Face au M23, la force régionale de la SADC déployée en septembre ?
Alors qu’en RDC le mandat de la force régionale de l’EAC expire le 8 septembre, et que Kinshasa n’exclut pas son départ, la SADC continue de préparer un déploiement éventuel. Le sujet était au cœur d’une réunion de l’organisation le 11 juillet, mais il suscite encore des interrogations. Explications.
17 juillet 2023 à 18:23
Par Romain Gras
Mis à jour le 17 juillet 2023 à 18:26

Approuvé le 8 mai lors d’une réunion de la « troïka » de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), l’organe chargé des questions de défense et de sécurité au sein de l’organisation, le déploiement de cette nouvelle force conjointe se précise.À LIREEn RDC, l’avenir incertain de la force régionale est-africaine
Entre autres dossiers, le sujet a été mis sur la table au cours du sommet virtuel de la troïka qui s’est tenu le 11 juillet, et à l’issue duquel « le mandat, les instruments juridiques et opérationnels nécessaires au déploiement de la mission de la SADC en RDC (SAMIDRC) » ont été approuvés, précise le communiqué publié à l’issue de cette réunion.
Document soumis aux chefs d’État
Cet échange entre les chefs d’État de la sous-région, ouvert par le Namibien Hage Geingob et présidé par le Zambien Hakainde Hichilema, faisait suite à plusieurs autres réunions des différents organes de la SADC. Le 4 juillet, le sous-comité de défense de l’organisation s’était réuni à Windhoek, en Namibie, afin d’évoquer plus en détails les modalités techniques de ce déploiement. La question a de nouveau été mise sur la table le 10 juillet, lors de la réunion des ministres de la troïka.
Le fruit de ces différentes rencontres a été compilé par le secrétariat de l’organisation dans un document soumis aux chefs d’État lors de leur sommet du lendemain. Consulté par Jeune Afrique, il offre certaines précisions sur les contours de la future mission de la SADC.
Son déploiement est, pour l’instant, envisagé « d’ici au 30 septembre 2023 » avec un mandat de douze mois à compter de cette date. La « capacité opérationnelle initiale » doit être atteinte d’ici au 30 novembre, précise le document. Afin d’évaluer la faisabilité d’un tel déploiement, une mission de vérification doit être effectuée d’ici au 15 août prochain. Aucune date précise n’a encore été fixée pour la conduite de cette mission, mais elle demeure « essentielle à la réussite de l’opération », précise le document soumis lors du sommet.
Plus de 550 millions de dollars
Un projet de budget indicatif a également été élaboré. Discuté au niveau ministériel de la troïka de la SADC, celui-ci tourne, selon le document, autour d’un montant de 554 552 472 dollars. Cette somme, susceptible d’évoluer et censée couvrir les douze premiers mois de l’opération, se base sur l’estimation des besoins d’un effectif évalué à environ 5 000 personnes. Il doit, en théorie, permettre de couvrir les dépenses du secrétariat de la SADC, de celle du bureau du chef de la mission et surtout, de celles des composantes militaires de la force, ainsi que leur équipement.À LIREM23 en RDC : qui va payer pour la force régionale ?
Deux pistes de financement sont envisagées dans le document : la principale est censée provenir des membres de la SADC, tandis que la seconde consistera pour l’organisation à mobiliser des ressources auprès des partenaires internationaux.
Le gouvernement congolais s’est lui-même engagé à fournir des fonds supplémentaires au budget de la SADC mais le montant exact de cette contribution n’a pas été précisé. Le budget envisagé pourrait toutefois s’avérer difficile à réunir. La force régionale de l’EAC (EACRF) déployée sur le terrain depuis le mois de novembre 2022, connaît déjà des difficultés chroniques de financement alors qu’elle devait, elle aussi, s’appuyer sur les contributions de ses États membres.
Vers un commandement sud-africain ?
Plusieurs points doivent donc encore être tranchés. Concernant la structure de commandement de la force, le comité ministériel de la troïka a adopté le principe d’une hiérarchie nommée « en fonction des États membres qui s’engageront à fournir la majorité de la force de la SADC ». Selon deux sources au fait des discussions et un officiel congolais, l’Afrique du Sud fait partie des candidats pour le poste de commandant de la SAMIDRC.
Sur le plan opérationnel, la principale question demeure : la force régionale de l’EAC cédera-t-elle sa place à celle de la SADC ou cohabiteront-elles dans l’est de la RDC ? Enlisées dans leur conflit avec le M23 qu’elles accusent d’être soutenu par le Rwanda, les autorités congolaises ont critiqué à de multiples reprises ce qu’elles estiment être un manque d’efficacité de la part de l’EACRF.À LIREM23 en RDC : les experts de l’ONU disent détenir de nouvelles preuves contre Kigali
Le mandat de cette dernière a, pour l’instant, été prorogé jusqu’au 8 septembre, soit trois semaines avant le lancement éventuel de la mission de la SADC. Dans l’éventualité d’un nouveau prolongement du mandat de l’EAC, les zones d’intervention seraient sensiblement similaires, ce qui impliquerait un important – et complexe – degré de coordination entre les différentes forces présentes.
Si l’avenir de l’EACRF devrait être tranché d’ici début septembre, les discussions sur le cantonnement du M23 se poursuivent. Une réunion s’est ainsi tenue le 12 juillet à Goma en présence de plusieurs diplomates dont la patronne de la Monusco, Bintou Keïta, du ministre de l’Intégration régionale, Antipas Mbusa Nyamwisi, du Haut Représentant du chef de l’État chargé du processus de paix de Luanda et Nairobi, Serge Tshibangu, du vice-Premier ministre de la Défense, Jean-Pierre Bemba – qui a suivi les échanges à distance – et du facilitateur de l’EAC pour le processus de Nairobi, Uhuru Kenyatta. L’ancien président kenyan est attendu à Kinshasa dans les prochains jours pour évoquer cette question avec son homologue Félix Tshisekedi.