À propos des consultations de Bujumbura
Le Corps Exécutif de Transition (CET), groupe de réflexion et d’action engagé en faveur d’une transition technocratique pour la refondation de l’État en République démocratique du Congo, a pris connaissance de l’initiative du président de la République du Burundi, Son Excellence Évariste Ndayishimiye, visant à réunir à Bujumbura des représentants de l’opposition politique congolaise ainsi que des responsables religieux.
À ce sujet, le CET souhaite formuler les observations suivantes.
1. Toute initiative en faveur de la paix mérite d’être examinée avec respect
Notre pays traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire contemporaine. Les conflits armés persistants, la fragilité des institutions, la crise économique et les souffrances de nos populations imposent à tous les acteurs une responsabilité historique.
Dans ce contexte, nous saluons toute initiative africaine sincèrement orientée vers la recherche de la paix, du dialogue et de la stabilité.
Toutefois, la confiance ne peut naître que de la transparence. Les Congolais ont le droit de connaître le mandat exact de cette initiative, les objectifs poursuivis, son articulation avec les mécanismes régionaux et continentaux existants ainsi que les garanties offertes quant au respect de la souveraineté de notre pays.
La paix ne se construit jamais dans l’ambiguïté.
2. La solution durable ne peut être que congolaise
L’histoire politique de notre pays montre que les crises congolaises ne trouvent jamais de solution durable lorsqu’elles sont pensées principalement à l’extérieur.
Nos partenaires africains peuvent faciliter le dialogue.
Ils peuvent rapprocher les points de vue.
Ils peuvent créer un climat favorable à la négociation.
Mais ils ne peuvent se substituer au peuple congolais dans les décisions qui engagent l’avenir de la Nation.
La souveraineté nationale n’est pas un obstacle à la paix ; elle en constitue au contraire l’un des fondements.
Le Congo a besoin d’amis, non de tuteurs.
3. Le véritable problème du Congo n’est pas le partage du pouvoir mais la crise de l’État
Depuis plus de soixante ans, notre pays a connu de nombreux dialogues, conférences politiques, gouvernements d’union nationale et accords de partage du pouvoir.
Ces arrangements ont parfois permis d’interrompre temporairement certaines violences.
Mais ils n’ont jamais permis de reconstruire durablement l’État.
Le problème fondamental de la République démocratique du Congo n’est pas de savoir quelle coalition exercera le pouvoir demain.
Le véritable défi est de reconstruire un État capable d’assurer la sécurité de ses citoyens, de protéger l’intégrité du territoire national, de garantir une justice indépendante, d’organiser une administration efficace et de transformer les immenses richesses du pays en développement au bénéfice de la population.
Toute initiative politique qui ne s’attaque pas à ces causes profondes risque de ne produire qu’une stabilité provisoire.
Le CET demeure convaincu que le moment est venu d’engager une véritable transition de refondation de l’État, conduite par des institutions crédibles, des compétences nationales reconnues et une administration placée au service exclusif de l’intérêt général.
4. Une médiation doit être crédible, impartiale et inspirer confiance
Toute médiation tire sa légitimité de la confiance que lui accordent les parties concernées.
Cette confiance suppose l’impartialité, l’équité, la transparence et le respect des intérêts légitimes de chacun.
Il ne s’agit nullement de remettre en cause la bonne foi des initiatives entreprises, mais de rappeler un principe universel : plus un médiateur est perçu comme indépendant des intérêts particuliers, plus ses propositions ont de chances d’être acceptées et de produire des effets durables.
La paix ne peut être solide que si toutes les parties ont le sentiment d’avoir été entendues dans un cadre équilibré.
5. Le moment est venu d’un nouveau contrat national
La République démocratique du Congo ne manque ni de ressources, ni de talents, ni de patriotisme.
Ce qui lui fait défaut depuis plusieurs décennies est un État suffisamment fort, légitime et efficace pour mettre ces ressources au service de la Nation.
La crise actuelle doit être saisie comme une occasion historique de dépasser les logiques de confrontation permanente, de clientélisme politique et de fragmentation institutionnelle.
Le temps est venu de reconstruire un État moderne fondé sur la citoyenneté, la compétence, la responsabilité et la souveraineté nationale.
C’est dans cette perspective que le CET continue de proposer une transition technocratique de refondation de l’État, destinée non à redistribuer les postes entre acteurs politiques, mais à reconstruire les institutions de la République sur des bases durables.
Conclusion
Le Corps Exécutif de Transition réaffirme sa disponibilité à soutenir toute initiative sincère susceptible de contribuer au retour de la paix, à la restauration de la souveraineté nationale et à la reconstruction de l’État congolais.
Notre pays n’a pas besoin d’un nouvel arrangement politique provisoire.
Il a besoin d’une vision.
Il a besoin d’institutions solides.
Il a besoin d’un leadership capable de placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des ambitions individuelles, partisanes ou communautaires.
La paix véritable ne naîtra pas d’un simple compromis entre acteurs politiques. Elle naîtra de la renaissance de l’État congolais.
À cet égard, l’héritage de Patrice Emery Lumumba conserve une actualité remarquable. Son combat ne se limitait pas à l’accession du Congo à l’indépendance politique. Il portait une ambition plus profonde : bâtir un État souverain, uni, fondé sur la citoyenneté, maître de ses ressources et capable de garantir à chaque Congolais sa dignité et sa liberté.
Plus de soixante-cinq ans après l’indépendance, cette ambition demeure inachevée. Les crises successives que traverse notre pays trouvent leur origine moins dans la diversité de ses peuples que dans l’affaiblissement progressif de ses institutions et dans l’incapacité de l’État à exercer pleinement ses missions régaliennes.
C’est pourquoi le Corps Exécutif de Transition propose non pas un simple changement de dirigeants, mais une véritable transition de refondation de l’État. Cette transition doit permettre de reconstruire des institutions crédibles, professionnelles et impartiales, capables de servir exclusivement l’intérêt général et de préparer l’avènement d’une démocratie stable, d’une économie productive et d’une paix durable.
Le Congo possède les ressources naturelles, les compétences humaines et la jeunesse nécessaires pour devenir l’une des grandes nations du XXIᵉ siècle. La condition première de cette renaissance est la reconstruction d’un État fort parce qu’il est légitime, respectueux du droit parce qu’il est au service des citoyens, et souverain parce qu’il est fondé sur la volonté de son peuple.
Nous invitons donc l’ensemble des forces vives de la Nation — responsables politiques, confessions religieuses, société civile, jeunesse, diaspora et partenaires africains — à dépasser les logiques de confrontation permanente pour s’engager ensemble dans cette œuvre historique de refondation nationale.
Comme le rappelait Patrice Emery Lumumba, « l’Afrique écrira sa propre histoire ». Il appartient désormais aux Congolais d’écrire une nouvelle page de la leur : celle d’une République réconciliée avec elle-même, fidèle aux idéaux de souveraineté, de justice et d’unité qui ont inspiré les fondateurs de notre indépendance, et résolument tournée vers l’avenir.
Nos sincères remerciements pour une large redistribution de ce message.