Malgré la journée ville morte lancée par l’opposition, le pouvoir assure maintenir son projet de réforme constitutionnelle. Chaque camp revendique la victoire dans ce nouveau bras de fer politique à Kinshasa.

RDC Kinshasa | Centre administratif de Kinshasa
Première initiative de la C64, cette journée « ville morte » faisait figure de test grandeur nature pour mesurer la capacité de l’opposition à mobiliser ses partisans.Image : Nancy Tshimueneka/DW

Les activités ont timidement repris mercredi après-midi à Kinshasa, après la « journée ville morte » décrétée par les partis d’opposition réunis au sein de la Coalition Article 64 (C64).

Cette mobilisation visait à contraindre le président Félix Tshisekedi à abandonner son projet de réforme constitutionnelle. Tandis que l’opposition revendique une forte adhésion populaire, le camp présidentiel minimise l’impact de l’opération et réaffirme sa volonté de poursuivre le processus.

Une capitale au ralenti sous haute surveillance

Dans plusieurs quartiers de la capitale congolaise, de nombreux habitants ont préféré rester chez eux. Entre la crainte d’éventuels affrontements et l’importante présence des forces de sécurité, les rues de Kinshasa ont affiché un visage inhabituellement calme.

« Je ne vois pas les élèves passer. Il n’y a même pas de circulation. Les écoles sont fermées. On ne veut pas changer la Constitution. Si on ne refusait pas, on devrait aller travailler. Le peuple ne veut pas », a indiqué un habitant de Kinshasa.

Un autre Kinois a également décrit une situation marquée par les restrictions de mouvement :

« De ce côté, nous sommes mal à l’aise. Il y a beaucoup de militaires et de policiers qui dispersent les gens. Pas moyen de sortir, pas de véhicules ou de motos en circulation. La situation est mauvaise. Les boutiques sont fermées.°

L’opposition revendique une mobilisation historique

À l’issue de cette journée de protestation, les leaders de l’opposition dressent un bilan qu’ils jugent largement positif. Ils estiment que la population a massivement répondu à leur appel et annoncent déjà de nouvelles actions de grande ampleur pour faire échec au projet de réforme constitutionnelle.

Pour Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka, la mobilisation constitue un désaveu clair du chef de l’État.

« La population kinoise a répondu à 99,9 % à l’appel de l’opposition. Le peuple, en restant à la maison, au-delà d’obéir à l’appel de l’opposition, a désavoué monsieur Félix Tshisekedi dans sa logique dictatoriale de changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir. À Félix Tshisekedi de capter le message de désaveu envoyé par le peuple qui est resté à la maison », a-t-il averti.

Le camp présidentiel maintient son projet de réforme

Une lecture des événements que rejette catégoriquement la majorité présidentielle. Du côté de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), les responsables assurent que l’appel de l’opposition n’a pas produit les effets annoncés et que les activités se sont poursuivies dans la capitale.

Christian Lumu Lukusa, vice-président de la Ligue des jeunes de l’UDPS, affirme ainsi que la population n’a pas suivi les consignes de l’opposition. « Malgré la psychose créée par des appels à des actes de violence par certains leaders de l’opposition, le peuple n’a pas suivi leur mot d’ordre. Je vous dis, la ville de Kinshasa est en pleine activité », a-t-il déclaré.

Le responsable a également réaffirmé la détermination de son camp à poursuivre la réforme constitutionnelle.

« En ce qui concerne le projet de changement de la Constitution, effectivement, nous maintiendrons ce projet parce qu’il répond à une nécessité nationale et à une volonté de moderniser nos institutions », a-t-il assuré.

Un référendum au cœur des tensions politiques

Selon Christian Lumu Lukusa, la réforme envisagée devra être soumise au référendum. Une perspective qui s’inscrit dans le prolongement de l’adoption, le 27 mai dernier, par l’Assemblée nationale, de la proposition de loi référendaire.

L’opposition continue toutefois de dénoncer cette initiative, qu’elle considère comme contraire à la Constitution en vigueur. Ce désaccord profond entre pouvoir et opposition laisse présager de nouvelles confrontations politiques dans les semaines à venir.

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