En RDC, on ne change pas une formule… qui perd
Incorporer les leaders des groupes armés dans l’armée nationale ? Une fausse bonne idée éculée… Groupes armés et gouvernement de la République démocratique du Congo tiendront une prochaine séance de pourparlers de paix en janvier dans l’est du pays. Article réservé aux abonnés


Humeur – Journaliste au service MondePar Colette BraeckmanPublié le 7/12/2022 à 20:37 Temps de lecture: 2 min
Le sommet organisé à Nairobi par Uhuru Kenyatta le facilitateur kenyan, avait failli tourner court : les représentants de Kinshasa avaient « égaré » les per diem promis aux représentants des 145 groupes armés opérant au Nord et au Sud Kivu. En outre, le gouvernement congolais avait récusé la présence de la principale faction rebelle, le M23, soutenu par le Rwanda. Alors qu’il occupe un territoire aussi vaste que la Belgique et encercle Goma, il a été qualifié de « terroriste » et est devenu aussi infréquentable que difficile à vaincre.
A Nairobi cependant, tout le monde est content, les per diem ont été distribués, en janvier on remettra le couvert pour un nouveau round de négociations, les émissaires du gouvernement ont promis de davantage associer les communautés locales aux projets miniers ou écologiques afin de dissuader les jeunes de rejoindre les groupes rebelles.
Tout va bien, mais le point D de l’accord a de quoi faire frémir : il prévoit d’incorporer dans l’armée nationale les leaders de ces groupes armés et le chef de l’Etat s’est engagé à entreprendre bientôt des discussions avec les intéressés. C’est au moins la troisième ou la quatrième fois, depuis les accords de Sun City conclus voici 25 ans, que cette « formule qui perd » est présentée comme une solution miracle. La « recette » est connue de tous : des jeunes, sans travail et sans avenir, prennent les armes pour rançonner les civils, se livrer au trafic de minerais, défier l’armée congolaise. Une fois intégrés dans cette dernière, où ils ne bénéficient pas de véritable programme de réinsertion et de réelle formation au métier des armes, ils poursuivent leurs fructueux trafics, rançonnent les civils, attaquent les femmes et n’oublient pas d’envoyer une « rétrocommission » à leurs supérieurs – militaires et aussi politiques – installés à Kinshasa. Alors qu’ils étaient moins de dix voici un quart de siècle, ces groupes ont donc proliféré, au nom de la défense de leurs communautés ethniques.
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La corruption, l’impunité, l’absence de programmes de réinsertion, la vénalité du pouvoir politique, du sommet jusqu’à la base, sont les véritables maux qui rongent l’est du Congo. Ces fléaux font le lit du M23 et tuent sans doute aussi sûrement que les rebelles pro rwandais, qui, par ailleurs, viennent de promettre de se retirer des zones conquises et souhaitent un dialogue direct avec Kinshasa…