POLITIQUE
RDC – Culte d’icône et quête de héros
À moins de dix-huit mois des élections générales, la présidentielle est dans toutes les têtes. Entre la candidature du sortant, Félix Tshisekedi, et celles des ténors de la politique, de nouveaux visages comme celui de Denis Mukwege pourraient-ils s’imposer ?
26 juillet 2022 à 16:29
Mis à jour le 26 juillet 2022 à 16:29

Par Damien Glez
Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Avec une dent couronnée pour toute dépouille de personnalité auréolée – celle de Patrice Émery Lumumba -, la métonymie politique d’une procession païenne a réveillé, selon bon nombre d’observateurs, le patriotisme de la jeunesse congolaise. Avec de « profonds regrets » belges en guise d’excuses et un secrétaire d’État du Saint-Siège en guise de pape. Qu’importe et peut-être tant mieux. Mue par un nationalisme frotté d’internationalisme, l’Afrique francophone contemporaine perdrait à laisser le mot ultime de la réconciliation à un ancien colon et l’onction suprême à un souverain pontife, fut-il sensible à la théologie de la libération.
À quelques encablures des prochaines élections générales, comment transformer l’enthousiasme soulevé par le retour, sur sa terre natale, de Lumumba, martyr soudain redécouvert par la frange jeune et majoritaire de l’immense République démocratique du Congo ? Faudra-t-il se résoudre à voir le lumumbisme inhumé avec son idéologue, à l’heure où des fléaux réclament plus que jamais un nouveau souffle, entre épidémies récurrentes d’Ebola et sempiternelles violences dans l’Est du pays ?
Une affaire de casting
Le sankarisme n’engendrant guère de Sankara, ni le gaullisme de De Gaulle, inutile de scruter la récupération de la pensée de Lumumba dans les discours de politiciens souvent nomades. Pourtant, l’élection à la magistrature suprême est – hélas – affaire de casting. À moins de dix-huit mois du scrutin, les ambitieux font plus que tourner autour des starting-blocks.À LIRERDC : après Lumumba, Mobutu et Tshombe reposeront-ils un jour en paix ?
Félix Tshisekedi entend bien gagner la présidentielle de 2023, tout comme Martin Fayulu qui considère encore avoir, lui aussi, remporté la précédente. Dans le jeu d’ombre et de lumière de cette pré-pré-campagne, dansent des silhouettes plus que familières du Landernau politique. En attendant de savoir qui aura la possibilité de s’aligner au départ, un sondage du cabinet d’études Target fixait récemment la liste des personnalités qui pourraient, en l’état actuel de l’opinion, dominer la confrontation suprême : Félix Tshisekedi et Martin Fayulu, les mieux placés au moment des enquêtes, mais aussi Moïse Katumbi, Joseph Kabila, Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe et Augustin Matata Ponyo.
Virginité politique
Quid de visages nouveaux pour un espoir inédit ? Certains ont leur avis sur la question. À l’occasion du 62e anniversaire de l’indépendance de la RDC, un groupe d’intellectuels congolais appelait Denis Mukwege à « prendre la tête de ce peuple meurtri » en se présentant à la prochaine présidentielle, qu’il lui promettait de remporter « haut la main ». S’il est plus simple d’obtenir un prix Nobel après être passé par la case politique que l’inverse, le parcours très engagé du gynécologue nobélisé lui vaut une popularité certaine.
La RDC a-t-elle pour autant besoin d’un homme providentiel ? La virginité politique est-elle gage de succès ? Mukwege, lui-même, sera-t-il tenté de franchir le Rubicon, au risque de s’y noyer ? L’électorat résistera-il, le cas échéant, aux réflexes du clientélisme et de la prime au sortant ? Confronté à un profil politique anticonformiste, le Congo s’enthousiasmera-t-il pour un illustre praticien comme le Liberia pour un illustre footballeur ? Boudera-t-il le brillant médecin comme le Mali un brillant astrophysicien ? Et pour peu qu’il soit élu, “l’homme qui répare les femmes”sera-t-il en mesure de réparer le pays ?
Casting, quand tu nous tiens !