POSITION DU CET AU REGARD DE LA DÉGRADATION DE LA SITUATION EN RDC CONSÉCUTIVE A LA RESURGENCE DU M23  ET À l’APPEL POUR LA CREATION DES COMITES DE VIGILANCE  AINSI QUE POUR L’ASSISTANCE MILITAIRE ETRANGERE

Notre pays est victime des attaques par le Rwanda et l’Ouganda par le biais du M23. Toutefois, le recours à des comités de vigilance ou aux armées régulières des pays voisins ne fera qu’accélérer notre déclin. Nous devons au contraire reprendre notre destin en main.

En effet, l’État moderne est une entité constituée par un peuple et un territoire, au sein de laquelle le pouvoir politique s’exerce de façon rationnelle et centralisée sous forme de souveraineté à l’intérieur, et d’indépendance à l’extérieur (cf. Thomas Fleiner-Gerster, Théorie générale de l’État).  

 Les événements en cours montrent que l’existence de l’État-nation RDC est sérieusement menacée, du fait de la gouvernance à vue de M. Félix Tshisekedi, qui multiplie les actions irréfléchies et populistes -donc irrationnelles- à la tête de l’État, et du fait de l’accompagnement dont il jouit de la classe politique clientéliste et irresponsable (de la majorité et de l’opposition) et même des éléments de la soi-disant société civile. D’où la pertinence de l’instauration d’un exécutif technocratique  dirigé par le CET.

Vouloir résoudre le problème du M23 – par ailleurs créé par Félix Tshisekedi lui-même en suscitant la compétition entre l’Ouganda et le Rwanda dans la commercialisation de l’or produit au Congo (lire nos analyses antérieures sur ce sujet) – en recourant  à la formation des  comités de vigilance au sein d’une population très atomisée  et à l’assistance par des troupes des pays voisins conduira à une aggravation de la situation et, de ce fait, doit être rejeté avec force.

Sinon, le risque de perdre notre souveraineté sur une grande partie de notre territoire, ainsi que ce qui reste encore de notre indépendance, est réel.   Ci-dessous notre argumentaire comprenant deux points  qui est suivi de notre conclusion :

Primo : Prévenir la baisse de la souveraineté à l’intérieur en rejetant la création des groupes de vigilances

L’État doit s’acquitter de quatre fonctions régaliennes – fonctions ne pouvant être déléguées à des acteurs privés – en vue de justifier sa raison d’être ou sa souveraineté, à savoir : assurer la sécurité extérieure par la diplomatie et la défense du territoire ; assurer la sécurité intérieure et le maintien de l’ordre public avec, notamment, des forces de police ; définir le droit et rendre la justice ; définir la souveraineté économique et financière, notamment en émettant la monnaie.

La grande majorité des États modernes sont issus de la colonisation. Leurs peuples sont composés de personnes issues de différentes ethnies ou groupes sociaux vivant dans un même territoire, où ils doivent être intégrés pour former un même peuple dans le cadre d’une seule puissance souveraine. L’État utilise ses prérogatives régaliennes pour intégrer son peuple et assurer ainsi la stabilité interne.

Des groupes sociaux peuvent contester la souveraineté intérieure (autonomie interne), voire extérieure (sécession) d’un État. On parle alors du droit d’autodétermination des peuples pouvant leur être reconnu par la communauté internationale, si les raisons sont fondées.

En dehors du contexte de la décolonisation, le droit à l’autodétermination, reconnu par la Charte de l’ONU, est limité par les principes de l’intégrité territoriale ou l’uti possidetis juris (c’est-à-dire que la création d’une nouvelle entité doit se faire à l’intérieur des limites administratives précédentes). Toutefois, en cas de persistance de l’incapacité de l’État à assurer la sécurité d’un groupe de population, ce dernier peut revendiquer et bénéficier d’une autonomie intérieure, voire extérieure. Tel a été le cas pour le Bangladesh et le Sud-Soudan. Il est important de souligner que le CET n’encourage pas cette voie mais, ne fait que la prévenir.

La décision du Président Tshisekedi de sous-traiter la sécurité à des acteurs non étatiques ou à des comités de vigilance dans une population minée par les conflits communautaires est très dangereuse. En armant des éléments non éduqués politiquement on ne sécurise pas la nation mais on a aggravé  la sécurité. Car l’État, dû à sa faiblesse excessive,  n’ayant pas la capacité de contrôler ces groupes de vigilance ( Maï-Maï ou autres), beaucoup d’abus seront commis. Et ceci ne fera que justifier davantage les éventuelles demandes d’auto-détermination.  Ainsi, pour améliorer la situation sécuritaire, il faut au contraire désarmer les Maï-Maï, ainsi que tous les groupes armés qui écument déjà  dans  le pays. 

La RDC étant actuellement l’Etat au monde  qui compte le plus grand nombre de groupes armés, la suggestion faite par Felix Tshisekedi d’augmenter encore  leur nombre pour faire face au M23 est irrationnelle et très dangereuse.

Certes, dans certains cas  la mobilisation générale est une option crédible pour défendre la nation. Toutefois, dans ce cas-ci, avec  les FARDC comptant dans leur rangs plus de 150 milles hommes de troupe contre seulement  un millier de combattants du M23 renforcés  par 500 soldats rwandais (selon les rapports de l’ONU ) [ le rapport étant de 100 à 1], c’est la professionnalisation de l’armée de la RDC  et son équipement qui devraient être la priorité.

Secundo : Éviter la hausse de la dépendance extérieure  en rejetant avec force les interventions militaires financées par les puissances étrangères.

Comme nous l’avons déjà écrit dans le document de stratégie du CET, l’État doit s’organiser et s’équiper pour exercer son monopole de l’usage de la force et de la coercition légitime (cf. Max Weber), qui constitue la caractéristique majeure de tout État orienté vers le progrès. En effet, pour assurer leur développement, les États doivent non seulement faire appliquer la loi, établir et maintenir l’ordre, ainsi qu’assurer la protection des biens et des personnes dans les territoires qui leur sont reconnus, mais aussi prendre des mesures permettant de garantir leurs intérêts vitaux contre d’autres États. La RDC ne peut pas se soustraire à cette nécessité d’établir le monopole de la force et de la coercition légitime.

Certes, l’État RDC n’a pas de forces capables de neutraliser ceux qui nous agressent aujourd’hui. En attendant les résultats des réformes profondes de l’armée  recommandées par l’ONU depuis 1960  mais, jamais entreprises, la RDC a deux options : continuer à quémander l’assistance de la communauté internationale, voire celle des pays de la région des Grands Lacs prétendument « amis », parmi lesquels on retrouve nos agresseurs ; ou se prendre en charge en recourant aux services d’une entreprise militaire privée dont les opérations seront financées exclusivement  par le trésor public congolais.

Nous sommes favorables à la seconde option, car la première revient à accélérer grandement la dépendance envers les États étrangers. Or, comme nous l’avons déjà expliqué dans l’article « Non à la politique de dépendance » affiché sur le site Congokin, la dépendance extérieure a des  conséquences désastreuses  sur le plan économique, sécuritaire et politique de tout Etat-Nation. En ce qui concerne la RDC, la dépendance étrangère demeure l’un des éléments déterminants de la fragilité excessive de notre pays par rapport à certains autres États africains fragiles. Selon l’Indice des États fragiles, la RDC figure parmi les cinq États les plus fragiles de la planète. L’analyse comparative des facteurs de fragilité de notre pays par rapport à d’autres grands États africains fragiles, notamment le Nigeria et l’Éthiopie, montre que le facteur de dépendance étrangère (en plus des antagonismes ethniques et du manque de légitimité du pouvoir) constitue un élément déterminant de notre extrême fragilité.

Parmi les deux options précitées, nous devons donc privilégier le recours au service d’entreprises militaires privées, et ce, bien que certaines soient stigmatisées comme étant des entreprises de mercenaires, selon qu’elles sont d’origine occidentale ou non. Nous n’entrons pas dans ce débat, mais croyons en l’utilité de ces entreprises pour la formation, dans l’immédiat, d’une force armée crédible en RDC compte tenu des cas historiques ci-après :

  • Cas angolais et sierra-léonais

Durant les années 1990, le gouvernement angolais du MPLA était dans une situation beaucoup plus difficile que celle de la RDC actuellement, mais il réussira à remonter la pente grâce aux services d’une entreprise militaire privée sud-africaine. En effet, l’accord de paix de 1991 entre l’UNITA et le MPLA avait abouti aux élections de septembre 1992, dont Savimbi contesta les résultats avant même leur publication. La guerre reprenait et Savimbi réussit à contrôler rapidement 80 % du territoire angolais. Le MPLA chercha désespérément de l’aide, qu’il ne pouvait plus obtenir de Cuba et de l’Union soviétique après la chute du Mur de Berlin. Néanmoins, le gouvernement angolais réussira à renverser la situation et imposer un cessez-le-feu grâce aux services de Executive Outcomes, une entreprise militaire privée sud-africaine, avec laquelle elle signa un contrat d’une durée d’un an, pour 40 millions de dollars. Le contrat incluait la formation des militaires angolais ainsi que la participation de son personnel au combats. C’était de l’argent bien dépensé. Executive Outcomes intervint aussi avec succès en Sierra Leone, où les forces de l’ONU en 1994 avaient échoué (cf. Herbert M. Howe, Private Security Forces and African Stability: The Case of Executive Outcomes)

  • Cas américain en Irak et Afghanistan

En décembre 2006, le Congressional Research Service estimait à au moins 100 000 le nombre de militaires d’entreprises privées (notamment Blackwater) travaillant directement pour le Département de la défense des États-Unis en Irak. En décembre 2009, le service précité estimait que ce nombre était compris entre 130 000 et 160 000 pour l’Afghanistan. Le salaire moyen était de 90 000 dollars par an.

  • Cas du Nigeria :

En 2015, STTEP International (Specialised Tasks, Training, Equipment & Protection) a fourni à l’armée nigériane des services de soutien décisifs pour la création de la  brigade d’intervention rapide et la formation des militaires au combat ayant permis de contenir les activités de Boko Haram au Nigeria en 2015-2016.

Si l’armée américaine a pu avoir recours à des sociétés militaires privées telles que BlackWater  dans ses opérations en Irak et en Afghanistan, pourquoi le gouvernement congolais ne pourrait-il pas recourir à une société privée (500 soldats professionnels avec un équipement approprié suffiront largement) pour corriger les faiblesses immédiates des FARDC, en attendant que les réformes de son armée ne portent leurs fruits ? Précisons que nous ne suggérons pas de pays spécifique.

Au lieu de maintenir des services pléthoriques, notamment des assemblées qui ne font qu’accompagner les décisions irréfléchies du président, ne pourrait-on supprimer ces services et affecter ces charges (des centaines des millions de dollars) au financement des services d’une entreprise militaire privée ? Les sommes dépensées  pour corrompre les parlementaires par des jeeps ($56 millions) dépassent largement le montant payé par l’Angola à l’ EO ($40 millions) pour réduire l’UNITA!

Conclusion

Un régime politique qui privilégie la distribution  des ressources du trésor public à sa clientèle politique au lieu de s’acquitter des obligations régaliennes mérite d’être renversé ; et ce, par tous les moyens nécessaires. Pour défendre le pays, on ne se met pas derrière celui qui le livre à l’ennemi. Bien au contraire, on écarte celui-ci pour mieux affronter l’ennemi.

Nous devons rejeter toute idée populiste  de formation des groupes de vigilance ne pouvant que fracturer davantage la cohésion nationale  et conduire à la balkanisation de notre pays.

 À court terme, nous devons recourir  aux entités privées reconnues, fiables et que nous finançons de façon transparente avec les ressources du trésor public pour  les opérations de sécurisation que l’armée ne peut pas encore assumer.

 En parallèle, la mise en place de la solution transitoire d’un État technocratique proposée par le CET permettra de refonder les bases de l’État, afin que la RDC bâtisse sa juste place d’État solide et fort dans le concert des nations.

Pierre Sula

Coordonnateur du CET

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