La RDC sous le choc après l’assassinat de Chérubin Okende

La découverte du corps du porte-parole du parti de Moïse Katumbi, tué par balle le 13 juillet à Kinshasa, a stupéfié l’ensemble de la classe politique congolaise. De quoi exacerber les tensions, à cinq mois de la présidentielle.

18 juillet 2023 à 11:23

Par Socrate Nsimba

Mis à jour le 18 juillet 2023 à 11:23

Feu Chérubin Okende, ancien ministre des Transports et membre d’Ensemble pour la République, lors d’une manifestation de l’opposition à Kinshasa, le 11 mars 2023. © Samy Ntumba Shambuyi/AP/SIPA

Arrêté le 20 juin par des hommes armés dans une rue de Kinshasa, l’opposant Franck Diongo a été libéré le 15 juillet, après un mois de détention dans les locaux des services de renseignement militaire et la prison militaire de Ndolo. La libération du président du Mouvement lumumbiste progressiste (MLP), candidat déclaré à la présidentielle, farouche détracteur du président Félix Tshisekedi et très proche de Moïse Katumbi, intervient deux jours après l’assassinat du porte-parole d’Ensemble pour la République, Chérubin Okende.À LIREChérubin Okende, l’homme qui avait préféré Katumbi à Tshisekedi

Le 13 juillet, l’ancien ministre des Transports et Voies de communication de Félix Tshisekedi a été retrouvé mort au volant de son véhicule, tué par balle, à Kinshasa. Ses proches avaient déclaré son enlèvement quelques heures auparavant.

Simple coïncidence ou libération provisoire précipitée par ce drame ? Après la découverte du corps de Chérubin Okende, les leaders de l’opposition, de la société civile ou encore des Églises catholique et protestante ont tous dénoncé un climat politique malsain marqué par des restrictions de libertés.

Plusieurs opposants poursuivis

Le 30 mai dernier, c’est le conseiller spécial de Moïse Katumbi, Salomon Idi Kalonda, qui avait été arrêté sur le tarmac de l’aéroport de N’djili par le renseignement militaire. Détenu à Ndolo, il attend d’être jugé pour des accusations graves de collusion avec des responsables du M23 et des officiers rwandais en vue de renverser le pouvoir en place et d’« installer un dirigeant originaire du Katanga », selon le renseignement militaire.À LIREDans l’est de la RDC, le M23 soupçonné du meurtre de 11 civils

Quelques jours avant Salomon Idi Kalonda, c’est le député provincial Mike Mukebayi, cadre du parti de Moïse Katumbi, qui avait été arrêté chez lui et envoyé à la prison centrale de Makala pour avoir tenu, dans la foulée de la marche de l’opposition réprimée le 20 mai, des propos « incitant à la haine tribale ».

Avant ça, en mai, Moïse Katumbi et Matata Ponyo avaient été empêchés de se rendre dans certaines provinces de l’Ouest en raison de leurs activités politiques respectives. L’ancien Premier ministre de Joseph Kabila doit en outre de nouveau faire face à la justice dans l’affaire Bukanga Lonzo.

« Ce crime ne restera pas impuni », assure Tshisekedi

À cinq mois de la présidentielle, ces nombreuses affaires ne contribuent pas à apaiser le climat politique. Et l’assassinat de Chérubin Okende pourrait exacerber les tensions. À moins qu’il ne pousse les uns et les autres à calmer le jeu ? Si certains considèrent la libération de Franck Diongo comme un premier signe de décrispation du pouvoir, c’est la suite de l’enquête sur l’assassinat d’Okende qui enverra un signal déterminant.À LIREEn RDC, les résidences de Katumbi et de son bras droit perquisitionnées

Dès son arrivée à Kinshasa, le 16 juillet, Moïse Katumbi a condamné un « assassinat politique » et a sollicité l’appui de la mission onusienne (Monusco) pour faire la lumière sur cette affaire. De son côté, le gouvernement n’est pas opposé à ce qu’une expertise internationale intervienne dans l’enquête. Le 14 juillet, l’exécutif a indiqué qu’il allait solliciter l’appui d’experts belges et sud-africains. « Ce crime ne restera pas impuni », a assuré le président Tshisekedi.

La famille porte plainte

Pour sa part, Denis Mukwege a appelé à une concertation des forces vives de la nation de toute urgence pour, dit-il, « donner une réponse commune forte, appropriée et durable aux graves violations des droits humains et défendre la démocratie ». Le Prix Nobel de la paix compte profiter de son séjour à Kinshasa pour entamer ces rencontres. « L’objectif est de donner une réponse globale à la crise politique face à un Parlement qui ne joue pas convenablement son rôle », confie un de ses conseillers. Le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) soutient cette proposition.À LIRE« Le jour où Mobutu a fait assassiner mon père », par Claudel André Lubaya

Pour l’opposant Claudel Lubaya, le président Tshisekedi doit « prendre ses responsabilités », en commençant par suspendre toutes les personnes impliquées ou soupçonnées dans cet assassinat. Ce 17 juillet, la famille de la victime a déposé plainte contre X au parquet de grande instance de Kinshasa-La Gombe. Son avocat, Me Laurent Onyemba, réclame la démission de certains responsables des services de sécurité pour, dit-il, ne pas « brouiller la piste de l’enquête ».

Lors d’une conférence de presse organisée le 17 juillet par le ministère de la Communication, Nicolas Kazadi, qui s’est dit « touché » par la mort de son ancien collègue, a toutefois dénoncé le fait que l’ex-ministre « devienne une marchandise politique ». « C’est un manque de respect pour sa mémoire et sa famille », a dénoncé le ministre des Finances. Appelant à la retenue, il a fustigé une « stratégie du chaos ».

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