La RDC face au spectre des violences anti-occidentales
Des manifestations sporadiques ont éclaté à Kinshasa contre des chancelleries occidentales et la mission onusienne, dans un contexte de reprise des hostilités dans l’est du pays.

Publié le 13 février 2024Lecture : 3 minutes.
Véhicules de la mission onusienne (Monusco) incendiés ; drapeaux de l’Union européenne et de la Belgique arrachés et brûlés devant l’hôtel Memling ; pneus calcinés devant l’ambassade de France, le siège de la Monusco et à proximité de l’ambassade des États-Unis ; véhicules de diplomates caillassés… Ces samedi 10 et lundi 12 février, la commune de la Gombe, qui abrite l’essentiel des représentations diplomatiques, a été le théâtre de protestations anti-occidentales inattendues.
En RDC, la situation reste tendue autour de Saké, au Nord-Kivu
Des manifestants, estimés à une centaine parsemés à différents endroits et dont la plupart ont utilisé des taxi-motos, ont voulu ainsi dénoncer ce qu’ils considèrent comme une passivité de la communauté internationale face à la crise dans l’est du pays. Ces dernières semaines, les affrontements autour de la ville de Goma, dans la province du Nord-Kivu, ont en effet repris entre les forces armées congolaises et les rebelles du M23 soutenus, selon Kinshasa et différents rapports des Nations unies, par le Rwanda.
« Nous ne voulons plus de complices de Kagame »
Malgré les condamnations internationales face à cette reprise des hostilités, les manifestants ne décolèrent pas. « Nous ne voulons plus de complices de Paul Kagame dans notre pays », déclare l’un d’entre eux devant un pneu brûlé sur le boulevard du 30-Juin. Ce lundi 12 février, une importante présence policière était remarquée devant les différentes représentations diplomatiques pour empêcher la progression des manifestants non-identifiés.
Comment le pouvoir a changé Félix Tshisekedi
Dans la soirée, le gouvernement, à l’issue d’une réunion autour du ministre de l’Intérieur Peter Kazadi, a condamné ces violences et annoncé des mesures, dont l’interdiction faite aux taxis-motos d’accéder à la commune de Gombe. Tout attroupement de plus de six personnes y est aussi interdit. « Nous avons affaire à des manifestations dont on ne connaît pas les organisateurs », a déclaré le ministre, alors que certaines organisations, à l’instar de la Fondation Bill Clinton pour la paix, ont dénoncé la « complaisance » des autorités face aux manifestants.
La patronne de la Monusco, Bintou Keïta, a quant à elle demandé aux autorités judiciaires congolaises de diligenter des enquêtes en vue de poursuivre les auteurs de ces violences.
Du foot et un pasteur
Qui est à l’origine de ces manifestations ? Si aucune organisation politique ou de la société civile congolaise n’a officiellement appelé à la mobilisation, ces actions ont été nourries par une frustration véhiculée ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Celle-ci a notamment été alimentée par la rencontre de la demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations entre la RDC et la Côte d’Ivoire, le 7 février, pendant laquelle les joueurs congolais se sont présentés lors de l’hymne national bouche bâillonnée et la main gauche mimant un pistolet sur la tempe.
CAN en Côte d’Ivoire : des Congolais défaits mais engagés
L’objectif était alors de profiter de l’audience de ce rendez-vous sportif au sommet pour dénoncer le silence de la communauté internationale face au drame dans l’est du pays. « Votre geste a réveillé la communauté internationale, qui s’endormait face à une agression barbare qui vise à nous humilier », a apprécié le président Félix Tshisekedi, qui a reçu dans la soirée du 12 février les Léopards, revenus de la CAN en Côte d’Ivoire après leur échec honorable en demi-finale.
Nombre de compatriotes ont cependant déploré que la réalisation de ce match n’ait pas filmé les supporters congolais en tribunes qui avaient eux-aussi des messages d’indignation à faire passer à travers leurs t-shirts et banderoles. Plusieurs internautes ont même appelé à boycotter la chaîne Canal+. « Nous ne sommes pas décideurs des images montées à l’écran », a finalement réagi la direction du média. Ce qui n’a pas empêché les manifestants de prendre pour cible, le 10 février, la boutique Canal+ située sur le boulevard du 30-Juin.
Un pasteur a-t-il aussi contribué à mettre le feu au poudre ? Au lendemain du match de la CAN, le prédicateur Paul Mukendi, condamné à huit ans de prison au Canada pour « violences sexuelles », avant de s’enfuir et de se réfugier à Kinshasa, avait, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, appelé à « assiéger les ambassades des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne… » « C’est de gros hypocrites » (sic), avait-il lancé dans un message également destiné à dénoncer la présumée inaction coupable de la communauté internationale.