RDC : Jules Alingete et sa « patrouille » imperturbables face à la fronde
Le puissant patron de l’Inspection générale des finances est devenu l’ennemi de nombreux mandataires d’entreprises et d’institutions qu’il contrôle. Mais il tient bon, prônant la nécessité de lutter contre la corruption.
15 septembre 2022 à 15:22
Mis à jour le 15 septembre 2022 à 15:22

C’est peu dire que Jules Alingete entend des dents grincer. Déjà redouté, le patron de l’Inspection générale des finances (IGF) est encore plus craint depuis que son institution s’est vu octroyer un nouveau pouvoir. Il porte un nom administratif, « le contrôle a priori », et il est redoutable.
L’outil s’attaque à ceux qui veulent pérenniser « le détournement, le vol, la magouille, la corruption », explique Jules Alingete, le chef de l’IGF. « Nous avons trois sortes de contrôle : a posteriori, qui ne vient que pour constater les dégâts. Concomitant, qui se déroule au moment même des actes, et a priori, donc, qui intervient avant que les dégâts n’aient lieu », détaille-t-il.À LIRERDC : les vérités de Jules Alingete, puissant patron de l’IGF
Installés dans les provinces, les entreprises et les établissements publics congolais depuis 2021, les inspecteurs chargés de mener ce contrôle approuvent chaque semaine les plans de trésorerie et les plans de dépenses de mandataires publics. Ils interviennent notamment à la Gécamines, à la Banque centrale, et même au sein du gouvernement central ou de la Commission électorale. « La patrouille financière », comme elle est surnommée, vise toutes les factures avant que chaque paiement soit effectué.
Grogne
Mais ce nouveau contrôle a attisé la grogne. Certains gestionnaires accusent l’IGF de « co-gérer » leurs établissements et de « bloquer » ce qu’ils entreprennent. Les acrimonies remontent à juin 2021, lorsque, dans un mémorandum adressé au Premier ministre, le Collectif des présidents des conseils d’administration des entreprises du portefeuille de l’État, transformées en sociétés commerciales et établissements publics, dénonçait le « blocage » dont ceux-ci étaient « victimes » à travers des « missions handicapantes » de l’IGF.
MÊME POUR UN SEUL DOLLAR, NOS CŒURS BATTENT COMME SI L’IGF ALLAIT APPARAÎTRE
Des reproches auxquels Jules Alingete répond par la nécessité de la transparence : « Le contrôle a priori vise à déceler les irrégularités, à empêcher les détournements, la corruption et toutes les magouilles. » Quand certains mandataires dénoncent les conséquences de la présence de l’IGF, surtout dans la chaîne décisionnelle, et que des fournisseurs se plaignent de retards dans le paiement de leurs factures, le patron de l’IGF réplique que le contrôle a priori a le mérite de prévenir la survenance des actes de corruption et de détournement. Une fois ceux-ci commis, il est en effet difficile de faire condamner les mandataires véreux et de récupérer les biens volés.À LIRERDC – Alingete contre Izemengia Nsaa-Nsaa : faut-il poursuivre les ministres dépensiers ?
Nommé en juillet 2020, Jules Alingete mène plusieurs actions de nature à améliorer le travail de l’IGF et à gagner la confiance de l’opinion. Il n’hésite pas à communiquer ses rapports d’audit pour, dit-il, permettre à la population de s’informer et de mettre à nu les différents prédateurs des deniers publics. « Même pour un seul dollar, nous redoublons de prudence. Nos cœurs battent comme si l’IGF allait apparaître », confesse le ministre des Hydrocarbures, Didier Budimbu.
Mesures disciplinaires
Parmi les cibles des missions de contrôle et d’audit de l’IGF, l’on retrouve les sociétés commerciales de l’État (Congo Airways, Regideso, Cobil, Onatra, Sonahydroc, Société nationale des chemins de fer du Congo), les projets et programmes (Bukanga Lonzo, Tshilejelu, programme élargi de vaccination, projet de développement du système de santé, cellule d’appui et de gestion financière, programme national de santé de la reproduction et fonds de développement des services de santé), les ministères (Santé, Enseignement, Sports, Affaires foncières, Agriculture), des gouvernements provinciaux (Kinshasa, Haut-Katanga, Kwilu, Tanganyika, Mai-Ndombe, Lualaba), certaines banques commerciales et les établissements publics (Caisse nationale de sécurité sociale, Fonds de promotion de l’industrie, Institut national de préparation professionnelle, Office congolais de contrôle, Centre d’expertise, d’évaluation et de certification).À LIRERDC – Congo Airways : Chérubin Okende fustige une compagnie « en faillite »
Les résultats du contrôle préventif de l’IGF sont légion. Début août, elle a par exemple intercepté une tentative de double paiement d’environ 4,1 millions de dollars au titre de la cotisation 2021-2022 de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Par ailleurs, des mesures disciplinaires ou correctrices ont été apportées au terme de différentes missions de contrôle et certains mandataires poursuivis.
À ceux qui l’accusent d’épargner le chef de l’État et ses proches, Alingete répond qu’il s’est à plusieurs reprises opposé à des personnalités du camp présidentiel, qu’il s’agisse d’Eteni Longondo, ex-ministre de la Santé mis en cause pour sa gestion des fonds destinés à la lutte contre le Covid-19, ou de Tony Mwamba, ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique, également accusé de détournement de fonds. Il était aussi en délicatesse avec certains proches du chef de l’État, comme Jean-Marc Kabund, ancien bras droit de Félix Tshisekedi passé dans l’opposition.