs de la police aéroportuaire », précise une source présente à l’aéroport.À LIREMali : ce que l’on sait de la tentative de coup d’État annoncée par Bamako

Rapidement, l’armée ivoirienne fait valoir « une incompréhension administrative » avec les autorités maliennes. L’aéroport de Bamako n’a en effet pas reçu le plan de vol de l’appareil, qui n’était pas attendu. Et les forces de l’ordre ont demandé aux soldats ivoiriens de présenter un ordre de mission dont ils ne disposaient pas. « Pour en savoir davantage, des responsables des Forces de défense et de sécurité maliennes ont contacté immédiatement leurs homologues ivoiriens. Ces derniers ont affirmé qu’ils ignoraient tout de la présence des militaires ivoiriens interpellés au Mali », a annoncé le gouvernement de Bamako le lundi 11 juillet par voie de communiqué.

Vérifications supplémentaires

Une  version contredite par plusieurs sources militaires et gouvernementales à Abidjan. Selon une source officielle ivoirienne de haut niveau, « l’état-major ivoirien a téléphoné à ses homologues maliens et pas le contraire ». En effet, dès le dimanche après-midi les documents requis ont été envoyés par les militaires ivoiriens afin de dissiper le malentendu et fournir les justificatifs requis. L’affaire aurait pu en rester là une fois l’ensemble des documents transmis, mais Bamako a décidé de procéder à des vérifications supplémentaires.À LIREMali : qui est derrière le Collectif de défense des militaires, mouvement anti-France et pro-junte ?

Dès lors, la machine s’emballe. Les réseaux sociaux voient fleurir les spéculations concernant une tentative de putsch orchestrée depuis l’étranger. Une rumeur immédiatement contredite par l’armée ivoirienne auprès de Jeune Afrique. Silencieuses pendant plus de vingt-quatre heures, les autorités maliennes se sont finalement exprimées sur l’affaire le 11 juillet au soir, à travers un communiqué. « Le gouvernement de la transition les considère comme des mercenaires [dont le] dessein funeste […] était manifestement de briser la dynamique de la refondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que du retour à l’ordre constitutionnel », peut-on lire dans le document.

Mettant en avant les « versions différentes avancées par les militaires interpellés pour justifier leur présence sur le territoire malien », le gouvernement a donc décidé de « mettre à la disposition des autorités judiciaires compétentes les quarante-neuf militaires ivoiriens interpellés ».  Une décision qui a fortement surpris les autorités ivoiriennes, poussant le ministère de la Défense à appeler le directeur de cabinet du président malien Assimi Goïta. Bamako n’a pour l’instant pas donné suite.

By Habari

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