POLITIQUE

RDC : l’étrange procès de Jean-Marc Kabund

Si le deuxième jour d’audience du procès de l’opposant s’est bien tenu ce 13 septembre, l’inculpé, lui, était absent. Accusé d’outrage au gouvernement et au Parlement, ainsi que d’offense au chef de l’État, l’ancien homme fort du régime Tshisekedi conteste les conditions dans lesquelles il est jugé.

13 septembre 2022 à 19:18

Par Stanis Bujakera Tshiamala

Mis à jour le 13 septembre 2022 à 19:18

Jean-Marc Kabund a été arrêté le 9 août et transféré à la prison de Makala. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

À quoi ressemblera le procès de Jean-Marc Kabund ? Si l’audience qui a eu lieu le 12 septembre en donne une idée, il promet d’être pour le moins étrange. Lors de cette deuxième journée du procès de l’ex-président intérimaire du parti au pouvoir, l’accusé a décidé de ne pas se présenter. « Notre client a de sérieux problèmes de santé », explique à Jeune Afrique maître Emmanuelli Kahaya Mwehu, l’un de ses avocats. L’audience s’est malgré tout tenue. Et les juges ont promis qu’elle se poursuivrait, donnant rendez-vous le 17 octobre pour la prochaine session.À LIRERDC : face à Tshisekedi, les rêves de revanche de Jean-Marc Kabund

D’ici là, la défense a promis de poursuivre son bras de fer avec le Parquet. « Nous exigeons toujours l’exécution de l’ordonnance assignant notre client à résidence surveillée, insiste Emmanuelli Kahaya. Cela lui permettra notamment de recevoir les soins appropriés. »

Résidence surveillée

Le 12 août, trois jours après que Jean-Marc Kabund a été arrêté et transféré à la prison de Makala, la Cour de cassation avait en effet ordonné son assignation à résidence surveillée. Mais, deux mois plus tard, la décision n’a toujours pas été exécutée.

Le Parquet, chargé de sa mise en œuvre, dit attendre que le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité mette à sa disposition un lieu qui puisse accueillir Jean-Marc Kabund, car il ne souhaite pas que celui-ci réintègre sa maison à Kingabwa. Le Parquet l’accuse en effet d’entretenir « une milice chez lui ». « L’exécution de la décision de mise en résidence surveillée n’est pas prévue par la loi. La “résidence surveillée” en question n’est pas forcément la maison du prévenu. » Et de préciser : « Le 15 août, nous avons écrit au gouvernement, par l’entremise du vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Daniel Aselo, pour demander à ce qu’une maison ou un appartement soit mis à notre disposition. Dès que cela sera fait, Jean-Marc Kabund y sera placé. »

« Le pouvoir veut le punir »

Des arguments rejetés par les avocats de Jean-Marc Kabund, qui dénoncent une justice « instrumentalisée », au « service de Félix Tshisekedi ». Pilier de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), l’accusé est tombé en disgrâce au début de l’année avant de quitter le parti au pouvoir et de devenir un candidat à la présidentielle censée se tenir en 2023. Désormais fervent opposant, il a prononcé une violente diatribe fin juillet dernier lors d’une conférence de presse.

Il avait notamment dénoncé « le clientélisme et la corruption à grande échelle » institutionnalisés par le pouvoir, des propos qui, selon le Parquet, constituent un outrage au gouvernement. Ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale, il avait également dénoncé un Parlement « désacralisé », devenu « le lieu à travers lequel le peuple assiste contre sa volonté à des séances de règlement de comptes », ce qui lui vaut cette fois des accusations d’outrage au Parlement. Enfin, le fait que Kabund ait aussi déclaré que « Félix Tshisekedi [était] un danger pour l’État » constitue pour le Parquet une offense au président.

« Nous savons que son sort est scellé et que le pouvoir veut le punir », assure un cadre de son parti nouvellement créé, l’Alliance pour le changement. « C’est devant la justice qu’il doit justifier ses vociférations contre le régime qui l’a nourri et lui a tout donné », réagit pour sa part un proche du président de la République. Ses avocats et son parti n’excluent pas de mener dans les prochains jours plusieurs actions sur les terrains judiciaire et politique pour obtenir la libération de Jean-Marc Kabund.

By Habari

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x