En RDC, le malheur de l’AFDC-A de Bahati Lukwebo fait le bonheur de l’UDPS

Après examen des contentieux par la Cour constitutionnelle, le regroupement politique du président du Sénat a perdu six sièges à l’Assemblée nationale. Et c’est au parti du président Tshisekedi que cela profite.

Bahati Lukwebo© DR Bahati Lukwebo
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Publié le 14 mars 2024Lecture : 4 minutes.

Le malaise est-il en train de s’installer à l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) ? Le 12 mars, la Cour constitutionnelle a annoncé les résultats définitifs des élections législatives nationales, qui se sont tenues fin décembre. Et forcément, cela n’est pas sans conséquences pour l’équilibre des forces au sein de l’Assemblée, alors que chacun tente de faire monter les enchères, pour se faire une place au gouvernement notamment.A lire : 

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La Cour avait en effet à se prononcer sur les recours qui lui avaient été présentés après la publication des résultats provisoires par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) en janvier. Elle a, au total, épluché 1 123 dossiers de contestation et réattribué 46 sièges, sur les 477 que compte l’Assemblée. Cela correspond à un renouvellement de près de 10 % de la configuration de l’hémicycle alors que s’ouvre, ce vendredi, la première session ordinaire de cette nouvelle législature.

Le grand perdant de cet examen des contentieux, c’est l’AFDC-A de Modeste Bahati Lukwebo, qui est lui-même le président du Sénat. Son parti perd six sièges sur les 35 qu’il pensait avoir conquis. Sonnés, ses cadres s’étaient donné rendez-vous le 13 mars au siège flambant neuf de l’AFDC-A, à Kinshasa, pour une réunion de crise. La rencontre a finalement été annulée, tout comme la déclaration officielle de Modeste Bahati Lukwebo qui devait suivre.

Quand Bahati Lukwebo plaide pour son fils

Dans les rangs de l’AFDC-A, qui est membre de l’Union sacrée, la coalition qui s’est formée autour du président Félix Tshisekedi, on conteste bien évidemment ces décisions de la Cour constitutionnelle. Certains de ses cadres dénoncent déjà « un plan de déstabilisation planifié par certains membres de l’Union sacrée » et menacent d’en claquer la porte.

Dans un message privé – mais qui a fuité – envoyé au président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Kamuleta, Modeste Bahati Lukwebo a tenté notamment de plaider en faveur de son fils, Serge Bahati Maygende : « La sentence frappe le meilleur élu [de sa circonscription] et qui, du reste, n’était pas attaqué. Je présume que c’est une erreur matérielle à corriger. Merci d’avance », écrit-il.A lire : 

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La Cour constitutionnelle peut-elle se dédire ? Ses décisions sont en principe irrévocables. Mais en 2019, elle avait réexaminé les dossiers d’une trentaine de députés nationaux et de sénateurs qu’elle avait elle-même invalidés. Une chambre spéciale créée pour la circonstance avait reconnu des « erreurs matérielles » et réhabilité certains élus. C’est sur cette jurisprudence que Modeste Bahati Lukwebo et d’autres candidats écartés espèrent pouvoir compter.

L’UDPS, grand bénéficiaire

Le cas Serge Bahati Maygende, dont la victoire avait été annoncée dans la circonscription de Kabare, dans le Sud-Kivu, est présenté par l’AFDC-A comme la preuve flagrante que des erreurs ont été commises. Mais, sauf coup de théâtre, Serge Bahati Maygende va devoir céder sa place à Claude Nyamugabo. Ce dernier portait les couleurs des Forces politiques alliées à l’Union pour la démocratie et le progrès social (FPAU), qui fait partie de la mosaïque de formations affiliées au parti présidentiel.

Deux autres élus de l’AFDC-A perdent leur siège – provisoire – au profit d’autres alliés de l’UDPS. C’est le cas de Pascal Manshimba, qui disparaît au profit de Gilbert Kankonde, d’Action des alliés/Tous pour le développement du Congo(2A/TDC). Christian Kimasa est, quant à lui, remplacé par Pierre Sumey Kitenge, d’Actions audibles pour la bonne gouvernance (AABG), un regroupement parrainé par Guylain Nyembo, le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi.A lire : 

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Autrement dit, l’UDPS et les partis dits « mosaïques » sont les grands bénéficiaires des verdicts de la Cour constitutionnelle, puisqu’ils remportent une dizaine de sièges supplémentaires. Ont ainsi été repêchés l’actuel ministre des Infrastructures et Travaux publics, Alexis Gisaro, le chargé de mission de Félix Tshisekedi, Taylor Lubanga, mais aussi des personnalités telles qu’Eugénie Tshela, Aruna Ndarabu, ou encore Charles Mpunga.

Rapport de force

Au-delà du détail de ceux qui sont immanquablement déçus ou immensément soulagés, cela modifie le rapport de force à l’Assemblée, dans un contexte de négociations serrées pour le partage des postes avant la nomination du Premier ministre et la formation du gouvernement. Désormais « dotés » de 149 députés, l’UDPS et sa fameuse mosaïque renforcent leur statut de première force politique dans l’hémicycle. L’AFDC-A perd en revanche sa deuxième place sur le podium, puisqu’il ne peut plus revendiquer que 30 élus (en comptant celui de son « parti mosaïque ») : c’est l’Action des alliés et Union pour la nation congolaise (AA-UNC) de Vital Kamerhe qui lui vole la vedette, avec ses 33 députés.A lire : 

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Suivent ensuite les regroupements emmenés par la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka (27 sièges), et par Dany Banza et Sama Lukonde Kyenge (26 députés). Quant au Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba et à la formation de Tony Kanku, le cousin du chef de l’État, ils obtiennent chacun 22 sièges.

Peu de grands changements en revanche du côté de l’opposition, qui ne se partageait de toute façon que les miettes. Moïse Katumbi pourra revendiquer 24 députés, loin devant la Dynamique progressiste de l’opposition (Dypro) de Constant Mutamba et Nouvel élan, de l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito (trois sièges chacun).

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