RDC : Les « rebelles » progressent dans l’est, un dialogue avec Kinshasa paraît illusoire
- Dans Rwanda
- 6 février 2024
- Hubert Leclercq
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Les forces de l’Alliance fleuve Congo s’installent durablement dans le paysage congolais.
Les rebelles du M23 et l’Alliance fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa sont aux portes de Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Ils ont réussi ces derniers jours à couper les principales voies d’accès au nord, à l’ouest et au sud de la ville. Une prise en tenaille qui menace l’approvisionnement de cette cité de plus de 2 millions d’habitants.
Des échecs à répétition
Depuis plus de deux ans, Kinshasa se montre incapable de juguler l’avancée des rebelles sur le front de l’est. Toutes les tentatives d’enrayer ce mouvement ont échoué. De l’instauration de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, en passant par les négociations à Luanda (Angola) ou Nairobi (Kenya) ou la mobilisation d’une force régionale de l’East african community (EAC).
Parallèlement, Kinshasa, toujours associé aux troupes des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), des Hutus réfugiés en RDC et hostiles au pouvoir du président Paul Kagame, a contracté des alliances bilatérales avec l’Ouganda et le Burundi, a engagé des mercenaires occidentaux et s’est encore tourné vers les wazalendo (patriotes), une nébuleuse hétéroclite qui réunit aussi bien des Congolais désireux de défendre leur pays que des milices qui ont trouvé dans cette nouvelle alliance une forme d’exonération des méfaits commis depuis des années contre les populations civiles de la région.
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Désormais, après le divorce avec les troupes de l’EAC, le pouvoir du président Tshisekedi compte aussi sur l’action des troupes de la SADC (communauté de l’Afrique australe) face aux rebelles. Une fois de plus, Kinshasa prétend que ces troupes, dont on ignore le nombre, doivent s’engager dans une mission offensive aux côtés des forces armées congolaises (FARDC) contre les rebelles du M23-AFC. Une mission démentie ces derniers jours par la présidente tanzanienne, dont le pays fait à la fois partie de l’EAC et de la SADC, qui a déclaré que la mission non offensive de ses troupes était identique à celle qui avait été dévolue aux militaires de l’EAC.
Négocier ou pas ?
Élu triomphalement avec plus de 73 % des voix lors d’une présidentielle du 20 décembre (et des jours suivants), qualifiée de chaotique par nombre d’observateurs, Félix Tshisekedi refuse jusqu’ici toute négociation avec le M23, présenté comme le bras armé du Rwanda en République démocratique du Congo.
Ces derniers jours, les États-Unis ont demandé à Kigali de retirer ses troupes de la RDC. Le Rwanda, jusqu’ici, malgré les affirmations de plusieurs observateurs dont les experts des Nations unies, nie toute présence effective de ses militaires chez son grand voisin. Dans le même temps, Anthony Blinken, le secrétaire d’État américain a sollicité l’aide du président angolais Lourenço, lors de son passage en Angola en ce début d’année, pour qu’il reprenne son rôle de facilitateur et tente de ramener Tshisekedi et Kagame à la table des négociations. Un scénario très compliqué au vu des dernières déclarations du président congolais.
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”Un dialogue me paraît très peu envisageable, explique Bob Kabamba, professeur en sciences politiques à l’Université de Liège (ULg). Le Congo est allé très loin dans son narratif contre le Rwanda, notamment en comparant Kagame à Hitler. Pour le président rwandais, dont le peuple a été victime d’un génocide, cette comparaison est inacceptable, ça équivaut presque à une déclaration de guerre.”
Excellent connaisseur de la région, Bob Kabamba insiste sur les différents niveaux de cette guerre. “On a, à la fois, un niveau provincial avec les rapports communautaires entre le Nord-Kivu, l’Ituri et le Sud-Kivu. Il y a ensuite le niveau national entre l’est, le centre et l’ouest de la RDC, sur lequel vient se greffer le niveau régional avec les relations complexes entre les pays comme le Burundi, le Rwanda ou la Tanzanie, sans oublier le niveau presque continental avec les blocs de l’EAC, de la SADC et de l’Afrique centrale. À chaque niveau, on a des agendas différents quasiment inconciliables”.
Malgré ce constat, Bob Kabamba ne voit que la négociation pour sortir de cette guerre de l’est . « La RDC n’a pas les moyens de remplir ses missions régaliennes et donc de protéger les Congolais. Elle doit donc négocier. Elle refuse jusqu’ici de prendre en considération Corneille Nangaa et son Alliance du Fleuve Congo, pourtant sur le terrain, il continue à avancer. Malgré le narratif de Kinshasa, il faudra se résoudre à négocier ».