RDC : des députés à 21 000 dollars par mois ?
En République démocratique du Congo, l’opposant Martin Fayulu a relancé la polémique sur le salaire des élus. Même s’il est parfois difficile de savoir exactement de quoi on parle en matière d’émoluments parlementaires…
1 septembre 2022 à 16:06
Mis à jour le 1 septembre 2022 à 16:10

Par Damien Glez
Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Le débat sur la rémunération des députés congolais est aussi récurrent que politisé et complexe. Récurrent ? Il agitait déjà la RDC en 2020, quand la présidente de l’Assemblée nationale suggérait au Premier ministre une augmentation de 2 000 dollars des émoluments des locataires de la Chambre. Un an après, 500 jeeps étaient mises à la disposition des élus…À LIRERDC, Mali, Côte d’Ivoire… : ce que coûtent les députés africains
Politisé ? C’est un opposant qualifié par certains de « populiste » qui dénonce, à deux semaines de la rentrée parlementaire et par voie de communiqué, le niveau astronomique des revenus. Selon Martin Fayulu, un député congolais percevrait 21 000 dollars par mois, soit 42 millions et demi de francs congolais, ou 13 millions de francs CFA. Comparaison étant parfois raison, le héraut de la coalition Lamuka affirme que ces émoluments seraient quinze fois plus élevés que le salaire d’un professeur d’université, trente fois plus qu’un médecin, deux cents fois plus qu’un huissier et même supérieurs aux revenus des députés français ou américains.
Ces chiffres ne sont que la partie immergée de l’iceberg de la corruption à grande échelle, selon Fayulu. Et par ailleurs, la société civile exige la publication de ce que gagnent les élus et les dirigeants.
Avantages en nature
Le débat est d’autant plus complexe qu’il est difficile de voir clair dans la structure des revenus des députés, ce qui rend la comparaison avec les autres métiers ou les élus d’autres pays pratiquement impossible. La loi de finances de l’exercice en cours évoque l’allocation à l’Assemblée nationale de 270 millions de dollars américains dont le tiers concerne la rémunération d’un député ainsi fixée à 11 000 dollars mensuels.À LIRERDC : comment les députés pro-Tshisekedi ont négocié pour le bureau de l’Assemblée nationale
Un salaire de base qui ne tient pas compte de divers avantages en nature – passeport diplomatique, véhicule de fonction, assurance maladie ou régime de retraite spécial – ni en espèces plus ou moins traçables dans les circuits bancaires, notamment des frais de session et des primes qui peuvent porter des intitulés aussi flous que « prime de motivation ». Et certains d’évoquer que cette dernière ne concernerait que les députés du camp au pouvoir.
Comme le précise Stanis Bujakera Tshiamala, journaliste de Jeune Afrique qui couvre la RDC, les députés sont « payés par deux caisses, voire trois », l’une de ces caisses étant présumée « réservée aux députés USN », la fameuse Union sacrée de la nation qui a permis au président Tshisekedi de restructurer sa majorité, pour se débarrasser de la pression kabiliste…
Les réalités, et les trompe-l’œil, sont très différents d’un pays à un autre, les députés gabonais touchant, par exemple, des primes prélevées sur un « fonds de souveraineté », ainsi que des « frais de compte-rendu ». Quant aux élus nigérians, ils touchent plus du double du salaire d’un député européen. À l’échelle du continent, en moyenne et sans compter les primes, un député gagnerait vingt-huit fois plus que le salaire moyen de son pays.